‹ Exil et patrie [microforme]Chapitre 34 sur 37 · SCENE LI · texte numérisé non relu

SCENE LI

d'A D'AnsanT, Chances, HENRi.

4 Hen—Quelle différence avec l'an dernier, mon père !

4 D’Ans.—Oui, Henri. L'an dernier, à Boston, la misère. Cette année le bonheur. Que Dieu en soit béni.

CH.—Nous avons de beaux jours devant nous désormais. “h HEN—De la bonne terre tant qu'on veut, de beaux bois, de Wibelles rivières, des lacs magnifiques, l'air pur, la liberté! Ah! à “la bonue heure, parlez-moi du Nominingue pour y planter sa tente et être heureux !

& “ES (souriant,)—Toujours le mètre, Henri, toujours un peu “hurtiste. À 4 Hen.—Cela n'empêche pas le travail d'aller son train: N'est-ce «pas, Charles ?

Lehies

CH.—C’est vrai! Henri bûche comme quatre et trouve encore le temps de fiâner.

HEN.—Oui, j'aime cela. La journée finie, j'allume la pipe et je flâne. Je'regarde les belles choses que nous avons ici. Savez. vous, mon père, que de ma concession, le coup-d'œil est splendide ? La forêt descend en pente douce jusqu’au lac. Les îles sont là comme des corbeilles de verdure. Des milliers d'oiseaux passent sans cesse de l’une à l’autre. [ls chantent, crient, ils s'amusent. ils ont l'air heureux, si heureux, que les poissons sautent hors de l'eau pour mieux les voir et les entendre ; au moins c’est ce que jimagine. La presqu'ile se bâtit vite : l’église brille comme un phare aux derniers rayons du jour, et parait sourire à l'habitant qui revient fatigué à la maison. Les chevaux ont l'air heureux de pouvoir enfin souper et prendre un peu de repos; les vaches ruminent gravement, en attendant la fermière. Puis les oies et les poules; rentrent au logis paisiblement, comme de bonnes créatures qu’elles sont! Les canards, eux, font plus de façons. Ils s’en viennent l’un derrière l'autre, sans se presser, l'air de vrais écoliers que la cloche appelle à l'étude. Ah! ces ca: nards m'amusent énormément. Ils ont l'air si bons enfants, si insouciants, si ‘je m'en moque pas mal” quand ils s’en reviennent d'une jambe sur l’autre, jetant avec indifférence, à droite el à gauche, leur chant du soir. Vrai, le canard est une curieuse bête. [Il me rappelle certains types de Boston..., mais les canards valent bien mieux, c’est sûr.

Et les enfants donc! Faut les voir avec leur bonne grosse mine | réjouie ! des joues rouges comme des coquelicots, de grands yeux noirs, du sang et de la santé plein la peau. J'aime à les voir courir. se rouler sur l'herbe, sauter dans les canots ou marquer toutes leurs dents blanches dans des patates et des galettes de sarrasin. A la bonne heure! voilà des enfants qui valent la peine d’être re gardés. Quelle différence avec les petits yankees de Boston !..

Ainsi, je m'amuse à jongler en fumant ma pipe du soir, (Pendan! celte tirade, le père lance de temps en temps un mot d'approbation.)

Cu.— Moi, je ne prends pas les choses de si haut, je fais marcher ma terre, je bûche, je sème entre les souches, tout va bien. L'a. voine et le blé poussent à merveille. Les navets sont gros comme des citrouilles, les patates comme des têtes d'enfant, et le sarrasin superbe. Avec un bon morceau de lard, on fait des repas excel lents. L’appétit ne manque jamuis. A propos, savez-vous, mon père, notre aventure de la semaine dernière ? Nous logions, Henri et moi, dans la maison de Henri Latouche. Or, il y a quinze jours, M. Latouche partit seul pour Montréal, mais il ne revint pas seul Il nous ramena une bonne petite canadienne, fraîche comme un rose, vive, résolue, de bonnes facons, bien avenante, enfin juste ce qu'il faut à un jeune colon qui veut se marier. Henri et moi nous nous sommes bâti un autre palais, quelques arpents plu: loin, et nous avons de bon cœur cédé la place à la colonne.

D'Ans.—A la bonne heure! Je te souhaite, Charles, de jouer bientôt le même tour à Henri.

sb

Cu.—Soyez tranquille, on y songe.

: Hen—Moi aussi je compte bientôt faire une bonne tournée à fontréal.

CH.—A moins que la tournée ne finisse plus près d'ici. Hen.—Tais-toi donc, Charles. (/l regarde par la fenétre) Ah!

oilà Gustave qui arrive.

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