‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandée (volume 2)Chapitre 6 sur 19 · partie antérieure, rebord échancré en son milieu · texte numérisé non relu

partie antérieure, rebord échancré en son milieu

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. il

« Foie multilobé contenu dans la cavité du corps et envoyant des prolongements qui forment un revêtement spongieux sous les téguments palléaux avec ramifications pénétrant dans les cirres.

« Mâchoires d'Æolididés, mais avec processus masticateurs non denticulés. — Radula multisériée de constitution intermédiaire entre celle des Coryphellidés et des Dendronotus, ayant pour formule 5, 1, 5; dent médiane à forte cuspide centrale avec denticules de chaque côté; dents latérales triangulaires, à forte cuspide avec denticules sur leur bord interne.

« Collier œsophagien constitué par 2 ganglions cérébroïdes bilobés et 2 ganglions pédieux sphériques ; yeux rudimentaires.

« Appareil génital avec glande hermaphrodite multilobée et glandes

annexes volumineuses ; pénis piriforme inerme. »

Notaeolidia gigas Ch. Éliot, 1905. (PL L fig. 1-9: pl. IL, fig. 10-15.)

« Mollusque de très grande taille à formes trapues, à cirres de grosseur très irrégulière insérés même sur les bords palléaux suivant deux ou trois rangées.

« Radula de 22 rangées à dents médianes avec forte cuspide de chaque côté de laquelle nous avons 9 denticules; dents latérales à cuspide forte, très pointue et légèrement incurvée en dedans, avec denticules très acérés sur leur bord interne.

« Coloration de l'animal vivant inconnue; l'individu conservé dans l'alcool avait une teinte café au lait clair.

« Dimensions : longueur, 124 millimètres; largeur maxima du manteau, 36 millimètres et, avec les cirres, #4 millimètres; hauteur maxima, 295 millimètres. »

Hagirar. — Océan Glacial Antarctique (ile Wandel, par 64 de longitude ouest et

650,5 de latitude méridionale). Ge Mollusque a été pris le 25 avril 1904, à la station d'hivernage de l'Expédition Charcot, et portait le n° 451.

C'est à sir Ch. Éliot que l’on doit la création de ce genre et de cette

espèce établis d’après l'étude de six spécimens rapportés par la Scot-

12 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

tish National Antarctice Expedition (1), étude publiée en juin 1905 dans le volume XLI (part. HT) des 7ransactions of the Royal Society of Edinburgh, p. 520-524.

Le spécimen qui m'a permis de faire l’anatomie de ce type de Mollusque était un peu plus gros que le plus volumineux des exemplaires étudiés par sir Éliot, qui n'avait que 122°°,5 de long au lieu de 124 millimètres.

Voici quelques dimensions que j'ai prises sur mon exemplaire avant

d’en commencer l'étude anatomique :

LONBUEUT EP ER CREER CT CE EL LME Ce cer hee 124 millim. Largeur du manteau, sans les cirres, à 10 millimètres en avant du renflement cardiaque.-................... 36 — Largeur au niveau du renflement cardiaque........... 317 — ta domillimmentarriere eee EEE ec cet 3 —

en comprenant les cirres, les largeurs sont de 8 millimètres de plus, ce qui donne 44 millimètres, 45 millimètres et 43 millimètres.

À partir de ce dernier point, la largeur diminue progressivement; elle est de 18 millimètres à 2 centimètres de l'extrémité, qui, par suite de sa forme obtuse, possède encore 3 à 4 millimètres de diamètre.

Le renflement cardiaque arrondi, placé sur le côté dorso-droit, occupant l'intervalle compris entre la ligne médiane et le bord palléal, est placé à 29 millimètres en arrière du bord céphalique ; ses dimensions sont de 14 millimètres de diamètre et de 3 millimètres de saillie.

Toute la surface tégumentaire, aussi bien sur le dos que sur les flanes, ou à la face plantaire, est lisse ; l'épaisseur de la peau est peu considérable, de telle sorte que celle-ci se déchire assez facilement.

Les cirres dorsaux, très inégaux en longueur et en grosseur, sont insérés tout à fait sur les bords palléaux, autant du côté dorsal que du côté latéral; ou, plus exactement, la portion dorsale qui les supporte se recourbe latéralement par place, ce qui peut faire supposer qu'une partie des cirres sont insérés sur les flancs ; les petits sont les plus en dehors et les plus gros tout à fait dorsaux (fig. 1).

L'inégalité des cirres est considérable : tandis que les plus petits ont

(4) Ces individus avaient élé pris dans la Scotia bay, archipel des Orcades du Sud (South Orkneys), à 9 à 10 brasses de profondeur, par 46° de longitude ouest et 63° de latitude.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 13 à peine { millimètre de long sur 2 à 3 dixièmes de millimètre de diamètre, avec une forme presque cylindrique, les plus gros sont bien fusiformes et ont de 15 à 17 millimètres de long sur un diamètre maximum de # millimètres ; ces derniers sont peu nombreux, disposés en dedans de distance en distance. Entre les gros et les petits, il y en a beaucoup de moyens, également fusiformes, ayant de 5 à 7 millimètres de long sur près de 2 millimètres de diamètre.

Tous ces cirres sont finement striés transversalement, striations annulaires dues au raccourcissement de ces organes sous l’action de l'alcool.

Le nombre des cirres est très considérable, et chez cet individu il devait bien s'élever à 7 à 800 de chaque côté, comme chez le plus gros des individus étudiés par sir Éliot.

Les cirres n’occupent pas seulement chez, les Nofaeolidia, les bords latéraux, mais il en existe aussi sur le bord antérieur, sauf même au milieu, où il n’y en à aucune trace sur # à à millimètres d’étendue.

Un peu en arrière de ce point, très rapprochés l’un de l’autre, à peine 2 millimètres d'intervalle, se trouvent les rhinophores; ces organes, très contractés chez mon animal, n'avaient que 8 millimètres de longueur sur 2"",3 de diamètre. De forts plis transversaux sinueux représentent les lamelles circulaires, au nombre de 20 à 22, qui devaient être bien étalées chez l'animal vivant.

Le voile buccal manque ; mais, par contre, nous trouvons ici deux volumineux tentacules placés de chaque côté de la bouche (fig. 2), leur base allant se confondre avec les téguments péribuccaux. Les tissus de ces organes et du tour de la bouche ont un aspect gaufré; ce sont des replis sinueux et très serrés que l’on ne retrouve sur aucune autre partie du corps. Ces tentacules oraux, plus ou moins crochus, disposés en forme de croissant, comme l'indique sir Éliot, avaient chez ce spécimen l’un, celui de gauche, 14 millimètres de long, l’autre près de 16 millimètres ; à leur base ces organes avaient 5 millimètres de diamètre.

Le pied, un peu replié sur lui-même dans toute sa longueur, avait 98 millimètres de son bord antérieur arrondi à son extrémité ; sa largeur en son milieu était de 16 à 17 millimètres lorsque J’étalais bien les bords,

14 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

et de 13 millimètres seulement à 1 centimètre de son bord antérieur ; postérieurement le diamètre ne va en diminuant que dans son dernier quart.

La hauteur du corps de ce Mollusque est de 23 à 25 millimètres dans ses deux tiers antérieurs ; ses flancs sont inclinés de dehors en dedans et de haut en bas, ce qui explique la différence notable de largeur entre le dos et le pied.

Maintenant que nous avons terminé tout ce qui se rattache à la forme extérieure du MVofaeolidia gigas, passons à l'étude de son organisation interne, en commencant par les organes de la digestion.

Appareil digestif. — La bouche est placée au-dessous du rebord frontal garni de cirres que nous avons déjà décrit, au centre des nombreux replis sinueux que présente toute la face antérieure du corps. L'orifice buccal constitue une fente ellipsoïdale dont le grand axe est dirigé de haut en bas ; il occupe le milieu d’une sorte de mamelon de même forme placé entre les deux tentacules oraux (fig. 2).

La bouche donne accès dans une cavité assez vaste formant la majeure partie du bulbe buccal ; celui-ci, par rapport aux dimensions du Vofaeolidia, n'a pas un volume bien considérable, Il est piriforme, mesurant 8 millimètres de long sur 9 de large et 7 de haut ; sa portion postérieure est la plus renflée. Ses parois très musculaires laissent apercevoir sur les parties latérales une portion des mâchoires qui attire l'attention par la coloration jaune rosé tranchant sur la teinte d'un blanc nacré de la musculature du bulbe.

Si l’on sectionne le bulbe par la face dorsale suivant une ligne dorsomédiane, l’on constate à l'intérieur de la cavité un mamelon radulaire très saillant, allongé, qui occupe toute l'étendue du plancher de celle-ci ; les parois latérales sont constituées par deux masses musculaires volumineuses remplissant la concavité des deux mâchoires. Ces masses musculaires latérales et radulaires ont une teinte blanche légèrement jaunâtre.

Mächoires. — Ces organes (fig. 5 et 6) sont d’une belle coloration ambrée, qui, vers le bord masticateur, va en s’accentuant, le processus

masticateur offrant même une teinte jaune ambrée rosée intense, Les

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 15 dimensions de ces pièces sont de près de 9 millimètres de longueur, sur 6 de largeur maxima; le processus masticateur n’a que 4 millimètres de long.

Ces organes, enfoncés dans l'épaisseur des parois musculaires du bulbe, sont bien bombés ; ils présentent à leur face interne un creux considérable dans lequel se trouve logée une masse musculaire blanchâtre formant une des parois latérales de la cavité buccale.

Si l’on dégage l’une de ces mâchoires, l’on constate que la face externe convexe offre des striations rayonnantes bien marquées, allant du sommet de l'organe vers son bord postérieur ; à la face interne, ces stries sont beaucoup moins accentuées.

Le bord ou processus masticateur offre des stries longitudinales, mais aucune trace de denticules réguliers, seulement quelques replis sinueux peu prononcés.

Badula (fig. 7).—Cet organe, placé sur son mamelon charnu, forme avec celui-ci une masse allongée d'avant en arrière, un peu en lame de couteau.

Une portion seulement de la radula est étalée, environ sa moitié antérieure ; le reste, replié latéralement sur lui-même, pénètre dans la masse charnue et se trouve contenu dans une sorte de doigt de gant qui forme le fourreau de la radula ; la partie cæcale du fourreau était à peine distinete au milieu de la face postéro-inférieure du bulbe.

Examinée isolément sous le microscope, on constate que la radula possède 22 rangées de dents et que sa formule dentaire est 5, 1, 5 ; le nombre est constant pour toutes les dents, mais la dernière dent latérale, la plus externe, est si petite qu’elle peut, dans certaines rangées, passer inaperçue.

La dent médiane offre, comme l’a figurée sir Éliot, une forte cuspide médiane, triangulaire, un peu ecrochue, sur les côtés de laquelle nous avons de 8 à 10 denticules ; tous ces denticules sont légèrement crochus, leur pointe dirigée vers la ligne médiane (fig. 7 2). Le corps de la dent forme une lame quadrilatère environ trois fois plus large que longue, arquée à sa face supérieure ou dorsale ; son bord postérieur est échancré, surtout en son milieu, où l’échancrure s’arrondit en se prolongeant dans la masse de la dent,

16 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

La coloration des dents médianes est d’un jaune d’ambre pâle.

La première dent latérale 1 est toujours forte ; elle offre l'aspect d’un triangle-rectangle dont le plus grand côté est extérieur; l’un des côtés de l'angle droit, le plus petit, forme la base d'insertion épaisse de la dent, tandis que l’autre constitue le côté interne; c’est le long de ce dernier côté, sur plus de la moitié de la longueur et occupant presque le milieu de celle-ci, que se trouvent 12 à 15 denticules un peu crochus, qui, avec la cuspide ou pointe terminale, forment la portion active de la dent (fig. 7).

La deuxième dent latérale 2, ainsi que les deux suivantes 3, 4, offrent la même forme triangulaire ; elles sont seulement proportionnellement à leur largeur plus allongées, leur cuspide très acérée étant toujours un peu crochue à son extrémité. Le long du bord interne, nous trouvons aussi un nombre assez variable de denticules, de 5 à 12 pour la deuxième, de #4 à 12 pour la troisième et de 2 à 10 pour la quatrième. Parfois cette dernière n'offre pas trace de denticules; il en est de même, mais plus rarement, pour la troisième ; ces deux pièces sont en réalité des dents en voie d’atrophie, c’est ce qui explique l'importance des variations dans le nombre des denticules.

Quant à la cinquième, que j'ai observée dans toutes les rangées de la adula de mon individu et des deux côtés, elle est toujours très rudimentaire et présente bien souvent une taille moindre et une forme moins nette que celle de la cinquième dent que j'ai figurée.

Œsophage. — Le tube æsophagien prend naissance à la partie supéropostérieure du bulbe; d'abord étroit, après avoir traversé le collier œæsophagien, il se renfle beaucoup, et sur une longueur de plus de 3 centimètres conserve un diamètre de 13 millimètres ; sur toute cette étendue, les parois de l’æsophage sont peu épaisses et d’une coloration blanche un peu hyaline.

Reposant sur toute cette longueur se trouvent deux glandes salivaires, rubanées, d’un blanc laiteux, ayant de 2"",5 à 3 millimètres de diamètre. Ces glandes, subdivisées en petits lobules irréguliers (fig. 8 s, s,s), se prolongent presque jusque sur la région stomacale, puis se recourbent un peu en dehors et se terminent en s’arrondissant ; comme on peut le

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 17 constater aussi, ces deux glandes sont dorso-latérales, et par suite peu éloignées l’une de l’autre.

Antérieurement, les glandes salivaires donnent naissance à deux

conduits excréteurs qui vont s'ouvrir à la face dorsale de la cavité

buccale.

Estomac et intestin. — Même sur le prolongement de l'œsophage se

trouve un renflement cordiforme E, auquel viennent aboutir plusieurs volumineux conduits hépatiques H, , #'; c’est aussi de ce renflement, à sa partie dorso-latérale droite, que part le tube intestinal.

Extérieurement, les parois stomacales offrent à peu près le même aspect que celui des parois œsophagiennes; elles sont un peu plus opaques, ce qui tient à leur épaisseur plus grande.

Enfin l'intestin, de longueur très médiocre chez les Mofaeolidia, débute par un renflement amygdaliforme ayant son bord antérieur pourvu d’une douzaine de dentelures, d’étranglements transverses qui lui donnent un aspect tout particulier (fig. 8 2); mais, au delà de cette région, l'intestin devient tubulaire, remonte un peu en avant et à droite sous la cavité péricardique, puis retourne en arrière et va s'ouvrir à l’orifice anal situé vers les deux cinquièmes de la longueur du flanc droit, à peu de distance de l'insertion des cirres hépatiques.

Toute la région intestinale offre extérieurement des parois lisses, d’un blanc opaque.

Après avoir examiné l’ensemble du tube digestif, sa morphologie extérieure, si l’on vient à le sectionner sur toute sa longueur, l’on constate que ses parois internes varient d'aspect suivant le point que l’on considère.

Dans la région œsophagienne, nous avons de gros plis longitudinaux, noueux, convergeant les uns vers les autres à l'extrémité postérieure, et offrant entre eux de nombreuses anastomoses obliques, également noueuses, mais moins fortes.

Ces mêmes plis se prolongent dans la cavité stomacale, vont en divergeant dans tous les sens, mais en se dirigeant surtout vers les conduits hépatiques, dans lesquels ils pénètrent en s’atténuant. Du côté de l’intestin, ils demeurent plus forts, pénètrent à l’intérieur du renflement

Expédition Charcot. — Vayssière. — Mollusques Nudibranches. D)

amygdaliforme et prennent des aspects variables suivant le point examiné; ce qui vous frappe d’abord à l’intérieur de cette région, c’est l'existence d’un très fort bourrelet plissé longitudinalement et transversalement qui le parcourt sur toute sa longueur et qui se prolonge quelque peu au delà (fig. 9 /). Ce repli, sorte de typhlosolis analogue à celui dont j'ai signalé l'existence chez divers Nudibranches (Warionia Blainvillea (1), Scyllæa pelagica (2), est ici plus compact, mais moins large ; son rôle est de séparer en partie la portion gaufrée dentelée du renflement amygdaliforme du reste de la cavité. En avant, de petits plis transverses en fer à cheval correspondent aux étranglements extérieurs, tandis que, en dessous du bourrelet, nous avons un faisceau sinueux de plis plus forts.

Dans la région intestinale tubulaire, les plis redeviennent longitudinaux, moins épais et plus larges.

Les plissements divers, présentés par les parois internes du tube digestif de ce Mollusque, constituent un caractère devant rapprocher les Notaeolidia des Tritoniadés ; bien que je n’ai pas été plus heureux que sir Éliot, et que, comme lui, je n’ai pas trouvé de débris alimentaires dans cet appareil, il est probable que le régime est carnassier et que la présence de ces nombreux replis, et plus spécialement du typhlosolis, est destinée à contre-balancer le peu de longueur de l'appareil, en augmentant sa surface d'absorption et en retardant la marche des aliments à travers le tube digestif.

Je n'ai trouvé aucune trace de érès fortes lames qui ressemblent à des plaques, mais non détachables à l'intérieur de l'intestin, que signalent sir Éliot; c'est probablement ces nombreux et forts replis que je viens de décrire qu’il veut indiquer.

Je pense que les détails que je viens de décrire sur la structure interne des parois du tube digestif suffisent, et qu'il n’est pas besoin de donner une figure d'ensemble de l’intérieur; je me contente de représenter seulement le renflement amygdaliforme à un grossissement de

(4) A. Vayssière, Recherches sur les Opistobranches du golfe de Marseille, 3° partie, p. 112, pl. VI, fig. 3 (Ann. du Mus. Hist. Nat. de Marseille, t. VII, 4901).

(2) 1n., Opistobranches des expéditions du « Travailleur » et du « Talisman », p. 252-253, pl. X, fig, 24 t, Paris, 1902,

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 19

six fois en diamètre pour bien montrer la disposition des replis intestinaux dans cette région (fig. 9).

Foie. — La masse hépatique est disséminée chez le Notaeolidia en divers points du corps ; la majeure partie est distribuée soit à l’intérieur de la cavité du corps, dans la moitié postérieure de celle-ci, sous la glande hermaphrodite ; soit sur les parties latérales, à droite et à gauche, vers la base des cirres, pour se prolonger ensuite à l'intérieur de ceux-ci.

La disposition des conduits hépatiques mettant en rapport l'estomac avec les lobes glandulaires des parties latérales varie suivant le côté. À gauche, l’on trouve en avant un fort conduit À partant de la face antérodorsale de l’estomac; ce conduit se bifurque bientôt, et les deux branches ainsi formées vont se mettre en rapport avec les masses glandulaires sous-palléales de la moitié antérieure du corps ; les deux canaux qui suivent (fig. 8 #’), l’un sortant même du bord de l'estomac, l’autre du prolongement postérieur, reçoivent les sucs sécrétés par les lobes occupant les parties latéro-dorsales de la seconde moitié du corps.

A droite, nous avons, un peu en avant de la naissance de l'intestin, un conduit analogue à celui de gauche, mais se bifurquant plus loin; quant aux deux autres branches 4’, elles sortent toutes les deux du prolongement postérieur de l’estomac. Enfin la branche 77 sert de canal excréteur à la masse hépatique centrale placée entre la glande génitale hermaphrodite et les téguments pédieux.

Le foie est constitué par une multitude d'acini, de forme généralement sphérique, mais de grosseur très variable, disposés en grappe autour des canalicules hépatiques, formant ainsi des lobules et des lobes entourés de tissu conjonctif fibrillaire lâche. Des prolongements lobulaires pénètrent dans les cirres, un dans chaque, occupant la majeure partie de la cavité de ceux-ci.

Le capalicule central du lobule du cirre se rend à l'extrémité de l'organe et va déboucher dans la cavité ou poche à nématocystes, qui elle-même s'ouvre au sommet, communiquant ainsi avec l’extérieur.

Nématocystes. — L'examen de quelques extrémités de cirres m'a permis d'observer les deux sortes de nématocystes que l’on trouve chez le Notaeolidia gigas, et que sir Éliot a déjà signalées; les uns sont

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allongés en forme de grain de riz, les autres sont ovoïdes (fig. 3); ces derniers sont beaucoup moins abondants que les premiers. Examinés à un très fort grossissement microscopique, ces divers nématocystes présentent la même structure que les deux sortes de nématocystes que l’on observe chez les Facelina punctata, Acanthopsole coronata, Hervia Berghi,.… et que j'ai décrites et figurées dans mon deuxième Mémoire sur les Opistobranches du golfe de Marseille | Ann. jus. Hist. Natur. de Marserlle, t. I (1888), p. 39-40, 47, 53 ; PL. IT, fig. 12, 17, 18, et PI. IV, fig. 46].

M. G.-H. Gronovan, auquel sir Éliot a fait examiner les nématocystes de ses Vataeolidia, a raison lorsqu'il parle du cordon enroulé que lon trouve à l’intérieur des nématocystes vésiculeux ; mais il n'a pas vu la structure des autres. Les nématocystes allongés possèdent, en dehors du cordon droit, un filament très fin, enroulé non autour de sa base, mais sur lui-même, d’une extrémité à l’autre de la vésicule (fig. #); ce filament est barbelé à sa base sur environ un sixième de sa longueur.

Cœur. — Même sous le renflement dorsal, que l’on désigne sous le nom de renflement cardiaque, se trouve la cavité péricardique ; en sectionnant latéralement, du côté droit, près du dos, les téguments de ce Mollusque, l’on pénètre dans cette cavité, les parois de celle-ci faisant corps au-dessus avec celles du manteau.

A l'intérieur de cette cavité (fig. 8), qui a 17 millimètres de long sur 13 millimètres de large en son milieu, se trouve le cœur. Cet organe se compose en avant d’un volumineux ventricule à parois épaisses, jaunâtres, de forme irrégulièrement arrondie ; en arrière se trouve une oreillette à parois minces montrant de nombreuses fibres musculaires entre-croisées. L’oreillette a un peu la forme d’un croissant, sa partie concave enchâssant la portion postérieure du ventricule.

Les vaisseaux qui amènent ou qui emmènent le sang sont contenus en dehors du péricarde, car, dès qu'ils ont traversé les parois péricardiques, ils se confondent avec celles du cœur.

Appareil génital. — Les organes de la reproduction ont, chez ce Mollusque, un volume très considérable; ils occupent à eux seuls près

de la moitié de la cavité générale.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 21

La glande hermaphrodite, d’une belle coloration ocre jaune, est placée dans les deux tiers postérieurs du corps, recouvrant en entier les lobes médians du foie. J’ai représenté la majeure partie de cette volumineuse glande pyramidale dans mon dessin de l'ensemble de l'appareil vu dans sa position normale (fig. 12); l’on remarque dans cette figure que la glande hermaphrodite est constituée par un certain nombre de lobes H, H disposés assez symétriquement suivant deux lignes parallèles entre lesquelles se trouve un fort sillon un peu sinueux. C’est dans le fond de ce sillon, au milieu de l’enchevêtrement des lobes, que se trouve le conduit génital.

Les lobes H, H, de la glande hermaphrodite sont assez inégaux, très serrés et entourés par une fine membrane conjonctive reliée elle-même aux parois du corps, ce qui les maintient en place. Chaque lobe constitue une glande en grappe dont les acini sont très serrés les uns contre les autres.

Dans la figure 13, je n’ai représenté le long du canal commun qui, en se continuant, devient le conduit génital, que deux lobes : l’un en entier avec ses acini serrés entre eux, l’autre avec ses acini en partie disjoints.

Chaque acini forme un corpuscule sphérique de { millimètre de diamètre, plus ou moins déformé par la pression des voisins; de Pacini part un petit canalicule qui va déboucher dans un canalicule plus fort, celui-ci dans un autre, ainsi de suite jusqu’au conduit commun g. Si l’on examine au microscope le contenu de quelques-uns de ces acini, Pon constate à leur intérieur quelques ovules et surtout de nombreux faisceaux de spermatozoïdes à divers états de développement, la plupart très avancés.

A peine sorti de la masse glandulaire hermaphrodite, le conduit génital g diminue de diamètre en passant sur la partie latérale interne de la glande de l’albumine A, puis se renfle pour former un canal cd d'un diamètre au moins quadruple. A cet état le conduit décrit un grand nombre de replis contournés dans tous les sens, formant un amas assez considérable sur le côté droit et antérieur du corps de ce Mollusque ; cet amas est intimement appliqué contre la face externe d’une grosse glande

allongée, translucide, qui n’est autre que la glande de la glaire G. La longueur du conduit génital, de son point d’origine à la base de la gaine du pénis, est d'environ trois fois la longueur du corps de l'animal; ce conduit n’est autre que le canal déférent.

Quant à l’oviducte 0, 11 prend naissance à l’origine du précédent, près de la petite ampoule, contourne le bord antérieur de la glande de l’albumine et s'enfonce un peu dans ses tissus au point où la glande de la glaire se met en rapport avec elle.

L'oviducte continue sa course de haut en bas, én augmentant beaucoup de volume, sur une longueur bien minime par rapport à celle du canal déférent ; dans cette course restreinte, sa surface interne offre de nombreux plis longitudinaux et transverses. Il reçoit les canaux excréteurs des glandes de la glaire et de l’albumine, et va déboucher un peu en arrière et au-dessous de l’orifice mâle (fig. 14, © et œ).

Par suite de sa position et de son peu de longueur, l’oviducte est assez difficile à voir, et il faut le dégager en partie des glandes de la glaire et de l’albumine pour arriver à le suivre dans toute son étendue.

La poche copulatrice où spermatothèque c est de très petite taille chez le Notacolidia gigas ; elle se trouve placée entre la gaine du pénis et l'extrémité de l’oviducte; cette poche est en rapport avec l’oviducte au moyen d’un tube très court qui adhère aux parois du corps et qui m'a même paru communiquer aussi sur une certaine longueur avec le cloaque génital (fig. 15). La poche copulatrice c était chez notre spécimen complètement sphérique, à parois très épaisses, offrant à leur intérieur de nombreux plis.

La glande de la glaire forme une masse demi-gélatineuse, blanchâtre et très volumineuse, placée à la partie antérieure interne de l'appareil génital; contre elle viennent s'appliquer les nombreux replis du canal déférent. Dans le dessin d'ensemble de l'appareil (fig. 12), j'ai représenté celte glande telle qu’elle est lorsque l’on ouvre le corps de ce Mol lusque ; elle offre alors l'aspect d’une masse un peu conique formée par une sorte de membrane glaireuse très épaisse, repliée plusieurs fois sur elle-même. Dans la figure 13, cette même glande a ses replis écartés les uns des autres.

En arrière de la glande de la glaire se trouve une masse sphérique volumineuse À, d’un blanc laiteux hyalin, constituée par de nombreux canaux sinueux, de calibres différents, intimement unis entre eux; cet organe constitue la glande de l’albumine. C’est sur sa partie dorsale que passe le conduit génital commun et qu’il se divise en canal déférent et en oviducte. Une bande gélatineuse très transparente l'entoure sur toute la portion sur laquelle repose le conduit génital.

Le conduit déférent que j'ai représenté sectionné dans la figure 13 pour ne pas compliquer ce dessin, après avoir décrit de nombreuses circonvolutions, se termine par un pénis court, conique, inerme, offrant à sa base un fort bourrelet circulaire (fig. 15), qui semble former une espèce de disque épais sur lequel reposerait le pénis. Lorsque cet organe est en érection, ce qui n’était pas le cas chez ce Nofaeolidia, 11 doit avoir une longueur assez considérable, et le bourrelet doit se confondre avec l’ensemble du pénis.

Extérieurement, l’orifice génital offrait l'aspect représenté figure 14, un mamelon assez proéminent formé par deux grands replis membraneux plissés irrégulièrement, celui d'avant recouvrant celui de derrière ; en écartant ces deux replis, l’on aperçoit un vaste cloaque au fond duquel s'ouvrent dorsalement l’orifice mâle, ventralement l’orifice femelle.

Système nerveux. — Les centres nerveux du collier æsophagien avaient une coloration blanc jaunâtre ; mais ils étaient enveloppés, ainsi que leurs commissures et connectifs, par un revêtement conjonctif blanchâtre assez épais qui les masquait partiellement; ce n’est qu'après un travail de dissection long et minutieux que je suis arrivé à les mettre à découvert.

Chez ce type d’Æolididé, la disposition du collier æsophagien offre une très grande ressemblance avec celle du collier du Gonieolis typica étudié par Bergh (Nudibranchien gesammelt während der Fahrten des Willem Barents in das Nordliche Eismeer); il n’y a guère que quelques différences de détail entre ces deux organes.

Malgré un séjour de dix-huit mois dans l'alcool, les parties ganglionnaires n'avaient pas été déformées.

Le collier est constitué 'par deux paires de grosses masses nerveuses

situées à la partie dorsale et dorso-latérale ; inférieurement, elles sont réunies par une double commissure ayant une longueur un peu supérieure au tiers du pourtour complet du collier (fig. 10).

Les ganglions cérébroïdes, placés côte à côte, sont les plus volumineux, de forme à peu près ovoïde, leur grand diamètre ayant près du double du diamètre transversal. Leur face antérieure est régulièrement bombée, mais leur face postérieure, comme on peut le constater sur mon dessin, offre deux renflements superposés ; le supérieur, le moins prononcé, forme la partie véritablement cérébroïdale du ganglion, tandis que l'inférieur, sensiblement plus prononcé, représente la portion palléale.

Les ganglions pédieux presque sphériques, légèrement piriformes, sont insérés à la partie antéro-inférieure des précédents; leur surface est régulièrement arrondie dans toute leur étendue.

J'ai pu suivre la direction de la plupart des nerfs sortant de ces ganglions et me rendre compte ainsi de leur rôle.

Des centres cérébroïdes sortent :

Les troncs 7, 1, qui prennent naissance à la face antéro-inférieure, forment les connectifs cérébro-buccaux chargés de relier le stomatogastrique au collier æsophagien; je ferai plus loin la description des ganglions buccaux et des différents nerfs qu'ils produisent.

Les nerfs 2, que je n’aireprésentés qu’à gauche, se subdivisent dès leur base en deux ou trois, qui se rendent ainsi que les branches des nerfs 3 dans les téguments céphaliques.

Les nerfs 3° vont se ramifier dans les parois latéro-dorsales voisines du collier; toutefois une branche importante de celui de droite qui est plus fort, me parait être chargée de l’innervation des glandes annexes de l'appareil reproducteur.

Les troncs { très volumineux qui partent chacun du milieu du renflement supérieur se rendent aux rhinophores : ce sont les nerfs olfactifs. Après une course relativement brève, ils se ramifient pour fournir un premier groupe de branches nerveuses, qui se rendent dans les lamelles olfactives de la base des tentacules, tandis que la partie médiane des trones se continue et se prolonge jusqu'à leur extrémité en donnant de

nouvelles ramifications,

Les nerfs 5 vont se perdre dans les parties latérales antérieures des

téguments ; du côté droit, j'ai en outre constaté la présence de filets nerveux 5, qui vont se perdre dans les annexes de l'appareil génital.

Les deux branches de chacun des deux nerfs 6 se ramifient dans les

téguments latéraux des régions latéro-moyennes et latéro-postérieures

du corps.

Les nerfs 7 innervent les téguments dorsaux, ainsi que la base des cirres de la région moyenne du corps, tandis que les troncs 8 continuent cette innervation dans la partie postéro-dorsale.

Le nerf &', assez grêle, ne se trouve que sur le renflement inférieur du cérébroïde de droite; je n’ai pu le suivre à l’intérieur du corps.

Des centres pédieux prennent naissance :

Les nerfs 9, qui se ramifient dans la partie antéro-inférieure du corps et dans les téguments péribuccaux ;

Les nerfs 0, qui se distribuent dans le premier tiers du pied ;

Les trones 1, qui sont les grands nerfs pédieux, vont se ramifier dans les tissus des régions moyenne et postérieure du pied ;

Les deux filets nerveux 12, qui partent de la base des centres cérébroïdes (celui de gauche est un peu plus fort que son congénère), se réunissent un peu en arrière du collier pour former un nerf unique g, qui est le nerf génital : c’est lui qui est chargé de l’innervation des glandes hermaphrodites.

Du côté gauche, près du point de départ du nerf 12, se trouve un très petit ganglion, quelques cellules nerveuses seulement, relié au ganglion cérébroïde par un ou deux filets; ce ganglion produit deux nerfs très fins que Je n’ai pu suivre.

Ganglions buccaux. — Les connectifs cérébro-buccaux (nerfs 1) prennent naissance vers le milieu un peu externe de la face antérieure des ganglions cérébroïdes, à côté de l'insertion des nerfs 5.

Ces connectifs sont assez forts et courts ; ils viennent aboutir au bord supéro-externe des deux ganglions buccaux b, b. Ceux-ci, de forme ovoïde (la partie la plus en pointe étant dirigée vers la ligne médiane), sont deux fois plus longs que larges (fig. 10); ils sont reliés l’un à l’autre par une commissure un peu plus courte que leur grand diamètre. Ges

Expédition Charcot. — Vaxssière. — Mollusques Nudibranches, 4

26 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

ganglions sont situés comme toujours en avant du collier, contre la partie postérieure du bulbe, à la naissance de l’œsophage.

Presque du milieu de la commissure (un peu plus à droite chez ce Notaeolidia) sort le nerf radulaire 7, qui ne tarde pas à se bifurquer pour pénétrer ensuite dans les tissus entourant le fourreau de la radula.

Du bord inféro-externe de chaque ganglion part un seul gros tronc nerveux qui se ramifie bientôt ; la branche principale, le nerf æsophagien &, suit l’æsophage le long de sa partie latéro-ventrale, offrant de distance en distance de petits renflements ganglionnaires, que lon retrouve aussi à la surface de l'estomac. Sur toute sa longueur, ce nerf produit de nombreuses ramifications, qui pénètrent dans l’épaisseur des parois du tube digestif. Les autres branches du tronc vont se ramifier dans la musculature des parois de la cavité buccale; lune des ramifications, de chaque côté, se rend à la glande salivaire voisine, qu’elle innerve sur toute son étendue.

Organes des sens. — Les yeux et les otocystes sont très peu développés chez le Vofaeolidia gigas ; ces organes se trouvent placés de chaque côté du collier œsophagien, reposant presque directement sur la face postéro-latérale externe des centres cérébroïdes. En examinant avec soin, à l’aide d’une forte loupe, la face postérieure de ces ganglions, l'on distingue à peine ces organes sous l’aspect d’un point noir sous lequel se trouve un point blanc crayeux.

J'ai dit presque directement, parce que ces deux organes sont en réalité enchâssés dans un repli latéral d'une membrane conjonctive, qui se continue supérieurement par la base du nerf 3", nerf assez fort à droite, plus grêle à gauche. Par une dissection assez délicate, J'ai pu arriver à détacher ce repli membraneux de la surface du ganglion et séparer d’un côté ces deux organes (fig. 11).

L'examen au microscope permet de constater que l'œil est formé par une vésicule bien petite, surtout par rapport à la taille de ce Mollusque. Dans cette vésicule transparente, rattachée à la membrane par accolement et au ganglion par un nerf très court, se trouve, au-dessus d'un volumineux amas pigmentaire noir, un petit cristallin sphérique

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 27 très translucide; la substance fluide qui entoure ces parties est granuleuse.

L'otocyste, un peu plus petit que l’œil, est ellipsoïde et se trouve dans la même position que ce dernier, mais dirigé en sens inverse (fig. 11) et placé plus en dedans ; un filet nerveux très court et très grêle passant sous la base de l’œil le rattache au ganglion cérébroïde. Dans la cavité otocystaire un peu ellipsoïdale, se trouvaient encore quelques otolithes en forme de grains de mil.

Des organes sensitifs aussi rudimentaires doivent être d’une bien faible utilité pour le Vofaeolidia.

Au sujet des affinités zoologiques du MVofaeolidia, je suis en accord complet avec sir Ch. Éliot; ce Mollusque est bien un type devant être placé sur la limite de la grande famille des Æolididés, dans le voisinage de celle des Tritoniadés. Par la disposition de son voile céphalique réduit, garni de cirres hépatiques, il rappelle le genre Gomeolis créé par Bergh (1) en 1900, et quelque peu le genre Aero; par ses mâchoires et sa radula, il se rapproche des Æolididés vrais (Coryphella), des Gonieolis et quelque peu des Lomanotus et des Dendronotus.

La forme générale du tube digestif a surtout beaucoup d’analogie avec celle de ce même appareil chez le Lomanotus et types voisins ; et la glande hermaphrodite tend à se subdiviser en lobules distincts versant leurs produits dans un canal médian, comme chez les Scyllæa.

En somme, par ses affinités multiples, ce genre constitue un type ambigu pouvant servir de lien entre plusieurs groupes de Nudibranches, qui jusqu'ici paraissaient nettement distincts les uns des autres.

Genre CHARCOTIA nov. gen. (2).

« Corps allongé rappelant par sa forme celui des Tritoniadés. Face dorsale légèrement bombée, verruqueuse, présentant une paire de rhinophores cylindriques, un peu comprimés latéralement, placés côte à

(1) Nudibranchiæte Gasteropoda of the Danish Ingolf-Expedition, vol. Il, fase. 3, p. 35-40, pl. IV

et V.

(2) Dédié au chef de l'Expédition, le D' Charcot.

28 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

côte, pouvant être cachés par un grand voile péribuccal arrondi qui forme la face antérieure du corps et dont les bords se rejettent en arrière ; les flancs de l'animal sont plats, un peu inclinés de dehors en dedans; pied moins large que le dos, tronqué, arrondi en avant.

« Bouche en forme de fente verticale placée au centre du voile buccal ; anus vers le milieu de la longueur du flane droit; orifices génitaux distincts, le mâle placé en avant, au sommet d’un petit mamelon ; la vulve située un peu en arrière et cachée par un repli membraneux.

« Mächoires lamelleuses, cornées, convexes, offrant à leur sommet un prolongement conique prononcé avec replis transverses ; processus masticateurs peu étendus, à bord denticulé.

« Radula trisériée, ayant pour formule 1, 1, 1; la dent médiane très volumineuse, à cuspide très forte, de chaque côté de laquelle se trouvent des denticules; dents latérales en forme de lames quadrangulaires, courtes mais larges, dont le bord antérieur présente en son milieu une cuspide angulaire prononcée, de chaque côté de laquelle l’on a des denticules.

« Foie subdivisé en trois amas glandulaires, deux latéro-dorsaux symétriques longeant tout le corps, le troisième, le plus volumineux, occupant la partie postéro-centrale de la cavité du corps. Glande hermaphrodite mélangée à cette dernière masse hépatique; glandes génitales annexes peu développées ; pénis inerme.

« Collier œsophagien composé de quatre ganglions ovoïdes, presque accolés les uns aux autres, reliés au-dessous par une forte mais courte commissure interpédieuse. »

Charcotia granulosa nov. sp.

(PI. IL, fig. 25-34.)

«€ Coloration. — Sur cet animal conservé depuis longtemps dans l’alcool, tous les téguments étaient d’une teinte ocre gris, plus ou moins accentuée suivant les régions du corps; sommet ponctué de blane des nombreuses papilles verruqueuses à peu près égales, mais irrégulièrement disposées sur toute l’étendue de la face dorsale. Voile buccal

très grand, à surface chagrinée. Mâchoires à sommet en pointe très

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 29 prolongée et plissée transversalement; processus masticateur finement denticulé. Radula à dents médianes à très forte cuspide crochue, obtuse, arrondie, de chaque côté de laquelle se trouvent deux denticules grêles et inégaux; dents latérales lamelleuses très minces, deux fois et demie plus larges que longues, à cuspide droite peu volumineuse, de chaque côté de laquelle se trouvent douze à quatorze denticules arrondis peu marqués.

Dimensions : 14 millimètres de longueur sur 5 millimètres de largeur

maxima, et sur 3"”,) de hauteur.

Hagrrar. —- Baie ou port Charcot (ile Wandel, à 64 de longitude ouest et 65 de latitude méridionale; un seul spécimen dragué par 40 mètres de fond, le 4 avril 1904, et inscrit sous le n° 305.

L'aspect de ce Mollusque est assez singulier; parmi les Nudibranches connus, Je n'ai rien trouvé se rapprochant de ce curieux type antarctique ; il rappelle de loin les Æqgirus, mais ne possède pas de houppe branchiale dorsale, et ses mamelons palléaux sont tous d’une taille à peu près uniforme. Il ÿ a aussi chez lui quelque ressemblance avec les Tritoniadés, ressemblance extérieure, car son organisation l’éloigne aussi bien de ce groupe que de celui des Polycéradés ; toutefois je ne puis à son sujet formuler une opinion bien précise sur sa véritable situation systématique, son organisation interne ne m'étant pas suffisamment connue ; elle offre certainement beaucoup d’analogie avec le genre précédent (Wofaeolidia); mais c’est à la section des Téthymélibidés de la grande famille des Tritoniadés que ce nouveau genre doit appartenir momentanément.

Malgré son séjour de deux années dans l'alcool, ce Mollusque offrait encore une teinte a peu près uniforme d’un ocre grisätre, coloration qui me paraît être un reste de celle que ce Mollusque devait avoir lorsqu'il était vivant et qui probablement se rapprochait beaucoup d’un jaune-ocre plus ou moins vif.

Comme on peut le constater sur la figure 25, vu de dos, le Charcotia granulosa présente une surface palléale assez étendue qui cache tout le reste du corps, sauf un grand repli membraneux en forme de capsule

qui enchâsse toute sa partie antérieure; le manteau est à peu près

30 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

plat, si ce n’est vers le milieu, qui est légèrement bombé. Sur toute son étendue, cette partie du corps est couverte de petits tubercules assez nombreux, de même taille et disposés sans régularité.

Ces tubercules sont arrondis, à surface finement granuleuse (fig. 27), avec des ponctuations blanches à leur sommet. Examinés par transparence, ces tubercules montrent dans leur épaisseur de grosses cellules ovoïdes, jaunâtres, qui me paraissent être des éléments hépatiques arrivant jusqu'à ce point ; en effet, en étudiant la surface interne des téguments dorsaux, l’on constate que deux volumineux prolongements du foie viennent adhérer à celle-ci et envoient de fines ramifications à la base de ces tubercules. Je considère ces derniers comme représentant des cirres atrophiés, et cela me paraît être d'autant plus la vérité que l’organisation interne de ce type de Mollusque se rapproche surtout de celle des Æolididés.

A la partie antérieure du dos, presque cachés par le voile buccal, se trouvent les rhinophores; ces deux tentacules, placés côte à côte, sont cylindriques, comprimés latéralement surtout en arrière, et lisses dans toute leur étendue. Ces organes sont proportionnellement de petite taille et non rétractiles.

En avant, se trouve une vaste expansion membraneuse qui forme toute la partie antérieure de cet animal; cette expansion, que je nomme voile buccal, offre en son milieu une fente verticale qui est la bouche (fig. 26). Quelle doit être la position normale de cette expansion chez l'animal vivant ? Est-elle rejetée en arrière comme nous la trouvons ici, ou bien était-elle dirigée en avant en forme de véritable voile buccal, comme cela s’observe chez les Melibe ?

Ce voile est entier, c’est-à-dire ne présente pas à sa partie inférieure d'échancerure ; la surface que nous montre la figure 26, et qui est toute chagrinée, peut se subdiviser en une portion réellement péribuccale faisant corps avec les téguments, et un prolongement membraneux libre occupant le pourtour supérieur et latéral du voile ; ces deux régions, qui ont le méme aspect, sont séparées l’une de l’autre par un sillon marqué, mais peu profond, Le bord libre de la portion membraneuse présente

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 31 en son milieu, c’est-à-dire même à sa partie supérieure, une forte et large dentelure arrondie.

Les flancs du Charcotia granulosa sont lisses et un peu inelinés de dehors en dedans; du côté droit s’aperçcoivent les orifices génitaux et l'anus. Celui-ci est placé à égale distance du dos et du pied, sur uu mamelon situé vers le milieu du flanc droit; l’orifice mâle, tout à fait en avant, se trouve au sommet d’une sorte de prolongement conique en partie recouvert par le voile buccal dans mon dessin (fig. 26) de la partie antérieure du corps, vue un peu de profil; enfin l'orifice femelle, qui est assez vaste, est caché par un repli membraneux dont le bord inférieur libre est convexe.

Le pied, sensiblement moins large que la face dorsale, a son bord antérieur tronqué avec angles arrondis; ses bords latéraux, légèrement sinueux, serapprochent progressivement et vont finalement se rencontrer même au-dessous de la pointe terminale du dos.

Appareil digestif. — Pour ne pas trop abimer les téguments de ce Mollusque et pouvoir cependant étudier son organisation interne, j'ai incisé latéralement des deux côtés du corps, et j'ai rabattu en avant tout le manteau ; l’ensemble des divers appareils se trouvait ainsi à découvert.

Même en avant, l’on voyait le bulbe buccal, qui forme un corps ovoïde deux fois plus long que large; sa partie antérieure (fig. 29) offre un fort muscle annulaire, sorte de sphincter, qui maintient rapprochées les deux mächoires. Celles-ci occupent les parties latérales du bulbe, le reste étant représenté par un lacis de bandelettes musculaires s’entrecroisant, ou par le point de départ de l’æsophage sous lequel se trouve le prolongement cæcal du fourreau radulaire.

Les mäâchoires constituent deux pièces lamelleuses convexes extérieurement, concaves intérieurement, d’un beau jaune ambré, translucides, remarquables par le prolongement considérable de leur sommet ou apex en une forte arête conique ; cette arête présente sur toute la longueur de sa face interne de forts plis transverses légèrement dentelés (fig. 30 et 31). Il n’est à ma connaissance aucun type de Nudibranches ayant des mâchoires possédant un sommet semblable.

32 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

La forme générale de chacune des mâächoires est comme d'ordinaire triangulaire, seulement les côtés sont ici très inégaux ; le bord inférieur, de beaucoup le plus long, est convexe, tandis que le bord postérieur, fortement oblique, est échancré dans sa partie moyenne, et le bord supérieur très court, rejeté presque en avant, porte en son milieu un petit processus masticateur, finement denticulé sur toute sa longueur.

La radula du Charcotia granulosa repose sur une langue ou rotella en forme de lame de couteau, à arête assez arrondie ; elle se compose de 52 à 54 rangées de dents, dont la formule est 1, 1, 1.

Les dents médianes d’une coloration blanche hyaline, légèrement jaunâtre, présentent une très forte cuspide crochue, recourbée vers le fond de la bouche ; cette cuspide, très arrondie à son sommet, se continue en arrière par une lame en forme d’éperon qui pénètre dans la partie concave de la face antérieure de la dent qui la suit (fig. 32 et 33). De chaque côté de la partie crochue se trouvent deux denticules; l’interne, assez allongé, grêle, est libre dans toute sa longueur ; l’externe, moins long, aussi grêle, semble accolé à la face latérale de la dent et n'être qu'un prolongement angulaire de celle-c1.

La base de ces dents forme une sorte d'arcade plus large que haute et profonde, par suite de l'épaisseur considérable de ces pièces.

Les dents latérales paraissent être des organes en voie de régression ; elles sont représentées de chaque côté par des lames quadrangulaires deux fois et demie plus larges que longues, dont le bord postérieur se prolonge en pointe en son milieu; cette pointe, sorte de cuspide droite, offre de chaque côté de 12 à 14 dentelures un peu irrégulières (fig. 34).

L'œsophage est relativement court chez le Charcotia granulosa; son diamètre est peu considérable au début, et c’est après avoir traversé le collier æsophagien qu'il se renfle pour former l'estomac; celui-ci constitue une vaste cavité allongée, de laquelle partent cinq prolongements tubulaires de grosseurs inégales ; l’un d’eux, qui se continue en arrière, forme le volumineux tube excréteur du lobe hépatique médian ; les quatre autres, beaucoup plus petits, se dirigent vers les amas palléolatéraux du foie. Cette glande, annexe de lappareil digestif, se trouve être divisée ici

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 23

comme chez les Nofaeolidia; le lobe médian, qui est de beaucoup le plus volumineux, repose sur les téguments ventraux; seulement ses acini chez le Charcoha, sont plus ou moins mélangés aux acini de la glande hermaphrodite, et le tout remplit presque la moitié postérieure de la cavité générale du corps; quant aux lobes latéraux constitués rien que par du tissu hépatique, ils forment de chaque côté une bandelette glandulaire encastrée dans l’angle formé par le point de jonction des téguments palléaux et latéraux de droite ou de gauche.

La coloration du foie est d’un jaune-ocre clair.

L'intestin prend naissance sur la partie postéro-latérale droite de l'estomac ; il décrit une légère courbure en arrière, puis se dirige sur le côté pour aller se terminer à l’orifice anal ; son calibre est peu considérable et le même sur toute sa longueur.

La coloration des parois du tube digestif, de la région œsophagienne à l'extrémité de l'intestin, est d’un blanc hyalin; ces parois sont peu épaisses, et la moindre traction les déchire. Lisses extérieurement, elles offrent à leur face interne des plis longitudinaux qui ne sont bien marqués qu'au début de la région intestinale ; ces plis sont soutenus par des bandelettes musculaires que l’on peut facilement dissocier. Un revêtement épithélial continu, sans trace d'aucune pièce cornée, tapisse tout l’intérieur du tube digestif.

Appareil génital. — La glande hermaphrodite avait ses lobules intimement mélangés à ceux du foie, et la coloration de ces deux organes étant la même, il ne m'a pas été possible de les séparer même partiellement. De l’amas hépatico-hermaphrodite, partait un canal sinueux qui se rendait aux glandes annexes de l'appareil, celles-ci n’offraient pas, chez le Charcotia, un bien grand développement, comme on peut le constater sur la figure 28.

Le glande de la glaire G, G, forme une masse floconneuse bilobée, qui adhère aux parois de l'utérus; je n’ai pas distingué dans le tissu hyalin de portion d’un blanc mat, à aspect granuleux, que l’on püût considérer comme représentant la glande de l’albumine. L’utérus « est ici très volumineux, de forme cylindrique, un peu comprimé et légèrement plus renflé dans sa partie libre ; ses parois épaisses, d’un blanc laiteux,

Expédition Charcot. — NayssièRe. — Mollusques Nudibranches. y

31 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

s'enfoncent dans l'épaisseur des téguments à la hauteur de l’orifice femelle, dont j'ai déjà indiqué la position.

Da milieu des parois antérieures de l'utérus part un tube sinueux blanchâtre, pas très long, qui se dirige vers le sommet d’un corps cylindroconique placé en avant ; ce tube n’est autre que le conduit déférent cd, qui se rend à la base du pénis. La gaine de l'organe reproducteur présente dans sa longueur quatre étranglements annulaires (fig. 28) assez marqués, surtout le dernier ; ses parois assez épaisses ont une coloration d’un blanc nacré qui fait ressortir cet organe du milieu des viscères voisins ; à l’intérieur, la gaine offre des plis longitudinaux sur sa surface.

En l’incisant sur toute sa longueur, l’on met à nu l'organe copulateur; celui-ci, de forme cylindro-conique, inerme, d'une teinte blanche un peu hyaline, était relativement court chez cet individu, puisqu'il avait environ le tiers de la longueur de la gaine ; mais, au moment de la copulation, son volume doit être beaucoup plus considérable.

Système nerveux. — De ce système organique je n'ai pu étudier que le collier œsophagien ; celui-ci se compose, chez le Charcotia, de deux paires de ganglions volumineux reliés inférieurement par de courtes commissures. Les deux ganglions cérébroïdes sont représentés par deux masses nerveuses ovoïdes, disposées transversalement, accolées l’une à l’autre par leur région la plus renflée; au-dessous de ces centres, mais un peu latéralement, se trouvent les ganglions pédieux, presque soudés aux précédents, sensiblement de même forme et de même volume. Les centres pédieux sont réunis l’un à l'autre par une forte bande nerveuse, ayant à peine les deux tiers du diamètre de l’un de ces ganglions ; dans l'épaisseur de cette bande devaient se trouver les diverses commissures sous-æsophagiennes, mais il ne m'a pas été possible de les voir, pas plus que l'insertion des divers troncs nerveux du collier, ainsi que les ganglions buccaux.

Marseniopsis antarctica nov. sp.

(PL IV, fig. 54-63.)

« Coloration d’un jaune-paille à la face dorsale du manteau et d’un blanc jaunâtre dans les autres régions du corps.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 35

ES

« Manteau très épais, très étendu, à contour entier, légèrement

mamelonné à sa face dorsale, aspect dû probablement à l’action de l'alcool.

« Mâchoires très petites, dont les pièces constitutives ont leur surface externe en forme de coin.

« Radula ayant pour formule 2, 1, 1, 1, 2. Dent médiane courte, large, presque carrée, son bord libre supérieur se continuant par une cuspide recourbée, de chaque côté de laquelle se trouvent 9 à 10 denticules; dent intermédiaire forte, très crochue, avec 3 denticules sur sa face interne et seulement des plis obliques sur sa face externe; première dent latérale cylindro-conique, erochue et lisse; deuxième dent latérale de même forme, mais plus grêle et moins crochue.

« Coquille très grande, très convexe, à bords entiers, à test calcaire blanchâtre peu résistant et lisse, constituée par trois tours complets, le dernier formant plus des neuf dixièmes de son volume total.

« Dimensions de l'animal : longueur, 90 millimètres; largeur maxima, 61 millimètres, et hauteur maxima, 36 millimètres. »

« Dimensions de la coquille : longueur, 50 millimètres sur 35 millimètres de large et 20 millimètres de hauteur. »

Hagrrar. — Ile Wandel par 655’ de latitude sud, à la station d'hivernage, dragué par 30 mètres de fond, le 19 décembre 1904, et inscrit sous le n° 732.

C'est d’après un seul spécimen rapporté par l'expédition qu'il m'a étè possible de créer cette nouvelle espèce de Marseniopsis, qui a assez de ressemblance avec le Marseniopsis Murrayi de Bergh ; comme celle-ei et les deux autres connues (M. pacifica Bergh et M. Wilsoni E.-A. Smith), elles appartiennent toutes les quatre aux régions australes. Le NW. pacifica a été pris aux îles Kerguelen ; le NM. Murrayi à Vile Marion; et le M. Wülsoni, à Port-Philip-Bay (sud de l'Australie).

Le facies de ce Mollusque est bien celui de la plupart des Marséniadés ; le manteau est ici très vaste et déborde largement tout autour. Les tissus tégumentaires ont une certaine transparence, une hyalinité que l’on retrouve chez les types voisins, et cela malgré un séjour de plus d'un an dans l’alcool; la coloration générale est jaune clair, mais à la

36 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

face dorsale du manteau elle prend une teinte plus accentuée, celle de la paille mouillée, qui chez l'individu vivant était peut-être orangée. ixposée à l’air et après un séjour de quelques heures dans l’eau, toute la partie centrale du manteau a bruni et a pris une teinte gris noirâtre.

La surface de ces téguments était lisse, avec des mamelons de grosseurs irrégulières dus surtout à l’action de l’alcool sur ces tissus.

Le pied, chez ce Marseniopsis, est petit, tronqué en avant, atténué en arrière ; ses dimensions sont de #1 millimètres de longueur sur 19 millimètres de largeur maxima. Les tissus qui le constituent sont plus résistants que ceux du manteau, également mamelonnés, et d'une coloration blanc jaunâtre.

En incisant latéralement sous les rebords du manteau, l’on pénètre dans la cavité coquillière, cavité tapissée dans toute son étendue par une membrane conjonctive très fine. Rejetons le manteau totalement et enlevons la coquille, nous avons alors une masse ovoide de 60 millimètres de long sur 40 millimètres de large, qui forme presque tout le corps de cet animal; en avant se trouve le mufle avec les deux rhinophores; en dessous, le pied, dont l'extrémité postérieure s'aperçoit un peu.

Sous la membrane qui formait le plancher de la cavité coquillière est placée la cavité branchiale, qui occupe toute la moitié antéro-dorsale du corps. À l'intérieur de celle-ci, fixées contre le plafond, se trouvent deux branchies disposées parallèlement en long, mais très différentes de forme et de grandeur ; celle de droite en forme de peigne incurvée est très grande, elle a 24 millimètres de longueur; ses feuillets branchiaux très nombreux (près de 200) sont dirigés de la ligne médiane du corps vers le flanc droit et ont de 4 à 8 millimètres de longueur. La branchie de gauche est petite (12 millimètres sur 5 millimètres) et bipennée ; les pinnules ou lamelles sont inégales en longueur, celles de gauche ayant à peine la moitié de la taille de celles de droite. L'ensemble de ces deux organes avait beaucoup de ressemblance avec les branchies du type suivant, le Lamellariopsis Turqueti, que j'ai représentées à la planche IV (fig. 44); seulement, chez le Marseniopsis antarctica, V'inégalité de la taille des branchies est beaucoup plus considérable.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 37

A la face inférieure de cette cavité du côté droit, en avant et près de l'orilice anal, se trouvait un organe copulateur considérable, en pleine érection, contourné sur lui-même et dont l'extrémité libre était dirigée en arrière.

Pénis. — Cet organe est proportionnellement très développé chez le Marsemiopsis antarctica ; placé sur le côté droit de la tête, entre le pied et le manteau, il formait un volumineux corps eylindro-conique, enroulé une fois sur lui-même; à peu de distance de son point de sortie, il atteint son diamètre maximum, puis il diminue progressivement pour arriver à son extrémité libre à n’avoir plus que la moitié de cette largeur (fig. 55).

Cette extrémité offre l’aspect d’une sole inclinée, d’un prolongement biseauté au-dessus duquel se trouve un bourrelet demi-cireulaire ; un peu en avant et à droite de ce repli, l’on a un petit tubercule conique, légèrementrecourbé, au sommet duquel vientse terminer le canal déférent.

L'intérieur de l'organe copulateur est rempli par du tissu musculaire lâche, que traversent les sinuosités du canal déférent, sinuosités que l’on distingue peu par transparence.

Bulle buccal. — Get organe est proportionnellement très petit ; il ne mesurait que 10 à 11 millimètres de longueur sur 5 millimètres de largeur ; ses parois sont blanchâtres et assez molles. Chez notre individu, le bulbe était engagé dans la trompe, qui se trouvait en partie dévaginée.

Sur le milieu de la face postérieure du bulbe, l’on aperçoit le eæcum radulaire ici relativement court, car, enroulé sur lui-même, il ne décrit qu'un tour.

En ouvrant longitudinalement cet organe par la face dorsale, l’on trouve un peu en avant, sur les parois latérales de la cavité buccale, les deux mâchoires représentées chez le WMarseniopsis antarctica par deux lames cornées, étroites, dirigées obliquement d'avant en arrière et de haut en bas; ces deux lames sont d’une teinte jaune peu vive. Leurs dimensions sont de 3**,4 de long sur 1"",5 de large; malgré leur petite taille, elles occupent à peu près les deux tiers de l’ouverture, ne laissant un peu de vide que sur la ligne médiane à la face dorsale et surtout à la face ventrale.

38 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

Détachées des parois et examinées sous le microscope, elles présentent à leur surface interne un fin quadrillage, chaque carré offrant l'aspect d’un losange incomplet ou d’un coin (fig. 58); en dissociant un fragment d'une de ces mächoires, l’on constate que chaque losange n’est que le sommet d’un des nombreux bâtonnets (fig. 57) chitineux dont l’ensemble forme la lame maxillaire. Chaque bâtonnet, dont la longueur varie du simple au triple, suivant sa position, — les plus longs étant vers le milieu, les plus courts vers les bords latéraux de la lame, — offre de fines striations transversales sur toute sa surface.

Radula. — Chez cette espèce, le ruban radulaire n’est pas très long ; en dehors de la portion étalée sur la ro/ella et de celle qui s'enfonce dans la masse musculaire de celle-ci, nous n'avons qu'un prolongement ‘æcal décrivant à peine un tour entier. Le fourreau est ici bien loin d’avoir la longueur qu’il présente chez beaucoup d'espèces de Marséniadés.

Sur le mamelon lingual ou rotella, la portion étalée est constituée par une vingtaine de rangées de dents ; n'ayant pas voulu extraire en entier la radula pour ne pas trop abîimer cet unique échantillon, je ne puis donner que vaguement le nombre approximatif des rangées, nombre qui ne doit pas excéder 100.

La formule radulaire est de 2, 1, 1, 1, 2.

La dent médiane (fig. 60 #7 et 61), lamelleuse, pentagonale, offre à sa partie supérieure une cuspide crochue assez longue, de chaque côté de laquelle se trouvent neuf à dix dentelures. Dans la figure 60 72, la dent médiane étant vue un peu obliquement, quelques dentelures sont cachées par la cuspide, tandis que sur la figure 61, le sommet seul étant représenté, toutes les dentelures sont bien visibles.

La dent intermédiaire (fig. 59, 60 2 et 62) ou latérale de certains auteurs est forte, très crochue, sa cuspide portant du côté interne un prolongement, une sorte de crête avec trois dentelures ; du côté externe, la crête est moins prononcée, et elle n'offre que des striations obliques. La face postérieure est très concave; l’antérieure, convexe supérieurement, possède dans sa moitié inférieure un creux très considérable pénétrant dans la substance dentaire; ce creux sert à loger l'apophyse,

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 39

sorte d'éperon que présente la dent placée derrière elle. Cette disposition donne plus de stabilité à ces pièces.

Les deux dents latérales (fig. 60 7, /', et 63) ou marginales sont cylindro-coniques et erochues; dans leur position naturelle, en place sur le mamelon radulaire, elles se recouvrent l’une l’autre, ainsi que l’intermédiaire placée sur leur côté. La première est sensiblement plus grosse et plus crochue, l’autre est plus grêle et moins recourbée.

La coloration de toutes ces pièces est d’un jaune ambré plus ou moins accentué, suivant la grosseur de la dent examinée.

Coquille. — Chez cet individu, cet organe testacé était très mal conservé ; je n'ai trouvé dans la vaste cavité coquillière qu’une membrane incomplètement calcifiée, toute plissée, ayant des adhérences avec les parois palléales ; elle était même déchirée en plusieurs points, et c’est avec peine que j'ai pu l’extraire pour l’étudier.

Les deux premiers tours, les moins abîmés, ont pu être dessinés grandeur naturelle (fig. 54) avec un fragment du dernier.

La forme générale de la coquille du Marseniopsis antarctica est celle des coquilles des Warsenia et des Marsenina; mais, vu l'importance des parties manquantes, je n’ai pu en faire un croquis d'ensemble exact.

En bon état, cette coquille devait avoir 50 millimètres de long sur 35 millimètres de large et au moins 20 millimètres de haut; elle m'a présenté trois tours complets de spire; le diamètre des deux premiers est de 16 millimètres seulement, le troisième constituant le reste, soit les neuf dixièmes de la surface totale de la coquille.

Si les parois de celle-ci étaient peu épaisses et réduites par place à la cuticule externe, cela tient d'une part à la chute de fragments nombreux du test sous l'influence des contractions de ce Mollusque au moment de son immersion dans l'alcool, et surtout par suite des pressions nombreuses dues aux manipulations diverses (les changements de bocaux, examen de l'animal); d'autre part, à l'effet acide de l'alcool qui a aminci le test calcaire et diminué sa résistance dans la partie la plus étalée.

La surface de cette coquille paraît lisse, ses stries d’accroissement sont peu visibles, même sous la loupe.

Telles sont les quelques indications zoologiques et anatomiques qu'il

40 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

m'est possible de donner sur cette espèce de dimensions considérables, qui est, je crois, la plus grande de toute la famille des Marséniadés.

Genre LAMELLARIOPSIS nov. gen.

« Bouclier dorsal ou manteau étendu, recouvrant normalement tout le corps et contenant dans son épaisseur la coquille ; ce manteau est ovalaire, entier, avec prolongement siphoniforme ou rostre allongé en avant; sa surface dorsale est couverte de forts replis verruqueux disposés en réseau. Pied peu volumineux, allongé, tronqué en avant, atténué en arrière.

« Mâchoires peu étendues formées par une multitude de petites pièces chitineuses courtes, à surface externe en losange. Radula assez large, longue, ayant pour formule 2, 1, 1, 1, 2; dent médiane subtrigone, recourbée à son sommet, à cuspide centrale de chaque côté de laquelle se trouvent quelques denticules ; dent intermédiaire forte, peu large, crochue avec quelques denticules à sa face interne et un seul à sa face externe ; dents latérales étroites, crochues, avec ou sans denticules rudimentaires. Coquille interne, fragile, calcaire, épidermée, paucispirée, très auriforme, translucide ; tours convexes comprimés ; ouverture entière, ovale. »

Lamellariopsis Turqueti nov. sp. (1).

(PL. IV, fig. 42-53.)

«Coloration d’un beau rose (rose rougeâtre) à la face dorsale du manteau et d’un blanc jaunâtre à la face inférieure de cet organe, ainsi que sur tout le reste du corps.

« Manteau ayant à sa face dorsale de forts replis verruqueux formant une vingtaine de mailles irrégulières et de grandeur très différente, avec intervalles très creux et lisses.

« Radula contenant plus d'une centaine de rangées ayant pour formule, 2, 1,1, 1, 2; dent médiane à cuspide angulaire très pointue avec

3 ou 4 denticules un peu crochus de chaque côté.

(1) Dédié au D° Turquet, membre de l'expédition.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 4

« Coquille blanchâtre opalin, translucide, assez bombée, haliotidiforme, ayant près de deux tours de spire. Surface externe lisse avec stries d’accroissement à peine visibles. »

Dimensions de l'animal : 17 millimètres de long sur 13 millimètres de largeur maxima.

Dimensions de la coquille : 11 millimètres sur 8 millimètres.

Hagirar. — Baie Biscoë à l'ile d'Anvers, par près de 64° de longitude ouest et de 64° 45’ de latitude sud ; un seul individu dragué à 110 mètres de profondeur le 11 février 1905, et inscrit sous le n° 871.

Le vaste manteau de ce Mollusque avait conservé encore à sa face dorsale, malgré son long séjour dans l'alcool, une belle coloration rose rougeûtre ; cetle coloration n'était pas uniforme, certains points étaient plus vivement colorés, d’autres moins, suivant la quantité de cellules pigmentaires (fig. 46) d’un rose rouge placées sous l’épiderme. A la face inférieure, le manteau était blanc jaunètre, ainsi que son prolongement siphonal ; la même teinte se retrouvait sur toutes les autres parties du corps.

La face dorsale du manteau offre chez le Lamellariopsis Turqueti un aspect bien différent de celui que présente le manteau chez tous les autres types de Marséniadés; ce sont de forts bourrelets charnus, muriformes, anastomosés entre eux et constituant de grandes mailles (une vingtaine) irrégulières comme forme et comme dimensions. Aux points de jonction de ces bourrelets, la partie mamelonnée ou muriforme est plus élevée, offrant l’aspect de framboises. Les cavités comprises entre ces bourrelets sont assez profondes et à surface lisse (fig. 42).

Ces téguments sont mous; ils présentent à leur surface externe un revêtement épithélial de grosses cellules cunéiformes, qui reposent sur une assise assez lâche de cellules arrondies, au milieu desquelles se trouvent de-ci, de-là, des cellules pigmentaires rose rouge, éparses ou disposées en groupe suivant les points étudiés. Au-dessous, l’on a la couche dermique proprement dite, constituée par un réseau de fibres conjonctives entrelacées.

Le pied est proportionnellement petit; sa partie antérieure tronquée offre un double bourrelet, comme on peut le constater sur la figure 43, et

Expédition Charcot. — Vayssière. — Mollusques Nudibranches. 6

42 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS

entre lui et le bord antérieur du manteau nous avons la trompe, ici assez longue, cylindrique, lisse, terminée par un léger renflement, au centre duquel se trouve la bouche.

Les rhinophores cylindro-coniques, avec leur petit renflement oculaire sur leur face externe, sont disposés de chaque côté de la trompe, qu’ils ne dépassent pas en longueur.

Branchies. — Si l'on incise latéralement et en avant le manteau, de manière à le détacher en partie du reste du corps, l’on met à découvert la cavité branchiale, qui normalement ne communique avec l'extérieur que par un petit orifice. Cette cavité, placée sous le bord antérieur de la coquille, contient les orifices anal et génital, qui s'ouvrent sur la partie droite et assez en avant.

L'appareil respiratoire est constitué chez les Marséniadés par une grande branchie cténiforme et une branchie penniforme plus petite ; l'inégalité des deux branchies est parfois très grande chez certains types de Marséniadés, mais, chez les Lamellariopsis Turqueti, la branchie cténiforme n’est guère plus de deux fois plus grande que l’autre.

Disposée en forme de croissant (fig. 44), la branchie cténiforme possède une cinquantaine de lamelles respiratoires qui sont plutôt des sortes de bätonnets accolés les uns aux autres et libres sur une partie de leur longueur; ces lamelles sont inégales, les plus longues au centre ; puis la taille va en diminuant de chaque côté, et les derniers sont à peine moitié moindres.

La branchie penniforme, enchässée dans la concavité présentée par la précédente, est plus petite; elle est constituée par une double rangée de lamelles disposées symétriquement de chaque côté d'un axe surélevé ; ces lamelles, au nombre d’une vingtaine, sont deux fois plus longues du côté interne que du côté externe.

Sur cet unique individu, je me suis contenté d'étudier en fait d’organes internes les mâchoires, la radula et la coquille ne voulant pas trop détériorer ce spécimen, d'autant plus que son collier œsophagien m'a paru être semblable à celui des autres Marséniadés.

Mächoires. — À l'entrée de la cavité buccale, latéralement, se trouvent

deux petites lames jaunâtres, très légèrement arquées, la partie convexe

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. 43

dirigée en avant; ceslames, trois fois plus longues que larges, n’occupent

guère à elles deux que la moitié de la circonférence de la bouche (fig. 47).

Examinées sous le microscope, la surface externe de ces lames offre un aspect quadrillé, un peu irrégulier en avant, mais dans l’ensemble et surtout en arrière, c’est la forme en losange qui domine (fig. 48).

Si l’on dissocie les pièces d’un fragment d'une de ces lames, lon constate que les bâtonnets sont courts, plus ou moins prismatiques et proportionnellement volumineux ; sur leur longueur, ces pièces présentent des striations plus accentuées inférieurement ; leur surface externe est toujours lisse, quelle que soit sa forme.

Radula. — Cet organe est assez long, car, en dehors de la portion étalée sur la rotella et de celle incluse dans la masse musculaire linguale, il y a encore une portion au moins deux fois plus longue, enroulée à la face postérieure du bulbe buccal.

La formule dentaire est 2, 1, 1, 1, 2; quant au nombre de rangées, il est de plus d’une centaine. Toutes ces pièces sont d'un jaune hyalin très pâle.

La dent médiane 7» (fig. 51) est constituée par une lame deux fois plus longue que large, recourbée et terminée par une cuspide très pointue et très crochue, de chaque côté de laquelle se trouvent 3 ou # denticules arrondis, peu proéminents.

Les dents intermédiaires : sont massives, crochues, pas très larges; sur leurs faces latérales, elles présentent du côté interne 2 ou 3 denticules et du côté externe un seul. Aleur portion basilaire volumineuse, elles offrent sur leur face convexe une grande cavité médiane dans laquelle se loge le talon de la dent intermédiaire placée à la suite (fig. 52).

Les dents latérales / sont sensiblement moins grosses que les intermédiaires ; cependant, chez le Lamellariopsis, il ÿ a moins de différence entre elles que ce que l’on constate entre les mêmes pièces chez la plupart des Marséniadés.

La première dent latérale est près de deux fois plus forte que l’autre ; elle possède en outre le long de sa face interne un petit denticule que

l’on distingue par transparence dans la figure 51, denticule qui n'existe pas le long de la deuxième dent latérale.

Coquille. — Les dimensions de cet organe sont environ les deux tiers de celles de ce Mollusque, comme on a pu s’en rendre compte par notre diagnose spécifique.

Le test est d’une coloration blanchätre, un peu opalin et translucide, malgré son séjour assez long dans l'alcool, qui ne peut qu’augmenter l'opacité de la coquille; la forme est celle d’une haliotide assez bombée ou encore de la coquille du Marsenia perspicua ; toutefois je ne suis pas trop certain de la terminaison du dernier tour, la coquille étant brisée chez cet individu, et il se pourrait qu'il y eût une légère différence entre mon dessin (fig. 45) et la réalité. Le nombre de tours n'est pas tout à fait de deux; le premier, qui est petit, représente à peine le dixième du volume total et débute par un épatement calcaire en forme de virgule.

La surface de ce test est lisse, sauf une striation d’accroissement très fine que l’on ne distingue qu'avec l’aide d’un grossissement de douze à quinze fois ; mais, sous le microscope, avec un grossissement d'environ 100 fois en diamètre, la surface de la coquille paraît alors très finement chagrinée.

Dans ce nouveau genre, c'est surtout la structure spéciale de la face dorsale du manteau qui constitue le caractère principal, celui qui nous frappe à la première inspection de ce Mollusque et dont nous ne trouvons aucune trace chez les-autres Marséniadés ; quant aux autres caractères, ceux tirés de la radula, des mâchoires et de la coquille, ils sont de moindre importance et rappellent beaucoup ceux des mêmes organes

dans les genres Warseniopsis et Marsenina.

Rhodoplana nov. gen.

(PI. I, fig. 35-38.)

« Coloration. — Cet animal, conservé dans l'alcool, avait une coloration à peu près uniforme, d’un blanc crémeux. « Vu de dos, il présente à la fois l'aspect d’un ZLimapontia et d’un

Geoplana ; vu par la face ventrale, il ressemble davantage au Geoplana. Téguments mous, assez épais, sans trace de spicules dans leur épaisseur.

« Bouche antéro-ventrale, pas d’anus.

« Bulbe buccal très volumineux en forme de tronc de cône, à parois épaisses, sans traces de mâchoires ni de radula, donnant accès dans une immense cavité gastrique occupant presque toute la cavité viscérale ; la majeure partie des parois à revêtement interne granuleux de cette cavité faisait corps avec les téguments.

« Système nerveux constitué par deux ganglions ovoïdes, accolés l’un à l’autre, placés sur la partie antéro-supérieure du bulbe ; des bords externes de ces ganglions partent de nombreux nerfs. Une paire d’yeux rudimentaires, très courtement pédonculés, reposent sur la face supéropostérieure de ces organes.

« Un certain nombre de bandelettes musculaires sont chargées de faire mouvoir le bulbe.

« Organes génitaux et excréteurs (?)

« Dimensions : longueur, 7 millimètres; largeur maxima, 8 milli-

mètres. »

Hagirar. — Ile Wandel, sous les galets de la plage ; longitude ouest, 64°, et latitude sud, 65°,5; un seul individu inserit sous le n° 617.

Quel rang assigner à cet animal dont nous faisons l'étude en dernier lieu ; est-ce un Mollusque, est-ce un Ver Platelminthe ?

Je crois que c’est dans ce dernier groupe du règne animal que nous devons le placer, tant son organisation interne est rudimentaire : c’est près du genre Ahodope, dont une étude anatomique assez complète nous a été donnée en 1882, par L. von Graff, dans le Worphologisches Jahrbuch (t. VII, fase. 1). Il ne m'est pas possible de faire de ce type des régions antarctiques une description aussi détaillée que celle que Graff a faite du Æhodope Veranü; j'ai dû me contenter, avec un seul spécimen conservé dans l’alcool depuis deux ans, de décrire le facies de cet animal contracté et de donner quelques indications sur son organisation interne rudimentaire.

16 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

Ce type doit-il faire partie du genre /ihodope ? Je ne le crois pas pour les raisons suivantes : la partie centrale de son système nerveux est beaucoup moins ifnportante et n'offre pas de collier æsophagien. Le bulbe buccal est ici très volumineux ; par sa taille et par ses parois très épaisses, il rappelle tout à fait celui des Rhabdocæles vrais.

Ce sont ces différenciations organiques importantes qui m'ont amené à créer pour cet animal un genre nouveau, que l’on peut placer dans l’ordre des Turbellariés Rhabdocæles, entre les Geoplanida (1), avec lesquels il offre assez d’analogie, surtout dans sa forme extérieure, et les Rhodope, dont l’organisation interne offre quelque analogie avec celle de cet animal.

Je désignerai sous le nom de Ahodoplana ce nouveau type zoologique rouvé sous les galets, le long de la plage de l'ile Wandel, par 65°5" de latitude et 64° de longitude ouest de Greenwich, et inscrit sous le n° 617 ; la dénomination spécifique de Wandeli indiquera son habitat.

Examiné extérieurement, cet animal a l'aspect de nos petites Limaces grises contractées, mais avec les téguments complètement unis, continus, sans trace de région dorsale un peu surélevée, pouvant être considérée comme une région palléale (fig. 35).

Le corps du ÆAodoplana est allongé, tronqué, arrondi en avant, en pointe en arrière ; sa face dorsale est très bombée, sa face ventrale plane se prolongeant pour former l'extrémité d'une sorte de région pédieuse. En avant, au centre d'un plan incliné d'avant en arrière et de haut en bas, se trouve l’orilice buccal (fig. 36).

La surface des téguments est à peu près lisse, sauf de fines et légères striations transversales qui ne sont visibles que le long des flancs, et qui doivent être le résultat de la contraction des tissus sous l’action de l'alcool; ces téguments sont constitués par une trame de fibres conjonctives sur laquelle repose une couche de cellules ovoïdes, nucléées, avec granulations opaques. Cest cette couche qui forme le revêtement blanchätre du corps. Pas de traces de spicules dans l'épaisseur des téguments ; cette absence n'implique pas la non-existence

(4) L. vox Grarr, Monographie der Turbellarien, vol. I, — Tricladida Terricola (Landplana- 1ien), Leipzig, 1899.

MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS. AT

de ces corpuscules, attendu que l’action plus ou moins acide de l'alcool a pu en déterminer la disparition. Je crois cependant que les téguments du /ihodoplana n’en possédaient pas.

La coloration générale du corps est d'un blanc crémeux un peu grisâtre, avec un léger aspect nacré ; toute la région péribuccale est d’un blanc mat qui tranche assez sur la teinte des parties voisines.

Si l’on sectionne les téguments par la face dorsale, sur toute la longueur du corps, l’on pénètre dans une vaste cavité générale ; celle-ci est occupée en avant par un volumineux bulbe sur lequel repose le système nerveux central, et en arrière par une grande poche reliée au bulbe. Malgré tout le soin que j'ai mis pour écarter et rejeter latéralement les téguments dorsaux sectionnés, je n'ai pu empêcher cette grande poche de se déchirer, tellement elle fait corps avec eux.

Le bulbe pharyngien ou buccal du Æhodoplana Wandeli (fig. 37) est constitué par une masse musculaire très volumineuse, en forme de tronc de cône à grande base arrondie dirigée en avant ; elle n'offre aucune pièce masticatrice à son intérieur; c’est une sorte de fort manchon musculaire dont les parois internes sont divisées en trois larges bandes longitudinales de nature musculaire, séparées entre elles par un sillon peu profond. Les parois de cet organe peuvent se subdiviser en une couche externe formée par des muscles transverses annulaires, et en une couche interne constituée par les trois fortes bandes longitudinales que je viens de signaler.

C'est en réalité la disposition que l’on constate dans la structure musculaire du bulbe pharyngien des Turbellariés.

Un certain nombre de fibres et bandelettes musculaires viennent s'insérer d'une part sur la surface de ce bulbe, et, d’autre part, contre la face interne de la partie antérieure des téguments ; cet ensemble forme l'appareil moteur du bulbe.

La vaste poche qui fait suite constitue une immense cavité gastrointestinale; toute sa surface interne offrait un revêtement granuleux plus ou moins foncé, gris, brun ou noirâtre suivant les régions considérées ; ou plutôt ce sont des taches de couleurs différentes disséminées sur toute l’étendue de cette poche. Ce revêtement épithélial est très

48 MOLLUSQUES NUDIBRANCHES ET MARSÉNIADÉS.

cadue et semble former une sorte de couche albuminoïde coagulée qui tapisserait l'intérieur de cet estomac et viendrait s'appuyer sur une couche conjonctive envoyant de nombreux prolongements fibrillaires aux téguments du corps.

Sous cette membrane gastro-intestinale se trouvaient de nombreux corps blanchâtres sphériques qui m'ont paru être des œufs; leur dimension était assez variable, et certains d’entre eux étaient segmentés.

Aucune trace dans la même région de corps spermatiques libres ou de cellules en contenant.

La partie centrale du système nerveux du /?hodoplana Wandeli (fig. 38) était constituée par deux masses ganglionnaires ovoïdes, disposées transversalement sur la partie antérieure et dorsale du bulbe pharyngien ; ces deux masses, accolées l’une à l’autre par leur partie la plus renflée, présentaient à leur autre extrémité un assez grand nombre de nerfs (6) plus ou moins forts, se dirigeant dans toutes les directions en suivant la surface interne des téguments.

Sur la partie postéro-supérieure de ces ganglions, se trouve deux yeux de petite taille, retenus aux centres nerveux par des nerfs optiques très courts et très fins. Chaque œil se compose d’un petit cristallin sphérique reposant sur une masse pigmentaire peu volumineuse et de forme ovoïde.

EXPLICATION DES PLANCHES

PLANCHE I Fig. 1. Votacolidia gigas C. Éliot. — In- Fig. 8. Zd. — Appareil digestif etcœur. x<2. dividu vu par sa face dorsale; ce, æ, portion élargie de l’æsophage ; renflement cardiaque. Grandeur s,s, glandes salivaires; Z, l’estonaturelle. mac; À, h,h",h, conduits hépa- Fig.2./d. — Partie antérieure du même tiques des lobes latéro-dorsaux, et vue par sa face ventrale. X 3. H, conduit du lobe hépatique mé- Fig.3./d.— Quelques nématocystes.X 300. dio-ventral ; , première partie de Fig.4. Zd. — Un nématocyste allongé très l'intestin ; r, deuxième partie ingrossi, avec son filament enroulé testinale passant sous le péricarde à l’intérieur. X 1 200. et allant aboutir à l'anus a. Le Fig. 5. /d. — Une mâchoire vue par sa face cœur contenu dans son périexterne ou convexe. x G. carde, p; l'oreillette o et le ven- Fig. 6.4. — La même mâchoire vue par sa tricule v. face interne ou concave. X 6. Fig. 9. 74. — Première partie de l'intestin Fig. 7./d. — Une demi-rangée de dents de ouverte pour montrer la structure la radula ; m, dent médiane; 1, ?, de ses parois internes plissées ; £, 3, 4et5,les cinq dents latérales le double typhlosolis. X 6. de gauche. X 65.

PLANCHE II Fig. 10. Notaeolidia gigas C. Éliot.— Collier dans leur position naturelle. x 2. æsophagien avec les divers troncs H, H, H, lobes de la glande nerveux qui en partent. X 8. — hermaphrodite ; A, glande de 1,1, connectifs cérébro-buccaux et l’albumine ; G, glande de la ganglions buccaux b, b; avec les glaire ; cd, cd, canal déférent nerfs œsophagiens æetlenerfradu- pelotonné.

laire r ; 2,2,3,3 et3’,3’, nerfs des | Fig. 13.74. — La majeure partie des mêmes téguments céphaliques; 4,4, nerfs organes écartés les uns des autres. des rhinophores; 7,8, nerfs des X 2. — 1, H, deux petits lobes de téguments dorsaux; 9, 9, nerfs la glande hermaphrodite ; g, canal pédio-buccaux; 10,10, nerfs pé- génita commun ; À, glande de dieux antérieurs; 11, 11, grands l'albumine: G, G, glande de la nerfs pédieux; 12, 12, commis- glaire dont les replis sont écartés ; sures du nerf génital, g. 0, oviducte; €, poche copulatrice ; Fig. 11. 7d.— OEil et otocyste. X 75. cd, cd, canal déférent sectionné Fig. 12.74. — Ensemble de l'appareil géni- pour moins compliquer la figure ; tal, les divers organes se trouvant p, poche du pénis.

Expédition Charco!. — Vayssière. — Mollusques Nudibranches. 7

Fig

EXPLICATION DES PLANCHES

. 14.74. — Mamelon génital isolé mon-

trant la posilion des orifices externes ‘et Q. 2.

Fig. 15./d.— Organe copulateur p, dégagé

de sa gaine; cd, canal déférent; o, extrémité de l'oviducte, et €, poche copulatrice avec son conduit la reliant à l'orifice génital femelle. x 5.

Fig.

Fig.

Fig.

Fie.

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