‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 10 sur 67 · L'ARCHIPEL DE PALMER · texte numérisé non relu

L'ARCHIPEL DE PALMER

Cet archipel se compose de quatre îles principales alignées, du nord-est au sud-ouest, entre 63° 40 "et 64°50” de latitude sud et 63°50 "et 66° 40 de longitude ouest de Paris, c'est-à-dire à hauteur de la Terre de Danco,

sur la côte occidentale de l’Antarctique américaine. Ce sont ces îles qui Expédition Charcot. — Gourpon. — Géographie physique. 2

forment la bordure extérieure du détroit de Gerlache. Ce sont, en allant du nord au sud : île Hoseason, île Liége, île Brabant, île Anvers :

La première est assez isolée, mais les trois autres, séparées seulement entre elles par d’étroits bras de mer, semblent ne former qu’une même terre morcelée par de fines coupures. Leur rive orientale est en continuité presque parfaite, et les chaînes de montagnes qui la dominent sont dans le prolongement les unes des autres, dans la direction nord-est sud-ouest.

L'île Hoseason, la plus petite de ces îles, est de forme sensiblement triangulaire; son petit côté, dirigé est-ouest, fait face au nord; le sommet opposé regardele sud. Le grand axe nord-sud qui aboutit à la pointe Angot a une longueur d'environ 26 kilomètres. L'île est occupée par un dôme de glace élevé, reposant sur des assises rocheuses qui se terminent à la mer en falaises abruptes. La côte nord est la plus élevée, et la roche y est nue grâce à son inclinaison; elle est environnée de récifs qui dressent devant le cap Barrow des pointes remarquables. Le trait le plus caractéristique de cette île est un curieux prolongement que sa côte septentrionale envoie vers l’ouest, sorte d'immense môle naturel qui se termine par une haute pyramide, le cap Possession. Cette péninsule, presque entièrement dépouillée de neige, forme au-dessus de la mer une haute falaise abrupte, précédée de récifs nombreux; deux petites plages s'étendent sur le versant nord, montrant un sable fin qui est une rareté dans cette région. Deux coupures étroites et tortueuses, larges au plus de quelques mèêtres par endroits, interrompent l’isthme qu’elles traversent de part en part. C’est dans un de ces goulets, extrêmement pittoresques avec leurs paroïs déchiquetées, découpées en aiguilles, en clochers, en tourelles, où la mer s’engouffre et serpente, que nous avons pu débarquer. La roche est constituée par une diorite quartziïère micacée, très altérée en général; le mica et l’amphibole sont souvent transformés en épidote et en chlorite, ce qui donne à la roche une teinte verdâtre. Elle forme de hauts talus d’éboulis appliqués contre la falaise, qui est en outre traversée de nombreuses diaclases verticales.

Le cap Possession, dominé par une belle pyramide, dont la couleur d'un gris jaunâtre tranche sur les neiges lointaines, paraît en voie de

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. Al

désagrégation, si l’on en juge par les formes déchiquetées de ses arêtes et par les éboulis entassés à sa base. C’est là que Foster, en 1829, fit ses observations pendulaires. |

L'île Liége, située à 45 kilomètres du cap Angot, est plus petite de beaucoup que les deux autres îles, Brabant et Anvers, qui bordent comme elle le détroit de Gerlache. De forme triangulaire, son plus grand côté n’a pas 35 kilomètres de long, dans la direction nord-est sud-ouest. Elle esthbordée le long du détroit par une chaîne de montagnes, les monts Brüggmann, qui va en s’abaissant graduellement du sud au nord, pour se relever, avant de disparaître, en deux sommets coniques, qui dominent une double pointe séparée par une petite baie, à l’est le cap Neyt (PI IV, fig. 13), surmonté par le mont Allo; à l’ouest, la pointe Moureaux, dominée par le mont Pierre. L’Expédition de la « Belgica », qui a fait un débarquement au voisinage du cap Neyt, y a trouvé des diorites. C’est également une diorite quartzifère micacée que nous avons rencontrée sur un petit îlot situé entre l’île Liége et l’île Brabant, dans l’axe même de la chaîne de montagnes. Il y a donc toute vraisemblance que l’île Liége soit formée par cette diorite, au moins sur sa bordure orientale.

La partie occidentale de l’île, terminée par la pointe Chauveau, est basse et occupée par un glacier plat qui descend des monts Brüggmann ; sur la rive, les roches sont rarement visibles ; un front de glacier d’une quinzaine de mètres de haut la borde presque exclusivement.

Le chenal qui sépare cette île de l’île Brabant est très étroit et encombré de petits îlots dioritiques; c’est d’ailleurs presqu’à la nuit que nous l’avons exploré en baleinière, et nous n'avons que peu de renseignements. |

L’île Brabant, beaucoup plus grande que les précédentes, est encore triangulaire ; le côté qui borde le détroit de Gerlache a plus de 130 kilomètres en ligne droite. La côte nord est profondément échancrée par la baie Bouquet de la Grye, tandis que, sur la côte est, s’inseritla baie Guyou. Entre les deux baies, une presqu'île basse, la presqu'île Pasteur, se termine par le cap E. Roux. Le versant oriental de l’île est constitué par une chaîne, les monts Solvay, dont l’altitude augmente en allant vers le sud ; la pointe méridionale est abrupte et très élevée ; elle est entièrement

montagneuse et dominée par le mont Bulcke. Toute une série de pitons et de pics dominent la côte est au-dessus de la baie de Dallmann et, parmi eux, le mont Parry s'élève à une grande hauteur. La portion nord-est de l’île est au contraire basse et occupée par des glaciers plats. Nous n’avons affectué aucun débarquement sur l’île Brabant; mais l'aspect des côtes, que nousavons suivies de très près, rappelle celles de l’île de Liège, et tout porte à croire qu’elles ont la même constitution. En 1898, M. Arctowski, au cours de l’Expédition de la « Belgica », ayant débarqué au cap d’Ursel, au sud de la baie de Buls, dans le détroit de Gerlache, a trouvé du gabbro formant un nunatak, près de la côte (1); cette roche n’est sans doute qu’un terme plus basique de la même série éruptive que la diorite.

L’île Anvers, la plus importante de l'archipel, forme un vaste rectangle de 140 kilomètres de long sur presque 100 de large, dont le grand axe, dirigé nord-est sud-ouest, est parallèle à la direction générale du continent. Elle est séparée de l’île Brabant par le chenal de Schollaërt, dont l'entrée dans le détroit de Gerlache mesure à peine 15 kilomètres, mais qui s'ouvre largement sur l’océan, où il creuse la vaste baie de Dallmann, dans la côte ouest de l’île Brabant. L’axe du chenal suit la côte nord-est de l’île Anvers, et quelques petites îles couvertes de glace jalonnent l’ancienne côte de l’île Brabant ; ce sont : l’île Gand, les îles Melchior, Sourrieu, Gouts, Guépratte, entourées de nombreux récifs.

La côte nord-est de l’île Anvers, très élevée à l’est, où viennent se terminer les chaînes montagneuses de l’île, s’abaisse rapidement vers l’ouest, où la pointe Bayle n’est qu'une croupe d’une trentaine de mètres de hauteur. Elle est profondément échancrée par deux fjords étroits, la baie Fournier et la baie de Lapeyrère, séparées par la pointe Gourdon. Nous avons pénétré dans la baie Fournier, qui est dominée par de hautes montagnes et entourée d’une colossale falaise de glace. La sonde indiquait des fonds de 50 mètres et ramenaiït une vase bleue très fine; la côte descend à pic sous la mer. À l’entrée de la baie, près d’un îlot surmonté d’une calotte de glace élevée, nous avons remarqué un iceberg tabulaire de grande taille, 40 à 50 mètres au-dessus de l’eau, ce qui indique, étant

(4) H. Arcrowsxr, Géographie physique de la région antarctique, p. 41.

donné le pied formidable de cette grande masse, que le chenal de Schollaërt atteint au moins 300 mètres de profondeur.

La côte sud-est de l’île Anvers est le bord d’une grande chaîne de montagnes, les monts Osterrieth, dont l’altitude moyenne dépasse 1 000 mètres (PL. V, fig. 15). La partie nord, depuis le cap V. Ryswick jusqu’à la baie de Borgen, forme une muraille presque ininterrompue dont la haute paroi sombre est dominée par un chapeau de neige ; c’est à peine si, çà et là, quelques lambeaux de glaciers peuvent s’accrocher dansles anfractuosités. Un certain nombre d’îlots, hauts de quelque 100 mètres, abrupts, sortes de pitons, sontégrenés devant la côte, dontils ne sont souvent séparés, comme l’île Félicie, par exemple, que par une gorge étroite entre des falaises à pic. La baie de Borgen, qui entame cette côte, est peu profonde par ellemême, mais elle marque une inflexion brusque de la rive et une coupure dans la chaîne ; de larges glaciers se déversent par là dans le chenal de Roosen. La chaîne reprend ensuite sa direction nord-est sud-ouest ; vers l'extrémité de l’île, elle projette, à 1 536 mètres d'altitude, une belle pyramide, le mont William, signalé autrefois par Biscoe ; cette montagne, dont la silhouette hardie est un excellent repère pour la région, présente à l’est une arête escarpée qui vient plonger dans les eaux du chenal de Roosen à hauteur de Port-Lockroy. Au sud du mont William, quelques contreforts étagés, couverts d’une carapace de glace, descendent jusqu'au cap À. Lancaster, nettement infléchi vers le sud, et se perdent sous la mer en de perfides écueils ; le cap même n'est qu’une croupe glacée d’une cinquantaine de mètres de haut, bordée par une falaise de glace. Tout le long de cette côte, la montagne serre la rive de si près qu’elle ne laisse place qu’à un étroit piedmont-glacier, dont le front vertical rend tout débarquement impossible, et à quelques petits glaciers suspendus de peu d'importance ; seule la baie de Borgen livre passage à des glaciers encaissés.

La côte sud est basse; elle est formée par le rebord des grands glaciers plats qui descendent de la chaîne orientale. Elle présente deux légères inflexions séparées par la pointe Roland-Bonaparte. De nombreux ilots rocheux et quelques petits promontoires bas et presque entièrement dépouillés de neige en été permettent d'y débarquer assez facilement.

Nous avons pu, le 11 février 1904, visiter une petite presqu'île, située

non loin à l’ouest du cap À. Lancaster, presque au pied du mont William ; c’est là probablement que débarqua Biscoe, le 21 février 1832. Elle est constituée par une andésite augitique à hornblende et plagioclase, roche compacte verdâtre qui appartient vraisemblablement à un large filon. La roche principale de l’île Anvers, que je n’ai pu recueillir en place, le débarquement en question étant le seul que nous ayons effectué, semble ôtre une diorite quartzifère dont J'ai rencontré des blocs au voisinage de l’andésite et qui rappelait l'aspect des roches des monts Osterrieth, autant que J'ai pu en juger à distance à notre passage dans le chenal de Roosen. Un peu au nord de la baie de Borgen, j'ai noté une grande tache d’un vert intense dans la haute muraille qui domine le chenal; c’est, je pense, un dépôt superficiel d’atacamite provenant d’une altération de la chalcopyrite contenue dans la diorite; j'ai en effet retrouvé la même coloration au pic Jabet, de l’autre côté du chenal, d’où j'ai rapporté des échantillons.

La côte ouest de l’île Anvers, celle qui fait face au Pacifique, est la plus basse; c’est un front de glace uniforme, terminaison des immenses glaciers plats qui descendent en pente douce vers la mer; c’est à peine si, Çà et là, on aperçoit quelques petits nunataks émergeant de la neige. Au nord, une petite baie, la baie d’Abnour, où débouche un glacier très régulier, en forme de cirque, est précédée d’un dédale de petites îles, les îles Dufaure de Lajarte. Puis au sud, la baie Perrier, la baie de Hambourg où débarqua Dallmann, le 8 janvier 1875, n’offrent rien de remarquable. Le cap À. de Monaco n’est qu'une longue langue de glace dont la surface monte en pente douce et unie jusqu’au centre de l’île. Les récifs abondent devant la côte, et la pointe sud-ouest en particulier est enveloppée d’une ceinture d’îlots innombrables, dont quelques-uns, comme les îles Joubin, portent de petits pitons rocheux de 40 à 50 mètres de haut ; balayés par les vents de l'océan, ils sont presque entièrement dépouillés de neige; sur les hauts fonds qui les avoisinent, de gigantesques icebergs sont échoués; à fleur d’eau, on aperçoit la tête lisse et jaunâtre des écueils; des brisants se montrent de tous côtés, indiquant les petits fonds.

Le centre de l’île Anvers est occupé par une haute montagne, le sommet du Français, dont l’altitude, la plus élevée qui ait été observée dans toute

la région, atteint 2869 mètres: De forme trapézoïdale, sa ligne de faîte rectiligne et dirigée est-ouest contraste avec la silhouette déchiquetée des crêtes environnantes dont la direction est nord-est sud-ouest. Ses pentes, très inclinées et entièrement couvertes de neige, paraissent peu accidentées ; elles s’appuient à l’est aux monts Osterrieth, tandis qu’elles se raccordent à l’ouest avec les glaciers inférieurs de l’île.

En résumé, l’archipel de Palmer est formé à l’ouest par une ut chaîne dioritique très escarpée, tombant directement dans la mer, qui se poursuit à travers les trois îles, Liége, Brabant et Anvers, du nord-est au sud-ouest. Le versant occidental est, au contraire, bas et plat et occupé par de larges nappes glaciaires.

L'ILE WIENCKE

Cette grande île, située dans la partie méridionale du détroit de Gerlache, allongée dans la direction même du canal, ne mesure pas moins de 85 kilomètres entre les caps Astrup et Errera, alors que sa largeur moyenne n’est que de quelques kilomètres. Le chenal de Roosen la sépare del’île Anvers (PI. V, fig. 15). Elle est traversée du nord au sud par une magnifique sierra aux crêtes dentelées, la sierra du Fief. Deux coupures transversales et profondes la divisent en trois parties presque égales. La portion nord, la plus étroite et la moins élevée, forme un promontoire imposant, le cap Astrup, muraille verticale, de couleur sombre, au sommet aplati couvert de neige; son pied est entouré d’une haute terrasse de glace sur laquelle tombent de nombreux éboulis de roches. La première coupure (PI. I, fig. 4) correspond à la baie de Borgen ainsi qu'à un coude à angle droit du chenal de Roosen; il est donc probable que nous avons affaire là à une cassure de l’écorce terrestre transversale à la direction des plissements et comparable aux causses du Jura. Dans l’axe de la sierra s’est établi un glacier en forme de double talus qui empêche de se rendre compte de la profondeur de l’entaille.

La portion médiane de l’île est renflée au point d'atteindre 25 kilomètres de large. Parallèlement à la sierra du Fief, qui est ici haute et abrupte, court une petite chaîne mince, escarpée, . extrêmement

crénelée; située le long du chenal de Roosen, elle paraît être la prolongation de la bordure orientale de l’île Anvers interrompue par la coupure transversale. Elle se termine au sud par le pic Jabet, qui a 525 mètres de haut (PI. IV, fig. 14).

C'est au pied du pic Jabet que se trouve la petite anse de Port-Lockroy, l’une des plus précieuses découvertes de l’Expédition Antarctique Française. C’est en effet, avec Port-Charcot, dans l’île Wandel, le seul port de refuge qui existe sur cette côte si effroyablement inhospitalière. Profondément découpée dans le rivage de l’île Wiencke, dont le haut relief l’abrite des vents de nord-est, obstruée d’îlots et de récifs qui, ne laissant entre eux qu’une passe étroite, la protège contre les glaces flottantes, elle offre aux navigateurs un mouillage excellent, où 1ls peuvent séjourner en toute sécurité. Le fond, de vase molle, par 10 à 20 mètres de profondeur, est de bonne tenue; les pointes basses, comme la pointe Besnard, la pointe Lécuyer, de même que les îlots, sont d'accès facile; des rockeries de Pingouins et de Cormorans y sont établies, grosse ressource alimentaire. Enfin l’on peut atteindre ces parages pendantla majeure partiede l’année. On se rendra compte de l’importance de ce port, si l’on songe aux violentes tempêtes de ces régions et à la navigation si dure et si pleine d’aléas sur une côte faite de murailles de glace inaccessibles, et où les mouillages forains, c'est-à-dire ouverts vers le large, restent sans valeur, puisqu'ils laissent le navire exposé au choc des glaces. Outre le refuge qu'iloffre aux marins en détresse, Port-Lockroy peut être pris par une expédition comme base d'opérations. Elle y peut établir des dépôts de vivres et de charbon, venir y déposer ses collections, s’y ravitailler en eau et en gibier, s’y reposer et y laisser de ses nouvelles, comme aussi y attendre du secours.

La pointe Lécuyer, située au sud de l’anse, est une éminence rocheuse de 35 mètres de haut, presque entièrement dépouillée de neige; elle envoie vers le nord une petite presqu'île basse formée de roches moutonnées et occupée par une rockerie de Pingouins. Elle est constituée par une diorite quartzifère micacée à pyroxène, d'un gris clair moucheté de noir et à grain moyen. Ces roches sont coupées de nombreuses diaclases, dont la direction principale est sensiblement nord-est sud-ouest (PI. I,

fig. 3). Sur la côte ouest de la presqu'île, Les joints sont souvent tapissés de cristaux aciculaires noirs de tourmaline, disposés en étoiles et mêlés à de la pyrite ; d’autres fois, c’est de la pyrite mélangée à de la chalcopyrite. Ces diorites à pyroxène, qui forment l’île Wiencke et les îlots qui s’y rattachent, n’ont été retrouvées, en dehors de cette localité, que sur un petit flot situé à une vingtaine de kilomètres au sud de l’île Wandel. Elles ne diffèrent des autres diorites quartzifères de la région que par l’adjonction du pyroxène, et nous verrons qu'elles présentent les mêmes caractéristiques, abondance des plagioclases zonés automorphes, qui les rangent dans la série des roches du type andin.

On y rencontre quelques filons dont la couleur sombre tranche sur la teinte claire de la diorite ; ils sont formés par une labradorite augitique à deux temps de consolidation.

De nombreux blocs errants sont épars sur la presqu'île, et les quelques petites grèves découvertes çà et 1à à marée basse sont couvertes de galets apportés par les glaces flottantes. Une partie de ces blocs ne sont que des fragments de diorite détachés de la colline ou proviennent du démantèlement des filons ; mais, pour un certain nombre, il est impossible de leur assigner un gisement, puisqu'on ne les a trouvés en place nulle part. Ces roches n’en sont pas moins intéressantes par les indications qu’elles fournissent sur la composition générale du continent antarctique et par les questions qu’elles peuvent suggérer.

Cest ainsi que, sur la côte ouest, J'ai recueilli de larges plaques d’ardoise grise, malheureusement absolument dépourvue de fossiles. J’y ai trouvé également du basalte ainsi que des fragments d’une brèche basaltique ; cette dernière, que l’examen microscopique conduit à regarder comme formée à sec et comme provenant d’une cheminée d’éruption, pourrait bien être indigène ; les blocs se trouvaient en effet assez loin du rivage, en un point que les glaces flottantes ne peuvent atteindre, et leur taille, voisine de { mètre cube, écarte l’idée qu'ils aient pu être projetés par Îles vagues. Ils ont sans doute été apportés là par le glacier à l’époque de son extension plus grande. Le basalte, tout à fait semblable aux fragments que renferme la brèche, a probablement aussi la même origine. C'est un

basalte normal, dont la surface est recouverte par un enduit blanc très Expédition Charcot. — Gourpon. — Géographie physique. “

dur qui n’est autre qu’un phosphate d’alumine dû à l’influeuce de produits d’origine physiologique (guano des Pingouins), comme je le montrerai au chapitre de pétrographie.

Au fond de l’anse de Port-Lockroy, sur la pointe Besnard, qui recoit à la fois les débris rocheux du glacier et les blocs apportés par les glaces flottantes, j'ai récolté un galet de granite, des fragments de labradorite et d’une brèche andésitique à éléments fins, vert pâle, bulleuse par endroits, malheureusement très altérée ; enfin je dois signaler un bloc de gabbro, dont la présence n’est pas surprenante, puisque M. Arctowski a trouvé du gabbro en place dans une région voisine, l’île Brabant.

Au nord de Port-Lockroy, s'étend vers l’ouest une longue langue de glace bordée par une falaise de 10 à 15 mètres de haut; à son extrémité ouest se montrent à nu quelques roches moutonnées; ce sont des diorites ; on y trouve de nombreux blocs d’une andésite amphibolique et micacée à labrador évoluant vers les microdiorites; certains de ces blocs sont recouverts du même enduit blanc de phosphate d’alumine que nous avons observé sur le basalte. À la base de la presqu'île, le rivage se creuse en une curieuse petite crique absolument circulaire, entourée d’une plage de vase et de sable fin, la seule plage de sable de quelque étendue (encore sa largeur ne dépasse-t-elle pas 3 ou 4 mètres) que nous avons Jamais vue.

Au pied du pic Jabet, tout à côté de cette crique, gît une moraine, de quelques centaines de mètres de longueur, élevée de deux ou trois mètres au-dessus des eaux et parallèle à la côte. Elle est formée de blocs de dimensions très variées pouvant atteindre plusieurs mètres de diamètre, généralement anguleux et qui sont pour la plupart dioritiques, comme le pic Jabet lui-même. Les diorites de ce sommet, d’après les échantillons qui m'ont été rapportés par le guide Dayné, sont profondément altérées. Les fentes et la surface extérieure de certains échantillons sont tapissées d’un minéral d’un beau vert de cuivre, qui est de l’atacamite. J'ai noté cette coloration verte, qui me paraît due à une altération chimique, en plusieurs endroits, notamment à l’île Anvers et à l’île Wandel, toujours dans des massifs dioritiques.

Dans la portion méridionale de l’île Wiencke, de nouveau rétréecie

comme la région du nord, nous n’avons qu’une chaîne unique, formée d’une série de pics bien isolés et dont la silhouette vigoureuse à une allure superbe. C’est d’abord le sommet Luigi de Savoie, qui porte à 1400 mètres d'altitude un chapeau de neige en forme de couronne royale ; puis le pic Janssen (1083 mètres), le pic Dayné (658 mètres) et enfin l’imposant cap Errera, dressé comme un phare devant l’entrée du détroit de Gerlache. Cette chaîne est très vraisemblablement dioritique. J'ai cependant remarqué, au pied du pic Luigi de Savoie, dans le col qui sépare les deux troneons de la chaîne, un massif en forme de table horizontale, paraissant de loin présenter des stratifications; je n’ai pu malheureusement l’aborder.

En résumé, l’île Wiencke est constituée par une longue chaîne dioritique, la sierra du Fief, à laquelle vient s’accoler, dans son tiers moyen: une seconde chaîne dioritique parallèle à la première ; la vallée qui sépare les deux chaînes n’est en réalité que le prolongement du chenal de Roosen, et il serait bien curieux de connaître l’épaisseur du glacier qui l’occupe. Quant à la chaîne occidentale, on en pourrait voir l’origine au nord dans la chaîne orientale de l’île Anvers et la continuation au sud dans les hauteurs de l’île Doumer.

Cette petite île, située au sud de Port-Lockroy, est recouverte entièrement par une calotte glaciaire. Trois mamelons, l’un au nord, les deux autres au sud, lui donnent un modelé assez accentué; mais le glacier y est peu accidenté, en pente douce, et la roche n’est à nu qu’en quelques points, près de la côte. La roche est une diorite quartzifère micacée à pyroxène, identique à celle de l'île Wiencke. Sur la côte occidentale, elle est parfois profondément altérée, et les fentes sont remplies par de la pyrite jaune d’or. À la pointe nord-est, J'ai trouvé un bloc de basalte un peu différent de celui de Port-Lockroy, qui était un basalte normal ; ici c’est un basalte amphibolique.

La côte nord, à peu près rectiligne, présente en son centre une légère avancée au-dessus de laquelle s'élève une belle moraine haute de plus de 60 mètres en son centre ; elle forme un vaste demi-cercle, adossé au glacier dans une direction perpendiculaire au chenal de Roosen. Les blocs sont tantôt anguleux, tantôt usés, mélangés à de la boue glaciaire. Cette

moraine (PI. I, fig. 5) est un témoin de l'extension glaciaire antérieure, comme on verra plus loin. Parmi les blocs, j'ai récolté une curieuse roche de couleur rouge-brique, extrêmement bulleuse, qui est un type

très vitreux de labradorite à olivine.

L'ILE WANDEL

La petite île Wandel a acquis pour nous une grande importance par le fait que nous y avons passé près de dix mois d'hivernage et qu’elle a été le centre de nos observations. Ce long séjour nous a permis de l’étudier en détail et de pousser des reconnaissances dans la région environnante.

Malheureusement, la nature accidentée du sol et l’épaisse couverture de glace qui en cache la majeure partie limitent beaucoup les recherches; d'autre part, la constitution des roches, appartenant exclusivement à des types éruptifs le plus souvent d’un genre banal, et l’absence de terrains sédimentaires diminuent sensiblement l'intérêt géologique de cette localité. Elle reste cependant, par la fraicheur de ses roches, qui m'ont fourni de beaux échantillons, et par la variété des types que l’on y rencontre, un excellent exemple pour l’étude de la contrée.

La position moyenne de l’île Wandel est par 65° 05" de latitude sud et 66° 18° de longitude ouest de Paris (1). Séparée de la Terre de Graham par le chenal de Lemaire, dont la largeur par endroits n’atteint pas 900 mètres, elle s’allonge, parallèlement à la côte, sur une longueur d’un peu plus de 8 kilomètres. Deux massifs montagneux, d'importance inégale, situés, dans le prolongement l’un de l’autre, sur une ligne nordnord-est sud-sud-ouest, et réunis par une étroite langue de glace longue de ! kilomètre, lui donnent un aspect caractéristique que Charcot a comparé à une haltère.

Le massif nord ou mont Lacroix (PI. IT, fig. 8) a la forme d'une demi-lentille placée de champ; la crête, haute de 642 mètres au point culminant, est irrégulièrement arrondie en demi-cercle; les flancs sont presque verticaux et sillonnés de trois ou quatre profondes rainures ver-

(4) Voir le cartouche annexé à la carte, à la fin du volume.

GÉOGRAPHIE PHYSIQUE. 21 ticales. La base de la montagne est environnée d’un étroit piedmont-glacier, sorte de terrasse adossée au rocher et terminée à la mer par une falaise de 20 à 25 mètres. Le mont Lacroix est constitué par une aplite à grain fin, de couleur gris clair, extrêmement riche en petits cristaux de pyrite ; aussi les surfaces exposées à l’air sont-elles colorées en jaune par la limonite d’aliération, dont les longues traînées sur les pentes de la montagne avaient fait baptiser celle-ci par nos matelots : le mont Rouillé.

Le massif sud (PI. XI), beaucoup plus étendu, forme une crête irrégulière qui s'élève du sud au nord jusqu’au sommet Gourdon, le point le plus haut de l’île, à 952 mètres d'altitude; puis l’arête bifurque en une fourche ouverte vers le nord. Entre les deux branches s’est établi un petit glacier qui se déverse dans la baie de Port-Charcot par une série de cascades de glace hérissées de magnifiques séracs. La branche de l’est se termine à pic dans le chenal de Lemaire, tandis que celle de l’ouest, plus vivement incurvée, descend par étages successifs et s’allonge en une petite presqu'île dirigée vers l’ouest. Le pic Louise (675 mètres), coiffé d’un petit chapeau de neige, est une immense muraille verticale, grise et nue, sur laquelle on n’accède que péniblement par une étroite cheminée très dangereuse. Les gradins inférieurs, le sommet Guéguen (PI. Ne fig. 16), et la colline Jeanne, dirigés vers l'Ouest, sont beaucoup moins abrupts; le premier présente cependant au-dessus de la baie de la Salpètrière un à-pic de quelques centaines de mètres ; mais le flanc nord est couvert d’éboulis très accessibles. La colline Jeanne forme un mamelon arrondi, haut de 195 mètres, montrant la roche à nu sur le flanc nord, tandis qu’une pente neigeuse descend vers le sud. Au pied de cette colline, la presqu'île est coupée par une brèche curieuse, le défilé de la Hache (PL. IT, fig. 9), due au démantèlement de la roche par les agents atmosphériques ; la hauteur située à l’ouest est la plus désagrégée ; elle est formée par une diorite profondément altérée, recouverte de limonite. La présence sur ces rochers d’une rockerie de Pingouins, qui comprend parfois plus d’un millier d'individus, ne me paraît pas étrangère à la décomposition de la roche. Il est possible que, sous l’action du guano, les éléments ferreux subissent une oxydation plus active.

Cette chaîne de montagne est constituée par une diorite quartzifère

micacée, d’une grande fraîcheur en général, d’un gris plus ou moins foncé suivant l’abondance des éléments ferro-magnésiens ; elle reste cependant en général de couleur claire, tachetée par des enclaves amphiboliques. Riche en plagioclases zonés, nous verrons plus loin ses grandes analogies pétrographiques avec la série andine de l'Amérique du Sud. Elle est coupée par de nombreux joints qui la divisent en parallélipipèdes plus ou moins réguliers; presque toujours l’une des directions de ces Joints est nord-est sud-ouest, parallèle aux grandes cassures de la région. Au pied du pic Louise, le dernier contrefort est comme débité au couteau en tranches épaisses de 50 à 60 centimètres, fnclinées d’une dizaine de degrés sur la verticale et dirigées nord-ouest sud-est; elles sont souvent séparées par des filons diabasiques très altérés qui ont une tendance à se diviser en prismes et même à se désagréger en boules (PI. I, fig. 1).

Le délitement sur les crêtes n’est pas aussi intense que l’on pourrait penser par suite de l’action du gel; cela tient à la sécheresse de la neige à ces hauteurs, où l’évaporation intense et le froid rigoureux ne permettent pas à l’eau de se former. D'autre part, la carapace glacée qui recouvre la majeure partie de la montagne lui est une enveloppe protectrice contre les agents atmosphériques. Aussi les éboulis sont-ils relativement peu nombreux; on n’en trouve que sur le flanc nord du sommet Guéguen.

Au-dessus de la colline Jeanne, entre elle et le sommet Guéguen, on rencontre une légère dépression, en forme de selle, jonchée de blocs ne dépassant pas 50 centimètres de plus grande dimension, d'une couleur gris clair. C’est une trachy-andésite à hornblende et mica. La surface des blocs est profondément corrodée, caverneuse, creusée de petites cavités arrondies semblables à l'empreinte que laisserait un doigt dans la terre glaise; mais la cassure montre une roche microlitique fraîche, rude au toucher, constellée de petits cristaux de feldspath et de hornblende. Bien que Je n’aie pu atteindre la roche en place, à cause de l’épaisseur des débris accumulés, une telle abondance de blocs d’une roche que l’on ne retrouve nulle part ailleurs et qui couvrentici uneaire étroite et nettement limitée me porte à croire que nous avons bien affaire à une roche indigène. Il est très vraisemblable que cette andésite provient du démantèlement d’un filon, d’une cheminée qui s’est fait jour à travers la diorite.

Au pied même de cette hauteur, j'ai recueilli un bloc d’une roche dont la composition minéralogique rappelle celle-ci, quoique plus voisine des andésites franches; elle diffère totalement de la précédente par sa couleur foncée, et, comme elle se trouvait tout au bord de la mer, on peut la supposer apportée par les glaces flottantes.

Enfin je dois signaler, sur le flanc nord de la colline Jeanne, à une centaine de mètres d'altitude, un petit gisement de quartz intercalé dans la diorite; les cristaux, assez gros, ayant Jusqu'à 8 centimètres de diamètre, sont corrodés, et leurs faces sont souvent arrondies. Ils sont mêlés à quelques cristaux ternes de calcite. C’est le seul gisement de minéraux que J'ai rencontré dans la région.

La presqu'île occidentale de l’île Wandel (PI. IF, fig. 7) est terminée par une petite hauteur de 61 mètres, la colline du Cairn, de nature différente de celle du reste de l’île. Elle est formée par un granite à amphibole à grain moyen de couleur claire, légèrement rosée; les diaclases le divisent en gros blocs, et l'intervalle est souvent rempli par de minces filons de pegmatite. Comme la diorite, il renferme de nombreuses enclaves amphiboliques qui parsèment la surface claire des blocs de taches noires arrondies (PI. VIIT, fig. 29). L'ensemble de la colline est un amas de roches moutonnées (PI. VI, fig. 20) qui descendent en pente douce vers la mer, où elles montrent un magnifique poli. Au sud-ouest, la colline est prolongée par une formation glaciaire en dos d’âne dont il sera parlé plus loin et qui se termine par un mur vertical d’une vingtaine de mètres au sud-ouest. La pointe nord, au contraire, où la roche est à nu, s'abaisse doucement et se continue avec un ilot granitique, l’ilot Cholet, qui n’est isolé à marée basse que par quelques centimètres d’eau. La côte ouest, très découpée, est bordée de roches moutonnées granitiques qui laissent à découvert, à marée basse, de petites grèves; facilement accessible, cette bordure est une mine précieuse de blocs de toutes sortes apportés par les glaces flottantes, qui viennent s’'échouer sur le rivage; j'y ai rencontré de nombreux galets de quartzite, des fragments d’andésite, une brèche ignée, un granite rose à gros grain que je n’ai vu nulle part en place, et un certain nombre de roches que je n'ai rencontrées que là, en particulier une dacite dont le terme manquait dans

la série pétrographique et surtout un microgranite alealin d’un haut intérêt. Cette dernière roche, en effet, présente des caractéristiques ch1miques et minéralogiques tout à fait opposées à celles des autres roches éruptives de la région; c’est un microgranite à pyroxène et amphibole sodiques, très riche en alcalis et presque entièrement dépourvu de chaux. Comme nous le verrons plus loin, elle est tout à fait en dehors du cadre de notre province pétrographique, caractérisée par un magma pauvre en potasse et riche en chaux. Elle se rapproche au contraire par sa composition chimique de certaines roches de la Terre Victoria. Elle soulève donc un problème nouveau. Ne serait-elle pas l'indice de l'existence plus au sud d’une autre province pétrographique? L'objectif de la prochaine Expédition du D’ Charcot étant la Terre Alexandre [”, je m'efforcerai d'y retrouver les traces de cette roche ou tout au moins de roches analogues. Mais ne constituerait-elle qu’une exception dans la province précédente qu'ilserait intéressant d’en rechercher le gisementet d'en étudierla nature.

La pointe Hervéou, la plus avancée de cette côte, forme une langue basse sans doute occupée autrefois par le glacier qui se termine maintenant en arrière par un grand mur vertical d’une vingtaine de mètres de haut ; quoique l’on n’y voit pas de roches striées, les polis glaciaires, le sable fin et la boue glaciaire qui remplit les cavités indiquent nettement un séjour prolongé des glaces. Le granite à amphibole y est traversé par un beau filon de 2 mètres de large, dont la couleur verte tranche sur le gris clair du granite; sa direction est sensiblement est-ouest ; la roche en est très altérée, divisée en feuillets analogues aux plaques de phonolites et parallèles aux salbandes ; c’est une andésite feldspathique.

Ces filons sont assez communs dans cette région ; on en rencontre plusieurs sur cette côte ouest, et on les retrouve sur les bords de la baïe de la Salpêtrière, de l’autre côté de la colline du Cairn; en ce dernier point, la roche a souvent la structure fluidale. Dans la partie nord de la colline du Cairn, près du mouillage du « Français », j'ai trouvé également un filon d'une labradorite à structure franchement ophitique, évoluant par conséquent versles diabases. Enfin, sur toute la côte, on trouve de nombreux blocs de brèche andésitique.

Cette presqu'île granitique de l’île Wandel détermine deux baies, la

baie de la Salpêtrière ouverte au sud, et Port-Charcot, ouvert au nord. La première est bordée sur presque tout son pourtour par un piedmontglacier, dont la haute muraille est imabordable ; seul le fond de la baie, au pied dela colline du Cairn, esten pente douce. La baïe paraît assez profonde, à en juger par la taille des icebergs qui y pénètrent et par le nombre des grands Cétacés qui y circulent. Port-Charcot, beaucoup plus vaste, fermée à l’est, par le beau mont Lacroix, n’a que des fonds de 40 à 80 mètres ; à l’est, elle présente la haute falaise des piedmont-glaciers qui s'appuient aux montagnes ; mais sa portion occidentale offre une côte basse, découpée d’anses et de criques, surmontée seulement d’une banquette glaciaire de 1 mètre ou 2. Un grand nombre des blocs errants que j'ai étudiés à la fin de ce volume proviennent de cette côte : andésistes, brèches, diabases, schistes cristallins et quartzites. C’est dans l’anse la plus occidentale, véritable petit port fait à la mesure de notre navire, que le « Français » passa les longs mois de notre hivernage. Largement ouverte, la baie n'offre peut-être pas un abri aussi sûr que Port-Lockroy, dans l’île Wiencke, car elle est exposée aux grands vents de nord-est, et les glaces de quelque dimension peuvent y devenir dangereuses. L'île Wandel est néammoins un excellent refuge plein de ressources par sa rockerie populeuse et ses baies, où le poisson fréquente. L'accès en est facile pendant une grande partie de l’été. Plus méridionale et plus au large que l’île Wiencke, elle est un bien meilleur observatoire, et déjà il a été question plusieurs fois en Argentine d’y établir une station permanente.

En résumé, l’ileWandel appartient à deux formations distinctes : à l’ouest, un massif dioritique, qui constitue les hautes chaînes, et nous verrons que l’aplite du mont Lacroix a plus d'affinité avec les diorites qu'avec les granites et doit donc être rattachée à ce massif, à l’ouest, un massif granitique peu élevé, peu étendu dans l’île même, mais auquel semblent devoir se rattacher les innombrables îlots et récifs parsemés dans l’ouest : l’île Rallier du Baty, les îles Rollet de Lisle, les iles Pernambuco.….

Les contacts de ces deux massifs sont malheureusement cachés sou les neiges, etiln'estpas possible de leur assigner un âge respectif certain. Cependant le fait que les granites occupent toujours des îlots bas et,

Expédilion Charcot. — Gourpon. — Géographie physique. À,

d'autre part, la rencontre d’enclaves granitiques dansla diorite, permettent de supposer que le massif granitique est le plus ancien.

L'ILE HOVGAARD

L'île Hovgaard, située au sud-ouest de l’île Vandel, est presque entièrement couverte par une vaste calotte glaciaire, haute de 400 mètres environ, allongée dans la direction nord-est sud-ouest sur une longueur de près de à kilomètres et une largeur de 2°°,5. Vue du large, elle a laspect d’un dôme parfait entièrement blanc; c’est à peine si quelques petits nunataks apparaissent à sa base. Les flancs nord et ouest sont réguliers, quoique très inclinés, et finissent en pente douce à la mer sur une bordure de roches moutonnées granitiques semblables à celles de la côte ouest de l’île Wandel. Au contraire, les versants est etsud sontcrevassés et présentent des abrupts de glace d’une grande hauteur ; ils se terminent à la mer par une falaise verticale d’une vingtaine de mètres de haut assez irrégulière; la roche, qu’on aperçoit de loin en loin, à marée basse, descend à pie sous les eaux.

L'île Hovgaard projette vers le nord une petite presqu'ile de 2 kilomètres de longeur, rattachée à elle par un isthme étroit, et si bas qu'il est en grande partie recouvert par la haute mer. Cette presqu'île est occupée pas une petite colline de 40 à 45 mètres de hauteur, constituée exactement comme la colline du Cairn. Comme elle, granitique, elle est formée de roches moutonnées en partie dépouillées de neige surle versant nord-est, tandis qu’au sud-ouest s'étale un petit glacier en dos d’âne terminé par un mur vertical de glace.

L'île Hovgaard paraît être entièrement granitique ; c'est comme à l’île Wandelun granite à amphibole; mais il est àgrain plus fin. Sur les grèves, on trouve quelques galets apportés par les glaces flottantes, entre autres des quartzites ; vers la pointe nord, la pointe Pléneau, j'ai recueilli un bloc verdâire de chlorito-schiste actinolitique, ainsi qu'une rhyolite à quartz globulaire, qui est le terme le plus acide de la série microlitique de toute la région. Malheureusement, ce sont des blocs errants, et l’on n'a aucune donnée sur leur gisement.

Sur la côte orientale de l’île, à quelque 30 mètres au-dessus du niveau de la mer, on remarque une ancienne moraine témoin de l’extension antérieure du glacier ; il en sera question au chapitre de glaciologie.

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