‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 12 sur 67 · LES ARCHIPELS DEVANT LA TERRE DE GRAHAM · texte numérisé non relu

LES ARCHIPELS DEVANT LA TERRE DE GRAHAM

La Terre de Graham est précédée à l'ouest sur toute sa longueur par un plateau continental qui paraît s'étendre fort loin. Une série de sondages seraient intéressantes à effectuer sur ce plateau pour en déterminer l'étendue; maïs son existence est révélée par le nombre extraordinaire

d'îles, de récifs et de hauts fonds qui rendent la navigation si périlleuse dans cette région. Nous avons déjà parlé avec quelques détails de trois de ces îles, Wandel, Hovgaard et Lund, véritables débris du continent dont elles ne sont séparées que par un étroit bras de mer.

La plupart des autres îles sont basses et recouvertes entièrement par des calottes glaciaires. Le type en est fourni par les îles Wauwermans (PI. I, fig. 6), dont les calottes bombées ressemblent à d'énormes macarons posés sur la mer. C’est à peine si, à marée basse, un mince liséré rocheux apparaît au-dessous de la glace. Ces îles, situées immédiatement au sud de l’île Anvers, rejoignent versle sud les îles du Kaiser Wilhelm, le plus inextricable dédale d’îlots de toute la côte. Au voisinage de l’île Wandel, ils ne se distinguent souvent pas des icebergs, et les roches à fleur d’eau qui les entourent offrent de gros dangers pour la navigation. Beaucoup sont recouvertes, comme lesîles Wauwermans, par une calotte de glace; mais un certain nombre sont complètement dépouillées de neige et montrent alors de belles roches moutonnées. Elles sont en général granitiques; cependant, sur l’un des îlots les plus sud de cet archipel, j'ai rencontré de petits nunataks formés par une diorite quartzifère à pyroxène. |

Les îles Argentina, au sud de l’île Lund, ont été visitées au cours du raid de printemps. Quelques-unes sont élevées de quelque 100 mètres et forment une série de petites collines allongées du nord au sud ; séparées les unes des autres par de pittoresques petits canaux, elles présentent souventd’assez larges espaces dépouillés deneige, en été du moins: notre visite date de décembre 1904. Elles paraissent en grande partie formées de diorite traversée par des filons andésitiques. Sur un petit îlot, qui n’a pas reçu de nom, J'ai trouvé une andésite à labrador altérée, de couleur vert-olive et divisée en blocs parallélipipédiques. Sur une colline, j'ai remarqué un large espace rocheux recouvert d’un enduit blane qui me paraît être de même nature que celui que j'ai signalé sur une basalte de l’île Wiencke. Entre ces îles et le cap Tuxen, nous avons campé sur l’une des petites îles Jallour; formé par une roche volcanique très altérée, qui paraît être une andésite, cet îlot très demantelé était en partie dépouillé

de neige et occupé par une rockerie de Pingouins.

L'île la plus méridionale sur laquelle nous ayons atterri est l’île Berthelot, par 65°20' de latitude. Élevée de 180 à 200 mètres en son point culminant, entourée d’une haute falaise escarpée et couronnée d’une mince calotte deneige, cette île ressemble de loin à un gros diamant enchâssé. La muraille sombre qui la borde est entaillée de gorges sauvages dont les parois tombent à pie sur la mer. Des entassements de blocs gigantesques donnent aux flancs de la colline un caractère très imposant. Des îlots rocheux flanquent les abords de cette citadelle ; l’un d'eux, surmonté d’un énorme talus de neige, m’a fourni des échantillons d'une labradorite altérée à facies diabasique, provenant d’un filon.

Plus au sud, l’île Darboux présente la même forme en table que l’île Berthelot. |

On rencontre des îles à une grande distance de la côte, ainsi les îles Quintana et les îles Roca, et surtout l’île Victor-Hugo, qui est à plus de 200 kilomètres. |

Par 65°20' de latitude sud et 66°38" de longitude ouest, Biscoe a placé une grande île découpée de plusieurs baies ; 1l débarqua sur l’une d’elles, qu’il décrit comme bien abritée. Il donna à cette île le nom de Pitt. C’est sans doute une des grandes calottes neigeuses aperçues dans le sud au cours de notre raid de printemps ; mais, pendant notre croisière d’été, elle nous estrestée constamment cachée par les brumes.

Deux pitons coniques signalent un peu plus au sud des avancées de terre qui sont probablement des îles; les glaces nous ont empêchés de les approcher.

Enfin nous avons pu fixer un certain nombre des îles Biscoe, aux environs du cap Waldeck-Rousseau : l’île CI. Marckham, l’île Rabot, l’île Nansen. Ce sont des calottes glaciaires, quelquefois d’une grande étendue.

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