LA BAIE DES FLANDRES
Cette large échancrure, qui entaille si profondément la partie méridionale de la Terre de Danco, est située exactement à hauteur de l'extrémité sud de l'archipel de Palmer. Il semble que la côte sud-ouest de l’île Anvers forme avec la côte nord de la baie des Flandres le bord d’une
même cassure jalonnée encore par l’île Doumer et le cap Errera. Perpendilaire à l’axe du détroit de Gerlache, sa direction est sud-est nord-ouest, parallèle à celle de toutes les dépressions transversales de la région.
La profondeur de la baie est d'environ 80 kilomètres à partir du cap Renard. C’est la seule partie de la Terre de Danco que nous ayons explorée.
Découverte en 1898 par la « Belgica », elle avait été sans doute aperçue auparavant par Dallmann (1873); mais le fond masqué par la brume avait induit en erreur le baleinier allemand, qui crut avoir affaire à un large détroit courant à l’est et faisant communiquer l'Atlantique avec le Pacifique.
La côte est dominée par de hautes montagnesentre lesquelles d'immenses glaciers déversent leurs flots de glace; partout où quelque neige a pu s’accrocher, le roc a disparu, et les crêtesles plus aiguës montrent le liséré blanc de leur chapeau de neige. Seules les parois verticales restent à nu, d'autant plus sombres dans leur cadre blanc: elles tombent à pic dans les eaux transparentes, où l’œil peut les suivre longtemps. La côte méridionale est particulièrement escarpée, et c’est elle qui présente les plus hautes cimes ; les glaciers y sont profondément encaissés, et leur extrémité, comblant les petites baies où ils débouchent, se termine par un front vertical haut de 20 mètres et plus, tendu comme une muraille d’un promontoire à l’autre. Aussi les sinuosités de la côte sont-elles en partie effactes, et le seul relief saillant qui mérite d’être signalé est le cap Rahir, pointé vers le nord et couvert d’une épaisse carapace de glace.
Le fond de la baie est occupé par de hautes pyramides autour desquelles descendent en pente douce les glaciers de l’intérieur du continent, en sorte que ces glaciers, groupés par deux, ressemblent aux rampes circulaires d’un immense escalier en fer à cheval.
Sur la côte nord, les montagnes s’abaissent peu à peu lorsque l’on va de l’est à l’ouest; en même temps, elles s’éloignent du rivage, laissant la place à un immense glacier en cuvetle dont le bord est fragmenté en grands blocs parallélipipédiques. Le cap P. Willems, qui marque l'entrée sud du détroit de Gerlache, est une grande langue de glace montant en pente douce vers la montagne sous forme d’un glacier plat. Une muraille
de glace de 20 à 25 mètres la termine au bord de la mer, et l’on n’aperçoit du socle rocheux qu’un mince liséré Jaunâtre à fleur d’eau.
Le « Français » a passé treize Jours dans cette baie, accroché à la banquise qui en occupait le fond, exposé à tous les aléas des mouvements incessants des icebergs qui circulent dans la baie. Au voisinage de ce mouillage précaire, derrière le cap Rahir, s'élevait une curieuse pyramide de neige (PI. VII, fig. 28), haute d'une quarantaine de mètres et dont le sommet est aigu comme une flèche de cathédrale. Distante du glacier de 100 mètres à peine, elle paraît être un vestige d’une ancienne extension de ce glacier. Au pied de cette éminence, s'étend une petite grève qui découvre à marée basse; elle est formée par une accumulation de galets, de biocs roulés et d’un peu de sable. On y trouve des quartzites, du granite et des diorites; quelques blocs de granite de plusieurs mètres cubes de volume émergent çà et 1à de la mer; mais la roche principale paraît être la diorite.
Un petit nombre d’ilots bas surmontés de hautes calottes neigeuses sont à signaler dans la baie ; à l'entrée, les îles Guyou, dont leliséré rocheux est à peine perceptible; au fond, les îles Moureaux, calottes jumelles réunies par un isthme bas; le socle en est constitué par un granite à amphibole admirablement poli et comme truffé par de nombreuses enclaves basiques noires. Sur une petite grève à la jonction des deux îles, j'ai recueilli une quantité de blocs errants : quartzite, granite à grain fin, diorite quartzifère micacée à pyroxène. M. Arctowski, qui, en 1898, avait débarqué en ce point, y avait signalé le granite.