‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 36 sur 67 · MORAINES · texte numérisé non relu

MORAINES

Les moraines superficielles sont presque inconnues sur les glaciers polaires.

Les matériaux détachés des montagnes sont rapidement recouverts par la neige ou s’enfoncent dans le névé ; enfouis dans la masse, qui se transforme peu à peu en glace, ils cheminent avec elle et ne reparaissent qu'à l'extrémité du glacier.

D'autre part, des poussières minérales, portées par le vent, se répandent à la surface du névé ; elles y forment des lits quelquefois très nets,

qui soulignent vivement les stratifications.

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On retrouve leurs lignes horizontales en même temps que les blocs enchâssés dans la glace sur le front terminal du glacier.

Quand celui-c1 se désagrège, ils sont ainsi entraînés au loin sur les elaces flottantes, à moins qu'auparavant expulsés par la pression ils ne tombent à la mer au pied de la falaise pour s'ajouter à la moraine frontale. Cette moraine, constituée par les matériaux de la moraine de fond et par la boue glaciaire, fine argile bleue, produit du rabotage du lit du glacier, est cachée sous les eaux, puisque le glacier descend jusqu’à la mer ; la déclivité du sol la conduit généralement à une grande profondeur, et ce n'est dès lors que par les sondages que l’on constate son existence.

Cependant, dans quelques cas particuliers, j'ai rencontré des moraines frontales à découvert au-dessus du niveau de la mer. Dans le chenal de Roosen, sur l’île Wieneke, au pied du mont Jabet, une moraine s’étend au niveau des eaux sur une longueur de 250 mètres ; sa hauteur ne dépasse pas 2 ou 3 mètres ; les blocs sont anguleux, mêlés à beaucoup de boue ;: sa direction estparallèle à celle du chenal. Sur la côte nord del’île Doumer, dans ce même chenal, une autre moraine apparaît au pied du glacier qui couvre l’île (PI. I, fig. 5); sa direction est perpendiculaire à celle de la précédente. Elle forme un vaste arc de cercle à flanc de coteau; les deux branches de l’are descendent jusqu’à la mer ; la tangente horizontale est à 29 mètres d'altitude ; lacorde peut avoir 200mètres de longueur. Les blocs ont subi un certain polissage ; les stries y sont presque absentes, la boue est abondante. Elle s’élève au-dessus d’un socle dioritique admirablement poli. Au moment où je l’ai visitée, en janvier, des filets d’eau s’échappaient de son pied en entraînant du sable fin. Enfin une troisième moraine .se montre dans l’île Hovgaard, sur le versant du chenal de Lemaire, près d’un point où nous avons campé à plusieurs reprises. Située à une soixantaine de mètres d'altitude, elle est rectiligne et parallèle à la côte ; la boue en est complètement absente, et les blocs paraissent exposés à l’air depuis une époque assez lointaine; leur surface est en effet érodée, et des lichens les ont envahis. Dans le détroit de Gerlache, M. Arctowski a signalé en plusieurs endroits des moraines parallèles à la direction du canal: près du cap Reclus, une très grande moraine dressée le long de la côte ; sur l’ilot Bob, des parties de moraines très bien conservées situées à 25 mètres

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d'altitude, hautes de 5 à 7 mètres et adossées contre la pente du rivage ; enfin, sur l’île Bank, de l’autre côté du détroit, une très belle moraine d'une hauteur de 20 mètres.

Les moraines semblent beaucoup plus développées dans la région de la Terre Victoria. Les dépôts morainiques s élèvent au cap Adare jusqu’à l'altitude de 240 mètres.

L'ile Ross en présente de nombreux exemples près du cap Crozier, audessus des falaises du versant oriental du mont Terror et sur le versant sud du mont Erebus, au-dessus du cap Royds. Les terres situées à l’extrémité sud de la baie Mac Murdo et la glace qui les unit sont littéralement enfouies sous des monceaux morainiques sur une longueur de 9 kilomètres, une largeur de 5,5, avec un relief de 30 mètres. D'autre part, M. Ferrar a signalé, sur le glacier qui porte son nom, des moraines médianes et latérales « composées de longues traîinées de blocs pouvant atteindre un diamètre de 0",90 et rarement accompagnés d'éléments de plus petite dimension ». Mais, ajoute-t-il, d’une façon générale, les matériaux supraglaciaires sont rares, comparés à ceux que charrient le glacier de Tasman à la Nouvelle-Zélande et celui de Zmutt dans les Alpes.

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