‹ Expédition antarctique française (1903-1905) commandéeChapitre 37 sur 67 · FRONTS DES GLACIERS · texte numérisé non relu

FRONTS DES GLACIERS

Tous les glaciers qui arrivent à la mers’y terminentbrusquement par un front vertical (PI. LIL, fig. 11). Étant donné le petit nombre d’emplacements qui ne soient pas occupés par les glaciers, on peut dire que c’est l'aspect général des côtes antarctiques, d’être bordées par un mur vertical de glace.

Sa hauteur est variable et peut atteindre 90 mètres et plus ; la hauteur la plus fréquente oscille entre 20 et 30 mètres. Oncomprend done combien sont rares les points où le navigateur peut atterrir, même lorsque la mer se trouve libre.

Cette muraille verticale est parfois d’une régularité merveilleuse ; d’un bleu verdâtre plus ou moins intense, elle montre, en une succession de bandes horizontales, les stratifications du glacier, soulignées souvent par de minces lits gris ou noirs de poussières minérales.

Expédition Charcot. — Gourpon. — Glaciologie. 12

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Çà et là, des blocs rocheux sont encastrés dans la glace ; j'en ai vu parfois d'énormes, à demi expulsés de leur gangue, surplomber la falaise. Ce rebord supérieur de lamuraille est, en certains endroits, ornéd’une grande corniche de neige, sorte de volute de neige du dessin le plus harmonieux soutenue dans le vide par la cohésion de la matière. Le plus souvent, le front est fissuré (PI. IX, fig. 32), crevassé, irrégulier, sillonné de profondes anfractuosités qui se colorent du bleu sombre le plus magnifique ; les crêtes se hérissent d’aiguilles menaçantes, de tours penchées qui semblent prêtes à s'effondrer; le pied, lorsqu'il plonge dans la mer, se creuse de cavernes aux voûtes azurées. Mais l'allure générale reste celle d’un mur vertical inabordable. |

Ce front de glacier peut occuper trois positions différentes :

1° Ou bien le glacier repose entièrement sur le sol et s'arrête au point même où la mer affleure à sa base ; c’est le cas le plus général, au moins dans la région que nous avons parcourue. La côte, en effet, plonge le plus souvent presque verticalement sous les eaux ; la masse glaciaire, perdant brusquement pied, se rompt aussitôt.

On peut distinguer alors à son pied un liséré de la roche sous-jacente, plus ou moins apparente suivant l'heure de la marée.

Ce sont des roches polies sur lesquelles on peut recueillir parfois quelques cailloux de la moraine de fond. Cette disposition permet de se rendre compte, en examinant la base du glacier, que celui-ci ne se moule pas complètement sur son fond. Sa face profonde est plus ou moins plate; il descend sur une surface tangente aux aspérités du lit.

2° Le glacier peut empiéter sur la mer tout en continuant à reposer sur le sol.

Ce cas se présente lorsque le glacier débouche sur une pente à faible inclinaison ou s’établit sur de hauts fonds; le glacier se maintiendra sur ce fond jusqu’au point où, la profondeur étant suffisante pour faire flotter la masse, celle-ci, soumise aux mouvements de la mer, se séparera. Un exemple remarquable de ce type s’observe sur les côtes de l’île Coulman, où les neiges éboulées du sommet de l’île s’amoncèlent au pied des falaises en grands cônes de déjection et vont se terminer en mer par une muraille de 15 à 30 mètres.

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3 Enfin le glacier peut s’avancer plus loin, et son front peutflotter. Dans les baies demi-circulaires, surtout dans les gorges étroites des fjords, les deux rives latérales constituent des points d'appui qui permettent à la masse glaciaire de résister à la houle et de continuer à avancer, tout en flottant ; le front forme la corde sous-tendue de l’arc constitué par la baie.

Les anfractuosités de la côte disparaissent ainsi ; 1l ne reste plus que la ligne régulière de la muraille de glace.

C’est peut-être à ce phénomène qu'il faut rapporter les nappes remarquables qui, dans la Terre Victoria, remplissent la baie Lady Newnes et celle voisine du cap Gauss, peut-être aussi la Grande Barrière de Ross.

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