ANCIENNE EXTENSION DES GLACIERS
Toutes les expéditions scientiliques qui se sont succédé depuis dix ans dans les régions antarctiques ont été unanimes à constater les preuves
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d’une glaciation antérieure beaucoup plus étendue que celle de l’époque actuelle.
C'est à M.H. Arctowski (1) que revient l'honneur d’avoir signalé le premier cette ancienne extension des glaciers antarctiques.
Au cours de l'expédition de la « Belgica», il découvrit dans le détroit de Gerlache des vestiges remarquables des anciens glaciers, moraines, blocs erratiques, roches moutonnées. L’ilot Gaston, situé à 1 mille de la côte, en face du cap Reclus, et dépourvu de neige lors de sa visite, est un gros «dos de mouton » parfaitement poli àla surface. Sur le cap même, le long de la côte, se dresse une très grande moraine dont la direction nord-est sud-ouest coïncide avec celle du détroit. L’îlot Bob, non loin de lîle Wiencke, porte des restes de moraines, très bien conservées, situées à plus de 23 mètres au-dessus du niveau de la mer, hautes de 5 à 7 mètres et adossées contre la pente du rivage; elles s’abaissent légèrement vers l’ouet et sont également parallèles au détroit. |
Quelques blocs de gneiss étaient très grands et parfaitement polis; le oranite rouge s’y rencontrait sous forme de galets ronds, tandis que le granite à hornblende était fréquemment anguleux. De l’autre côté du détroit, juste en face, sur l’île Bank, une très belle moraine, haute de 20 mètres, présente encore la direction du détroit ; cette moraine est adossée à la pente de la montagne qui montre des roches moutonnées caractéristiques. Pour expliquer ces moraines, M. Arctowski émet l’hypothèse d’un immense glacier qui se serait écoulé dans le détroit de Gerlache vers l’ouest, c’est-à-dire vers l'Océan Pacifique ; or la largeur du détroit atteint 10 milles et sa profondeur 625 mètres ; en voit quel formidable appareil pouvait être ce glacier !
Les moraines que j'ai rencontrées dans le chenal de Roosen, tant au pied du pie Jabet que dans l’île Doumer, témoignent également d’une activité qui ne correspond pas à celle des glaciers actuels, et les blocs erratiques qu’elles renferment indiquent nettement une extension plus grande.
Mais la preuve la plus constante de l'étendue des anciens glaciers dans
(1) H. Arcrowswr, Sur l’ancienne extension des glaciers dans les régions des terres découvertes par l'Expédition Antarctique Belge (C. R. Acad. Sc. Paris, 21 août 1900).
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la région côtière de la Terre de Graham tient dans la fréquence des polis glaciaires. |
Toutes les îles qui sont essaimées en si grand nombre sur cette côte présentent des roches moutonnées, qui s'élèvent parfois à une assez grande hauteur. C’est ainsi que la colline du Cairn, dans l’île Wandel (PI. VI, fig. 20), dont l'altitude atteint 60 mètres, est entièrement formée Jusqu'à son sommet de roches parfaitemeut polies qui sont dépourvues de neige sur le versant nord-est
M. J.-G. Andersson a signalé des traces plus évidentes encore de l’action glaciaire.
Au nord du détroit de Gerlache, la petite île Moose, située dans la baïe de Brialmont, portait des blocs erratiques, des galets de matériaux étrangers à l’île, Jusque sur son sommet, à 200 mètres au-dessus du niveau de la mer. Les pentes faisant face au sud-ouest offraient des roches moutonnées typiques dont la surface était polie et striée dans la direction sud-ouest nord-est, tandis que le côté opposé se terminait en une falaise escarpée sans aucun signe d’action glaciaire. Comme M. Arctowski, M. Andersson conclut à un immense fleuve de glace remplissant le détroit, mais qui, selon lui, en cet endroit, était poussé au nord-est par la pression exercée contre les îles qui forment le côté nord-ouest du détroit (1).
Dans la baie de l’Espérance, sur la côte est, au débouché de la vallée, M. Andersson a noté des roches polies avec des stries parallèles à la vallée, formant une colline de 100 mètres de hauteur, alors que le front de glacier actuel ne dépasse pas 20 mètres au-dessus de la mer.
Sur la côte orientale visitée par l’Expédition Suédoise, les signes de cette ancienne glaciation sont beaucoup plus incertains. A l’île Seymour, en particulier, les blocs erratiques sont mêlés à une grande masse de sédiments meubles provenant de la destruction des conglomérats tertiaires et sont difficilement reconnaissables. Cependant, au sud de la Terre du Roi Oscar, par 66° de latitude, M. O. Nordenskjüld a constaté, grâce à la présence de galets erratiques sur le nunatak Borchgrevink, que la puissance du glacier environnant dépassait de 300 mètres celle du glacier actuel.
(4) J.-G. ANDERSSON, On the geology of Graham Land, p. 53.
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Le même phénomène de retrait se manifeste dans la Terre Victoria. « Tout au tour de notre mouillage, dit le capitaine Scott, abondaient les preuves de l’ancien paroxysme glaciaire. Des fragments de granite ont été trouvés au cap Royds et, à une grande hauteur, sur toutes les îles volcaniques voisines de notre havre d’hivernage ; des terrains morainiques ont été rencontrés sur les pentes du mont Terror, à 240 mètres au-dessus du niveau actuel de la plaine glacée ; d’après les observations de Ferrar, la presqu'île du cap Armitage était autrefois recouverte (1). »
Il ne faut pas oublier, d'autre part, que Ross, soixante ans auparavant, rencontra la Grande Barrière 30 milles plus au nord que le front actuel suivi par la « Discovery ». Enfin, dans la Terre de l'Empereur Guillaume, les blocs erratiques couvrent les pentes du Gaussberg jusqu’au sommet, à 370 mètres d'altitude, prouvant que l’inlandsis, dans son voisinage, a été autrefois d'au moins 350 mètres plus épais qu'aujourd'hui (2).
Ainsi partout, sur la bordure du continent austral, on a observé lerecul des glaciers. Mais l’affaiblissement de la glaciation se fait aussi sentir dans les régions centrales ; comme le fait remarquer M. E. Philippi, la lenteur ou même l’arrêt du mouvement des glaciers ne peuvent être que l'indice d’une alimentation défectueuse dans l'intérieur du pays.
Si les explorateurs sont tous d'accord pour affirmer le retrait de la slaciation, il n’en est plus de même sur les hypothèses qui prétendent déterminer les causes de ce phénomène. Le capitaine Scott et M. Ferrar déclarent avoir constaté qu'un abaissement de la température amène un ralentissement dans la formation des glaces; notant, d’autre part, que les plus abondantes chutes de neige s'étaient produites en été et qu'aux îles Balleny la glaciation est plus puissante qu'à la Terre Victoria, bien que ces iles soient situées beaucoup plus au nord, ils se rangent à l’avis des nombreux savants pour qui « l'intensité d’une époque glaciaire est la conséquence d’un climat relativement doux (3). »
Le principal argument en faveur de cette thèse est qu'à une température très basse, l’air ne pouvant contenir qu'une faible quantité de vapeur d’eau, la glaciation consécutive est insigniliante.
(4) R. Scorr, La « Discovery » au Pôle Sud, vol. I, p. 271. (2) E. Parcippi, Ueber die Landeis-Beobachtungen der letzten fünf Südpolur-Expeditionen, p. 7. (3) R. Scorr, La « Discovery » au Pôle Sud, vol IL, p. 273,
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M.E. Philippi repousse également l’idée d’une élévation de température sur le continent antarctique pour expliquer l’affaiblissement de l'extension glaciaire et pense au contraire qu’à l’époque du maximun de glaciation, alors que l’inlandsis remplissait entièrement la mer de Ross et que les glaces ensevelissaient le Gaussberg, la température moyenne devait être plus élevée qu'aujourd'hui. Mais il émet de plus l’hypothèse d’un changement dans la distribution des pressions atmosphériques. Les vents chargés de vapeur d’eau qui autrefois apportaient de grandes masses de neige n’atteignent plus aujourd’hui le continent austral, ou bien ils ont perdu en route la plus grande partie de leur humidité. Au contraire, les vents secs qui soufflent avec violence empêchent l’accroissement des couches de neige.
Pour M. J.-G. Andersson, les conclusions sont toutes différentes (1). Après avoir fait remarquer que l’abaissement de la température moyenne annuelle n’entraînerait pas une aggravation du phénomène glaciaire dans un pays où cette température moyenne ne dépasse 0° que pendant seulement 5 p. 100 des jours de l’année, il attribue la diminution de glaciation à une modification dans le régime des vents.
Ases veux, leseffroyables tempêtesquisontdenosjoursla caractéristique climatique la plus remarquable de l'Antarctique seraientla cause principale de l’étatactuel. « Mais, ajoute-t-il, ce n’est peut-être là qu’une apparence. En effet, d’après le météorologiste suédois, M. H. Hildebrandsson, un régime moins venteux que celui régnant actuellement, par suite permettant l’accumulation des neiges, pourrait avoir été déterminé par la présence dans les mers voisines des banquises plus considérables que celles existant de nos jours. La puissance des banquises est dans une étroite relation avec la température. Aussi bien, en dernière analyse, l’ancienne extension glaciaire serait la conséquence d’un abaissement de température.
M. Arcitowski, partisan également de l'hypothèse d’un abaissement de température, au moins pour ce qui concerne les îles océaniques, Kerguélen et la Géorgie méridionale, faisait cependant observer très Justement, en 1900 (2), que le problème du climat des temps glaciaires était extrêmement compliqué et dépendait de multiples facteurs.
(4) O. NorpensxyüLn, Au Pôle Antarctique. Il° partie, par J.-G. Andersson, p. 259. (2) EH. ArcrowsKki, À propos de la question du climat destémps glaciaires (Ciel et Terre, mars 1901).
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Le degré d’enseigement d’une région dépend à la fois des précipitations atmosphériques, de la moyenne des températures supérieures à 0°, de l'insolation, du caractère des saisons, du régime des vents, de la configuration du pays et en particulier des conditions orographiques. Il se peut donc fort bien que ces facteurs se soient comportés différemment en différentes régions pour aboutir au même résultat. Il ne faut pas oublier que le continent antarctique dépasse en étendue l’Europe, et il ne faut pas se hâter de généraliser en partant d'observations locales qui ne sont encore qu’en très petit nombre.
Enfin 1l faut tenir compte des déformations de l’écorce terrestre et en particulier des mouvements verticaux du sol, qui ont pu modifier beaucoup la configuration des terres.