A LA SOCIÉTÉ DB GÉOGRAPHIE DE MARSEILLE
Séance du i*' octobre 1880,
Messieurs,
Le Bulletin de notre Société n' 8 à 11, paru en novembre 1879, contenait les premiers renseignements qui venaient de nous parvenir sur Texpédition française aux sources du Niger.
Dès cette première nouvelle, nous avons tout d'abord et tout naturellement éprouvé une très-légitime satisfaction à remercier et à féliciter notre intelligent collègue M. Verminck, qui a eu l'initiative de cette expédition, et les jeunes et intrépides explorateurs, MM. J. Zv^eifel et M. Moustier, qui ont si courageusement et si heureusement exécuté la grande et généreuse pensée de notre compatriote.
Mais en présence d'une entreprise Marseillaise aussi intéressante, en présence de résultats aussi importants que ceux qui nous étaient sommairement annoncés, il était de notre devoir d'étudier tout d'abord, avec un soin tout particulier, quel était jusque là, l'état des connaissances géographiques sur le Niger et ses sources. Notre secrétaire général, M. Bainier nous soumit, avec la compétence que vous savez, une étude très-consciencieuse sur cette question. De ses recherches et des discussions qui ont eu lieu dans nos réunions, il résulte positivement que le grand fleuve Africain du pays des noirs, connu par les indigènes sous le nom de Djoliba, qui signifie grande eau, et que les Européens appellent le Niger, fut pendant des siècles un fleuve mystérieux pour la science géographique. Non seulement on ignorait les sources de cet immense cours d'eau, mais encore on ne savait dans quel sens il coulait et dans quelle mer il avait ses embouchures. Il y a un siècle à peine, Mungo-Park détermina la direction de son courant ; plus tard les frères Lander explorèrent les lagunes où ce fleuve mystérieux va confondre ses eaux avec les flots du golfe de Guinée ; mais on ignorait encore
dans quel massif le Niger avait son origine. Oe n'est qu'en 1822 que le major Laing put dépasser Falabah, mais il ne lui fut pas donné d'atteindre les sources du fleuve. Sur le dire des indigènes, il put en indiquer sommairement la position, mais il lui fut impossible de visiter ses montagnes natales. Plus tard, en 1869, M. W. Reade tenta par deux fois la môme entreprise. Aussi malheureux que ses devanciers, il ne put monter jusqu'aux sources et résoudre déûnitivement le problème mystérieux des origines de ce grand fleuve.
L'honneur de la découverte des sources du Niger revient donc à l'ex* pédition 0. A. Verminck et à ses explorateurs MM. J. Zwelfel et M. Moustier.
Oetle découverte est incontestablement un fait géographique de la plus haute importance. L'heureux succès de cette entreprise absolument française fait grand honneur à son ëminent promoteur, à notre collègue M. G. A. Verminck, qui Ta conçue et organisée et qui en a généreusement fait tous les frais, et' aux habiles et énergiques explorateurs qui l'ont si courageusement conduite à bonne et glorieuse fin.
M. Verminck a eu patrîotiquement à cœur de réserver l'honneur de cette découverte à la France. Il a bien voulu aussi donner un témoignage particulier de sympathie à la petite patrie et réserver à notre Société de géographie le soin de faire connaître l'historique et les résultats d'une entreprise qui a amené l'heureuse solution d'un grand problème géographique.
Notre prochain Bulletin, qui est sous presse et paraîtra dans quelques jours, contiendra le compte-rendu complet de l'expédition 0. A. Verminck, le récit fidèle et intéressant du voyage de MM. Zyreifel et Moustier aux sources du Niger.
Cette fidèle narration permettra à nos lecteurs de suivre nos voyageurs par la pensée, d'assister à toutes les péripéties de cette longue et périlleuse incursion dans des contrées presqu'inconnues , dans des régions que n'avait visitées aucun Européen et dans un pays où les routes sont à l'état rudimentaire et les sentiers à peine indiqués. Trop souvent à la merci de guides ne méritant pas une confiance absolue, il faut cheminer à travers les méandres d'un pays nouveau. Pour obtenir des auxiliaires, ce qui n'est pas toujours aisé, on est forcé de dépenser un temps précieux en dissertations sans fin à l'effet de désarmer la méfiance du roi que l'on quitte et de celui chez lequel on se propose d'aller. Il est nécessaire d'avoir beaucoup de présents à offrir et surtout difficile d'en garder pour d'autres qui en voudront aussi. Quand la conviction du roi est faite, quand il est sûr que vous ne venez pas dans le but hostile de tarir les sources, de jeter des sorts, d'ensorceler les femmes, il daigne enfin vous octroyer un de ses sujets, qui connaît la route et vous con-