A. RABAUD
dait jusqu'aux frontières de son royaume et parfois au delà. L'épreuve se renouvelle malheureusement autant de fois qu'il y a de rois, et Dieu sait s'il y en a dans ces régions africaines.
En lisant le récit de cette expédition, on sent que ce voyage a été fait par des hommes jeunes, ardents, ayant une grande connaissance des noirs et de leurs usages et ayant foi dans la réussite. Ce qu'ils ont vu, ils l'ont bien vu ; les mœurs des habitants sont parfaitement décrites ; les usages des diverses tribus qu'ils ont traversées sont étudiés avec un soin tout particulier ; ils profitent habilement de chaque occasion qui se présente pour mettre en scène les principaux personnages avec lesquels ils ont été en rapport.
En lisant ces récits, on sent qu'ils sont vrais et sincères ; on éprouve ce sentiment qui nous fait parfois dire en face du portrait d'un inconnu, « Il doit être ressemblant. » Dans tout l'ensemble, règne une grande simplicité qui donne à la narration une saveur particulière et la rend d'autant plus intéressante qu'on croirait entendre une conversation familière.
Le principal mérite du voyage est naturellement de nous faire voir ces sources du Niger, but longtemps poursuivi et qui n'avait pas encore été atteint.
Une telle expédition, on le comprend sans peine, n'a pu s'effectuer sans de grandes fatigues, sans de dures privations. Les explorateurs ont dû s'armer toujours d'une extrême patience et d'une sage prudence, ces grandes vertus des voyageurs et surtout des voyageurs africains ; ils ont dû déployer une extrême énergie en présence de dangers constants et se renouvelant sans cesse ; ce n'est qu'au milieu de difficultés de toute sorte qu'ils ont pu remplir jusqu'au bout la tâche qu'ils s'étaient imposée.
Comme MM. Zweifel et Moustier, nous regrettons vivement qu'ils n'aient pas pu arriver à la source même du grand Niger, qu'ils aient été forcés de se contenter de la voir d'une certaine distance, d'environ sept kilomètres ; mais au point de vue géographique, ils l'ont vue d'assez près pour que désormais la science soit fixée sur la situation précise de ces sources légendaires; ce que le monde savant regrettera le plus avec nous, c'est l'absence d'observations topographiques et astronomiques d'une exactitude absolue; il est fâcheux, en effet, que ces Messieurs n'aient pas été assez préparés pour faire eux-mêmes des observations scientifiques de longitudes et de latitudes et que le capitaine que M. Verminck comptait adjoindre à l'expédition, n'ait pas pu faire le voyage avec eux. Mais nous devons facilement nous consoler de cette lacune et nous pouvons nous estimer heureux d'avoir entre nos mains le récit des voyageurs et toute la série des observations par appréciation, car, il est bien certain que des explorateurs plus savants et mieux outillés^ mais qui n'auraient