LES SOURCES DU NIGER. 1G
pas, comme ces Messieurs., été préparés par une longue expérience de ces pays, par une connaissance remarquable de la plupart des langues et des usages des indigènes, par des relations très étendues dans Tintérieur, n'auraient pas pu accomplir aussi heureusement un tel voyage, et voir les choses et surtout les hommes d'une manière aussi vraie et aussi intéressante. Il est, en outre, très-probable que dans des pays où la superstition et le fétichisme régnent en souverains maîtres, l'usage des instruments d'observation et de précision aurait été impossible et aurait très-probablement entraîné le massacre des observateurs. Pour ne citer qu'un exemple, M. Zweifel raconte que sa longue-vue excitait une méfiance qui se traduisait d'une façon aigre et dangereuse et que pour ne pas soulever des difficultés au milieu de peuplades d'une curiosite insolente, d'une sauvagerie et d'un fanatisme surprenants, il a dû se priver souvent de la braquer sur certains sites dont il aurait voulu garder plus exactement le souvenir ; il était tenu à une très-grande réserve même pour examiner sa boussole et pour prendre des notes ou des croquis.
Nous devons donc nous estimer très-heureux d'avoir les renseignements que nous ont fournis MM. Zweifel et Moustier, et de pouvoir enregistrer telle quelle la belle découverte qui est venue couronner leurs efforts.
Peut-être, plus tard, à la suite d'observations plus précises et plus exactes, les cartographes modifieront les données de nos explorateurs, mais la science leur saura gré de leurs indications ; quant à nous, nos regrets seront amoindris en pensant que les observations dont nous signalons l'absence auraient pu entraîner la mort de nos intrépides explorateurs. Nous ne connaîtrions, môme pas par appréciation, les sources du Niger et nous aurions eu la triste et trop fréquente mission d'enregistrer deux martyrs de plus de la science géographique.
Si MM. Zweifel et Moustier méritent notre gratitude pour les découvertes qu'ils nous ont fait connaître, nous devons aussi témoigner notre reconnaissance au promoteur de cette périlleuse expédition.
M. Yerminck a justifié la vérité des assertions que nous avons émises dès le début de notre Société, que le commerce travaille sans cesse pour la géographie et lui apporte toujours de nouvelles découvertes et de nouveaux éléments, qu'il est la principale force motrice par laquelle les bienfaits de la civilisation et les heureuses découvertes de la science sont répandus dans les coins les plus reculés du monde habitable.
M. Verminck a bien mérité de la science géographique et de la France. Au prix de grands sacrifices pécuniaires et de combinaisons, fruit d'un travail assidu et d'une expérience intelligemment acquise, il lui offre de sûrs et précieux renseignements et une magnifique