‹ Expédition de Laghouat, dirigée aux mois de mai et juin 1844Chapitre 6 sur 10 · MÉHARI · texte numérisé non relu

MÉHARI

J'avais beaucoup entendu parler des méharis du Grand- Désert. Ils font, dit-on, 50, 60 et même 100 lieues en un jour. 11 était intéressant de s'en procurer , non-seulement comme animal curieux à connaître , mais encore pour l'utiliser par des courriers. Nous en avons reçu trois , du kalifa, des Larbas etdesOuled-Naïl. Les Larbas , cet hiver , en ont pris 17 à un parti de Troudes , qui ayant pillé un de leurs douars , fut poursuivi , atteint et détruit. Le méhari n'est peut-être pas un animal à part : il paraît être au chameau ordinaire ce qu'un cheval de course est à un cheval de trait. Sa bosse est très-exigiïe et dépourvue de graisse. 11 montre plus de vigueur et de vivacité que les autres ; son allure habituelle est le trot : il peut le tenir pendant un jour entier ;

ce trot est comme le grand trot d'un bon cheval; quand le terrain n'est pas net , le méhari ne trotte pas bien.

Le méhari des Ouled-Naïl avait été acheté chez les Chahamebas ; il était garni de la bride , qui agit sur une narine et sur le chanfrin ; puis , de la selle qui se pose en avant de la bosse sur le garrot ; l'homme s'y assied et ses jambes s'appuient sur le col de l'animal (Ci-joint deux dessins de cet animal).

KÉSU1E

En résumé :

1° Notre colonne a fait l'expédition de Laghouat sans aucune perte en hommes , chevaux , ni mulets , sans avoir plus de malades qu'en garnison , quoique , dans le trajet de 170 lieues qu'elle a parcourues en trente-deux jours , elle ait eu à lutter contre la pluie , le froid , les chaleurs , les sables , la soif et les mauvaises eaux ; elle a laissé dans tout le pays une impression très favorable; sa discipline a été exemplaire; tous les courriers d'Alger sont arrivés ; hommes et animaux sont arrivés en bon état à Tiaret.

2° Le pays a été organisé; l'administration y fonctionne bien; la preuve en est dans l'impôt recueilli en huit jours, malgré la guerre du Maroc.

3° L'opération faite permet, ou de régir simplement le pays soumis, ou d'en faire un centre d'action pour attirer à Alger le commerce de l'intérieur, ou encore de combattre Abd-el- Kader et les tribus voisines du Maroc.

k° Le kalifa a tenu ses engagements; il n'a pas été tiré un seul coup de fusil contre nous; ses populations ont montré la plus grande soumission, quoique la guerre, que nous déclarait le Maroc, ait dû avoir une influence très contraire à nos intérêts ; c'est un homme très puissant par lui-même, d'une origine très ancienne, jouissant d'une haute considération , très capable, tenant à sa parole et qui pourra être très utile : il offre comme garanties ses ksars que nous pouvons ruiner, la nécessité de venir dans le Tell et les affronts graves qu'il a faits à Abd-el-Kader.

5° Il me paraît utile de lui donner un traitement et une troupe indigène soldée.

6° Si l'on veut placer un poste entre le grand désert et Boghar, Souagui est le lieu le plus convenable. Ce poste serait avantageux à toutes nos tribus du désert, qui prospéreraient sous sa protection.

7° Notre équipage de dromadaires a complètement et notoirement réussi dans cette course. Il a mieux fait le service que la réquisition. Ses chameaux étaient en meilleur état. Il peut dès à présent assurer un service de transport.

8° Ce qui m'a paru remarquable dans cette opération, dont le siège était si loin de nos postes, est d'abord la crainte imprimée par nos troupes, ensuite la confiance qu'inspiraient notre discipline et notre parole, enfin et surtout la conviction générale de notre supériorité, de la sagesse de notre administration et de l'avantage qu'il y avait à se rallier à nous. Ces sentiments résultaient de la manière adoptée dans les derniers temps pour faire la guerre, de la prospérité des tribus, qui se sont successivement soumises à nous et des désordres patents qui régnent chez les populations encore hostiles. Cet

état de l'opinion publique a fait notre force et devra nous donner de grands résultats ultérieurs.

Je ne terminerai pas sans exprimer combien j'ai eu lieu d'être satisfait de toutes les troupes sous mes ordres; tous ces corps, déjà anciens en Afrique, avaient la conscience de la puissance militaire résidant en leur expérience et leur valeur éprouvée. Mais le même sentiment du bien du service, qui eut fait briller leur ardeur, s'il eût fallu combattre, les a fait se résigner à ne lutter que contre les difficultés des marches et du climat. Si l'ordre et la discipline ont évité toutes pertes et maintenu la colonne presqu'en aussi bon état au retour qu'au départ, je ne puis l'attribuer qu'au concours zélé , ferme et éclairé, que j'ai trouvé chez tous les officiers et principalement chez les chefs de corps et de service.

Tiaret, 20 juin 1844.

Le Général commandant la subdivision de Médéah,

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