QUESTION DES CHAMEAUX
Peu après mon arrivée à Médéah je fus chargé d'organiser une colonne montée sur des mulets, à l'instar de celle qu'avait dirigée M. le colonel Yusuf. Je fus frappé de l'inconvénient de l'emploi des mulets dans le désert pour une expédition de trente jours, car la simple ration d'orge à k kilos constituait pour chaque mulet un charge de 120 kilos, qui le rendait impropre à rien porter d'ailleurs. Je pensai que le chameau était préférable. Dès qu'on devait opérer souvent dans le désert, la bête de somme du désert devait être utilisée, parce qu'elle n'a pas besoin d'orge, parce que l'herbe du désert lui suffit , parce qu'elle peut se passer long-temps d'eau, parce que le prix en est le quart de celui du mulet et parce que les mulets commencent à devenir rares, tandis qu'il y a un
nombre immense de chameaux. Je fus autorisé à tenter des essais ; on pouvait désirer se servir du chameau comme bête de somme, ou pour transporter rapidement de l'infanterie ; mais la base indispensable était de connaître le chameau, ses mœurs, son hygiène, la manière de le bâter, de le charger , etc. C'était par là qu'il fallait commencer, d'autant plus» que ces essais devaient coûter assez cher et qu'il fallait mettre ce service à même de se défrayer lui-même par la seule ressource du prix des transports. Par suite, une seule des deux quV\s-» lions, celle des transports, a été résolue; l'autre reste en-i lière.
Dans cette expédition , où nous avions 277 chameaux appartenant à l'État et conduits par des soldats d'infanterie , les résultats obtenus en faits acquits sont ceux-ci :
1° Nos chameaux était mieux chargés et en meilleur état que ceux des Arabes.
2° Notre équipage a perdu moins de chameaux que la réquisition (2 seulement).
3° Chaque chameau requis étant payé 3 fr. 50 par jour , a coûté à l'État un loyer représentant une fois et demi sa valeur. Chacun de nos chameaux a donc économisé à l'État une fois et demi sa valeur.
4° Le convoi de chameaux dans la marche habituelle a une allure moins vive que celle de l'infanterie , parce que ces animaux mangent en chemin ; mais comme ils ne font pas de halte, ils arrivent aussitôt qu'elle à l'étape. Si l'on veut presser le chameau et ne pas le laisser manger en route, il fait, dans le même temps , un tiers de chemin de plus que l'infanterie.
5° On peut compter sur notre équipage dans son état actuel pour tout service de transport.
6° Pour qu'il n'y ait pas de retard au départ le matin, il faut un homme pour charger deux chameaux ; mais un homme suffit pour conduire une douzaine de chameaux. Par suite , presque tous les soldats de l'équipage formèrent une troupe
sans sac marchant en dehors du convoi et le protégeant. Cet avantage est très-précieux.
7° Il est très-facile de se tenir sur le chameau. Ceux qui étaient déchargés servaient à monter les soldats fatigués ; il y a eu ainsi jusqu'à 60 soldats montés qui s'en trouvaient bien.
8° Le chameau ne donne à celui qui le monte ni nausées, ni le mal de mer.
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