‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 16 sur 58 · DEUXIEME DIVISION · texte numérisé non relu

DEUXIEME DIVISION

HacionJa de Manzanilla.

La Resurreccion.

San Aparicio.

Santa Maria et San Felipe.

Camp du Kancho Posadas.

Camp San Juan

entre le

Rancho Posadas,

le pont de Mexico

et le pont

de Las Animas.

? Escadron Taboada.

I Escadron Lamadrid.

I Un bataillon d'infanterie de marine.

^ Le grand quartier général et son escorte.

ÎLa brigade Neigre.

( Le corps du général Marquez à hauteur du } Rancho sur la route de Tkixcala, ( Une compagnie du 2° zouaves.

(Le quartier général de la 2^ division.

Le 2« zouaves.

iLe bataillon de marins.

i Trois escadrons.

Une section du génie.

, La batterie de réserve.

Sur le Cerro San Juaii.

Pont de Mexico.

Pont de Las Animas.

Un bataillon de chasseurs.

Batterie de montagne.

Une section du génie.

Quatre compagnies du 99".

Une section du génie.

, Deux pièces de campagne.

Le général L'Hériller.

Huit compagnies du 99*.

Une section du génie.

Quatre pièces de campagne.

Des travaux de retranchement furent immédiatement commencés sur tous les points et principalement aux ponts de Mexico et de las Animas, qui étaient menacés de trèsprès par le corps d'observation du général Comonfort.

Le 19 mars, le général en chef établit son quartier général sur le cerro San Juan et donna l'ordre d'y amener les parcs et les magasins de vivres ; les troupes rectifièrent leurs positions et protégèrent leurs camps par quelques travaux de campagne. Les reconnaissances des fortifications de la place confirmèrent le général en chef dans son intention de diriger ses attaques du côté de l'ouest.

Depuis l'année précédente Puebla avait été sérieusement fortifiée. La ville est formée d'ilôts de maisons ou cadres séparés par des rues qui se coupent à angle droit. Elle renferme environ cinquante églises ou couvents, éditices d'une construction massive, ayant des murs de maçonnerie de plusieurs mètres d'épaisseur et dont l'ennemi avait avantageusement tiré parti, soit pour l'organisation défensive de l'enceinte, soit pour mettre ses munitions et ses magasins à l'abri. Au centre de la ville, une double rangée de barricades à embrasures protégeait les établissements militaires les plus importants. Une ligne de

■"ortifications de Puebla,

2S6 l" PARTIE. CHAPITRE VI.

1863. maisons crénelées appuyées par des parapets de terre ou des amas de décombres formait une enceinte intérieure continue. Sur tout le périmètre de la ville, avaient été construits des ouvrages en terre se flanquant les uns les autres, avec de solides bâtiments pour réduits. C'étaient, en commençant par le nord :

Le fort de Guadalupe, que la petite armée du général de Lorencez avait attaque sans succès le 5 mai précédent ;

Le fort de Loreto, également construit sur les hauteurs du nord de la ville .et relié au précédent par une ligne à redans à laquelle l'ennemi avait donné le nom de Cinco de Mayo ;

Le fort Santa Anita (appelé aussi el Dernocrata) ayant pour réduit l'église de Santa Ana. Il était relié au fort Loreto par une flèche posée en travers du Rio San Antonio;

Le fort San Javier (appelé aussi Iturbide ou Pénitencier), fortification importante d'un tracé irrégulier, dontle réduit était formé par un vaste bâtiment servant de pénitencier et par l'église San Javier ;

Entre le fort San Javier et le fort Santa Anita s'élevaient des ouvrages moins importants, que l'on appela tranchées de la Calera, de San Pablo, del Senor de los trahajos ;

Les ouvrages du ranchode Toledo (appelés aussi Morelos)^ constitués par une ligne à crémaillère ouverte à la gorge ;

Le fort de Carmen (appelé aussi Hidalgo), ayant pour réduit le grand couvent de Carmen ;

Le fort de los Ingénieras, désigné aussi sous le nom de Totimehuacan, parce qu'il commandait la route de ce village.

Les forts de Carmen et de los Ingenieros étaient construits de façon à battre complètement la vallée du Rio San Francisco ;

Le fort Zaragoza (appelé aussi de los Hemedios),

LE GÉNÉRAL FOREY. 2o7

Le fort Independencia (appelé aussi la Misericordia). -isos.

Ces deux derniers défendaient l'entrée de Puebla du côté de la route d'Orizaba.

Au moment de l'investissement, la garnison de la place comptait environ 22,000 hommes 0), placés sous le commandement du général Ortega, qui avait pour chef d'étatmajor le général Mendoza.

Le général Paz commandait l'artillerie.

Le général O'Horan, la cavalerie.

L'infanterie formait cinq divisions sous les ordres des généraux Berriozabal, Negrete, Antilion, Alatorre, LaLlave.

Les généraux Garcia, Prieto, Gayosso, Porfirio Diaz, Escobedo, Ghilardi, Ignacio Mejia, Lamadrid, Carbajal, Aureliano Rivera, Pinzon, Patoni, etc., commandaient en sous-ordre.

Toutes les dispositions défensives avaient été minutieusement prises. Le moral du soldat était exalté par le souvenir du 5 mai ; les officiers se montraient enthousiastes et résolus ; s'ils n'espéraient guère pouvoir résister indéfiniment aux efforts de leurs adversaires, ils avaient du moins la ferme volonté de prolonger la résistance jusqu'à ses dernières limites. De son côté, l'armée française s'avançait avec la confiance tranquille des vieilles troupes ; elle ne doutait pas d'un succès prochain, mais ses chefs, avertis par l'expérience de la précédente attaque, procédaient avec une prudence extrême, ne voulant rien laisser au hasard.

Le fort San Javier formait à l'ouest une saillie très-prononcée permettant de faire converger les attaques ; on le choisit pour objectif de préférence au fort de Carmen qui, dans les sièges précédents, avait été considéré par les Mexi-

0) Happnrt in ;;i=npral Ortega (Zaoatecas, Ififill).

238 l" PARTIE. ■ — CHAPITEE VI.

-1863. cains comme le point le plus faible ('). Mais on pensait alors ~ qu'il suffirait de percer l'enceinte fortifiée pour se rendre

maître de la place, et, cette hypothèse admise, il devait, en effet, paraître préférable d'attaquer le fort San Javier, bien qu'il fût éloigné du centre du réduit intérieur d'une distance double de celle qui en séparait le Carmen.

En attendant que les préparatifs du siège fussent terminés, les troupes se bornèrent à fortifier leurs lignes et à maintenir l'investissement autant que le permettait la disproportion de leur effectif avec l'étendue considérable du périmètre à garder. Vers le nord entre Santa Maria et Manzanilla, c'est-à-dire sur une longueur de plus de deux lieues, on avait laissé seulement deux bataillons d'infanterie, un escadron français et quelque cavalerie mexicaine ; campées h cinq kilomètres de la place, ces troupes ne pouvaient surveiller efficacement les mouvements de la garnison. L'ennemi sut en profiter; dans la nuit du 21 mars, 1500 cavaliers commandés par Carbajal et Aureliano Rivera, se glissèrent dans la grande barranca de San Aparicio, passèrent tout près de la Resurreccion où se trouvaient 120 Mexicains alliés, poste trop faible pour leur barrer le passage, et rejoignirent l'armée de Comonfort, qui s'occupait alors de faire enlever les ressources des haciendas environnantes.

Combat Le général Forey, pour ne pas laisser affamer le pays,

(22 mars), envoya, le 22 mars, le général de Mirandol occuper Cho-

lula, petite ville située à deux lieues environ à l'ouest de

Puebla. La colonne française y trouva un corps de deux

mille cavaliers ennemis. Le général de Mirandol, à la

<') opinion que l'Empereur avait rappelée dans ses instructions au général Forev.

tête de trois escadrons de chasseurs d'Afrique, commandés -1863. par le colonel du Barail et d'une centaine de cavaliers alliés, se porta de suite à leur rencontre. Il eut à franchir sous un feu très-vif une barranca profonde et escarpée, et trois fois, avant qu'elles aient eu le temps de se former, ses têtes de colonne reçurent et soutinrent résolument le choc de la cavalerie ennemie ; enfin à leur tour les chasseurs d'Afrique s'élancèrent sur les Mexicains qui, bientôt rompus et culbutés, se débandèrent après une mêlée sanglante, et s'enfuirent laissant sur le terrain deux cents morts et cinquante prisonniers. Les chasseurs d'Afrique eurent trois hommes tués et dix-neuf blessés, parmi lesquels deux officiers.

Le 23 mars au soir, les dispositions préliminaires du oavenure

■^ (le la tranchée

siège étant terminées, la tranchée fut ouverte devant le (i>3 mars). fort San Javier, sur un développement de mille mètres et à 600 mètres du saillant. Les travaux d'attaque furent vigoureusement menés ; le 25 mars, la deuxième parallèle fut établie à 330 mètres; le lendemain, les batteries ouvrirent le feu, bouleversèrent les parapets du fort, percèrent à jour les bâtiments du pénitencier, et démontèrent toutes les pièces ennemies à l'exception de deux ; une troisième parallèle fut tracée à 135 mètres du saillant ; dès lors, le fort San Javier était complètement ruiné ; une attaque de vive force en était possible; l'ennemi le désarma presque entièrement, il plaça les canons qu'il en avait enlevés dans les rues adjacentes et derrière les maisons voisines, de manière à pouvoir en battre les abords; on jugea utile, pour diminuer l'étendue du terrain que les colonnes d'attaque

^') Le général on clief au ministre, 2G mars. 2 avril.

'lÙO l" PARTIE. CHAPITRE VI.

48G3. auraient à franchir à découvert, d'établir une quatrième parallèle. Elle fut ouverte, pendant la nuit du 27 au 28, à soixante-dix mètres environ du bastion attaqué.

Prise (lu fort Le s'énéral Forey réserva au l'"'' bataillon de chasseurs à

SanJavier .

(29 mais), pied ct au z" bataillon du 2" zouaves, dont l'héroïque valeur s'était brisée, le ornai 1862, sur les murs de Guadalupe, l'honneur de monter à l'assaut du fort San Javier.

Le 29 mars à cinq heures du soir, le général Bazaine, placé dans la quatrième parallèle, en donne le signal. Les hourras des troupes y répondent aussitôt, et la première colonne, sous les ordres du commandant de Courcy, du l^"" bataillon de chasseurs, s'élance sur les parapets qu'elle couronne rapidement. Une fusillade des plus vives part des murs crénelés, des terrasses, des portes, des fenêtres, des clochers et couvre les attaques. L'ennemi démasque au même moment les pièces cachées derrière les barricades, les soutient par le feu de nombreux mortiers et celui d'une batterie de montagne, qui vient prendre position en avant de Carmen. Les ouvrages de Santa Anita, de San Pablo, de la Calera, de Morelos et de Carmen donnent à leur tir la plus grande intensité ; mais celte pluie de balles, de boulets, de bombes et de mitraille, n'arrête pas l'élan des troupes.

La seconde colonne, dirigée par le commandant Gautrelet, du 2^ zouaves, suit de près la première ; toutes deux poursuivent leur succès, dépassent les retranchements et pénètrent dans le Pénitencier. Il y restait encore environ sept cents Mexicains, qui résistèrent avec acharnement. Ils cédèrent enhn, mais un très-petit nombre parvint à s'échapper ; beaucoup se firent tuer, les autres furent faits prisonniers. L'ennemi tenta plusieurs retours

LE GÉiNEKAL FORLY. 261

offensifs, et à 8 heures du soir seulement, le feu diminua i863. de part et d'autre.

D'après les documents mexicains, la perte de l'ennemi dans cette journée fut de six cents hommes ; on ramena deux cents prisonniers au nombre desquels deux colonels et huit otficiers. Trois obusiers de montagne, une pièce de campagne, deux fanions furent enlevés par les troupes françaises ; mais ce succès leur coûta trois officiers tués et treize blessés. Le général deLaumière, commandant l'artillerie, fut blessé mortellement ; vingt-six sous-officiers ou soldats furent tués et 189 blessés.

Le prise du fort San Javier n'avança pas les opérations Attaque du siège autant qu'on l'avait espéré ; les Mexicains, avec une opiniâtreté à laquelle on était loin de s'attendre, se retranchèrent dans les maisons voisines, à cinquante mètres seulement des murs du pénitencier ; leurs tirailleurs, placés sur les terrasses, plongeaient sur les attaques, dont ils gênaient considérablement les travaux. Les pièces de petit calibre, qui furent amenées dans le fort San Javier, ne parvinrent pas à renverser les murs de ces massives constructions espagnoles ; on tenta inutilement de pétarder les portes; une attaque par surprise ne réussit pas mieux; l'emploi de la mine ne donna aucun résultat. Des masses de pierres et de décombres, accumulés derrière les murs des maisons, les transformaient en épais parapets de maçonnerie, contre lesquels ne pouvaient rien les procédés ordinaires des sièges. Le tracé régulier des rues, dont le passage était couvert par de fortes barricades armées de canon, permettait à l'ennemi de former de cent mètres en cent mètres de véritables lignes fortifiées d'une solidité extrême. Ces difficultés étaient tout imprévues. Le général en chef

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4863. donna l'ordre de faire le siège en règle de chacun des cadres W.

Des pièces de montagne furent hissées sur les étages supérieurs du Pénitencier pour combattre le feu partant des clochers voisins ; on ouvrit une brèche dans le couvent de Guadalupita (cadre n" 2) et, dans la nuit du 31 mars, le 18® bataillon de chasseurs s'en rendit maître malgré une vigoureuse résistance ; une large ouverture ayant été pratiquée à l'aide d'un sac à poudre dans la maison voisine (cadre n^ 9), on put aussi l'occuper. Les Mexicains perdirent quatre-vingts hommes tués et soixante prisonniers , les Français deux tués et huit blessés.

On s'organisa défensivement dans les cadres dont on s'était emparé ; mais, de leur côté, les défenseurs de la place construisirent plus en arrière de nouvelles barricades, percèrent des créneaux et couvrirent de sacs à terre les édifices voisins. Leur nouvelle ligne de défense fut tracée de Carmen à Santa-Aniia en passant par Santa Inès, San Agustin, la Merced et l'église del Senor de los Trabajos (^). Reculant pied à pied, recommençant chaque jour des travaux défensifs considérables, ils forçaient les assaillants à renouveler sans cesse leurs efforts et leurs sacrifices. Ils resserraient le périmètre défensif au fur et à mesure des progrès de l'assiégeant, et loin d'être affaibhs par la perte des cadres de la première ligne, il semblait au contraire qu'il leur était avantageux de se replier derrière leur seconde et leur troisième ligne, moins étendues et plus faciles h. défendre. Aussi laissèrent-ils enlever sans

(1) Pour faciliter l'intelligence des ordres des généraux et les rapports des commandants de tranchée, les îlots de maisons furent numérotés de 1 à 158; le Pénitencier prit le n° i .

(') Rapport du gàiéral Ortcga (Zacatecas, 1863).

grande résistance les îlots 8, 7, 6, o, 3, et 25, situés en de- '^3hors de leur nouvelle enceinte et qu'il leur importait peu de conserver ; mais, dans la nuit du 2 au 3 avril, on fut arrêté par le cadre n° 26, où se trouvait une caserne.

Après avoir traversé la rue sous une violente fusillade, la colonne d'attaque, formée d'un détachement du 3*^ zouaves, envahit le bâtiment et déboucha dans une chambre obscure, n'ayant d'autre issue qu'un porche étroit par lequel il fallut défdei' un par un devant deux obusiers. Trente hommes, le capitaine Lalanne en tête, s'engagèrent dans ce passage ; ils arrivèrent au milieu d'une cour entourée de murs crénelés, où ils trouvèrent tous les escaliers détruits et toutes les issues barricadées. Accablés par une grêle de mitraille, de mousqueterie et de grenades, ils furent forcés de battre en retraite et revinrent tous blessés.

Au même moment, le commandant de Longueville s'était élancé du cadre n*^ 7 sur le cadre n" 27 avec deux compagnies du 51^ et une section du génie ; après avoir pénétré dans la première maison, il s'était heurté contre un mur parallèle à la façade et percé de deux rangées de meurtrières. Le capitaine Melot parvint cependant à se maintenir dans une chambre ; on s'efforça de le soutenir en établissant une sape à travers la rue ; la mousqueterie des terrasses et la mitraille d'une barricade voisine empêchèrent ce travail.

Le général de Bertier tenta vainement de faire tourner cette barricade par deux compagnies du l^"" zouaves ; accueilhes par un feu terrible, elles furent obhgées de rétrograder. L'ordre fut alors donné d'évacuer cette position intenable, mais il fallait passer de nouveau à découvert sous les décharges de mitraille qui balayaient la rue. Tous les blessés furent cependant emportés à dos d'homme au pus de course ; au point du jour la compagnie de grenadiers du

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18G3. capitaine Melot quitta cette maison, où elle avait donné un si bel exemple de courage et de fermeté.

Le 4 avril, on renouvela l'attaque du cadre n*^ 26 ; trois colonnes formées par des compagnies du l^'" et du 18® bataillon de chasseurs à pied, se précipitèrent avec la plus grande intrépidité ; après avoir franchi les brèches , les chasseurs arrivèrent encore dans des chambres dont toutes les issues étaient solidement fermées, les murs garnis de trois rangs de créneaux et les voûtes percées de mâchicoulis. Devant ces obstacles insurmontables, ils durent se . replier. On abandonna l'attaque de la caserne et l'on essaya de se rendre maître du cadre n° 34 ; un pétard attaché à une porte cochère n'ayant produit aucun effet, on commença une gabionnade double afin de traverser la rue; mais cette opération attira un feu tellement vif que tous les gabions furent enlevés par les boulets et tous les sapeurs blessés. Il fallut y renoncer. On boucha les ouvertures préparées dans le cadre n*^ 25 (église San Marcos) pour la sortie des colonnes d'assaut, et l'artillerie se contenta de tirer sur San Agustin dans le but d'empêcher l'ennemi d'éteindre un incendie qui s'y déclarait.

Le général en chef se rendit dans le cadre de San Marcos pour apprécier les obstacles contre lesquels étaient venus échouer les efforts des troupes. Il vit de tous côtés des barricades étagées pourvues d'artillerie, des murs crénelés, des terrasses garnies de sacs à terre, les dômes et les clochers des éghses couverts de tirailleurs parfaitement abrités. Il put se convaincre des difficultés des attaques de vive force dans lesquelles on perdait les plus braves soldats, car c'étaient toujours eux qui tenaient la tête des colonnes et tombaient les premiers. Il ordonna de commencer des galeries de mine. A la nuit, une tranchée souterraine fut

creusée dans la direction du cadre n° 34; on trouva le ^8^•^• roc, et ce travail ne put être continué.

Le 5 avril, des pièces de 12 furent amenées dans le cadre de San Marcos pour ouvrir des brèches que les canons de montagne n'arrivaient pas à pratiquer dans de bonnes conditions ; le lendemain, six compagnies du l^'" zouaves attaquèrent de nouveau le cadre n° 34. A 5 heures du soir, une avant-garde de trente hommes, conduite par le lieutenant Galland et un détachement du génie pénétrèrent vivement par la brèche ; une section les suivit avec le même entrain ; un feu épouvantable de mitraille et de nîousqueterie remplit aussitôt la rue ; plusieurs hommes furent tués, et les blessés, se rejetant en arrière, paralysèrent l'élan de la colonne. Le commandant Garteret-Trécourt, saisissant un zouave par le bras, l'entraîne avec lui au milieu de l'espace qui sépare les deux cadres et que la mitraille balaie incessamment ; le capitaine Michelon, le lieutenant Avêque s'élancent sur ses pas , espérant enlever leur compagnie. Efforts inutiles ! le capitaine Michelon est tué, les deux autres officiers sont blessés; le feu de l'ennemi se concentre sur les ouvertures de San Marcos ; il empêche la colonne de déboucher et force à renoncer à l'attaque.

Le lieutenant Galland organisa la défense des chambres qu'il avait occupées ; tout moyen de retraite lui fut bientôt fermé ; à 9 heures du soir l'ennemi lui proposa de se rendre, il refusa ; ses hommes n'ayant pas de vivres, sentant l'impossibilité de résister, le quittèrent successivement ; il ne resta avec lui que deux sous-ofFiciers, deux caporaux et un zouave. Dans ces conditions il se rendit à son tour après avoir obtenu pour lui et ceux qui ne l'avaient pas abandonné , l'honneur de conserver leurs armes ; trente-six

266 l""^ PARTIE. CHAPITRE VI.

4863. hommes furent ainsi faits prisonniers. Cette attaque infruc- ~" tueuse coûta en outre : un officier tué, deux blessés, huit

hommes tués et dix-huit blessés.

Conseil ^es échccs subis dans la nuit du 2 au 3 avril, dans celles

% avrils du ^ ^u ^> ^^ ^^ ^ ^u '^> n'avaient pas encore épuisé l'énergie des troupes; cependant il était impossible de méconnaître qu'elles avaient produit une impression fâcheuse sur leur moral. Les circonstances paraissaient graves; le général en chef réunit en conseil de guerre les généraux de division et les chefs de service 0), afin de recueillir leurs avis sur la direction à imprimer aux opérations ultérieures. On discuta dans ce conseil :

1° S'il fallait, en présence delà supériorité de l'artillerie ennemie, suspendre les attaques et attendre l'arrivée de canons de gros calibre, que l'on ferait demander à l'amiral commandant l'escadre du golfe ;

'2^ S'il fallait suspendre le siège, maintenir seulement l'investissement de Puebla et marcher sur Mexico ;

3° S'il fallait même abandonner l'investissement et se porter sur Mexico avec toute l'armée.

Ces deux derniers partis devaient avoir le grave inconvénient d'augmenter l'exaltation des adversaires de l'intervention et le découragement de ses partisans. Le général en chef les rejeta et se résolut à poursuivre le siège.

On eut la pensée de diriger contre les forts de Totimehuacan et de Carmen une attaque analogue à celle qui avait fait tomber San Javier ; c'eût été d'autant plus opportun qu'en abordant la ville de ce côté on prenait les cadres dans le sens de leur plus petite épaisseur et que les difficultés eussent ainsi beaucoup diminué ; mais le comman-

<*) Le général eu chef au ministre, 19 avril.

dant de l'artillerie fit craindre que l'approvisionnement ^^^es. en munitions fût insuffisant pour cette double attaque. Il fallut se résigner à continuer ces cheminements si lents et si meurtriers vers le cœur de la ville. On n'avait plus que six cents kilogrammes de poudre de mine, et l'on ne pouvait même songer à faire une guerre souterraine (^). Un temps d'arrêt allait être forcément imposé aux opérations du siège en attendant l'arrivée de nouveaux convois de munitions.

Dans cette première période les pertes avaient été de : Un officier général tué, cinq officiers tués, deux officiers morts de leurs blessures, 39 officiers blessés, 36 soldats tués, 443 soldats blessés dont 230 étaient encore à l'ambulance (^).

L'artillerie de la place avait tiré environ 23,000 coups de canon, et lancé un millier de bombes O.

Pendant cette interruption des travaux du siège, les ^Çombat^ troupes s'occupèrent d'améliorer les ouvrages de la ligne (U avril). d'investissement ; elles furent aussi employées à quelques opérations extérieures ayant pour objet le ravitaillement de l'arm-ée. Le corps d'armée du général Gomonfort ne cherchait que mollement à s'opposer à ces opérations ; cependant un détachement franco-mexicain de quinze cents hommes(^)s'étant avancé jusqu'àAtlixco, de fortes colonnes ennemies l'attaquèrent le 14 avril. Dès qu'il se vit menacé, le colonel Brincourt, qui commandait cette petite expédition, prit l'offensive de manière à battre successivement,

(') Le général Forey au ministre, 12 avril. (») Rapport du général Ortega.

(3) 500 zouaves, 500 fantassins mexicains, 260 chasseurs d'Afrique et 200 cavaliers mexicains.

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<863. avant qu'elles eussent opéré leur jonction, deux colonnes ennemies qui s'avançaient sur deux directions différentes. Huit escadrons mexicains, aux ordres de Garbajal, se montraient du côté d'Axocopan, tandis que des colonnes d'infanterie et de cavalerie commandées par Etchegaray, chef d'état-major de Comonfort, descendaient dans la vallée parle chemin de San Juan Tianguismanalco. Deux escadrons de chasseurs se portèrent rapidement à la rencontre de Garbajal. Couverts par les cavaliers mexicains alliés déployés en tirailleurs, ils défilèrent par un chemin creux, se formèrent en échelons, et vigoureusement enlevés par le commandant de Tucé, ils chargèrent à fond sur le flanc droit de la cavalerie ennemie qui, surprise par cette attaque imprévue, se vit forcée de faire un changement de front en arrière. Chargé de nouveau pendant sa manœuvre, l'ennemi fut complètement culbuté ; il se rallia cependant derrière une barranca, sous la protection de deux bataillons d'infanterie accourus à son secours. Une troisième charge acheva sa déroute et les fuyards, battus d'autre part par le feu de l'artillerie et de l'infanterie françaises, tombèrent encore sous le sabre des chasseurs. La colonne du général Etchegaray commençait alors à déboucher dans la vallée ; mais vivement attaquée avant d'avoir pu prendre une formation, elle se repha presque aussitôt sans tenter le moindre retour offensif. L'honneur de la journée revint à lacavalerie française, qui ne montra jamais plus d'entrain et de vigueur. Environ deux cents Mexicains étaient couchés sur le champ de bataille, et parmi les morts se trouvait le général Porfirio Garcia. Ce succès ne coûta cependant que trois chasseurs tués, deux officiers et sept chasseurs blessés. La cavalerie mexicaine alliée, qui se comporta bravement à côté de la cavalerie française, eut dix-

sept tués et trente-deux blessés. Le colonel Brincourt put achever avec toute sécurité le rassemblement des denrées; sa mission terminée, il rentra au camp devant Puebla,

le 20 avril.

Le corps de siège n'eut qu'un court répit à ses fatigues. Sans modifier toutefois le système général des attaques, le général en chef avait décidé que des travaux d'approche seraient commencés vis-à-vis des forts de Carmen et de Totimehuacan ; il en confia la direction au général Bazaine. Le général Douay, avec trois bataillons, fut spécialement chargé de faire continuer les cheminements dans l'intérieur de la ville , en avant du fort San Javier ; il établit son quartier général dans les bâtiments mêmes du pénitencier.

De son côté, l'ennemi n'était pas inactif; il perfectionnait chaque jour ses lignes de défense, et dans la nuit du 13 avril, il parvint à faire sortir de la place, par le chemin déjà suivi par les quinze cents cavaliers de Carbajal, un corps de cavalerie de même force sous les ordres du général O'Horan. Les postes delà ligne d'investissement reçurent l'éveil trop tard pour s'opposer à son passage.

Dans la nuit du 17 avril, une partie de cette cavalerie essaya de jeter un convoi dans la place en combinant son mouvement avec une sortie de la garnison ; cette tentative échoua et le convoi fut enlevé.

L'ennemi ne s'était pas mépris sur l'importance des travaux que le général Bazaine faisait exécuter devant le fort de Carmen. En effet, un solide ouvrage de campagne avait été construit près de l'église de San Baltazar, et une batterie placée sur une hauteur voisine enfilait une des principales rues de Puebla. Dès le 15 avril, une forte colonne de 1,500 hommes d'infanterie et de 700 cavaliers appuyée par huit pièces de canon, sortit de la ville et attaqua avec une grande

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1863. vigueur les positions françaises , elle fut cependant forcée "~ de rétrograder, et les tentatives de même nature, renouvelées les jours suivants, furent également impuissantes à arrêter les progrès des attaques.

Les cheminements dans les cadres se poursuivaient d'autre part avec les lenteurs, les difficultés, les dangers de ce genre de guerre. Le cadre n^ 4 avait été enlevé le 16 avril; le 49, après une attaque meurtrière qui coûta dix hommes tués et quarante-cinq blessés, on s'était emparé du cadre n" 29. L'ennemi perdit cent cinquante hommes tués, deux cent cinquante prisonniers, deux mortiers et une pièce de montagne. Il abandonna ensuite et détruisit en grande partie les cadres n"' 30, 26, 27 et 28, afin d'agrandir le champ de tir du couvent San Agustin. Bien que l'on avançât péniblement, on faisait cependant quelques progrès, et le général en chef espérait prendre à revers le fort de Carmen, pendant que le général Bazaine l'attaquait par la plaine.

Attaque C'^st vers cc but que tendaient ses efforts, lorsqu'il or-

''sant'a ïits'^ donna de préparer l'attaque du couvent Santa Inès (cadre (25 avril) (i). j-^o 52) et l'uu dcs points les plus forts de la nouvelle ligne de défense de l'ennemi. Cette ligne se trouvait alors tracée parles cadres n°^ 34, 33, 32, 51, 52 et 53. Le cadre n^ 32 était ce grand édifice de San Agustin, dont les feux croisés avec ceux de Santa Inès avaient été jusqu'alors si gênants. L'artillerie construisit des batteries de brèche dans le cadre n° 30, situé en face de Santa Inès; le génie établit des fourneaux de mine. L'attaque commença le 25 avril au malin. L'explosion des mines renversa une partie du mur d'enceinte et des constructions extérieures

(<) Voir le plan du sii'go de Puebin.

du couvent; les batteries en achevèrent la destruction, -1863. mais on put alors se rendre compte des difficultés inouïes que présentait l'attaque. En arrière du mur renversé régnait une forte grille en fer; que les boulets ne pouvaient abattre ; quatre retranchements successivement étages, dont les deux derniers avec des escarpes en pierre, avaient été formés au moyen des décombres des constructions voisines. Les abords étaient garnis d'abatis et de filets en corde de cuir, rehés entre eux par des piquets ; derrière le dernier parapet s'élevaient les bâtiments du couvent de Santa Inès, avec leurs murs percés de créneaux, des tireurs à toutes les fenêtres et sur les terrasses. Une aile de ce bâtiment, sur laquelle était placée une pièce d'artillerie, flanquait les retranchements. A six heures et demie les canons de la batterie de brèche entrent en action, cherchant à bouleverser les retranchements, à briser la grille, à détruire les maçonneries. Le feu dure ainsi pendant trois heures, quoique les servants des pièces aient beaucoup à souffrir de la proximité des tirailleurs ennemis. A neuf heures et demie, le général de Gastagny reçoit l'ordre de tenter l'assaut.

Le signal est donné ; les huit pièces de la batterie de brèche font une salve à mitraille et les colonnes s'élancent. Celle de droite, composée de quatre compagnies du 3* bataillon du i^^ zouaves, est commandée par le chef de bataillon Melot ; celle de gauche, composée des quatre autres compagnies du même bataillon, est conduite par le capitaine Devaux. L'ennemi avait ralenti son feu ; mais à peine les colonnes commencent-elles à déboucher, que les murs, les fenêtres, les terrasses se couvrent de tirailleurs. Plus de 2,000 Mexicains concentrent leur tir sur l'espace étroit où se pressent les assaillants et dont lo parcours est rendu très-

<863. difficile par les décombres des murs renversés et par les obstacles qui s'y trouvent accumulés. Les zouaves s'avancent sous une grêle de balles ; la colonne de droite atteint la grille, celle de gauche la dépasse et arrive jusqu'aux constructions du couvent ; en ce moment, le feu de l'ennemi redouble. Les colonnes s'arrêtent écrasées; l'attaque ne peut être continuée sans de grands et inutiles sacrifices ; l'ordre est donné de battre en retraite, mais bien peu de ces braves soldats rentrent dans les lignes. Ce terrible assaut avait coûté dans la colonne de gauche, sur dix officiers, neuf tués ou disparus ; dans celle de droite, un officier tué, deux disparus, cinq blessés ; 27 hommes étaient tués, 127 blessés, 176 avaient disparu. On sut plus tard que sur ce chiffre 130 hommes dont sept officiers étaient prisonniers. L'ennemi admira leur courage et les traita avec égards. Ces hommes avaient combattu « comme des lions », dit le rapport du général Ortega.

On change A la suitc de cc nouvcl échec, le général en chef convo-

le sYstèinô des

attaques. qua dc uouvcau les généraux de division et les commandants de l'artillerie et du génie ; c'était la quatrième fois que dans cette guerre de rues les troupes venaient se heurter contre des obstacles insurmontables ; chaque fois leur insuccès avait été payé du sang de leurs meilleurs soldats. On se décida enfin à abandonner le système de cheminements suivi jusqu'alors. Comme de nouvelles bouches à feu et d'importants approvisionnements de poudre devaient arriver prochainement, le général en chef reprit le projet d'attaque contre les forts de Carmen et de ïotimehuacan. En attendant, il se contenta de prescrire la mise en état de défense des maisons occupées dans l'intérieur de la ville et quelques travaux de sape destinés à resserrer l'investissement. Enhardi par lo succès de sa résistance, l'ennemi

parut vouloir intervertir les rôles et assiéger les cadres ^s^'. occupés par les troupes françaises. Il ouvrit en effet des brèches dans les îlots n°' 30 et 31, et vint y donner l'assaut; mais il échoua et renonça pour l'avenir à de semblables tentatives.

Le général Forey fit compléter les travaux d'investissement. Ne pouvant enlever la place de vive force, il voulut au moins y enfermer la garnison et lui interdire d'une façon absolue toute communication avec l'armée de secours qui cherchait à la ravitailler. Les événements qui suivirent montrèrent l'opportunité de ces dispositions.

Le 4 mai, on apprit en effet que le président Juarez s'é- Combat

^ ^ 1, '^<= San Pablodd

tait rendu au camp de Comonfort, et Ion sut vaguement Monte (5 mai). qu'un effort sérieux allait être fait pour introduire un grand convoi dans Puebla. Le o mai, l'approche des forces ennemies fut signalée sur toute la ligne d'investissement du nord , depuis San Domingo jusqu'à la Resurreccion. Ln millier de cavaliers appuyés par de l'infanterie et de l'artillerie, s'étant montrés près de San Pablo del Monte, le général L'Héritier dirigea contre eux un escadron de chasseurs d'Afrique ; vaillamment conduits par le commandant de Foucaud, les chasseurs forcèrent l'ennemi à se replier vers Thacienda d'Acupilco. Le commandant de Foucaud fut tué d'un coup de lance en tête de la charge ; mais le capitaine de Montarby rallia son escadron et le ramena plusieurs fois encore sur la cavalerie mexicaine. L'arrivée de quelques compagnies du 99' et d'une section d'artillerie de montagne décida l'ennemi à ne pas engager son infanterie et son artillerie. Chacun reprit ses positions. Les Mexicains perdirent vingt morts, vingt prisonniers, un drapeau ; les troupes françaises, un officier et trois hommes tués, deux officiers et dix hommes blessés.

274 f PARTIE. CHAPITRE VI.

4863. Pendant ce combat, de fortes colonnes sorties de la place

"" attaquèrent sans résultat le poste de San José et celui de

Dolores.

Le combat de San Pablo del Monte prouva au général Comonfort que les troupes françaises se tenaient sur leurs gardes ; renonçant alors au projet de faire passer son convoi dans cette direction, il voulut essayer de lui faire suivre les bords du Rio Aloyac, entre les hauteurs de San Lorenzo et le cerro de la Gruz, qui est à une lieue du fort Santa Anita ; il pensait que s'il réussissait à chasser du cerro de la Gruz les petits postes qui s'y trouvaient, son artillerie pourrait croiser ses feux avec ceux de la place, ouvrir momentanément une communication et protéger le passage des voitures. Il commença donc par prendre position, sa droite au cerro San Lorenzo, son centre à l'hacienda de Pensacola, sa gauche sur les cerros Tenexaque.

Le 6 mai, il reprit l'offensive ; ses troupes poussèrent devant elles les postes du général Marquez chargés de garder le passage de l'Atoyac et les hauteurs de la Gruz; mais l'arrivée d'une colonne française rétablit bientôt le combat et força l'ennemi à rétrograder. Cependant le général Gomonfort ne sembla pas découragé par l'insuccès de ses tentatives du 5 et du 6 mai ; on le vit concentrer ses forces près du village de San Lorenzo, et y faire exécuter des travaux de fortification.

Combat Le général Forey résolut de le déloger de ces posi-

^ («"niai"''! "° tions. Dans la nuit du 7 au 8 mai, à une heure du matin,

le général Bazaine partit du pont de Mexico avec quatre

O Journaux di' marche. — Kapport ilu géiiùml Coinonfoit. — ■ Voir le plan n" 3,

LE GÉNÉRAL FOREY. 27o

bataillons^), trois escadrons français, un escadron mexicain, ^863. la batterie de la garde, la section d'artillerie de montagne des marins et un détachement du génie. Il suivit la route de Mexico, et après avoir dépassé le village de Cuautlancingo, il prit à travers champs de manière à éviter les postes ennemis. Cette opération délicate s'accomplissait heureusement, et la colonne, observant le plus grand silence, s'approchait de San Lorenzo, lorsqu'une grand'garde ennemie, placée à gauche de la direction suivie, éventa son mouvement. Le général Bazaine se trouvait en tète de colonne ; il réussit à tromper les vedettes en faisant répondre à leur : « qui vive! » par les cavaliers mexicains; il continua de gagner du terrain ; une barranca arrêta sa marche, mais les sapeurs du génie pratiquèrent en peu de temps des rampes qui permirent à l'artillerie de la traverser. A quatre heures et demie du matin les éclaireurs furent de nouveau arrêtés par un avant-poste ennemi. Le jour commençait à poindre ; comme il devenait impossible de dissimuler plus longtemps l'opération, le général Bazaine prescrivit d'enlever ce poste, ce qui fut vivement exécuté. En même temps il fit presser la marche, car les hauteurs de San Lorenzo s'apercevaient à environ deux kilomètres; il couvrit son front par une ligne de tirailleurs.

A cinq heures, les dernières troupes ayant franchi la barranca, le général Bazaine déploya sa colonne par bataillons, la section d'artillerie de montagne à l'aile droite, la batterie de la garde entre les* deux premiers bataillons, la cavalerie en colonne par escadron à l'aile gauche. On continua d'avancer dans cet ordre de bataille.

Le jour parut et l'on put alors se rendre compte de l'en-

n) Un bataillon du 3« zouaves, du 31'= et du 81« de ligne, et le bataillon de tirailleurs algériens.

276 l" PARTIE. CHAPITRE VI.

4863. semble de la position. San Lorenzo est situé sur une colline dont les pentes, du côté de l'est, rocheuses, assez roides et sillonnées de ravines, vont tomber brusquement sur la rive droite de l'Atoyac ; à l'ouest, les pentes ondulées se prolongent au loin et sont en partie couvertes de cactus, de bouquets d'arbres et de cases indiennes. Au sud, du côté par lequel arrivaient les troupes françaises, le relief est peu sensible. Une ligne continue d'ëpaulements, à peu près terminés et garnis d'artillerie, formait une sorte de grande redoute ouverte à la gorge, dont l'église de San Lorenzo était le réduit. A 1,200 mètres, l'artillerie ennemie commença le feu ; la batterie de la garde se porta rapidement en avant et répondit de manière à protéger les dernières dispositions d'attaque. A 800 mètres, le général Bazaine forma sa ligne en échelons par bataillon, l'aile gauche en avant , afm de déborder l'ennemi et de lui couper la retraite, s'il était possible ; il prescrivit à la cavalerie de prolonger ce mouvement tournant en suivant le pied des hauteurs et de rejeter sur l'Atoyac tout ce qu'elle rencontrerait. Ces ordres donnés, il fit battre la charge; les cris enthousiastes des soldats y répondirent et les troupes s'élancèrent en bon ordre sur San Lorenzo, l'arme sur l'épaule, malgré un feu violent de mitraille et de mousqueterie. La défense fut opiniâtre dans le village, où se trouvaient 6 à 7,000 hommes et huit pièces d'artillerie. Elle fut plus énergique encore dans le réduit occupé par un bataillon de Zapadores, mais la vigueur de l'attaque triompha de toutes les résistances.

Averti à cinq heures du matin seulement de la marche du général Bazaine, le général Gomonfort avait aussitôt renforcé la division qui défendait San Lorenzo, ordonné quelques dispositions défensives et prescrit de faire éloigner

rapidement le convoi de ravitaillement ; il s'était ensuite porté au village de San Lorenzo ; mais déjà ses soldats, chassés de leurs positions, s'enfuyaient vers le gué dePensacola, et lui-même fut entraîné par les fuyards. Pendant ce temps une partie de la cavalerie française poursuivait sept à huit cents cavaliers mexicains, tandis que l'autre fraction se rabattait vers l'Atoyac en sabrant ceux qui, descendant de San Lorenzo, cherchaient à gagner les gués. La 1'*^ division de l'armée de Gomonfort et la plus grande partie de la 2^ division furent détruites ; la 3*^ division et la cavalerie du général O'Horan, qui se trouvaient sur la rive gauche du Rio, ne prirent pas part au combat et se retirèrent par la route de Tlaxcala.

Le général Marquez était en position sur le cerro de la Gruz ; dès qu'il vit l'ennemi lâcher pied, il descendit dans la plaine avec deux bataillons et deux escadrons et poursuivit son arrière-garde jusqu''à Santa Inès Zacatelco. A neuf heures et demie du matin, les débris de l'armée mexicaine disparaissaient dans la direction de Tlaxcala. Le général Gomonfort ne s'y arrêta pas et vint le soir même prendre position à San Martin Texmelucan, afin de rallier une division qui, sous les ordres du général la Garza, couvrait la route de Mexico.

Les résultats du combat de San Lorenzo furent considérables : trois drapeaux, onze fanions, huit pièces de canon, la plus grande partie du convoi, environ mille prisonniers, dont soixante-douze officiers, restèrent entre les mains du général Bazaine. On évalua les pertes de l'ennemi à huit cents tués ou blessés. Grâce à leur élan, celles des troupes françaises furent minimes : un officier et dix hommes ,tués, neuf officiers et quatre-vingts hommes blessés; les troupes alliées eurent cinq hommes tués et dix-huit blessés.

Le général Bazaine, après avoir rallié ses troupes, passa la nuit sur les hauteurs de San Lorenzo ; le lendemain il rentra à son quartier général de Molino en Medio, tandis que le général Neigre, à la tête d'une colonne légère, fut chargé de faire recueillir les denrées qui existaient encore en grande quantité dans les haciendas des environs.

Ouverture de la tranchée devant le fort Totimehuacau

(iS mai).

Les travaux du siège avaient été fort ralentis pendant les opérations contre l'armée de Comonfort ; aux attaques de gauche, ils s'étaient réduits à la mise en état de défense des îlots conquis dans l'intérieur de la ville. Aux attaques de droite, on avait continué quelques cheminements. Le général Bazaine reprit la direction de ces travaux et les fit pousser aussi rapidement que possible. Le 12 mai à 7 heures et demie du soir, une première parallèle fut ouverte devant le fort Totimehuacan, à 690 mètres du saillant sud, sur une longueur de 780 mètres.

Le 16, les batteries des attaques de gauche et celles des attaques de droite ouvrirent leur feu et le menèrent avec une grande vigueur; la place riposta avec énergie, mais à huit heures du matin le bastion d'attaque n'avait plus une seule pièce en état de servir, ses embrasures étaient complètement détruites. A midi, les batteries françaises, qui avaient eu beaucoup à souftVir du feu de l'ennemi, ayant été réparées, recommencèrent l'attaque contre les forts de Carmen et de los Remédies. L'artillerie ennemie, écrasée par un tir convergent et bien dirigé, ne répondit que faiblement ; à 4 heures du soir, la lutte ayant recommencé pour la troisième fois, elle resta silencieuse. A la nuit, la deuxième parallèle fut ouverte à la sape volante à 250 mètres du saillant du fort.

LE GÉiNÉRAL FOREY. 279

Depuis plusieurs jours déjà, des ouvertures confiden- -1863. tielles de capitulation avaient été faites au général Forey, Reddition

de la place

qui les avait repoussées, en exigeant des propositions (i7mai). plus catégoriques. Dans la journée du 16 mai, à deux heures du soir, au moment où les batteries françaises attaquaient si vigoureusement les forts de Totimehuacan, de Carmen et de los Remedios, le général Mendoza, chef d'état-major général de l'armée ennemie, s'était de nouveau présenté au quartier général. Un armistice qu'il demanda ayant été péremptoirement refusé, il proposa de laisser sortir la garnison avec armes et bagages et une partie de son artillerie de campagne, en lui accordant les honneurs de la guerre et la liberté de se retirer .sur Mexico. Le général en chef rejeta également cette demande et congédia le parlementaire en l'invitant à faire connaître au général Ortega qu'il consentirait aux honneurs de la guerre et au défilé devant l'armée française, mais que la garnison devrait ensuite déposer ses armes et se constituer prisonnière de guerre. Le général Mendoza rentra dans la place.

Le 17, vers une heure du matin, on remarqua un grand mouvement dans la ville et dans les forts ; bientôt après on entendit de fortes explosions. L'ennemi brisait ses armes, enciouait ses canons et faisait sauter ses munitions.

Le général Ortega avait adressé aux troupes l'ordre du jour suivant :

« Le manque de vivres ne permet pas ii la garnison de prolonger la résistance, et il ne reste même pas assez de munitions pour soutenir les assauts que l'ennemi tentera vraisemblablement au point du jour; l'avis de la plupart des généraux étant conforme au sien, le général commandant en chef décide :

« Entre 4 et o heures du matin, tout l'armemenl qui a servi à la défense de la ville sera brisé, de manière qu'il ne puisse en aucune façon être utilisé par l'ennemi; la patrie exige ce sacrifice.

280 l" PARTIE. CHAPITRE VI.

-1863. « Le commandant de l'artillerie fera détruire toutes les pièces

"■ qui armaient la place.

« Les généraux commandant les divisions, au zèle et au patriotisme desquels est confiée l'exécution du présent ordre et les généraux commandant les brigades, dissoudront toutes les troupes. Ils feront connaître aux soldats qui ont défendu la place avec tant de valeur et d'abnégation et au prix de tant de souffrances que cette mesure, rendue nécessaire par les circonstances, ne les dégage pas cependant des devoirs que leur impose la défense de leur sol natal. . Le général commandant en chef a confiance qu'ils iront se présenter au gouvernement suprême et qu'ils continueront à défendre l'honneur du drapeau mexicain; il les laisse en liberté absolue et ne les constitue pas prisonniers de guerre entre les mains de l'ennemi-

« Les généraux, officiers supérieurs , officiers et soldats de l'armée doivent être fiers de la défense ; si l'ennemi va occuper la place de Puebla, ce résulat est dû, non à la puissance de ses armes, mais au défaut absolu de vivres et de munitions; en effet, la ville entière et les forts extérieurs, à l'exception du fort San Javier, sont encore entre les mains des soldats de l'armée d'Orient.

« A 5 heures et demie, on sonnera au parlementaire; un pavillon blanc sera hissé sur chaque fort et sur chacune des maisons qui font face à celles occupées par l'ennemi.

« A la même heure, les généraux et les officiers se réuniront sur la place de la cathédrale et au palais du gouvernement pour se constituer prisonniers de guerre.

« Le général en chef ne demandera aucune garantie pour les prisonniers ; chacun reste donc complètement libre de choisir le parti qu'il croira le plus honorable elle plus conforme à ses devoirs à l'égard du pays.

« Les fonds qui existent au commissariat seront répartis entre les soldats. »

A quatre heures du matin, le général Ortega écrivit au général Forey :

« Général,

« Le manque de munitions et de vivres ne me permettant pas de continuer lu défense de la ])lace, j'ai dissous l'armée (pii était sous mes ordres cl brisé son armement ycoinijris toute l'artillerie.

LE GÉNÉRAL FOREÏ. 281

« La place est donc aux ordres de V. E., qui peut la faire occuper si elle le juge convenable et prendre les mesures de précaution nécessaires^ afin d'éviter les malheurs qui seraient la conséquence d'une occupation de vive force sans raison actuellement.

« Les généraux, officiers supérieurs, et autres officiers de l'armée, se trouvent au palais du gouvernement et se rendent prisonniers de guerre.

« Je ne puis me défendre plus longtemps, sinon Votre Excellence ne doit pas douter que je l'eusse fait.

« Acceptez, etc. »

Bientôt après, la garnison débandée sortit de tous côtés ; un grand nombre de soldats furent arrêtés par les avantpostes français et faits prisonniers. Un bataillon de sapeurs, commandé par le lieutenant-colonel de Gagern, tenta de forcer la ligne d'investissement du côté du nord; il fut cerné et déposa les armes sans résistance. Quelques généraux et beaucoup d'officiers réussirent à s'échapper. Puebla fut aussitôt occupée par un bataillon de chasseurs à pied.

Le 1 9, le drapeau français fut hissé sur une des tours de la cathédrale, le drapeau mexicain sur l'autre , et le général en chef fit son entrée à la tête d'une partie de l'armée ; il fut reçu par le clergé mexicain à la porte de la cathédrale et assista à un Te Deum d'actions de grâces.

En rendant compte au ministre de la guerre que d'importants approvisionnements de vivres et de munitions avaient encore été trouvés dans la ville, le général Forey exprimait l'opinion que la reddition en était due à l'énergie avec laquelle les travaux d'approche avaient été conduits contre les forts du sud. C'était bien en effet le côté faible de la place. Une attaque de vive force était imminente. Le général Ortega ne pensait pas être à même d'y résister ; tout espoir d'un secours extérieur étant perdu depuis le combat de San Lorenzo, il fut obligé de terminer une défense qu'il

ms.

^863. avait du reste suffisamment prolongée pour l'honneur de ses armes.

Les prisonniers causèrent tout d'abord un grand embarras. Les officiers, pour la plupart anciens guérilleros, exaltés et dangereux, étaient fort gênants. Le général en chef décida qu'ils seraient envoyés en France. Cinq mille soldats furent versés dans l'armée de Marquez, deux mille employés à détruire les barricades et les retranchements de la ville ; les autres furent dirigés sur les ateliers du chemin de fer. La prise de Puebla avait fait tomber entre les mains des troupes françaises : 26 généraux , 303 officiers supérieurs, 1179 officiers subalternes, 11,000 sousofficiers ou soldats (*), 150 pièces de canon.

Évasion Bien que les officiers eussent refusé d'engager leur pa-

des prisonuieis , . . , . , .

faits à Puebla. rolc, OU avait cru pouvoir s abstenir de leur imposer une surveillance excessive ; un grand nombre en profitèrent pour s'évader.

Le 18 mai, 1508 officiers avaient déclaré se rendre à Puebla.

Le jour du départ, on ne trouva que : 22 généraux, 228 officiers supérieurs, 700 officiers subalternes. Total :

Au moment de l'embarquement à Vera-Gruz on ne compta plus que : 13 généraux, 110 officiers supérieurs, 407 officiers subalternes. Total: 530 (^).

Le plus grand nombre de ceux qui manquaient s'étaient enfuis principalement pendant le trajet d'Orizaba à Vera- Gruz. Six généraux : Ortega, La Llave, Patoni, Pinson,

(') Uiiu note signée du clicf d'clat-major de la 2' division n'estime qu'à 9,000 le nombre d(;s' prisonniers.

(*) Rapport de l'umiral.

Garcia el Prieto s'évadèrent d'Orizaba iiiême ; d'autres partirent de Puebla et parmi ces derniers : Escobedo, Berriozabal, Antillon, Porfirio-Diaz, Ghilardi, Negrete. On retrouvera tous ces chefs à la tête de bandes isolées ou de corps régulièrement constitués. La plupart retournèrent dans les provinces où ils étaient connus et où ils pouvaient avoir de l'influence. Ce furent eux qui entretinrent le foyer des idées libérales et contribuèrent le plus à prolonger la guerre O.

Depuis le commencement de la campagne, le corps expéditionnaire avait perdu par le feu de l'ennemi :

18 officiers et 167 hommes de troupe tués.

79 officiers et 1039 hommes de troupe blessés ; parmi ceux-ci un grand nombre étaient morts des suites de leurs blessures (^).

Le siège avait duré soixante-deux jours depuis l'investissement, cinquante-cinq jours depuis l'ouverture de la tranchée.

La nouvelle de la prise de Puebla fut reçue en France avec une grande allégresse. L'Empereur en témoigna sa satisfaction au général Forey dans la lettre suivante :

« Palais de Fontainebleau, 12 juin 1863.

<c Général, la nouvelle de la prise de Puebla m'est parvenue avant-hier par la voie de New-York. Gel événement nous a comblés de joie.

a Je sais combien il a fallu aux chefs et aux soldats de prévoyance

(«) Lettre du général Woll au ministre. 2 juin 1863, (Le général WoU, Français d'origine, avait pris du service au Mexique. C'était un homme âgé, considéré dans le pays et dont le concours fut souvent utile à l'armée française. ) — Le général Forey au ministre, 2 juin, 14 juin.

(») Le général Forey au ministre, 2 juin.

284 l'^ l'AUTlE. — CHAPITRE VI.

-1863. et d'énergie pour arriver h cet important résultat. Témoignez, en "" mon nom îi l'armée, toute ma satisfaction; dites-lui combien j'ap-

précie sa persévérance et son courage dans une expédition si lointaine, oîi elle avait à lutter contre le climat, contre la difficulté des lieux et contre un ennemi d'autant plus opiniâtre qu'il était trompé sur mes intentions. Je déplore amèrement la perte probable de tant de braves, mais j'ai la consolante pensée que leur mort n'a été inutile ni aux intérêts, ni à l'honneur de la France, ni h la civilisation.

« Notre but, vous le savez, n'est pas d'imposer aux Mexicains un gouvernement contre leur gré, ni de faire servir nos succès au triomphe d'un parti quelconque. Je désire que le Mexique renaisse à une vie nouvelle, et que bientôt régénéré par un gouvernement fondé sur la volonté nationale, sur les principes d'ordre et de progrès, sur le respect du droit des gens, il reconnaisse, par des relations amicales, devoir à la France son repos et sa prospérité.

« J'attends les rapports oftîciels pour donner à l'armée et k son chef les récompenses méritées; mais dès à présent, général, recevez mes vives et sincères félicitations.

ï Napoléon »

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