CHAPITRE PREMIER
(Octobre 1863.) Ligne politique tracée au général Bazaine. — Réception de la commission mexicaine par l'archiduc MaximiJien. — Forces militaires dont disposait le général Bazaine. — Armée mexicaine alliée. — Préliminaires de la campagne de l'intérieur. — Les colonnes expéditionnaires quittent Mexico.
— Poursuite de la division Doblado jusqu'à Aguascalientes. — Opérations du général Douay contre le corps d'Uraga. — Opérations de la division Mejia. — Occupation et défense de San Luis Potosi (23 et 27 décembre 1863). — Occupation de Guadalajara (o janvier 1864). — Difficultés .suscitées par le clergé.
— Retour du général en chef à Mexico (4 février 1864). — Marche de la division Douay sur Zacatecas, puis sur Guadalajara. — Situation politique. — Acceptation officielle de la couronne par l'archiduc Maxirailien. — Emprunts.
— Convention de xMiramar (10 avril 1864). — Arrivée de l'empereur Maximilien à Vera-Cruz (28 mai 186i). — Opérations du général Douay aux environs de Guadalajara. — Destruction des guérillas de l'État de Guanajuato. — Opérations dans la Sierra Morones. — Combat de Matehuala (17 mai 1864).
— Opérations aux environs de Tampico. — Evacuation de Minatitlan (28 mars) et de San Juan Bautista (27 février). — Occupation d'Acapulco (3 juin 1864).
Le 1*^'" octobre 18(33, le général Bazaine prit le comman- Ligne politique dément du corps expéditionnaire et la direction des affaires genéraT^Ba^zainc. politiques. Il se trouvait en présence d'une situation trèsdifïicile. En effet, les instructions du sjouverneinent fran-
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''863. çais lui prescrivaient d'arrêter la régence de l'empire dans la voie de réaction où elle paraissait disposée à s'engager; il avait l'ordre formel de faire rapporter les mesures relatives au séquestre et à l'interdiction de la sortie du numéraire, et de s'efforcer de reprendre, sur la direction générale de l'administration du pays, la part d'action qui revenait de droit au représentant de la France ; il devait enfin s'opposer énergiquement aux actes gouvernementaux qui ne seraient pas en harmonie avec les déclarations faites à diverses reprises par le gouvernement français. Le général Bazaine se vit donc obligé de modifier l'organisation défectueuse de la plupart des services, de surveiller les détails de l'administration, et de faire élaborer sous sa direction les projets de loi destinés à servir de bases au nouveau gouvernement (*).
Le général Almonte avait toujours montré une grande déférence pour les volontés de l'Empereur ; il était animé de dispositions conciliantes et se conforma volontiers aux indications données par le général Bazaine ; le général Salas, ' deuxième membre du gouvernement provisoire, s'associa à cette manière de voir; mais il en fut tout autrement de l'archevêque de Mexico, M^' Labastida, récemment revenu d'Europe, et qui prit ses fonctions de régent le 19 octobre.
Les trois membres du gouvernement provisoire s'étant partagé les divers ministères, l'archevêque se réserva ceux de la justice et de l'intérieur; il voulut faire rapporter les décrets relatifs à la sécularisation des biens de
(*) Le ministre au général Bazaine, 17 juillet, 28 octobre. — Le général Bazaine au ministre, 27 et 28 septembre, 15 novembre 1863.
Le décret interdisant la sortie du numéraire avait été d'autant plus regrettable que l'exportation était continuée dans les ports occupés par l'ennemi et au moyen des navires anglais. La régence perdait donc des droits d'exportation importants, et les métaux ;trriv:iipnt sur les niarch('s anglais au préjudice de la France.
LE GÉNÉRAL BAZAINE. 32o
mainmorte et restituer au clergé les propriétés vendues <863. en vertu des lois de désamortissement. Il défendit aux juges de connaître des causes concernant d'anciennes propriétés ecclésiastiques et demanda que les locataires des immeubles, adjugés en vertu de ces lois, payassent leurs loyers aux anciens propriétaires et non aux adjudicataires dont il se refusait à reconnaître les droits de propriété. Le général Almonte lui représentait en vain que la France ne consentirait jamais à admettre pareille prétention, qu'il était prudent de ne pas augmenter, par des réclamations intempestives, les embarras déjà trop considérables de la situation ; l'archevêque ne voulut rien entendre. Ne pouvant, disait-il, transiger sur une question de principes, il ne consentait même pas à conserver le statu quo jusqu'au moment où la cour de Rome aurait donné son avis.
Pour calmer Tagitation que ces discussions répandaient dans le public, le général Bazaine obtint des généraux Almonte et Salas la publication d'une note officielle destinée à rappeler que, jusqu'à nouvelle décision, les juges devaient se conformer à l'esprit du manifeste du général Forey, dans lequel il était dit « que les ventes régulières seraient confirmées, et que les transactions frauduleuses seules seraient sujettes à la révision ». L'archevêque ayant protesté, ses collègues, d'accord avec le général Bazaine, lui notifièrent qu'il cessait de faire partie de la régence. Il répondit en déclarant que toutes les mesures gouvernementales prises en dehors de sa participation seraient frappées de nullité.
Déçus de l'espoir de recouvrer leurs richesses perdues et leur prépondérance dans le pays, les évêques mexicains deviennent dès ce moment les adversaires déclarés de l'intervention française. Il ne leur suffit pas d'être revenus de
Il PARTIE. CHAPIIRE I
Réception
de la
commission
mexicaine
par l'archiduc
Maximilien.
l'exil, de voir la religion protégée, ses ministres honorés ; sans se préoccuper du tort que cette attitude pourra causer à leur propre parti, ils réclament encore la restauration, de privilèges qui, dans la plupart des États catholiques, ont disparu sous l'influence des idées modernes.
Le général Bazaine écrivit à l'archevêque pour l'engager à rejeter les conseils des hommes imprudents contre lesquels il était d'ailleurs décidé à sévir, et pour l'inviter à quitter ses fonctions gouvernementales sans nouvelle insistance. Les deux autres membres du gouvernement provisoire persistèrent dans les idées de conciUation dont s'inspirait la pohtique française, mais les esprits n'en restèrent pas moins fort agités ; le général en chef, obligé de quitter Mexico pour se mettre à la tète des colonnes expéditionnaires qui se dirigeaient vers l'intérieur, eut le regret de laisser derrière lui une situation très-tendue et des embarras de nature à compromettre l'influence même de la France.
La marche des troupes françaises, dans l'intérieur du Mexique, avait pour but de provoquer l'adhésion des populations au vote exprimé par l'assemblée des notables, condition expresse que l'empereur Napoléon et l'archiduc Maximilien avaient mise à l'acceptation de la couronne offerte à ce prince.
Le 3 octobre, en recevant au château de Miramar la députation envoyée par l'assemblée de Mexico, l'archiduc avait répondu aux vœux qu'elle lui exprimait :
« Messieurs, je suis vivement touché du vœu émis par l'assemblée des notables de Mexico dans la séance du 10 juillet et que vous êtes chargés de me communiquer.
« Il est flatteur pour notre maison que les regards de vos compatriotes se soient tournés vers la famille de Charles Quint, dès que le mot de monarchie a été prononcé.
« Quelque noble que soit la tâche d'assurer l'indépendance et la ''^^• prospérité du Mexique, sous Tégide d'institutions à la fois stables et libres, je n'en reconnais pas moins, en parfait accord avec Sa Majesté l'Empereur des Français, dont la glorieuse initiative a rendu possible la régénération de votre belle patrie, que la monarchie ne saurait y être rétablie sur une base légitime et parfaitement solide que si la nation tout entière, exprimant sa volonté, vient ratifier le vœu de la capitale.
« C'est donc du résultat des votes de la généralité du pays que je dois faire dépendre en premier Heu Tacceptation du trône qui m'est offert. D'un autre côté, comprenant les devoirs sacrés d'un souverain, il faut que je demande en faveur de l'empire qu'il s'agit de reconstituer, les garanties indispensables pour le mettre à l'abri des dangers qui menaceraient son intégrité et son indépendance.
« Dans le cas où ces gages d'un avenir assuré seraient obtenus et où le choix du noble peuple mexicain pris dans son ensemble se porterait sur moi, fort de l'assentiment de l'Auguste Chef de ma famille, et confiant dans l'appui du Tout-Puissant, je serais prêt h accepter la couronne.
« Si la Providence m'appelait h la haute mission civilisatrice attachée à cette couronne, je vous déclare dès à présent. Messieurs, la ferme résolution de suivre le salutaire exemple de l'Empereur, mon frère, en ouvrant au pays, par un régime constitutionnel, la large voie du progrès basé sur l'ordre et la morale, et de sceller par mon serment, aussitôt que le vaste territoire sera pacitié, le pacte fondamental avec la nation.
« Ce n'est qu'ainsi que pourrait être inaugurée une politique vraiment nationale où les divers partis, oubliant leurs anciens ressentiments, travailleraient en commun à rendre au Mexique la place éminente qui lui semble destinée parmi les peuples, sous un gouvernement ayant pour principe de faire prévaloir l'équité dans la justice.
« Veuillez, Messieurs, rendre compte à vos concitoyens des déterminations que je viens de vous énoncer en toute franchise et provoquer les mesures nécessaires pour consulter la nation sur le gouvernement qu'elle entend se donner. »
328 II* PARTIE. CHAPITRE l".
4863. L'archiduc exprimait les mêmes intentions dans sa cor-
respondance avec le général Almonte ; il était donc urgent, pour sortir le plus rapidement possible des difficultés inhérentes à un gouvernement provisoire, d'obtenir l'adhésion à l'empire des provinces de l'intérieur. Le général Bazaine s'en occupa activement.
Forces militaires Le corps expéditionnaire était alors constitué de la ma-
dont disposait .,
le niere suivante :
général Bazaine.
Commandant en chef : le ge'néral de division Bazaine. Chef d'état-major général : le général de brigade d'Auvergne. Chef des services administratifs : l'intendant militaire Wolf. Commandant de l'artillerie : le général de brigade Courtois d'Hurbal. Commandant du génie : le général de brigade Vialla. Vaguemestre général : le lieutenant-colonel Hugueney. Grand -prévôt : le chef d'escadron de gendarmerie de Chastel. Payeur en chef : M. Louet.
première division d'infanterie.
Le général de brigade de Castagny, commandant la division.
l'' brigade, général de Bertier,
7* bataillon de chasseurs, 51" et 62° régiments de ligne .... 4,692 hommes-
2° brigade, colonel Mangin,
20° bataillon de chasseurs, 95° régiment de ligne, 3° régiment de zouaves 5,064
Total de la 1" division 9,736 hommes.