‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 18 sur 58 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

1863. « Aussi, je ne terminerai pas ce manifeste sans faire appel à la

~ conciliation. J'invoque le concours de toutes les intelligences, je

demande aux partis de désarmer et d'employer désormais leurs forces, non à détruire, mais à fonder. Je proclame l'oubli du passé, une amnistie complète pour tous ceux qui se rallieront de bonne foi au gouvernement que la nation librement consultée se donnera. « Mais je déclarerai ennemis de leur pays ceux qui se montreront sourds à ma voix conciliatrice, et je les poursuivrai partout où

ils se réfugieront. »

« Fait à Mexico, le 12 juin 1863. »

Formation

d'un

gouvernement

provisoire.

Le général Forey s'occupa aussitôt de la constitution des pouvoirs publics. L'autorité de Juarez étant encore reconnue sur presque tout le territoire du Mexique, il était difficile de réunir an congrès d'après les lois du pays. Il fut décidé qu'on formerait une assemblée de notables choisis dans la capitale; M. de Saligny se chargea d'en préparer l'élection. Le général Forey, par un décret du 18 juin, désigna d'abord trente-cinq citoyens pour former une junte supérieure de gouvernement. Cette junte eut à choisir trois de ses membres et deux suppléants pour l'exercice du pouvoir exécutif, puis à former une assemblée de notables en s'adjoignant deux cent quinze membres nouveaux. Le 22 juin, le général Almonte, M^' de Labastida, archevêque de Mexico, alors en Europe, et le général Salas furent élus membres du gouvernement provisoire. M^' Ormeacha remplaça l'archevêque absent.

Ce fut aux mains de ce tinumvirat que le général en chef remit, le 24 juin, l'autorité gouvernementale effective, qu'il avait jusqu'alors exercée. Il se réserva seulement la présidence de la section de la junte chargée de l'administration du département de la guerre. Outre les décrets précédemment rendus à Puebla sur le séquestre, sur l'exportation du numéraire, sur la révision des ventes des biens

LK GÉNÉRAL FOKLV. 293

nationalisés, le général Forey prit encore à Mexico plu- i863. sieurs décisions importantes. Il réglennenta la presse conformément à la législation en vigueur en France. Il créa des cours martiales, et ces tribunaux, chargés de juger sommairement tous les individus ayant fait partie d'une bande de malfaiteurs armés, furent investis de pouvoirs discrétionnaires. Leurs arrêts, prononcés à la majorité absolue des voix, étaient sans appel et exécutoires dans les vingt-quatre heures.

Quelques jours après la nomination des membres du pn.ciomation pouvoir exécutif, la junte supérieure s'adjoignit les deux (io juillet). cent quinze citoyens avec lesquels elle devait se transformer en assemblée des notables constituante. M. de Saligny prétendit que ses désignations portaient sur des hommes modérés de tous les partis, mais on avait eu soin de s'assurer préalablement des dispositions du plus grand nombre d'entre eux. Trente-quatre membres ne siégèrent pas pour divers motifs. Sept refusèrent le mandat qui leur était donné. L'assemblée se réunit pour la première fois le 8 juillet et nomma aussitôt une commission pour examiner la question de la forme du gouvernement.

Le 10 juillet, cette commission présenta un rapport dont voici les conclusions (') :

« Résumant ce qui vient d'être exposé, la commission croit avoir démontré de la manière la plus satisfaisante :

« 1° Que le système républicain, soit sous la forme fédérative, soit sous celle de la plus énergique centralisation du pouvoir, a été, depuis l'époque où il a été mis en pratique, la source de tous les maux de notre patrie, et que le bon sens et l'expérience politique ne permettent pas d'espérer qu'on puisse les faire cesser autrement qu'en extirpant l'unique cause qui les a produits;

(•) D'après la traduction jointe aux dépèches du général Forey.

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1863. « 2" Que l'institution de la monarchie est la seule convenable

~ pour le Mexique, surtout dans les circonstances présentes, parce

que, combinant en elle l'ordre avec la liberté, et la force avec la justice, elle parvient presque toujours à vaincre l'anarchie, à refréner la démagogie immorale et désorganisatrice par sa propre nature;

« 3° Que, pour fonder ce trône, il n'est pas possible de choisir un souverain parmi les enfants du pays, bien qu'il renferme dcg hommes d'un mérite éminent, par ce motif que les qualités essentielles pour constituer un monarque sont de celles qui ne s'improvisent pas, qu'il n'est pas donné à un simple particulier de posséder et de réunir et qui bien moins encore s'obtiennent au moyen du vote populaire ;

« 4° Que parmi les princes, brillant autant par la splendeur d'une naissance illustre que par l'éclat des qualités personnelles, l'Archiduc Ferdinand-Maximilien d'Autriche, est désigné au choix de la nation pour régir ses destinées comme un des rejetons les plus éminents de la race royale, autant par ses qualités personnelles, sa haute instruction, son intelligence élevée que par son aptitude au gouvernement.

ï En conséquence, la commission soumet à la délibération souveraine de cette respectable assemblée les propositions suivantes :

« 1° La nation mexicaine adopte pour forme de gouvernement la monarchie tempérée et héréditaire sous un prince catholique.

« 2» Le souverain prendra le titre d'Empereur du Mexique.

« 3° La couronne impériale du Mexique sera offerte à S. A. L et R. le prince Ferdinand-Maximilien d'Autriche pour lui et ses descendants^^\

« 4° Dans le cas où, par des circonstances qu'on ne peut prévoir, l'Archiduc Ferdinand-Maximilien ne prendrait pas possession du trône qui lui est offert, la nation mexicaine s'en remet k la bienveillance de S. M. Napoléon ITI, Empereur des Français, pour qu'il indique un autre prince catholique h qui la couronne sera offerte. »

H) L'archiduc Ferdinand-Maximilien-Joseph d'Autriche, m; ic 6 juillet 1832, frère de l'omperour François-Joseph, marié le 27 juillet 1857 à la princesse Marie-CharloUc, (ille du roi des Belges, née le 6 juin 1840.

L'assemblée passa aussitôt à la délibération sur ce projet, <863. qui fut rapidement adopté à une majorité de deux cent vingt-neuf voix contre deux opposants. Le succès avait couronné l'habileté déployée par les promoteurs de l'Empire, mais les fondations de l'édifice étaient loin d'être solides. L'assemblée vota des actions de grâces à l'empereur Napoléon, à l'Impératrice, au général Forey, au général Almonte, à M. de Saligny, au général Marquez, etc. Elle décida que le buste de l'empereur Napoléon serait placé dans la salle des séances et qu'on demanderait au Pape sa bénédiction.

Le gouvernement provisoire prit le nom de « Régence de l'Empire. » Un Te Deum fut chanté à la cathédrale et, le 13 juillet, le « Bando, » annonçant l'Empire sous Maximilien P^ fut publié dans les rues de Mexico au milieu des démonstrations populaires, qui accompagnent volontiers tout changement de gouvernement. Une députation fut envoyée en Europe pour offrir la couronne à l'archiduc et lui exprimer « les vœux de la nation mexicaine représentée, était-il dit, conformément au droit public et aux usages traditionnels du pays, par une assemblée de notables. »

Cependant Juarez, suivi de quelques députés du congrès, avait transporté à San Luis Potosi le siège de son gouvernement ; il ne paraissait nullement vouloir renoncer à la lutte. L'arméo française en entrant à Mexico, disait une de ses proclamations, ne s'était rendue maîtresse que d'une ville de ^^Xxxs {No mas que un pueblo) ; tout le reste du pays obéissait encore à son autorité. C'était exact; car aucune manifestation favorable à l'intervention ne se produisit dans les parties du territoire sur lesquelles l'action des armes françaises ne se faisait pas directement sentir. L'occupation de Mexico n'avait pas dénoué la question mexicaine.

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~" Une partie des troupes ennemies s'étaient fractionnées

Opérations .

militaires. en bandes de guérillas et se disposaient à mettre les circonstances à profit pour se livrer au pillage ; mais le général Uraga, avec quelques forces régulièrement organisées, se retirait en ordre par la route de Toluca, tandis que Doblado se repliait par celle de Queretaro, et que Negrete, un des généraux qui s'étaient enfuis de Puebla, se préparait à opérer entre Mexico et Yera-Gruz, de manière à gêner les communications de l'armée française avec la mer.

Un des premiers soins du général en chef, après son entrée à Mexico, avait été d'établir des postes sur la route de Vera-Gruz, afm de rendre faciles en tout temps la marche des convois et le service des dépêches. Les nécessités du siège de Puebla ayant amené la concentration autour de cette place de la presque totalité des troupes françaises, on n'avait pu jusqu'alors protéger ces communications d'une manière efficace. Les dépêches ne passaient qu'avec une extrême difficulté ; le commandant supérieur de Vera-Gruz recevait rarement des nouvelles de l'armée ; de temps à autre seulement, un Indien arrivait à traverser les lignes des guérillas et apportait quelques renseignements succincts sur les opérations du siège. Toutes les nouvelles défavorables étaient au contraire rapidement propagées par l'ennemi et aussitôt exploitées par les partisans de Juarez, trèsnombreux parmi la population de Vera-Gruz.

A la fin du mois de mars, une brigade de renfort, composée du 7' de ligne et du régiment étranger et divers autres détachements, formant un effectif total d'environ six mille hommes, étaient arrivés au Mexique. Ges troupes furent réparties dans les postes des terres chaudes et dès ce moment la route put être mieux surveillée. Gependant les guérillas, dont le quartier général était à Jalapa, ne perdi-

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rent rien de leur audace; le 31 mars, elles attaquèrent les i853. ateliers du chemin de fer, tuèrent ou blessèrent un grand nombre d'ouvriers et bouleversèrent les travaux.

Le l®'" mai, une compagnie du régiment étranger fut ^^"jJaJon également attaquée par des forces supérieures et entiè- (i"mai). rement détruite après une héroïque résistance.

Un convoi portant trois millions de francs et un autre, chargé de munitions, devaient être envoyés de Vera-Gruz à Puebla; le général Milan, commandant les guérillas des terres chaudes, ayant formé le projet de les enlever, s'embusqua près de la route avec un millier de fantassins et huit cents cavaliers. On ignorait le voisinage d'une force aussi considérable, lorsque, le 30 avril, une compagnie du régiment étranger, commandée par le capitaine Danjou, et forte de soixante-deux hommes et trois officiers, partit du poste du Chiquihuite pour éclairer les environs. Après avoir marché une partie de la nuit, elle s'arrêta, à sept heures du matin, au lieu dit Palo-Verde, pour y faire le café; quelques instants plus tard, des éclaireurs ennemis étant signalés sur la route du côté du Chiquihuite , le capitaine Danjou se replia dans la direction du village de Camaron ; soudain il fut enveloppé par une nuée de cavaliers. La compagnie se forma en carré et reçut une première charge. Profitant d'un moment de répit, elle gravit un talus voisin et soutint encore sans se rompre une deuxième attaque de la cavalerie mexicaine ; puis, chargeant à son tour, elle perça la ligne ennemie et se jeta dans les maisons.

Le bâtiment dans lequel le capitaine Danjou se disposa à la résistance se composait d'une cour carrée de cinquante mètres de côté dont une face, celle qui bordait la route, était formée par un corps de logis divisé en plusieurs

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4863. chambres. Il occupa la cour, dont il fit barricader les ou- "" vertures et la chambre située à l'un des angles ; au même

moment, l'ennemi pénétrait dans la chambre située à l'extrémité opposée.

Il était environ neuf heures. Le détachement français, sommé de se rendre, refusa énergiquement, et le feu commença de tous côtés. Le capitaine ûanjou n'espérait pas résister avec succès, mais il fit promettre à ses hommes de se défendre jusqu'à la dernière extrémité ; bientôt après, il tombait frappé mortellement.

Le sous-Heutenant Vilain prit le commandement.

Vers midi, on entendit un bruit de tambours et de clairons ; il y eut une lueur d'espoir parmi les défenseurs de Gamaron qui crurent à l'arrivée d'un secours. Cette espérance fut bientôt dissipée : c'étaient trois bataillons mexicains, forts de trois à quatre cents hommes chacun, que le général Milan amenait sur le lieu du combat. Cependant l'ennemi avait réussi à pratiquer, sur une des faces de la cour, une brèche par laquelle il prenait à revers les défenseurs des autres faces. A deux heures, le sous-lieutenant Vilain fut tué. Le commandement passa au sous-lieutenant Maudet.

La chaleur était accablante, la troupe n'avait pas mangé depuis la veille, personne n'avait bu depuis le matin. Les souffrances des blessés étaient atroces. L'ennemi fit une nouvelle sommation, qui fut encore repoussée avec la même énergie; alors il incendia un des hangars extérieurs, et la fumée rendit plus intolérables encore les tortures de la soif. Malgré tout, on se maintint aux créneaux et aux brèches.

A cinq heures et demie, l'attaque fut suspendue ; le général Milan, rassemblant ses soldats à l'abri d'une maison voisine, les harangua, leur disant que ce serait une honte

de ne pas en finir avec les quelques Français qui restaient 1863. debout. Ces paroles furent entendues par un soldat d'origine espagnole qui les traduisit à ses camarades. Aussitôt après, un assaut général fut donné, les Mexicains se précipitèrent à la fois sur toutes les ouvertures. A la porte principale, il ne restait qu'un homme, il fut pris. A l'angle opposé, il y avait encore quatre soldats qui jusqu'alors avaient réussi à défendre une brèche, ils furent enveloppés par l'ennemi qui remplissait la cour et entraînés. Le sous-lieutenant Maudet s'était barricadé avec quatre hommes dans les débris d'un hangar ruiné. Il s'y défendit encore un quart d'heure ; puis, ayant fait envoyer la dernière balle à l'ennemi, il donna l'ordre de charger à la baïonnette. Au moment où il sortait du hangar, tous les fusils étaient dirigés sur lui ; un de ses hommes lui fit un rempart de son corps et tomba foudroyé; lui-mèm.e fut grièvement blessé par deux balles et renversé à terre. Alors les Mexicains, se précipitant sur les quelques survivants de l'infortunée compagnie, les firent prisonniers.

Il était six heures du soir, lorsque succomba cette poignée d'hommes héroïques ; ils combattaient depuis plus de neuf heures ; deux officiers étaient tués, le troisième mortellement blessé. Vingt sous-officiers et soldats avaient été tués, vingt-trois blessés parmi lesquels sept moururent de leurs blessures ; les autres furent faits prisonniers, à l'exception d'un tambour laissé pour mort et qui, recueilh le lendemain par une reconnaissance du régiment étranger, donna les premiers détails sur le combat.

On assura que les Mexicains avaient perdu trois cents hommes dont deux cents morts ('). La vigoureuse résistance

<*) Ordre général du 30 août 1863.

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4863. de cette compagnie détermina le général Milan à laisser passer les convois sans les attaquer, et il ramena à Jalapa ses troupes fort impressionnées des pertes sanglantes que leur avait coûté cette victoire. Du reste les Mexicains traitèrent avec humanité leurs prisonniers dont ils avaient admiré la bravoure ; lorsque le sous-lieutenant Maudet mourut , s'honorant eux-mêmes par les égards témoignés à leur ennemi vaincu, ils lui rendirent les ]ionneurs militaires.

Ces bandes n'étaient ni les seuls ni les plus terribles ennemis contre lesquels avaient à lutter les postes des terres chaudes. Depuis le commencement de la saison des pluies, ils étaient décimés par les maladies ; le vomito, recommençant ses ravages périodiques à Vera-Cruz, avait signalé son apparition en enlevant, à quelques jours d'intervalle, le colonel Labrousse, commandant supérieur de Vera-Cruz et le chef du bataillon égyptien. Le colonel Jeanningros, qui remplaça le colonel Labrousse, faillit aussi succomber; onze officiers et la moitié des soldats de la garnison de Vera-Cruz moururent ; les équipages de la flotte subirent de cruelles pertes. Heureusement les Égyptiens résistèrent au climat et purent seconder les compagnies créoles des Antilles, également à l'abri du fléau; mais les garnisons françaises de la Tejeriaet de laSoledad étaient épuisées par les fièvres.

Sur les plateaux, l'état sanitaire était aussi satisfaisant qu'on pouvait le désirer. La saison des pluies apportant un temps d'arrêt aux opérations militaires, les troupes purent se reposer dans de bons cantonnements. Le général en chef se borna à faire poursuivre les bandes de voleurs qui, arborant, soit le drapeau libéral, soit le drapeau conservateur, sortaient des hautes montagnes qui bordent la vallée de Mexico, pour ravager la plaine et exploiter les grands che-

mins. Une bande de cent trente-quatre hommes, qui se disait ■1863. ralliée à l'intervention, fut cernée et désarmée (17 juin); son chef, Buitron, et ses lieutenants furent passés par les armes. Des détachements français occupèrent Ghalco et Tlalpan ; des troupes mexicaines alliées furent placées à Texcoco, à Guadalupe, à Apan, à Teotihuacan, à Guautitlan. Ce dernier poste avait pour mission spéciale de surveiller les digues du lac de Zumpango, dont la rupture menacerait Mexico d'inondations dangereuses (^). Enfin, une colonne, composée de huit compagnies de zouaves, de deux pelotons de chasseurs d'Afrique et de quelques troupes alliées, placés sous le commandement du colonel Mangin du 2« zouaves, fut envoyée dans les montagnes du Monte-Alio. Elle enleva de vive force le village de Santiago, que défendaient les gens de Romero (10 juillet) et les poursuivit pendant plusieurs jours à travers les sentiers affreux de ce

(1) Mexico est situé au centre d'un grand bassin de quinze lieues de long sur douze de large, auquel on donne improprement le nom de vallée. Les eaux qui tombent sur cette immense surface s'accumulent dans les lagunes qui en occupent les parties les plus basses, et près desquelles Mexico est bâti. A certaines époques, il en est résulté des inondations terribles comme celles des années 1553, 1380, 1604, 1607, dont l'histoire a conservé le souvenir. Ces lagunes sont à différents étages. Le niveau moyen des eaux de celle de Texcoco, la plus voisine de la ville, est de 3™, 64 inférieur au plan du parvis de la cathédrale ; les lacs de Chalco, de San Cristobal et de Xaltocan sont à 0"o4 au-dessous de ce plan. Le lac de Zumpango est à 2™, 44 au-dessus. Ce ne sont à vrai dire que des nappes d'eau sans profondeur, derniers vestiges des grands lacs sur lesquels naviguaient les brigantins de Cortez. Leur surface est aujourd'hui encombrée d'herbes et la circulation n'est généralement possible que dans les canaux qui ont été dégagés de végétation. Dans la saison des grandes pluies, le niveau des lagunes inférieures monte assez pour couvrir d'eau la plaine qui entoure Mexico ; mais en temps ordinaire, l'évaporation et l'absorption dans les terres perméables suffisent pour maintenir les eaux à une hauteur normale. On a du reste exécuté quelques travaux d'art aOn de détourner dans les lagunes supérieures le cours du Rio de Cuantitlan, qui se déversait dans le lac de Texcoco, et l'on a ouvert une profonde tranchée dans les montagnes qui ferment le bassin au nord, afin de procurer au trop-plein de leurs eaux une dérivation artificielle sur le versant de l'Atlantique Ce canal, appelé Demgue Real, date de la domination espagnole.

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4863. pays et sous une pluie torrentielle qui augmentait encore les fatigues de cette expédition. Cependant Romero reparut bientôt après dans la vallée. On n'arrivait pas non plus à débarrasser les environs d'Ajusco des bandes qui les infestaient, le général en chef crut alors indispensable de faire occuper d'une manière permanente quelques points sur les versants opposés des montagnes.

Déjà le 62' de ligne (colonel Aymard) avait été envoyé à Pachuca, à vingt lieues au nord de Mexico, pour protéger l'exploitation des riches mines d'argent qui entourent cette ville (19 juin). Le général de Bertier, avec le 51 Me ligne, avait pris possession de Toluca, ville de douze mille habitants, située à seize lieues au sud-est de la capitale, au centre d'une fertile contrée (5 juillet). Un bataillon du 99*^ de hgne sous les ordres du lieutenant-colonel Lefebvre, six cents fantassins et cinq cents cavaliers de la brigade mexicaine du général Vicario, furent dirigés sur Guernavaca, ville de dix mille âmes, dans une position importante au débouché des terres chaudes du Pacifique, à dix-huit lieues au sud de Mexico, et à quatre-vingt-dix lieues du port d'Acapulco. Guernavaca fut occupé le 29 juillet, et les troupes mexicaines furent poussées plus en avant à Jautepec, Xochitepec, Tetecala, Tasco, Iguala et Teloloapan ; elles eurent avec l'ennemi de nombreux engagements dans lesquels l'avantage ne leur resta pas toujours. Les bandes de cette région, dont l'effectif ne s'élevait pas à moins de quinze cents hommes, étaient en grande partie composées de plateadosi^), sortes de bandits affectant le luxe, et qui jouissent d'une certaine considération dans le pays.

(1) Le nom do plnlendos lour vient de filala, argent, parce que leurs effets et leurs équipements sont garnis d'argent.

On rencontrait également des corps de pîateados au nord ^363. de Puebla, du côté de Tlaxcala, que le SI*" de ligne, sous les ordres du colonel de la Canorgue, occupait depuis le 2 juillet. Le général Negrete y avait établi son quartier général et se disposait à y concentrer les guérillas avec lesquelles il comptait opérer sur la ligne de communication de l'armée française. Il ne chercha pas à résister, remonta plus au nord et prit position entre Tulancingo et Huauchinango au débouché des montagnes de la Huasteca.

On donne ce nom à une vaste région montagneuse , qui s'étend depuis Pachuca et Tulancingo, jusqu'à Tancanhuitz au nord, la côte du golfe à l'est et le plateau d'Anahuac au sud. C'est un pays tourmenté, couvert de grandes forets, sillonné par de profondes déchirures, trèsdifficilement praticable, habité par une population fort énergique et dont les chefs se sont toujours rendus , jusqu'à un certain point, indépendants de l'autorité centrale.

Soutenues par le voisinage de Negrete, les guérillas de la Huasteca tentèrent plusieurs coups de main dans les Llanos de Apan. Le colonel Aymard se porta sur Tulancingo et les refoula dans leurs montagnes (16 juillet). La population de cette ville, se montrant sympathique à l'intervention française, il y laissa une garnison permanente (13 août), et se proposa de chasser Negrete de la forte position qu'il occupait à Necaxa, à quelques lieues au nord. Il fit d'adord enlever le village d'Huauchinango ; on le prévint alors que Negrete avait douze cents hommes de troupes régulières, de nombreux contingents de montagnards et quatorze pièces de canon ; se trouvant numériquement trop faible pour tenter l'attaque avec une certitude suffisante de succès, il demanda le concours du

304 l'* PARTIE. CHAPITRE VIT.

4863. général mexicain Liceaga, qui occupait Apan, et celui du général de la Canorgue('), qui était à Tlaxcala. Le général Liceaga s'avança aussitôt sur Zacatlan ; mais l'ennemi ayant intercepté ses dépêches, le colonel Aymard ne put en être prévenu ; le temps était affreux, les pluies défonçaient les routes, il renonça à l'opération et revint à Tulancingo, ramenant son artillerie avec la plus grande peine (6 septembre). Le général Liceaga rentra également à Apan.

De son côté, le général de la Ganorgue n'avait pu se mettre en mouvement que le 8 septembre. Il se porta cependant à Zacatlan (21 septembre) et y resta en attendant que les circonstances permissent de reprendre l'expédition.

Pour aider au mouvement sur Necaxa, le général Brincourt, commandant supérieur de Puebla, avait envoyé une colonne de sept compagnies du 2*^ zouaves (commandant Lalanne) sur Zacapoaxtla, une des positions fortifiées de la Huasteca au nord de San Juan de los Llanos. Zacapoaxtla fut enlevé le 12 septembre après un brillant combat. Un officier et un zouave furent tués, neuf hommes blessés. On prit un drapeau et deux canons.

Negrete, que tous ces mouvements inquiétaient, se décida à quitter Necaxa et, quelque temps après, rejoignit Juarez à San Luis Potosi. On put confiner dans les montagnes les bandes de cette contrée, et la route entre Puebla et Orizaba fut ainsi très-efficacement protégée du côté du nord.

Du côté du sud, les populations s'étaient montrées franchement disposées à maintenir l'ordre et avaient organisé

(•) Le colonel de la Canorgue, du Sh'de ligne, venait dYire promu général.

des gardes civiles. Un parti libéral de l'État d'Oajaca , i8C3. fort d'environ neuf cents hommes, ayant tenté de pénétrer dans l'État de Puebla, trente-cinq braves Indiens du petit village de Tepeji de la Seda, qui commande la route, avaient résolument essayé de lui barrer le passage ; ils se défendirent jusqu'à l'épuisement complet de leurs munitions, donnant ainsi un noble exemple à suivre aux populations d'habitude trop craintives, dont les bonnes dispositions étaient souvent paralysées par une poignée de bandits.

Une colonne française, envoyée au secours de Tepeji, poursuivit l'ennemi sans pouvoir l'atteindre, jusqu'à Huajuapan à cinquante lieues au sud de Puebla, et châtia sévèrement les villages, dont les habitants étaient hostiles. Elle parcourut le pays pendant plusieurs jours, visita Piaxtla, Chinantla, Tehuicingo, fit raser Tusantlan, brûler le rancho San Vicente, propriété d'un des chefs ennemis, punit encore le village de San Pedro Acoyuca et rentra à Puebla, le 30 septembre, après avoir laissé sur son passage des traces de dévastation, plus propres sans doute à terrifier les populations mal intentionnées qu'à les rallier à l'intervention.

Dans les terres chaudes, le colonel Dupin, à la tête de la contre-guérilla, avait adopté le même système de guerre. Les adversaires qu'il avait à combattre étaient, il est vrai, indignes de toute pitié. Leurs excès, leurs cruautés devaient à juste titre les faire considérer comme des bandits avec lesquels il était impossible d'admettre aucune composition ; il arriva malheureusement que des gens inoffensifs eurent à souffrir des mesures sévères dirigées contre les guérilleros. Pour rendre impossibles des coups de main sur les convois, le colonel Dupin fit brûler, à plusieurs lieues de

306 T" PARTIE. CHAPITRE Vil.

1863. distance, toutes les cases isolées, les ranchos ou les pueblos, qui pouvaient offrir à l'ennemi des abris pendant la saison des pluies.

Quelques expéditions furent aussi envoyées au nord de Cordova, où étaient les centres de rassemblement des guérillas de Jalapa; mais l'ennemi, toujours prévenu à temps, se retirait dans les montagnes voisines, emmenant avec lui tous les habitants. Une garnison fut laissée à Goscomatepec; toutefois les tentatives de pacification faites dans ces contrées demeurèrent alors sans résultat. Il en fut de même en général dans toutes les terres chaudes et sur la côte du golfe, pays sans industrie, sans agriculture et dont la population clair-semée était habituée depuis longtemps à se passer d'ordre et de tranquillité. Des détachements de la contre-guérilla, ou des colonnes françaises visitèrent plusieurs fois la vallée du Rio-Blanco, Tlaliscoyan, Gotastla, etc., sans pouvoir y ramener le calme. Les troupes réparties entre Mexico et Puebla, Puebla et Orizaba, Orizaba et Vera-Gruz étaient en outre continuellement en mouvement pour chercher à atteindre un ennemi presque toujours insaisissable.

, , . Sur les côtes, l'intervention française n'avait recueiUi

Opérations

suriescôles. d'autre adhésion que celle des habitants de l'île de Garmen. Intéressés à faire protéger le commerce de bois de la Laguna, ils avaient accepté le plan politiqlie du général Â.lmonle. Au mois de mai 1862, la canonnière La Grenade, envoyée dans ces parages, captura une goélette de guerre mexicaine venue de Gam pêche dans le but de réprimer le pronunciamiento de Garmen et força deux autres bâtiments à se jeter à la côte (').

<*) Happorl du commandant de la Grenade, 26 avril.

Peu après (17 mai 1862), la canonnière r Eclair alla -1863. sommer le gouverneur de Campêche de s'abstenir de tout ~

acte d'hostilité contre l'île de Carmen ; mais cette démarche n'aboutit qu'à un échange de coups de canon, inoffensifs il est vrai, entre elle et les batteries de terre.

Les bâtiments de flottille français avaient une surveillance très-difficile à exercer sur toute cette côte où leurs équipages étaient fort éprouvés par les maladies ; malgré leur faible tirant d'eau, ils étaient obligés de se tenir encore à près de quatre milles du rivage et les embarcations ennemies pouvaient, presque toujours, passer impunément entre eux et la terre ; quelques petits bâtiments furent cependant capturés par le Marceau et par ÏEclair, on s'en servit pour aider au service des croiseurs. Le gouvernement français, par égard pour les intérêts des neutres, n'ayant pas déclaré le blocus complet des ports mexicains, les navires de guerre étaient réduits à voir, à portée de leurs canons, les douanes mexicaines percevoir des sommes assez considérables, qui étaient aussitôt appliquées à l'entretien des guérillas. La présence d'une canonnière dans les eaux de Carmen avait été, pendant un certain temps, utile au commerce de cette île , mais l'ennemi, maître du cours supérieur des rivières, intercepta bientôt la descente des bois. Les embarcations françaises remontèrent le cours du grand fleuve Usumacinta, d*abord jusqu'à Palizada à dix-huit lieues de l'embouchure, puis jusqu'à Jonuta à huit lieues plus loin, elles en chassèrent les postes de guérilleros et dégagèrent momentanément la navigation.

Le général en chef, dont tous les efforts étaient alors concentrés vers Puebla, voulait éviter une dissémination de forces préjudiciable à l'ensemble de l'entreprise et

308 l" PARTIE. CHAPITRE VII,

4863 s'opposait à ce que ces opérations prissent trop de développement; après être entré à Mexico, il reporta son attention sur les côtes du golfe et se proposa d'enlever à l'ennemi les ressources considérables qu'il tirait de la mer. Dans ce but, il décida que des garnisons iraient s'établir à Minatitlan et à Tampico. Le consul de France de Vera-Cruz avait beaucoup insisté pour faire décider l'expédition de Minatitlan ; ce port est situé sur le Rio Goatzacoalco à huit lieues de la mer, dans une position avantageuse; il devait être la tête du canal et de la ligne ferrée que les Américains avaient projeté d'établir à travers l'Isthme de Tehuantepec. Le revenu de sa douane du 10 février au i^'" mai avait été de 26,000 piastres, ce qui donne la mesure de son importance. *Le contre-amiral Bosse qui, depuis le mois d'avril 1863, avait succédé au vice-amiral Jurien dans le commandement de l'escadre , ne voulait pas assumer la responsabilité d'une occupation permanente des villes du littoral ; il était contraire à ce projet, mais M. de Stœcklin, l'ancien commandant de la contre-guérilla des terres chaudes, se faisait fort, disait-il, de tenir dans ce poste avec cent vingt aventuriers qu'il avait recrutés et armés tant bien que mal ; l'expédition fut définitivement résolue. L'amiral fit armer un petit bâtiment mexicain récemment capturé, le Pizarro, atin de le laisser devant Minatitlan pour soutenir le détachement qu'on y établirait.

La troupe de M. Stœcklin fut débarquée sans résistance le 17 juillet; un grave accident signala cependant cette expédition ; pendant la nuit, la frégate îe Montezuma, par maladresse ou par trahison du pilote, s'échoua sur un banc de sable. Il fut impossible de la remettre à flot.

M. de Stœcklin obtint d'abord d'assez bons résultats ; plusieurs localités voisines se soumirent, mais, le 17 août,

s'étant imprudemment porté avec vingt-cinq hommes con- jsôs. tre un rassemblement ennemi qui se formait à Jaltipan, il fut entouré par des forces très-supérieures et succomba sous le nombre de ses adversaires. Le capitaine Dubosc du régiment étranger le remplaça. Grâce au concours du Pizarro et d'une canonnière restée devant Minatitlan, il put se maintenir dans le fort; cependant, le 14 octobre, ayant tenté une sortie, il fut vivement ramené par l'ennemi qui lui tua quarante hommes, en blessa quatorze et lui enleva un canon. Il fallut envoyer de Yera-Cruz d'importants renforts et se résigner à garder une attitude toute défensive. Du reste, le commerce était complètement interrompu, le blocus de l'embouchure du Rio Goatzacoalco eut donc été de beaucoup préférable à cette stérile et dangereuse occupation.

Il en fut de même à San Juan Bautista, capitale de l'État de Tabasco, que le général mexicain Marin, gouverneur de Carmen, avait occupé le 18 juin; la garnison s'était bientôt vue hors d'état de se suffire à elle-même et l'amiral avait encore été obligé d'envoyer une canonnière stationner devant la ville.

L'expédition de Tampico devait se faire aussitôt après celle de Minatitlan, mais la perte du Montezuma en retarda les préparatifs. Le général en chef avait destiné à cette opération 900 hommes d'infanterie de marine sous les ordres du colonel Hennique et un corps mexicain auxiliaire de deux compagnies et d'un escadron composés en grande partie d'habitants de Tampico réfugiés à Vera-Gruz. La marine fournit en outre un détachement de quatorze canonniers pour le service de deux pièces de 4 et de deux pièces de 12. L'effectif total de ces troupes s'élevait à 1280 liommes et 172 chevaux. Elles s'embarquèrent le 6 août.

310 l" PARTIE. — CHAPITRE VU.

1863. L'amiral Bosse dirigea lui-même l'escadre. Le 8 août, il

se présenta à l'embouchure du Piio Panuco, fit embosser trois de ses bâtiments à quinze cents mètres de la côte et réduisit au silence l'artillerie d'un fortin qui défendait l'entrée du fleuve. Le débarquement s'opéra le lendemain; les embarcations, remorquées par trois chaloupes à vapeur, franchirent heureusement la barre et sept cents hommes furent mis à terre sans résistance. Peu après, une des chaloupes à vapeur, La Jeanne d'Arc , sombra sur la barre ; son équipage fut sauvé.

Le 11 août, le colonel Hennique entra à Tampico. L'ennemi ne songea pas à défendre la ville, mais comme l'année précédente, il la bloqua étroitement du côté de la terre et la priva de toute communication avec l'intérieur du pays, tandis que le vomito se déclarant avec une extrême violence décimait chaque jour sa garnison.

Enfin, le 6 septembre, le gouvernement français se décida à déclarer le blocus effectif des côtes du golfe, depuis un point situé à dix lieues au sud de l'embouchure du Rio Bravo jusqu'à et y compris Campêche ('). Cette mesure était réclamée depuis longtemps par les commandants des bâtiments dont les croisières ne pouvaient avoir aucun résultat sérieux.

situaiion A la fin de l'été de 1863, l'armée française se trouvait

politiquedu pavs. i t\ i i i •»«■ • -m

donc maîtresse de Puebla et de Mexico ; son influence se faisait sentir dans un rayon d'une vingtaine de lieues autour de ces villes ; ses détachements occupaient la ligne de Mexico à Vera-Cruz. Le pavillon français se montrait sur toutes les côtes du golfe, et l'escadre du Pacifique l'avait

fi) L'amiral Bosse au ministre de la marine, 30 août.

également fait voir sur plusieurs points des côtes du grand m3. Océan, mais aucun mouvement sérieux ne s'était produit en faveur de l'intervention.

Dans les diverses localités visitées par nos troupes, les populations paraissaient, il est vrai, plutôt sympathiques qu'hostiles, elles s'étaient assez volontiers associées à la fête nationale du lo août ; d'autre part, elles avaient paru flattées de voir l'armée française célébrer avec elles les fêtes commémoratives de l'indépendance mexicaine des 16 et 20 septembre et donner ainsi un témoignage de son respect pour la nationalité mexicaine. Il arrivait souvent que des villages ou des petites villes, pressurées par des bandes de guérilleros, sollicitaient la protection d'une garnison française pour échapper à leurs violences, mais là se bornaient toutes les manifestations interventionnistes ; Juarez était toujours le chef reconnu et obéi de la presque totalité du pays. Le gouvernement de la Régence était impuissant à se constituer et à se suffire ; pour lui permettre de fonctionner, il avait fallu que le général en chef autorisât des émissions de bons du trésor, garantis par la France, jusqu'à concurrence de 200,000 piastres par moisO). La coopération des forces alliées, dont le chiffre s'élevait à environ six mille hommes, était, pour ainsi dire, nulle. Le général Forey avait cru devoir abolir les enrôlements forcés ou Levas, mode de recrutement peu moral sans doute, mais le seul connu et appliqué au Mexique ; on n'avait donc aucun moyen de maintenir l'effectif de ces troupes que les désertions afPaibhssaient chaque jour. Près de Pachuca, une compagnie était passée à l'ennemi , son capitaine en tête ; si on les eût envoyées dans les terres

'*> Le général Forey au ministre de la guerre. 13 juillet.

312 l'" l'ARTIL". CHAPITRE VII.

18G3. chaudes, elles auraient déserté en masse. On n'avait donc que fort peu de confiance dans les soldats, et l'on ne savait encore quels étaient ceux de leurs chefs sur lesquels il était possible de compter.

Les guérillas ennemies et les forces dites régulières montraient au contraire une grande énergie ; leurs exactions leur donnaient les ressources dont elles avaient besoin ; elles dominaient le pays par la terreur ; de toutes parts des bandes surgissaient et inquiétaient les petits postes sans vouloir s'engager d'une manière sérieuse. Elles se recrutaient partout, même dans les villes occupées par les Français, même à Mexico où les libéraux abusant de la protection accordée aux gens paisibles de tous les partis poursuivaient leurs menées hostiles.

Des réunions avaient lieu dans la maison du chargé d'affaires du Pérou, et le général en chef qui s'efforçait cependant de résister aux tendances réactionnaires de la Régence, consentit, d'après les conseils de M. de Saligny, à faire arrêter neuf personnes désignées par le gouvernement mexicain et à les faire déporter sans jugement à Gayenne, Il déclina toutefois la responsabilité de cette mesure qui causa une vive émotion au Mexique et fut formellement désapprouvée par le gouvernement français. Le chargé d'affaires du Pérou reçut ses passe-ports et dut quitter le Mexique (^).

L'ancien président Miramon était revenu à Mexico (28 juillet) et bien qu'il promît son concours à l'intervention , il était nécessaire de le surveiller. Le fils de Santa-Anna vint aussi à Vera-Cruz, mais on jugea prudent de l'inviier à quitter le Mexique.

<•) Le maréchal Forey au ministre delà guerre, 2i août, — Le général Bazaine au ministre de la guerre, 27 août.

A la suite du siège de Puebla, le général Forey avait été ^8G3. élevé à la dignité de maréchal ; le ministre lui écrivit que Rappel

. ,..,., du général Forev

1 Empereur « pensait qu'étant revêtu de cette diernite, il et de

, • , f- 11,- , . 1 .\. M. deSalig'iy.

n y avait plus lieu de le laisser à la tête du corps expéditionnaire » ; il l'invita à remettre son commandement au général Bazaine. A cette époque , on ne connaissait encore à Paris ni l'entrée à Mexico, ni la proclamation de l'Empire (').

Au même moment, M. de Saligny recevait aussi l'ordre de rentrer en France; les instructions adressées au général Bazaine montrent que le cabinet des Tuileries était aussi peu satisfait de la lenteur avec laquelle les opérations militaires avaient été menées, que des mesures politiques prises de concert par le commandant en chef et le ministre de France. Cependant, ni le maréchal, ni M. de Saligny, ne parurent se rendre compte des raisons qui avaient pu motiver leur rappel. Ils se décidaient avec peine à quitter le Mexique ; l'un et l'autre différèrent leur départ. Le maréchal voulut attendre la réponse aux dépêches annonçant la proclamation de l'Empire sous Maximihen, pensant que cette importante nouvelle modifierait peut-être les ordres de l'Empeï'eur (^). M. de Saligny espérait aussi que ce résultat, dont il s'attribuait avec raison le mérite, lui vaudrait d'être maintenu à son poste. En attendant, des manifestations furent provoquées en sa faveur dans la presse mexicaine, et les résidents français signèrent des adresses au gouvernement pour déclarer que sa présence aux affaires serait absolument indispensable lorsque l'on réglerait les indemnités. Le général Almonte agit dans le même sens, mais en

<1) Le ministre de la guerre au maréchal Forey, 17 juillet. '') Le maréchal Forey au ministre de la guerre, 24 août.

314 l" PARTIE. — CHAPITRE VII.

<863. vain (*). Le maréchal Forey et M. de Saligny furent de nouveau et plus impérativement rappelés. Le ministre de la guerre écrivait au général Bazaine qu'il regrettait l'ajournement apporté à l'exécution des instructions envoyées au maréchal parce qu'il devait en résulter « du trouble et de l'irrésolution dans le pays, d'autant plus qu'une presse imprudente, pour ne rien dire de plus, se permettait d'élever sur un piédestal un ministre plénipotentiaire, que son gouvernement rappelait et sans doute pour de bonnes raisons (^) » .

Le maréchal Forey remit donc son commandement au général Bazaine le 1^'" octobre; il s'embarqua le 21 à Vera- Cruz. Quant à M. de Saligny, il cessa ses fonctions mais ne partit pas encore, il était au moment de se marier et désirait ne pas s'éloigner immédiatement. Cependant le gouvernement français attachait une importance toute particulière à son départ. La dépêche suivante, adressée le 28 octobre au général Bazaine par le ministre de la guerre, en donne la preuve :

« M. le minisire des affaires étrangères a adressé par trois fois différentes à M. de Saligny l'ordre de rentrer en France, même sans attendre l'arrivée de son successeur, M. de Montholon, ministre plénipotentiaire au Mexique.

« Je suis chargé de vous faire connaître que l'intention formelle de l'Empereur est que l'ordre concernant M. de Saligny soit exécuté au reçu de cette lettre, dans le cas où il serait encore au Mexique. Vous donnerez connaissance à M. de Saligny du contenu de la présente dépêche, et le préviendrez qu'elle doit recevoir sa complète exécution, quelque considération qu'il pût d'ailleurs faire valoir pour provoquer un ajournement de quelque durée que ce soit.

« 11 vous appartient de prendre telle mesure que vous jugerez convenable pour que les présentes dispositions soient accomplies

^1) Le général Almonte au général WoU, 25 août,

'*) Le ministre de la guerre au général Bazaine, 30 septembre.

et que M. de Saligny s'embarque à Vera-Cruz par le premier pa- i863.

quebot qui sera en partance après la réception de cette lettre. ~

« Vous me rendrez compte de l'exécution.

« Post-scriptum. Alors même que M. de Saligny donnerait sa démission, il ne devrait pas moins quitter le Mexique sans aucun retard. »

Celle lettre est en réalité la condamnation la plus sévère et la plus formelle de la conduite de M. de Saligny et de la direction qu'il avait jusqu'alors imprimée à la politique française au Mexique. Depuis le début de l'expédition, aucun des représentants delà France n'avait. donc su remplir les intentions de l'Empereur. L'amiral Jurien, le générai de Lorencez, le maréchal Forey, M. de Saligny avaient tour à tour été désapprouvés. Seules, les appréciations de M. de Saligny eurent pendant longtemps le privilège de guider la politique des Tuileries ; l'intermédiaire du duc de Morny donna une grande influence à sa manière de voir ; l'Empereur déclara même dans ses instructions au général Forey qu'il avait une entière confiance en lui. Le rappel du ministre de France et le changement simultané du commandant en chef indiquent par conséquent un mécontentement sérieux et une intention bien arrêtée de modifier la ligne de conduite suivie jusqu'alors.

L'inertie des populations que l'on avait prétendu si disposées à acclamer l'intervention française, l'impuissance du parti réactionnaire, qui ne s'était que trop révélée depuis dix-huit mois, avaient sans doute fait évanouir bien des illusions. Des dépêches du ministre des affaires étrangères, datées du mois de juin, et qui malheureusement n'arrivèrent à Mexico qu'à la fin de juillet, témoignent du désir du gouvernement français de mettre fin aussi promptement que possible à l'expédition du Mexique.

316 l" PARTIE. CHAPITRE VII.

4863. Ces dépêches étaient écrites avant que l'on connût la

prise de Puebla, mais on la regardait comme prochaine et M. Drouyn de Lhuis indiquait dans les termes suivants, au général en chef, quelle conduite il aurait à tenir (*) :

« Général, au moment où je vous adresse cette dépêche, le gouvernement de l'Empereur est autorisé par vos derniers rapports à considérer la prise de Puebla comme un fait accompli.

Après une résistance aussi longue et aussi opiniâtre, vous

ne serez sans doute pas en mesure de reprendre immédiatement les opérations actives. Sa Majesté a pensé que vous emploieriez environ deux mois pour rassembler les moyens de vous remettre en marche sur Mexico dans toutes les conditions désirables de succès. Ce temps d'arrêt nécessaire nous a paru opportun pour vous entretenir de la situation politique et examiner si les circonstances ne nous permettraient pas d'entrevoir dès à présent la satisfaction des intérêts, qui nous ont obligés h porter la guerre au Mexique. »

Le ministre rappelait que les intentions et les devoirs de la France étaient définis par les termes de la convention de Londres, par les instructions données à l'amiral Jurien et enfin par celles que le général Forey avait lui-même reçues. Il n'y était pas question « d'imposer aux Mexicains une forme de gouvernement qui leur fût antipathique, mais de les aider dans leurs efforts pour établir, selon leur volonté, un gouvernement qui eût des chances de stabilité et pût assurer à la France le redressement des griefs dont elle avait à se plaindre. »

ï Nous n'avons jamais dissimulé, continuait le ministre, les sentiments que nous inspire l'administration de Juarez; nous n'avons point caché que nous ne croirions pas pouvoir négocier avec lui et nos dispositions n'ont pas varié. Mais nos engagements ne vont point au delà de la poursuite de nos droits et de l'appui que

O) Le ministre des affaires étrangères au général Forey. 5 juin 1863.

nous avons éventuellement promis de donner aux tentative:^ diri- igo.î.

gées contre le gouvernement actuel. —

Nous n'aurions pas d'objection à entrer en relations avec un pouvoir nouveau ayant l'assentiment du pays et prêt à traiter sur la base des indemnités et des garanties d'intérêt général que nous sommes fondés à revendiquer. A nos demandes antérieures nous ne voulons joindre la stipulation d'aucun avantage exclusif en dehors des frais de guerre que l'étendue de nos sacrifices nous oblige à réclamer.

Dans un pays où le pouvoir a si souvent changé de mains depuis quelques années, la difficulté n'est pas de trouver des hommes qui l'aient déjà possédé et qui aspirent à le ressaisir, ainsi que bon nombre de personnalités plus ou moins considérables entourées d'une notoriété suffisante pour y prétendre. Mais une société, dont les malheurs viennent principalement de ses divisions, aurait surtout besoin de voir à sa tête un nom capable de rallier les partis opposés dont les succès alternatifs ont tour à tour déchiré le pays. Notre désir serait donc que l'homme avec lequel vous essayeriez de vous mettre en rapport fût apte autant que possible à entreprendre cette œuvre de conciliation et eût reçu préalablement de la nation elle-même, sous une forme quelconque, même provisoire, le pouvoir de traiter avec vous. Il se pourrait qu'il fallût le chercher parmi les chefs mêmes qui, trompés par leur patriotisme, croient servir la cause nationale en portant les armes contre nous. Vous ne vous refuseriez point à sonder ses dispositions parce qu'il serait aujourd'hui dans les rangs de nos adversaires. Notre politique a été, dès le principe, de faire appel à tous ceux dont le concours nous serait utile, et c'est la même penséequi doit vous guider dans les ouvertures dont il vous paraîtrait opportun de prendre l'initiative.

Ces considérations, je le répète, restent subordonnées aux exigences de notre honneur militaire, aussi bien que de la situation générale dont vous êtes le meilleur juge. Mais Sa Majesté a pensé qu'après la prise de Puebla et sous l'impression salutaire qu'elle aura dû produire, vous seriez en mesure de provoquer la formation d'un gouvernement avec lequel nous puissions négocier sur les bases que je vous ai rappelées. L'entente que vous auriez à établir préalablement avec le chef militaire qui se chargerait de diriger les événements réglerait, d'ailleurs, les conditions de l'armistice entre nos troupes et les siennes. Son intérêt serait d'accord avec nos propres convenances pour admettre l'occupation amiable de

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4863. Mexico jusqu'à la conclusion des arrangements définitifs qui de- '"' vraient être signés par vous dans cette ville.

Si donc, des nécessités supérieures et que nous ne saurions prévoir à la distance où nous sommes ne s'y opposent pas, l'intention de l'Empereur, dont j'ai pris à ce sujet les ordres, est que, tout en continuant de vous préparer k reprendre votre marche en avant, vous profitiez du moment de repos qui suivra la chute de Puebla pour faire, dans l'ordre d'idées que je viens vous indiquer, tout ce qui serait honorable et possible. Nous sommes allés au Mexique pour réclamer des satisfactions déterminées. Après un brillant succès militaire, nous pouvons les accepter d'un gouvernement autre que celui de Juarez et^ si vous en entrevoyez les éléments, vous ne devez rien négliger pour en tirer parti de la manière la plus conforme au sincère désir du gouvernement de l'Empereur de mettre fin aux hostilités aussitôt que notre dignité nous le permettra. »

A la même date, le ministre des affaires étrangères communiquait au général en chef une série de documents relatifs à Santa Anna, et que M. Guttierrez de Estrada lui avait adressés. Ces documents étaient envoyés sans commentaires d'aucune sorte ; comme M. Guttierrez de Estrada était le défenseur le plus ardent des projets monarchiques, il est difficile de ne pas voir dans le laconisme même de la lettre ministérielle un indice des appréciations personnelles du ministre, peu favorable à la constitution d'un empire mexicain.

Ces dépèches autorisent à penser que la proclamation de la monarchie surprit désagréablement le gouvernement français. Les procédés mis en œuvre pour obtenir ce résultat n'étaient pas de nature à. diminuer son mécontentement ; l'Empereur et l'Archiduc Maximilien lui-même s'en montrèrent peu satisfaits; ils ne voulurent pas considérer le vote de l'Assemblée des notables comme une garantie suffisante des vœux du pays.

a Nous avons accueilli avec plaisir, écrivait encore M. Drouyn de Lhuis (^), comme un symptôme de favorable augure, la manifestation des notables de Mexico en faveur de l'établissement d'une monarchie et le nom du prince appelé à l'Empire. Cependant, ainsi que je vous l'indique dans une précédente dépêche, nous ne saurions considérer les votes de cette assemblée que comme un premier indice des dispositions du pays. Avec toute l'autorité qui s'attache aux hommes qui la composent, l'Assemblée recommande à ses concitoyens l'adoption d'institutions monarchiques et elle désigne un prince à ses suffrages. »

Avant d'accepter officiellement la couronne, l'Archiduc, d'accord avec le gouvernement français, demanda que les décisions de l'assemblée des notables fussent ratifiées par l'adhésion des populations de l'intérieur. Ce tut un grand désappointement pour les serviteurs trop zélés de la politique impériale qui, dans leur dévouement hâtif, n'avaient fait en réalité qu'ajouter un nouveau pronunciamiento à la liste déjà trop longue de ceux qui remplissent l'histoire du Mexique. L'Empereur Napoléon se voyait désormais dans l'impossibihté de dégager sa politique. L'Empire mexicain avait été proclamé par une assemblée mexicaine, nommée sous les auspices des représentants de la France et encouragée par eux, comment refuser au nouveau gouvernement la protection qui lui avait été officiellement promise? A l'armée française va donc échoir la pénible tâche de faire reconnaître l'Empire sur toute la surface d'un immense pays habitué depuis longtemps à la décentrahsation d'un gouvernement fédératif; c'est elle qui sera chargée de faire

(*) M. Drouyn de Lhuis au général Bazaine, 17 août.

320 l" PARTIE. CHAPITRE VU.

accepter le nouvel Empereur par des populations qui ignoraient même l'existence du prince destiné à les gouverner.

Elle consacrera pendant plus de trois ans encore ses efforts et son dévouement à cette œuvre ingrate (^).

'1' Depuis le début de Texpédition, les pertes de l'armée de terre étaient de 47 officiers, 283 hommes tués ; 40 ofDciers, 1370 hommes morts de maladie. Total : 1740 morts. (D'après un relevé fait le 7 novembre 1863).

Les pertes de la marine étaient relativement plus considérables. D'après un relevé statistique du 22 janvier 1864, on comptait comme morts ou disparus : 19 officiers de vaisseau, 9 commissaires, 11 chirurgiens, 1 ingénieur du génie maritime, 1259 officiers mariniers et matelots, 1 officier et 38 hommes d'artillerie de marine, 11 officiers et 6S2 hommes d'infanterie de marine, 5 gendarmes, 9 sapeurs du génie colonial, 2 volontaires des compagnies créoles. Total ; 2017 morts ou disparus.

Le personnel de la flotte qui avait concouru à l'expédition s'élevait au chiEfre de 20,312 hommes des équipages (dans ce chiffre les marins sont comptés autant de fois qu'ils ont fait le voyage) ; on avait débarqué 1351 marins, 2150 hommes d'infanterie de marine, 310 hommes d'artillerie de marine, 200 sapeurs du génie colonial, 55 gendarmes. Total : 4,066.

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