TROUPES DE LA MARINE
Régiment d'infanterie de marine 1,086 hommes.
Volontaires de la Martinique lOo
Marins-fusiliers 4o9
Total de l'infanterie 1,650 hommes.
Batterie d'artill. de marine, batt. de montagne des marins, 453
Compagnies du génie de la Guadeloupe et de la Martinique, 168
Total des troupes de la marine 2,273 hommes.
Troupes d'artillerie (') 3,105 hommes.
Troupes du génie 723
Troupes d'administration 2,306
Services administratifs 475
L'effectif total des troupes françaises était donc de. . 34,144 hommes, ayant 7,477 chevaux ou mulets.
Outre les voitures du train des équipages, l'administration disposait de 274 grandes voitures mexicaines, de 30 voitures dites américaines, et de 1,200 mulets de bât.
Les corps spécialement affectés aux terres chaudes, et non compris dans l'effectif ci-dessus , se composaient de :
Un bataillon d'Égyptiens, de 400 hommes.
La tontre-guériila du colonel Dupin, de 203
(1) L'artillerie disposait de 20 canons rayés de 12 de siège, 6 cauons rayés de 12 de campagne, 24 canons rayés de 4 de campagne, 22 canons rayés de 4 de moatagoe, 4 mortiers de 27 c., 10 de 22 c., 6 de 13 c, largement approvisionnés
330 II" PARTIE. CHAPITRE l".
En y comprenant les troupes mexicaines, le chiffre total des forces placées sous le commandement du général Bazaine s'élevait à 47,667 hommes, dont 42,000 environ sous les armes.
Le matériel était en bon état ; on avait mis à profit la saison des pluies pour faire les réparations ; le ministre avait envoyé de France les approvisionnements nécessaires. L'artillerie, après avoir organisé ses atehers, s'occupait de mettre en état le matériel des troupes alliées et de fabriquer pour elles des munitions de toute espèce. Depuis l'arrivée de l'armée française à Mexico on avait travaillé activement à reconstituer les étabhssements militaires saccagés au moment du départ du président Juarez, et qui comprenaient : une capsulerie, une fabrique d'étoupilles, une manufacture d^armes, une poudrerie et un arsenal de construction. A la fin du mois de septembre, sept canons-obusiers de montagne étaient déjà fondus, la capsulerie, la fabrique d'étoupilles et l'arsenal étaient k même de suffire aux besoins courants des troupes alliées; la manufacture d'armes allait être bientôt rétablie, mais elle ne serait à même de donner que cent fusils par mois, et ce chiffre étant insuffisant, le général en chef renouvela la demande d'armes faite au ministre par le maréchal Forey. Quatre mille fusils avaient déjà été expédiés, le ministre ordonna d'en envoyer encore six mille (^).
Pour remplacer les libérables et com.bler les vides faits
(1) Le ministre au gênerai on chef, 31 août, 15 novembre.
Il avait en outre fait embarquer, sur un bâtiment parti de Cherbourg le 23 septembre, six cents harnachements, mousquetons, sabres et pistolets et deux millions de cartouches pour les contre-guérillas des terres chaudes. Au mois de novembre, il ordonna encore l'envoi de 4,000 fusils, 2,000 mousquetons, 2,000 sabres et 150 fusils à deux coups.
LE GÉNÉRAL BAZALNE. 331
par les maladies ou par le feu de l'ennemi, le ministre de ^863. la guerre fit envoyer au Mexique un renfort de 3,T00 hommes. Le maréchal Forey avait demandé une nouvelle brigade d'infanterie et un régiment de cavalerie (0 ; le départ de ces troupes fut préparé, mais le général Bazaine, ayant exprimé l'avis que l'effectif du corps expéditionnaire était suffisant, on ne mit en route que le 2^ bataillon d'infanterie légère d'Afrique, un détachement pour le régiment étranger et quatre escadrons, non montés, des régiments de cavalerie, qui faisaient déjà partie du corps expéditionnaire C^).
L'orfijanisation des troupes mexicaines athées était fort Amée
, mexicaine alliée.
irrégulière. On avait été forcé d'accueilhr tous les officiers qui s'étaient présentés et les bandes de guérillas disposées à se rallier au nouvel ordre de choses, quelle que fût l'authenticité des grades auxquels prétendaient les chefs, quel que fût le mode de formation des détachements qu'ils amenaient avec eux. Il n'existait alors au Mexique aucune loi de conscription. L'armée se recrutait par la leva, c'est-àdire l'enrôlement forcé des Indiens, qu'on enlevait de leurs villages. La plupart du temps ces pauvres gens, ignorants des querelles des partis auxquels ils servent d'instruments, se soumettent avec résignation au sort qui leur est imposé ; sobres , infatigables marcheurs, sachant au besoin bien mourir, ils deviennent quelquefois de bons soldats, mais désertent à la première occasion.
Lorsque les chances de la guerre les font tomber aux
<l) Le maréchal Forey au ministre, 9 septembre.
(•) Le 2* bataillon d'Afrique arriva à Vera-Cruz le 14 avril 1864; deux escadrons du 12' chasseurs le 10 février; un escadron du 1'^' chasseurs d'Afrique et un escadron du o' hussards le 9 mars.
332 II* PARTIE. CHAPITRE l".
1863. mains du parti opposé, le vainqueur les enrôle dans ses rangs; sans enthousiasme, sans esprit militaire, n'ayant aucun espoir de voir se modifier leur misérable condition, le triomphe des uns ou des autres ne leur importe guère. Leurs femmes les suivent habituellement et partagent avec eux la maigre ration qui suffit à leur sobriété indienne ; si la solde est payée régulièrement, ils ne trouvent pas leur vie trop malheureuse, mais lorsque l'argent fait défaut, on est obligé, pour empêcher les désertions, de parquer les soldats comme des troupeaux dans les cours des casernes ou des Mesones (') dont les issues sont soigneusement gardées. Si l'on ajoute que les chefs, pour la plupart officiers improvisés, sont fréquemment dépourvus d'instruction et de moralité ; qu'ils sont disposés à considérer les changements de gouvernement comme d'excellentes occasions d'obtenir de nouveaux grades ; que leur avancement dépend du caprice de tel ou tel général, sans qu'il y ait aucune loi protectrice des droits acquis et des services rendus, on se rendra compte de la différence qui existe entre ces troupes et les troupes européennes.
A côté des corps soumis à certaines règles de discipline et d'administration, il existe de nombreuses bandes de volontaires ou guérillas affranchies de toute tutelle hiérarchique et qui font la guerre de partisans au gré du chef qui les conduit. Piéunies aujourd'hui pour atteindre un but déterminé, elles se dispersent le lendemain et deviennent insaisissables ; quelque temps après on les trouve reformées à plusieurs journées de distance. Ce sont presque toujours des troupes de cavaliers, bandits de grands chemins, aventuriers, ou quelquefois aussi les serviteurs ou les amis
(i) Meson se dit d'une auberge de passage avec grandes cours et dépendances pour les convois d'arricros.
LE GÉNÉRAL BAZALNE. 333
d'un riche propriétaire, d'un hacendero qui a levé le dra- ^863. peau d'un parti et entraîne à sa suite les hardis vaqueras (^) qui vivent sur les terres. Un grand nombre avaient surgi dans les terres chaudes de Vera-Cruz ;un plus grand nombre encore s'étaient constituées avec les débris de l'armée de Gomonfortet les prisonniers évadés de Puebla.
Quant à l'armée mexicaine alliée, commandée par le général Marquez , elle avait eu pour noyau la poignée de soldats qui, suivant la fortune de cet officier, étaient venus rejoindre le général de Lorencez à Orizaba. Leur chiffre s'était grossi successivement de quelques déserteurs de l'armée libérale et enfin, après la prise de Puebla, on avait incorporé dans leurs rangs un grand nombre d'hommes provenant de la garnison prisonnière (""). Plus tard, le général Mejia avait amené d'importants contingents de la Sierra Gorda ; quelques autres troupes s'étaient aussi ralliées ; enfin beaucoup d'officiers des anciennes armées du parti conservateur se présentaient chaque jour ; presque tous aspiraient à une solde élevée et prétendaient être généraux, colonels, ou au moins officiers supérieurs ; on ne trouvait point d'officiers subalternes. Il était difficile de remettre un peu d'ordre dans ce chaos et d'organiser ces troupes de façon à les utiliser ; aussi la commission présidée par le maréchal Forey s'était-elle bornée à prescrire les mesures les plus urgentes. Elle avait divisé les troupes alliées en troupes permanentes et troupes auxiliaires. Dans les troupes permanentes furent comptés :
<•) Les vaqueras sont les gardiens des troupeaux de chevaux ou de bétail vivant en liberté sur les grandes haciendas; hardis cavaliers, ils passent leur temps à dresser les chevaux sauvages confiés à leur surveillance.
(*) Ce sont ces soldais qui avaient figuré dans l'entrée solennelle de l'armée franco-mexicaine à Mexico, le 10 juin 1863, et défilé devant le maréchal Forey, au cri de : Viva Napokon t
^863. Les invalides, les officiers disponibles et la division Mar-
quez organisée en : six bataillons, six escadrons de cavalerie, un escadron d'exploradores, une compagnie du génie et trois batteries d'artillerie, formant un effectif total d'environ 7000 hommes.
Dans les troupes auxiliaires furent rangés tous les autres corps qui, par leur mode de recrutement ou par le service particulier auquel ils devaient être affectés, ne se prêtaient pas aux formes administratives arrêtées pour les troupes permanentes. C'étaient :
La division Mejia, forte de six bataillons, six escadrons, une batterie. Effectif total : 1,900 hommes environ;
La brigade Vicario, forte de trois bataillons et demi, six escadrons, une section d'artillerie de montagne. E^ctif total : 1,900 hommes environ;
Et onze autres corps de moindre importance dont l'effectif s'élevait à 2,300 hommes environ. Le trésor mexicain étant vide et l'entretien de ces troupes incombant aux finances françaises, elles furent soumises au contrôle de l'intendance (^).
Préliminaires Avant d'entreprcndrc une expédition dans l'intérieur, le
de la campagne , , ^ in • i-i .i- i
(le l'intérieur, général en chei organisa solidement sa ligne de communication avec la mer. Il réduisit le nombre des postes des terres chaudes, mais il fit installer ceux qu'il conserva dans de bons réduits, susceptibles d'une défense prolongée, bien approvisionnés en vivres et en munitions ; il imprima la plus grande activité aux travaux du chemin de fer et créa
O Situation d'octobre 1863, — Le général en chef au ministre, 8 octobre 1863. — Règlement du 23 septembre 1863.
Le 8 octobre, les dépenses d'habillement s'élevaient déjà à trois millions de francs.
des compagnies de contre-guérillas françaises pour pro- -1863. téger les ateliers et assurer la sécurité des convois. Cette formation provisoire comprit deux compagnies de cent volontaires et un escadron de quarante cavaliers choisis dans les troupes françaises et placés sous le commandement supérieur du colonel Dupin. La contre-guérilla proprement dite dut être réorganisée et portée à l'effectif de six cents hommes.
Le général en chef compléta ces mesures en faisant occuper d'une façon permanente, par quinze cents hommes des troupes de Marquez, la petite ville de Jalapa, quartier général des bandes des terres chaudes. La brigade de réserve eut la mission de garder les districts de Cordova, d'Orizaba et de Tehuacan ; une forte garnison, composée du l^'" zouaves, fut laissée à Puebla, mais on évacua tous les petits postes qui défendaient les débouchés de la Huasteca, Zacapoaxtla, Tlaxco, Zacatlan; un détachement de deux compagnies resta seulement à Tlaxcala, et le 81' de ligne fui appelé à Mexico.
Quatre compagnies de partisans, fortes chacune de cent hommes de bonne volonté et commandées par des officiers de choix, furent chargées de protéger les convois du com.merce et de faire une guerre à outrance aux bandes de guérilleros et de voleurs qui coupaient les chemins ; elles furent réparties entre Mexico, Puebla, Orizaba et Cordova.
Le général Bazaine put alors mobiliser la plus grande partie du corps expéditionnaire. Il forma deux colonnes principales, l'une sous les ordres du général de Castagny, composée des 7^ et 20® bataillons de chasseurs, du 3" zouaves, du 51® et du 95® de ligne, de deux escadrons de cavalerie ; l'autre, à la tête de laquelle fut placé le général Douay, comprit le l®"" bataillon de chasseurs, le ba-
336 II' l'ARTlE. CHAPITRE l".
^^^- laillon de tirailleurs algériens, un bataillon du 62" de ligne, le 99^ de ligne, le 2" zouaves et trois escadrons de cavalerie. La division mexicaine du général Mejia dut marcher avec le général Douay ; le général Marquez, avec 4,700 hommes, suivit le général de Gastagny. L'effectif total des troupes mobilisées s'élevait à 14,000 Français et 7,000 Mexicains.
Les forces de l'ennemi, dont on ne connaissait pas exactement l'importance, étaient réparties sur plusieurs points. Entre Queretaro et Tepeji del Rio se trouvaient, disait-on, treize mille hommes et une artillerie nombreuse sous les ordres de Doblado. Le général Negrete, à la tête de huit mille hommes, se tenait entre San Luis Potosi et Pachuca. Le général Uraga avait quatre mille hommes en avant de Morelia; il était appuyé par un corps de quatre mille hommes sous les ordres d'Alvarez dans l'Etat de Guerrero et par un autre de cinq mille hommes que commandait Porfirio Diaz. On prêtait à l'ennemi l'intention de se retirer sans combattre et de manœuvrer sur les flancs et les derrières des colonnes franco-mexicaines. Le général en chef prit ses dispositions en conséquence.
La base d'opérations sur laquelle il devait s'appuyer s'étendait de Pachuca à Toluca en passant par Mexico. Les garnisons françaises qui, depuis le mois de juillet, occupaient ces deux villes, n'avaient d'abord eu devant elles que des bandes de guérilleros sans consistance ; mais vers la fin de septembre plusieurs corps réguliers de l'armée ennemie, enhardis par leur immobilité, essayèrent de les déborder dans l'intention de tourner Mexico et de gêner les communications de l'armée française avec la mer. Les engagements, qui eurent lieu aux environs de Toluca et de Pachuca, préludèrent au mouvement général d'offensive.
Du côté de Toluca, où commandait le général de Bertier, '^863. on signalait à Zitacuaro un rassemblement ennemi considérable. C'était le corps de Porfirio Diaz qui se préparait à faire im mouvement tournant par le sud, pour donner la main aux forces libérales de l'Etat de Guerrero et se rendre dans l'Etal de Oajaca. Porfirio Diaz exécuta en effet cette manœuvre ; les détachements français s'étant avancés vers Asuncion-Malacatepec et Villa del Yalle dans le but de lui barrer la route, il élargit son mouvement, les évita, poussa devant lui la troupe mexicaine du colonel Valdez trop faible pour lui résister, et grossissant ses forces avec des contingents du Guerrero, il vint, à la tête de six mille hommes, menacer les positions de la brigade Vicario au sud de Cuernavaca. Le 30 octobre, après un siège de trois jours et malgré l'énergique résistance des habitants, il enleva la petite ville de Tasco ; le 5 novembre, il attaqua Yicario lui-même, qui s'était renfermé à Iguala. L'alarme fut grande au camp des Mexicains alliés ; ils sollicitèrent des secours avec instance ; les deux brigades de la division Marquez, l'une envoyée de Mexico, l'autre venant de Toluca par des chemins de montagne, arrivèrent assez à temps pour empêcher l'ennemi de poursuivre ses succès. Porfirio Diaz leva le sié^e d'iffuala le 7 novembre et se dirigea sur Oajaca, où il se déclara gouverneur des Etats de Puebla, d'Oajaca, de Vera-Cruz, et de Chiapas. Il ne tenta plus aucun effort sur les postes franco-mexicains et se contenta de renforcer les guérillas des terres chaudes.
Aux environs de Pachuca, extrême droite des positions françaises, se montraient aussi de nombreux partis ennemis appartenant à la division Negrete ; les détachements du 62^ et du corps de Mejia, qui occupaient ce pays, restèrent sur la défensive jusqu'au moment où les dispositions pré-
338 11^ PARTIE. oIIAriTîîE l".
m2. liminaires de la campagne de l'intérieur étant terminées, ils purent combiner leur mouvement en avant avec celui des troupes qui suivaient la route de Queretaro. Le 11 octobre, le général Mejia enleva la petite ville d'Actopan défendue par 1300 hommes, puis il vint prendre position à Tula. Quelques semaines plus tard, il s'avança jusqu'à l'hacienda d'Arroyo-Zarco et l'occupa après un engagement de cavalerie. Un bataillon du 62^ le suivit, l'autre bataillon resta dans le district des mines pour tenir en respect les guérilleros qu'attiraient les richesses de cette région. Les garnisons de Pachuca d'une part, de Toluca et de Guernavaca de l'autre, couvraient ainsi très-efficacement les flancs des colonnes qui allaient s'avancer vers l'intérieur.
Deux routes carrossables conduisent de Mexico dans le centre du pays. L'une, tracée par Toluca, Acambaro, Morelia, la Barca, aboutit à Guadalajara. Dans la saison des pluies, elle est impraticable non-seulement à cause de son mauvais état d'entretien, mais encore parce que les cours d'eau ne sont pas guéables. L'autre est la route des diligences ; elle passe par Queretaro, Léon, Lagos, franchit les rivières sur des ponts, traverse les contrées les plus riches et les plus peuplées du Mexique et arrive également à Guadalajara, d'où elle se prolonge jusqu'à San Blas sur le Pacifique. C'est la grande artère commerciale entre les deux océans. Les convois, qui se dirigent vers les provinces du Nord-Est, la suivent jusqu'à Queretaro et remontent ensuite du côté de San Luis Potosi ; ceux qui vont dans les provinces du Nord-Ouest passent par Lagos, Aguascalientes et Zacatecas.
Le général en chef choisit la route de Queretaro pour ligne principale d'opérations; des postes chargés de garder
les communications devaient être répartis de distance en -|863. distance. La division Douay, les grands parcs et les ré- ~
serves de vivres, suivirent cette direction. Le général Bazaine, avec les divisions de Gastagny et Marquez, prit l'autre route dans le but de s'assurer la possession de Morelia avant de pénétrer plus à l'ouest.
Les mouvements des colonnes expéditionnaires com- Lcscoionnes
•■• expéditionnaires
mencèrent dès les derniers jours du mois d'octobre. A quiitent Mexico.
cette époque, les grandes pluies ont cessé et l'on entre dans
la saison la plus favorable aux opérations militaires. Les
généraux., commandant les divisions, se mirent en route,
le 9 novembre, pour rejoindre leurs têtes de colonne. Le
18, le général en chef partit à son tour, laissant la place
de Mexico sous le commandement supérieur du général
Neigre.
Le général Douay, poussant rapidement ses troupes, fit occuper Queretaro le 17 novembre. Il s'y arrêta afm d'attendre que la colonne de Gastagny fût à sa hauteur; les ressources de cette ville importante lui permirent de former des magasins en vue des opérations ultérieures.
Le général de Gastagny, de son côté, atteignit Acambaro, le 24 novembre, n'ayant eu avec l'ennemi qu'une seule rencontre d'avant-garde près de Maravatio. Il fut rejoint le 27 par le général en chef et par la division Marquez. Gette division, soutenue par la brigade de Bertier, se porta immédiatement sur Morelia, où elle entra, sans coup férir, le 30 novembre.
Le général Marquez se hâta de s'y organiser défensivement. Bien que la population fût généralement hostile (*), il
<1) Un sous-lieutenant du 31" de ligne fut assassiné dans la rue peu après l'entrée des troupes.
340 II" PARTIE, — CHAPITRE l".
4863. pouvait se suffire à lui-même, et le général de Bertier rétrograda aussitôt avec les troupes françaises.
Assuré désormais du succès delà campagne, puisque, en moins d'un mois, les colonnes expéditionnaires s'étaient avancées à soixante lieues dans l'intérieur, sans rencontrer de résistance, le général Bazaine, tout en poursuivant ses opérations dont le but précis, indiqué par l'Empereur lui-même, était l'occupation des grandes villes du pays, se proposait de manœuvrer de manière à mettre l'ennemi dans l'obligation d'accepter le combat, ou du moins d'abandonner l'important matériel de guerre qu'il traînait avec lui. Les progrès faciles des forces interventionnistes et l'accueil favorable qu'elles avaient reçu des populations dans la plupart des localités, à l'exception de Morelia, faisaient bien augurer des dispositions des habitants en faveur de l'empire. Des actes d'adhésion, signés dans chaque municipalité, avaient réuni les noms d'un certain nombre de citoyens considérables par leur fortune et par leur influence. Des troupes de guérillas commençaient à s'organiser en faveur du nouveau gouvernement, et l'une d'elles, ayant tendu une embuscade à un détachement ennemi, venait de tuer le général Comonfort et une vingtaine d'hommes qui l'escortaient. D'autres chefs, Zermefio deLagos, Ghavez d'Aguascalientes, écrivaient qu'ils avaient arboré le drapeau conservateur et demandaient leur incorporation dans l'armée impériale ; enfin Doblado lui-même, inquiet de voir les armes françaises envahir les contrées où se trouvaient ses grandes propriétés, paraissait vouloir sauvegarder ses intérêts personnels. Quelques-uns de ses amis firent des ouvertures que le général en chef était disposé à bien accueillir, mais Doblado ne cherchait en
réalité qu'à gagner du temps et à vendre au trésor français i863. d'importantes quantités de numéraire des mines de Guanajuato qu'il avait accumulées dans sa caisse particulière. Au moment même où des démarches étaient faites en son nom, il publiait une proclamation belliqueuse , et l'on assurait qu'il avait encore sous sa main près de quinze mille hommes. Cependant, en reculant sans cesse, l'ennemi s'était laissé enlever l'importante route d'Acambaro à Celaya, seule voie carrossable par laquelle les deux corps principaux de l'armée libérale pouvaient communiquer entre eux; afin de rétabhr ces communications, Doblado faisait activement travailler à rendre praticable aux voitures le chemin de la Piedad à Léon.
Aussitôt après la prise de Morelia, le général Bazaine Poursuite s'était porté d'Acambaro à Gelava ; il dirigea la colonne division Dobiado
" I 1 rt • jusqu'à
du général Douay par San Miguel Allende sur Guanajuato, Aguascaiientes. qui fut occupé, le 8 décembre, aux acclamations enthousiastes de la population. De son côté le général en chef s'avança par la route principale jusqu'à Salamanca; il allégea sa colonne en y laissant les parcs et les grands convois et, le 12 décembre, concentrant à Silao la division Douay et la majeure partie de la division de Castagny. il se mit à la poursuite de Doblado. On était encore très-incertain sur les intentions de l'ennemi. Une assez grande réunion de forces, venues de Morelia, de Queretaro et de Guanajuato, était signalée près de San Pedro Piedra-Gorda ; Uraga et Doblado s'y trouvaient, et l'on supposait à l'ennemi le projet de faire un retour offensif sur l'aile gauche française, afin d'écraser la division Marquez et lui enlever Morelia.
Le général Bazaine résolut alors de se diriger de Silao
4863. vers Piedra-Gorda, tandis que le général de Bertier, laissé à Salamanca, s'avancerait vers Penjamo et que le général Douay se porterait vivement sur Léon pour couper cette ligne de retraite à l'ennemi. Le mouvement était commencé sur ces données, lorsque de nouveaux avis firent connaître que Doblado, avec son artillerie et ses parcs, défilait par Léon et Lagos pour se jeter dans le nord. Modifiant son premier plan, le général Bazaine lança derrière lui les troupes le plus rapprochées, c'est-à-dire la division de Castagny qui était déjà engagée sur la route de Piedra-Gorda ; il se mit à sa tête (*) et, le 14 décembre au soir, il entrait à Léon, dont la population se montra fort sympathique. Le lendemain, il arrivait à Lagos; Doblado, n'ayant que quelques heures d'avance, en était parti la veille, mais la nécessité de réunir des vivres força la colonne française à s'arrêter toute la journée du 17. La poursuite recommença le 18 dans la direction d'Aguascalientes. L'infanterie laissa ses sacs ; la cavalerie, qui avait conservé les traditions des campagnes d'Afrique, déposa une grande partie des objets dont elle avait l'habitude de charger ses chevaux, l'artillerie n'emmena que les batteries de combat ; à 5 heures du soir, on avait parcouru 47 kilomètres, les troupes se reposèrent quelques instants ; à une heure du matin elles se remirent en marche, et vers 4 heures elles arrivèrent à la grande hacienda de Ledesma, 14 kilomètres plus loin.
Le général en chef avait fait réunir sur ce point les vo-
(') Le K<'ntTal Bazaine conservait toujours sons ses ordres directs unebrigad' mixte, dite brigade cV avant-garde, qu'il avait organisée le 29 novembre et dont il avait donné le commandement au général du Barail. Cette brigade se composait de six escadrons de cavalerie, du 3° zouaves, d'une section d'arlillcric de inontagne et de la batterie montée de la garde.
LE GÉNÉRAL BAZALNE. 343
lontaires de Chavez ; quelques heures avant, deux cents ^863. cavaliers libéraux, envoyés de San Luis de Potosi pour porter au général Uraga une forte somme d'argent, étaient venus donner au milieu de leur bivouac. L'ennemi perdit vingt-huit morts et dix-sept prisonniers.
Les éclaireurs mexicains annonçant que l'artillerie de Doblado avait dépassé Aguascalientes depuis longtemps déjà, le général Bazaine crut devoir renoncer à l'atteindre; il arrêta sa colonne et la fit reposer le 19 ; le jour suivant, il renvoya à Lagos la majeure partie de ses troupes et continua sa route sur Aguascalientes avec la brigade du Barail. Les derniers détachements de l'ennemi venaient seulement d'en partir. Il remit Aguascalientes à la garde de Chavez, et le 24 décembre, revint à Lagos après avoir fait plus de cinquante lieues en moins de six jours.
Le général Douay avait été chargé d'exécuter vers Pie- opérations dra-Gorda le mouvement que le général en chef avait eu générai Douay
> 1 1 I • 1 T • l'A >•! • 1 contre
d abord le projet de diriger lui-même et qu il avait aban- le corps duraga. donné pour poursuivre Doblado. Précédé à une journée de marche par une avant-garde légère commandée par le colonel Margueritte, le général Douay se porta donc de Léon sur Piedra-Gorda ; le général Uraga, réunissant toutes les forces libérales des États voisins, s'était déjà jeté sur Morelia avec douze mille hommes et trente-six bouches à feu. Le 17 décembre, il paraissait devant la ville, et le 18 au matin, il l'attaquait avec la plus grande vigueur. Un instant il put croire au succès, ses colonnes parvinrent jusqu'à la place principale , mais l'énergie de la défense répondit à l'impétuosité de l'attaque. Le général Marquez . donnant à ses soldats l'exemple du courage et de la confiance, sut faire face de tous côtés et eut le bonheur do
1863. repousser les assaillants ; Uraga dut se replier en désordre perdant près de six cents hommes tués, autant de prisonniers, une grande partie de son parc et cinq obusiers de montagne. Le général Marquez fut blessé grièvement à la figure , il eut quarante-cinq tués et quatre-vingt-huit blessés.
C'était la première fois que les troupes mexicaines alliées se trouvaient en présence de l'ennemi sans être soutenues par les Français ; elles firent belle contenance et relevèrent ainsi leur réputation aux yeux de leurs adversaires comme à ceux du corps expéditionnaire. Le général en chef se félicita d'autant plus de ce succès qu'il était inespéré, et que personne ne comptait alors sur une coopération sérieuse des contingents alliés.
Le général Uraga avait battu en retraite par la route de la Piedad, dans l'intention soit de se retirer sur Guadalajara, soit plutôt d'essayer de rejoindre Doblado ; mais apprenant le mouvement du général Douay vers la Piedad, il engagea ses convois sur la route de Zamora, seule voie carrossable qui lui restât. Le 20 décembre, au moment où il reçut la nouvelle du combat de Morelia, le général Douay avait son avant-garde à la Piedad et la suivait à quelques lieues de distance ; comprenant l'importance qu'il y avait à devancer Uraga pour lui barrer le chemin, il fit accélérer le mouvement de ses colonnes. Le 22 décembre, à 8 heures du matin, après avoir marché une partie de la nuit, la cavalerie du colonel Margueritte arriva inopinément sur Zamora, enleva les barricades qui défendaient l'entrée de la ville, sabra un corps de trois cents cavaliers et de cent fantassins qui se préparaient à se mettre en roule et ramena un convoi de munitions.
Uraga se trouvait alors à Chilchota, il rétrograda aussi-
LE GÉNÉRAL RAZAINE. 345
loi sur Uruapan. La route de Zamora lui étant fermée, il <863. allait tenter, malgré les difficultés de l'entreprise, de faire passer les débris de sa division par le chemin de Los Reyes et de Goalcoman auquel il fit travailler en toute hâte pour permettre le passage des voitures; lui-même prit position à Los Reyes, pour protéger l'évacuation de son matériel.
Le général Douay, qui était arrivé à Zamora le soir même du combat, après une marche forcée de vingt lieues exécutée en trente-huit heures, se vit obligé de laisser reposer ses troupes et d'attendre ses voitures de vivres. Il ne put être à Los Reyes que le 28 décembre ; Uraga en était parti la veille, mais tous ses convois n'étaient pas encore passés ; la colonne française, en se portant sur Uruapan, arrêta complètement leur marche et enleva une énorme quantité de matériel, un outillage de fonderie de canons, une machine à frapper de la monnaie, un approvisionnement considérable de munitions, et une batterie de neuf pièces abandonnées sur la route. Les jours suivants, les Indiens retrouvèrent encore, dans les montagnes, beaucoup de munitions» d'armes et d'équipements, ce qui témoignait du désarroi el de la précipitation avec lesquels l'ennemi avait effectué sa retraite. Sa désorganisation était complète ; il ne restait dans le Michoacan que des bandes éparses et désormais hors d'état de menacer de nouveau Morelia ; mais Uraga, avec 2,500 hommes et la partie la moins pesante de ses parcs, parvint à gagner Zapotlan dans le Jalisco, et s'occupa aussitôt de reconstituer son corps d'armée, en concentrant autour de lui les forces libérales de cette province et celles de l'État de Gohma. Le général Douay revint à Zamora par la route de San Pedro Paracho ; il y trouva des instructions à la suite desquelles il se porta sur la Barca, pour concou-
'ises.
Opérations
de la
division Mcjia.
Occupation
et défense de
San LuisPotosi.
{2o et 27 déc.
346 il" PARTIE. CHAPITRE l".
rir, s'il en était besoin, au mouvement que le général en chef opérait alors sur Guadalajara.
En s'avançant vers l'ouest, le général Bazaine avait laissé à Guanajuato la division Mejia ; quelque temps après il la fit relever par une garnison française, et lui donna l'ordre de se rapprocher de San Luis de Potosi, où se trouvait le siège du gouvernement libéral. Le président Juarez maintint dans cette ville la division Negrete, dont l'effectif était peu important ; il jugea prudent de se retirer lui-même au Minerai de Catorce à soixante lieues plus au nord. Le général Mejia ne disposait que de 2,500 combattants et d'une batterie de montagne ; il ne marchait donc qu'avec la plus grande circonspection, mais son influence personnelle était considérable dans ce pays; des pronunciamientos en faveur de l'empire se déclarèrent dans un grand nombre de localités voisines, et Negrete ne tarda pas à abandonner San Luis. Les forces alliées en prirent possession, le 25 décembre, au milieu des démonstrations les plus enthousiastes ; cependant, le 27 décembre, Negrete, renforcé par des troupes venues de Zacatecas, tenta un vigoureux retour offensif avec environ cinq mille hommes et neuf pièces d'artillerie. Il attaqua San Luis sur trois directions et pénétra jusqu'au centre de la ville ; en ce moment une charge heureuse de la cavalerie de Mejia repoussa l'ennemi, qui se retira dans le plus grand désordre, abandonnant 850 prisonniers, toute son artillerie et tout son parc. La division Mejia perdit cinquante hommes tués et soixante-cinq blessés ; elle se renforça des huit cents prisonniers qui, selon la coutume mexicaine, furent incorporés dans ses ransfs.
Avant d'avoir connaissance des succès du général Mejia, le général en chef, ne voulant pas laisser cette division trop
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exposée, avait pris la précaution de diriger le général de -1864. Castagny de Lagos sur Aguascalientes, et lui avait prescrit de s'avancer vers San Luis pour donner la main à la division alliée. Le général de Castagny fit cette démonstration, que l'issue heureuse du combat de San Luis rendit moins nécessaire, et il revint ensuite prendre position à Aguascalientes pendant que le général Bazaine se dirigeait vers Guadalajara.
Le général en chef avait quitté Lagos le 28 décembre, et jc*^G3ÏÏjara ne rencontrant aucun obstacle, il arriva le 5 janvier devant ('j janvier \m\-). Guadalajara, qui fut occupé sans résistance. Le général Arteaga, gouverneur de l'État de Jalisco, s'étant trouvé trop faible, avait évacué la ville et était allé dans le sud rallier les débris d'Uraga.
Un important résultat était obtenu par les combinaisons militaires à la suite desquelles les divisions françaises, traversant le Mexique en moins de deux mois, avaient séparé en deux tronçons les forces ennemies, rejeté Doblado dans l'extrême nord, et refoulé Uraga dans les provinces du sud. Elles avaient provoqué l'adhésion au nouvel ordre de choses des grandes cités de Queretaro, Morelia, Guanajuato, Léon, Aguascalientes, San Luis de Potosi, Guadalajara et rendu possible l'acceptation définitive de la couronne par l'archiduc Maximilien.
Les troupes françaises étaient à cent vingt lieues seulement des côtes de l'Océan, et grâce au concours offert par le général mexicain Lozada, elles allaient pouvoir entrer en rapport avec l'escadre du Pacifique. A cette époque le parti libéral semblait très-affaibli ; on pouvait espérer que les gens d'ordre, fatigués des luttes intestines, se rallieraient autour d'un pouvoir fortement constitué et que, dans leur propre intérêt, ils aideraient à sa consolidation. L'ave-
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<864. nir dépendait entièrement de l'attitude que sauraient prendre les hommes importants du parti conservateur. Quant aux chefs libéraux, la plupart se montraient découragés. Plusieurs d'entre eux, regardant Juarez comme le principal obstacle qui s'opposât à une entente avec le gouvernement français, désiraient qu'il quittât le pouvoir. L'archiduc Maximilien, leur avait-on dit, hésitait toujours à venir au Mexique, et ils supposaient qu'il serait possible d'entrer en arrangement avec la France, tout en conservant au gouvernement sa forme républicaine ; mais ils échouèrent dans ces tentatives. Juarez, moins peut-être par ambition personnelle que par dévouement passionné à la cause de la réforme dont il était le plus tenace champion, resta inébranlable; il se déclara décidé à continuer la lutte jusqu'à sa dernière limite et à ne pas abandonner une autorité, dont il était légalement et constitulionnellement le dépositaire. Près de lui était un petit groupe d'amis fermes et dévoués qui l'encouragèrent à la résistance et l'aidèrent virilement à défendre le drapeau de leur parti.
C'est en vain qu'on eût cherché les marques d'une semblable énergie politique dans les rangs du parti interventionniste. Les libéraux avaient été contraints d'évacuer la plupart des grandes villes ; dans certains endroits, les Français avaient même été acclamés comme des libérateurs, mais le gouvernement provisoire n'apportait aucune activité à l'organisation des administralions publiques destinées à faire reconnaître et à maintenir son autorité. Il ne manquait pas de solliciteurs pour les places lucratives de préfets politiques. Cependant, une fois nommés, les nouveaux préfets ne se souciaient que médiocrement du bien public ; disposés à considérer ces fonc-
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lions comme la juste rémunération des donmiages soufferts ^^*sous l'ancien gouvernement, ils montraient peu d'empressement à se rendre à leur poste et la Régence ne savait pas les y contraindre. Le général Bazaine déplorait cette apathie ; souvent il avait eu la plus grande difficulté à constituer les administrations locales ; il s'était vu forcé de laisser Aguascalientes aux mains de Chavez, chef de guérillas dont la valeur politique et le désintéressement étaient fort contestables ; nulle part se faisait sentir l'impulsion vigoureuse grâce à laquelle peut se fonder un régime nouveau ; l'action du pouvoir central ne s'étendait pas aux provinces, et presque partout il fallait que les commandants miilitaires français suppléassent h l'absence ou à l'insuffisance des fonctionnaires mexicains.
Les évêques eux-mêmes, au lieu de rentrer dans les dio- Difficnités
. . -11 T» • 1 suscitées par le
cèses qui leur étaient ouverts, de travailler à 1 apaisement des cierge. esprits et au rétablissement de la paix publique, restaient à Mexico, groupés autour de W Labastida ; ils excitaient, parleurs protestations et leurs réclamations intempestives, les passions du parti catholique et augmentaient l'hostilité du parti de la réforme. Une scission menaçait déjà de se produire parmi les partisans de l'empire ; on répandait à Mexico des écrits clandestins contenant d'ardentes attaques contre les chefs de l'expédition française, des appels aux armes, et des provocations à un soulèvement général contre les Français; le clergé semblait favoriser ces menées.
Soutenus et encouragés par le général en chef, les généraux Almonte et Salas, chefs du pouvoir exécutif, s'efforçaient de résister aux tendances réactionnaires des évêques, et par de nouvelles circulaires, en date du 9 novembre et du 15 décembre, ils avaient jugé nécessaire de confirmer
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•<86.v. les communiqués du 24 octobre, et de maintenir le statu quo relativement aux intérêts engagés sur les biens ecclésiastiques sécularisés. Ces mesures, inspirées par un esprit de sage prudence, provoquèrent une violente protestation que signèrent sept prélats. Ils défendirent d'obéir aux décrets de la régence, sous menace d'excommunication majeure , déclarèrent que l'absolution in articulo mortis serait refusée à quiconque n'aurait pas restitué les biens dont il pouvait être détenteur et n'aurait pas rétracté formellement toute participation aux mesures attentatoires aux droits de l'Eglise. La lutte prenait, on le voit, un caractère de plus en plus tranché. Dans des correspondances échangées avec le général Neigre, gouverneur de Mexico, l'archevêque ne craignit pas d'accentuer positivement son attitude hostile ; ainsi donc au lendemain même de la proclamation de l'empire, lorsque les forces libérales encore menaçantes venaient à peine d'être éloignées des portes de la capitale, l'influence française trouvait déjà, parmi ses adversaires les plus acharnés, ceux qui avaient le plus ardemment appelé l'intervention. Ce n'était pas le premier mécompte de la politique qui avait conduit le drapeau français au Mexique, ce ne fut pas le dernier. On verra dans la suite la plupart des partisans de la France et le nouvel empereur lui-même se tourner contre elle.
Le tribunal suprême suivit les évêques dans la voie de protestation où ils s'étaient engagés. Il adressa au gouvernement une longue remontrance dans laquelle il énumérait les titres de l'Éghse mexicaine à la reconnaissance de la nation, et rappelait l'attachement des populations aux immunités ecclésiastiques ; l'intervention française, disait-il, avait été sollicitée dans le but de renverser les lois de réforme, mesures iniques des gouvernements révolutionnaires; en
voulant les maintenir, même provisoirement, l'intervention iscv. manquait à l'objet qu'elle devait se proposer; du reste elle ne pouvait logiquement considérer ces lois comme des actes réguliers, puisqu'elle avait refusé de reconnaître le président Juarez, de qui elles étaient émanées ; enfin, les promesses contenues dans le manifeste du maréchal Forey n'auraient d'autre conséquence que de favoriser la mauvaise foi des adjudicataires des biens ecclésiastiques ; en résumé, le tribunal refusait de prêter le concours de la justice aux mesures édictées par les régents. La rébellion était formelle et la Régence n'avait d'autre alternative que de céder ou de dissoudre le Tribunal suprême. Ce fut à ce dernier parti qu'elle s'arrêta (2 janvier 1 864 j ; cette décision énergique eut un excellent effet, et la masse de la population ne se laissa pas entraîner par les agitateurs.
Le général en chef était à Guadalajara lorsqu'il fut informé Reiouniu générai
en chef
des difficultés avec lesquelles la Régence était aux prises ; il à Mexico. abandonna le projet qu'il avait formé de pousser jusqu'à Colima pour compléter la destruction du corps d'Uraga ; laissant à Guadalajara une garnison d'environ seize cents hommes de troupe française et de quatorze cents Mexicains sous le commandement supérieur du colonel Garnier, il revint à Mexico en passant par la Barca, Valle Santiago, Salamanca et Queretaro. Pendant cette marche, il lança plusieurs fois des détachements de la colonne qui l'accompagnait, contre les bandes ennemies signalées à sa portée. Le 21 janvier, deux escadrons de chasseurs d'Afrique et quelques cavaliers mexicains alliés, commandés par le colonel Petit, atteignirent un parti ennemi à Penjamillo. à huit lieues de la Piedad, lui firent vingtneuf prisonniers, et mirent une trentaine d'hommes hors <le combat. Des postes furent placés h la Picrlarl et à
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4864. Zamora pour aider les populations à s'organiser défensivement.
Le général Bazaine tenta, sans y réussir, de surprendre un corps ennemi qui venait lever une contribution sur Irapuato ; et le 4 février, ayant franchi en quatre jours les soixante lieues qui séparent Mexico de Queretaro, il rentrait dans la capitale.
Marche Le général Douay était en observation à La Barca au
"^ Douay '"" momcnt où le général Bazaine se dirigeait sur Guadalajara. *"%^^ïur'"''''^ L'occupation de cette place ayant eu lieu sans résistance, Guadalajara. ^^^ coucours devenait inutile ; il reçut l'ordre de ramener sa division à Léon et de prendre la direction supérieure des opérations militaires dans le nord. La division de Castagny fut placée momentanément sous son commandement ; avec ces forces réunies il devait s'emparer de Zacatecas, où l'on supposait que Doblado chercherait à résister. Le général Douay, après avoir concentré sa division à Lagos, la dirigea sur Aguascalientes en deux colonnes ; avec l'une d'elles, forte de trois escadrons et du 18*^ bataillon de chasseurs, il fit au préalable une pointe à gauche de la route sur Teocaltiche, où se trouvait un corps ennemi en position de menacer les communications sur les derrières des colonnes. Il parvint à dérober sa marche jusqu'à trois kilomètres de la ville, et la fit alors rapidement cerner par sa cavalerie. La place, défendue par six cents hommes environ, fut enlevée par les chasseurs à pied; l'ennemi perdit cinquante hommes tués et une centaine de prisonniers. Les autres s'échappèrent, grâce à la connivence des habitants. Les trois chefs, Jaureguy, Mendoza et Ramirez, convaincus de brigandage à main armée, furent passés par les armes (29 janvier). La colonne reprit ensuite le chemin d'Agiiascalientes et se porta sur Zacatecas par la route di-
recte, tandis que le général de Castagny suivait celle de los ^864. Angeles et de la Blanca. L'ennemi ne les attendit point, et cette ville importante, centre de riches exploitations minières, fut occupée sans difficultés, le 6 février. Laissant dans cette province la division de Castagny, le général Douay se hâta de rétrograder, afin de secourir le colonel Garnier, sérieusement menacé à Guadalajara.
En effet, le général Uraga avait reconstitué sa division plus vite qu'on ne l'avait pensé ; comptant sur les sympathies des populations et sur les intelligences qu'il avait dans la ville , il s'avança contre Guadalajara avec cinq mille hommes. Le général Ortega, l'ancien défenseur de Puebla, avait réuni deux mille hommes dans l'Etat de Zacatecas, et devait aider ce mouvement en descendant vers le sud ; mais l'énergique contenance du colonel Garnier montra bientôt à l'ennemi qu'il ne serait pas facile d'avoir raison de sa petite garnison. Il contint par sa ferme attitude les dispositions hostiles d'une partie des habitants, déclara la ville en état de siège, et se mettant à la tête d'une portion de ses troupes, il prit lui-même l'offensive et força les guérillas, qui s'approchaient de la place, à reculer au delà de San Agustin. Pendant plusieurs jours, on tirailla aux garitas, mais l'ennemi n'osa faire aucune tentative sérieuse. L'arrivée du général Douay (23 février) et de plusieurs détachements, envoyés par le général en chef, mit Guadalajara complètement à l'abri des insultes des forces libérales. Le général Douay installa dans cette ville le quartier général de sa division.
De retour à Mexico, le général Bazaine affermit le gou- sitnation
vernement provisoire dans les dispositions qu'il avait mon- '^" '
trées; il lui recommanda de continuer à entourer les
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'1864. évêques de considération, mais de sévir très-énergiquement contre tous ceux qui, leur servant d'instrument, chercheraient à troubler la paix pubHque. Il fit revenir à Mexico le général Miramon, resté à Guadalajara, et dont l'attitude paraissait suspecte. Vers la même époque, Santa-Anna arrivait à Vera-Cruz ; bien qu'il protestât de son dévouement à Pempire et qu'il eût consenti à signer un engagement formel de s'abstenir de toute démonstration politique, il publia un manifeste dans un journal d'Orizaba. Le général Bazaine donna l'ordre de l'arrêter et de le renvoyer à la Havane sur un navire de guerre. Il prescrivit à tous les commandants miUtaires d'exercer une surveillance active sur les autorités civiles et de s'opposer à ce qu'elles abusassent de la protection des baïonnettes françaises en s'engageant dans une voie de réaction. Les secours spirituels ayant été refusés à un habitant de Morelia, acquéreur de biens ecclésiastiques, et son corps étant resté sans sépulture, le général en chef, de sa propre autorité, ordonna l'inhumation et provoqua, de la part de la Régence, l'envoi d'instructions formelles à tous les préfets, pour prévenir le retour de pareils scandales , l'effervescence du parti clérical se calma, du reste, peu à peu. L'acceptation définitive de la couronne par l'archiduc et son arrivée au Mexique paraissant prochaines, le clergé attendit dans l'espoir de trouver, chez le nouveau souverain, des dispositions plus favorables. Les évêques de Guadalajara, de San Luis, et de Zâcatecas partirent pour leurs diocèses. Cependant, à Guadalajara, l'autorité ecclésiastique, de concert avec le préfet, ayant essayé de rétablir dans l'instruction publique certaines règles abrogées et revendiquant, en outre, ses droits sur les anciennes propriétés du clergé, le général en chef, dans l'intérêt de l'apaisement des passions politiques, jugea nécessaire d'op-
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poser à ces tendances un veto absolu. A chaque instant, 'isei. il se voyait ainsi forcé d'intervenir dans les questions d'administration intérieure; le général Almonte lui prêtait un concours loyal, il est vrai, mais trop insuffisant pour qu'il fût possible de réagir d'une manière efficace contre les funestes habitudes et la démoralisation que les révolutions incessantes avaient introduites dans la nation. Il était difficile de faire revivre les traditions d'un pouvoir centralisateur oubliées depuis longtemps et de rétablir ces règles de déférence à l'autorité centrale, qui sont la base nécessaire de tout gouvernement monarchique. Les préfets tendaient à gouverner leurs provinces comme des Etats indépendants. Ils s'organisaient avec un budget à part, une petite armée particulière, acceptant les secours financiers ou l'appui des forces militaires du gouvernement suprême, mais nullement disposés à se priver de leurs propres ressources pour contribuer aux charges communes. Si l'on voulait arriver à fonder l'empire, il fallait de toute nécessité faire abandonner ces anciens errements (*).
Il est intéressant d'observer qu'au moment même où le général Bazaine se plaignait des tendances fédéralistes des autorités provinciales, le président Juarez se trouvait lui-même au milieu de graves embarras dus à la même cause. Forcé de reculer devant les colonnes franco-mexicaines, nous avons vu qu'il avait transféré le siège de son gouvernement de San Luis de Potosi au Pieal de Gatorce. Il continua son mouvement de retraite vers le nord et manifesta l'intention de s'établir à Monterey, capitale du Nuevo- Leon et la ville la plus importante des provinces du nordest. Les États hmitrophes de Nuevo-Leon et de Coahuila
(*) Le général Bazaine au ministre de la guerre, !7 décembre 1863, 21 février et 28 mars 1864.
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486i. avaient alors pour gouverneur commun D. Vidaurri, qui avait acquis une grande influence dans ces contrées et s'y était rendu en quelque sorte indépendant. N'ayant pu dissuader Juarez de venir à Monterey, il déclara qu'il s'y opposerait par la force, voulant, disait-il, préserver ses Etats du fléau de l'invasion étrangère que la présence du président ne manquerait pas d'attirer. Celui-ci ne tint aucun compte de ces menaces. Il arriva, le 11 février, à Monterey, escorté par des forces assez importantes; mais Vidaurri lui ayant enlevé par surprise son artillerie, il se retira, craignant d'engager un conflit dont l'issue pouvait être douteuse.
Le général Bazaine crut voir, dans cette attitude de Vidaurri, un indice de dispositions favorables à l'empire ; il lui fit faire des ouvertures confidentielles, et, dans le but de hâter son évolution politique, il donna l'ordre à la division Mejia de s'avancer jusqu'à Matehuala. Le colonel Aymard, commandant à San Luis, se porta à Venado ; mais, soit défiance de ses propres forces, soit espoir de se maintenir indépendant, à la fois vis-à-vis du gouvernement républicain de Juarez et du gouvernement de la Régence, Vidaurri publia les lettres du général Bazaine et déclara que, dans une aussi grave conjoncture, il ne pouvait prendre de détermination sans consulter le peuple de ses provinces qu'il avait toujours associé à son administration. Il donna, en efl'et, l'ordre d'ouvrir des registres de vote et appela les populations à se prononcer par oui ou par non sur la question de savoir si l'on résisterait aux Français, ou si l'on accepterait l'intervention et l'empire. Il n'eut pas le temps de faire celte singulière application du sufl'ragc universel, idée louable à coup sûr, si l'on reste dans le domaine de la théorie, mais en vérité bien étrange pour quiconque connaît l'indifterence profonde avec laquelle, au Mexique,
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la masse du peuple a l'habitude de subir les changements ^864, de gouvernement. Vidaurri ne réussit pas dans son double jeu ; violemment combatta par les partisans de Juarez, il se vit bientôt forcé de lui céder la place et s'enfuit au Texas avec Quiroga, son lieutenant, laissant aux mains du président de précieuses ressources de toute nature, des forces militaires bien organisées, et des sommes importantes qui permirent au gouvernement républicain de reconstituer son armée et de continuer la résistance. Le moment ne paraissait pas opportun pour entreprendre une nouvelle campagne ; le général en chef rappela le colonel Aymard à San Luis et fit cantonner, à Matehuala, Catorce, et Venado, la division Mejia, que le typhus avait sérieusement éprouvée.
Juarez recouvra ainsi les moyens matériels de maintenir son autorité et de résister aux intrigues qui se tramaient au sein même du parti libéral. Les amis de Doblado poursuivaient toujours leurs démarches auprès du général Bazaine ; mais, inspirés par la politique anglaise et espagnole, ils proposaient des bases de conciliation maintenant inadmissibles, telles que la reprise de la Convention de Londres et rétablissement d'un nouveau gouvernement sous le protectorat des trois puissances. Doblado désirait que Juarez abandonnât la présidence; dans ce cas, les pouvoirs présidentiels auraient été, d'après la constitution, exercés provisoirement par le général Ortega, président de la cour suprême, sur les bonnes dispositions duquel il pensait pouvoir compter.
Cette combinaison eût peut-être été acceptable quelques mois plus tôt ; mais actuellement, le commandant en chef devait attendre le développement de la situation créée par le vote de l'assemblée des notables, et s'efforcer de renverser les obstacles qui s'opposaient encore à l'édification
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