‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 22 sur 58 · CHAPITRE f · texte numérisé non relu

CHAPITRE f

Acceptation officielle de la

couronne par rarcliidiic

Maximilien.

du trône. En homme prévoyant, Doblado s'occupait, du reste, de réaliser son énorme fortune et de se ménager les moyens de passer aux Etats-Unis.

L'archiduc Maximilien était en efïet décidé à se rendre au Mexique. Les actes d'adhésion à l'empire recueillis sur le passage des colonnes françaises, avaient été envoyés à Miramar, et lorsque le nombre en parut suffisant, l'archiduc prévint la commission mexicaine qu'il était prêt à accepter la couronne. Le 10 avril 1864, il reçut solennellement les députés mexicains ayant à leur tête M. Guttierrez de Estrada.

Sur une table étaient déposés les actes d'adhésion dont le mûr examen, disait l'archiduc, lui donnait l'assurance qu'il était l'élu du peuple mexicain. Il annonça aux députés que la loyauté et la bienveillance de l'empereur des Français lui avaient permis d'obtenir pour le nouvel empire des garanties suffisantes, et que, de l'assentiment du chef de sa famille, il acceptait la couronne des mains de la nation mexicaine. Il promit l'établissement de lois constitutionnelles aussitôt que le permettrait la pacification du pays, et annonça l'intention d'aller, avant son départ pour le Mexique, demander les bénédictions du Saint-Père.

Près de huit mois s'étaient déjà écoulés depuis le moment où les vœux de l'assemblée des notables avaient été transmis à l'archiduc. La grave détermination qu'il venait de prendre était donc sérieusement mûrie; on assure, d'ailleurs, qu'il n'eut jamais d'hésitation, et ses lettres au général Almonte en font foi. Tandis que les colonnes françaises provoquaient l'adhésion à l'empire des populations du centre du Mexique , l'archiduc réglait d'importantes questions financières, de la solution desquelles dépendaient les conditions d'existence de son gouverne-

ment. De plus, instruit sur les vicissitudes de la fortune, il ne voulait pas abandonner sa patrie sans esprit de retour, et tenait à conserver ses droits de succession éventuelle au trône d'Autriche.

L'empereur, son frère, s'y opposait, et ces contestations de famille ne furent terminées qu'au dernier moment. L'archiduc, désirant ne pas retarder plus longtemps l'acceptation officielle de la couronne du Mexique, signa la renonciation que l'empereur d'Autriche demandait ; mais, quelques mois après, il protesta contre l'irrégularité de cette renonciation.

L'archiduc Maximilien voulait, en outre, obtenir la reconnaissance des puissances européennes, s'assurer un appui financier sérieux par la conclusion d'un emprunt, et enfin avoir la certitude que des forces françaises, en nombre suffisant, resteraient pendant plusieurs années au Mexique. Le gouvernement français avait trop grand intérêt à mener à terme la difficile entreprise dans laquelle il s'était si imprudemment engagé, pour ne pas mettre au service du nouvel empereur sa diplomatie, ses finances, et ses soldats.

La question financière était la plus difficile à régler. Emprunt. Nous avons déjà dit dans quelle détresse le trésor mexicain se trouvait depuis de longues années ; les sources de revenus étaient presque entièrement taries, il fallnit donc demander au crédit public les sommes indispensables aux frais de premier établissement ; mais comment amener les capitalistes à prêter leur argent à un débiteur jusqu'ici insolvable et dont l'insolvabilité future n'était que trop facile à prévoir? L'habileté de M. Fould, ministre des finances, triompha de cet obstacle, en substituant, il est vrai, aux graves difficultés du moment des difiicultés plu?

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«864 graves encore pour l'avenir. La plus grande partie des " titres de la dette extérieure mexicaine, qui s'élevait au capital de 256 millions de francs, et dont l'origine remontait aux premiers temps de l'indépendance, se trouvaient entre les mains de créanciers anglais. En affectant au paiement d'une partie de cette dette une fraction de l'emprunt projeté, on devait intéresser les créanciers anglais à son succès. M. Fould sut faire accepter cette idée par une importante maison de banque anglaise qui se chargea de l'émission. Plus tard, la société du Crédit mobilier français fut associée à cette combinaison, et les receveurs généraux des finances furent invités à y prêter leur concours.

Il fut convenu que l'on créerait 18 millions de rente à 6 0/0, dont six millions seraient réservés à la France et aux indemnités françaises. En émettant l'emprunt au taux de 63 fr., on comptait sur un capital de 190 millions environ ; mais la souscription publique fournit seulement 102,600,000 francs, que les frais de courtage et de commission réduisirent encore à moins de 96 millions. Sur ce produit, une somme de 8 millions fut immédiatement comptée à l'archiduc Maximilien; 27 millions passèrent aux mains des créanciers anglais; le reste fut déposé à la Caisse des dépôts et consignations en garantie de deux années d'intérêt, ou repris par le Trésor français à valoir sur les frais de guerre. L'emprunt fut presque entièrement souscrit en France, grâce à la confiance qu'inspirait la prétendue coopération des capitalistes anglais, et grâce surtout à la propagande faite par les agents de l'Etat. Le résultat de cette opération financière était, en définitive, de faire servir l'épargne française au remboursement des créances anglaises, et au paiement des dépenses personnelles de l'empereur Maximilien.

Une commission des finances mexicaines fut constituée <864. à Paris sous la présidence du comte de Germiny, pour représenter le gouvernement mexicain dans les opérations financières nécessitées par l'emprunt.

Quant aux rapports qui devaient lier la France à l'em- ConTcntion

^ -"^ ^ ^ de Miramar (1)

pire du Mexique, ils furent déterminés par une convention (^o avril i864). dont les termes avaient été préalablement discutés et qui fut signée à Miramar le 10 avril 1864. Il y fut stipulé que l'effectif des troupes françaises serait réduit au chiffre de vingt-cinq mille hommes, et qu'elles évacueraient le Mexique au fur et à mesure de l'organisation des troupes destinées à les remplacer. La légion étrangère, dont l'effectif serait porté à huit mille hommes, resterait au Mexique six ans après le départ des troupes françaises. En cas de réunion de troupes françaises et mexicaines, le commandement appartiendrait toujours à l'officier français.

Les frais de guerre à rembourser par le Mexique furent arrêtés, au l^*" juillet 1864, à la somme de 270 millions de francs. A partir de cette époque, le gouvernement mexicain paierait mille francs par homme et par an pour l'entretien des troupes françaises.

Dans des articles additionnels secrets, l'empereur Maximilien approuvait les principes et les promesses énoncés dans la proclamation du maréchal Forey, en date du 12 juin 1863, ainsi que les diverses mesures prises de concert entre la Régence et le commandant en chef du corps expéditionnaire. L'empereur Napoléon s'engageait à ne réduire que successivement l'effectif du corps expéditionnaire, de telle sorte qu'il resterait vingt-huit mille hommes en 1865, vingt-cinq mille hommes en 1866 et vingt mille hommes en 1867.

<n Voir le texte à l'appendice.

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^864. Avant son départ, l'empereur Maximilien arrêta la créa-

tion d'un corps de volontaires autrichiens composé de : trois bataillons d'infanterie, deux régiments de cavalerie à cinq escadrons, deux batteries d'artillerie de montagne, deux compagnies de pionniers dont l'effectif total devait être de deux cent cinquante officiers et sept mille trois cents hommes. On s'occupa aussi de former un régiment belge à deux bataillons, fort de deux mille hommes. Le gouvernement français ayant, de son côté, l'intention de développer l'organisation de la légion étrangère française, on pensait que ces troupes deviendraient le noyau de l'armée impériale et resteraient au Mexique après le départ des Français.

Arrivée L'cmpcreur MaximiHen et l'impératrice Charlotte quit-

de l'emperear ^ i.. -i i^/ -i-

Maximilien tercnt Miramar, le 14 avril, sur la tregate autrichienne la

au Mexique , ^ n ' o • i m • r^ ^^y

(28 mai 1804). Novara, escortée par la tregate trançaise la Thémis. Ils allèrent à Rome s'agenouiller devant le Saint-Père et aussitôt après, firent route pour Vera-Cruz, où ils arrivèrent le 28 mai.

A cette époque, la situation militaire et politique du Mexique paraissait satisfaisante ; les troupes françaises occupaient la plupart des grandes villes ; à l'abri de leurs baïonnettes, il commençait à se produire parmi les populations un mouvement en réalité très-favorable à l'empire. Dans beaucoup d'endroits, les habitants demandaient des armes et formaient des gardes civiles; à la Piedad, ils avaient énergiquement résisté à une attaque des libéraux. De courageux citoyens ne craignaient pas de se mettre à la tête des administrations locales, postes dangereux, où ils s'exposaient aux cruelles vengeances des chefs libéraux.

Cependant les vallées de Mexico et de Puebla étaient

LE GÉNÉHAL BAZAINE. 363

toujours parcourues par quelques guérillas , mais ces <864. bandes sans consistance , activement poursuivies par les compagnies de partisans , ne pouvaient inspirer aucune inquiétude sérieuse.

Les terres chaudes même étaient plus tranquilles; Cotastla, sur le Rio-Blanco, ayant été occupé d'une manière permanente, les guérillas s'étaient éloignées de la route de Vera-Cruz; Diaz-Miron avait fait sa soumission. Depuis le mois d'août 1863, les travaux du chemin de fer atteignaient la Soledad ; il n'était plus nécessaire de faire escorter les convois du commerce. Gamaron, Paso del Macho, la Soledad se repeuplaient rapidement. Au mois de février, plus de six cents chariots et huit mille mules étaient venus prendre des chargements, et si l'aspect de ce pays désolé et inculte devait encore frapper de tristesse les souverains qui venaient de quitter les rivages de l'Adriatique, ceux qui se souvenaient des misères des années 1862 et 1863, reconnaissaient à peine cette contrée ainsi transformée où, d'étape en étape, on était sûr d'avoir, au moins, des vivres et un abri.

Le général Bazaine trouvait la situation aussi bonne que possible. « Je suis plein de confiance dans la solution pacifique prochaine de la question mexicaine, écrivait-il au ministre de la guerre , et j'ai assez de troupes pour la mener à bon terme. On ne parle plus de Juarez et de son gouvernement ambulant, et je ne sais pas, quant à présent, où ils sont. » Bien que ces appréciations ne fussent pas justifiées, les progrès de la pacification étaient incontestables. Ce résultat était dû à l'activité incessante et à l'inteUigente énergie des troupes françaises. Fractionnées en une infinité de détachements et de petites colonnes, dont l'effectif dépassait rarement quinze cents

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4864. Qu dgQx mille hommes, elles cherchaient partout l'ennemi, ne lui laissant ni trêve ni repos. Les soldats étaient aguerris aux fatigues, vigoureux, dévoués ; on pouvait tout oser avec de pareils éléments.

Ainsi le 4 février, le commandant Estelle, commandant supérieur de Salamanca, avec quatre cents fantassins de différents corps, dix-sept chasseurs d'Afrique et quarante cavaliers mexicains , attaquait deux mille hommes des guérillas du Michoacan qui avaient occupé Valle Santiago. L'élan fut si impétueux qu'en une demi-heure il était maître de la position, avait entre ses mains un drapeau, trois obusiers de montagne, deux cents chevaux, et deux cents prisonniers ; le détachement français perdit seulement huit blessés.

Le 30 mars, le capitaine Mealhié sortait de Salamanca avec cent soixante-quatre fantassins français et quatrevingts cavaliers mexicains; au point du jour, il attaquait, à Cuitzeo de las Naranjas, sept cents fantassins et cinq cents cavaliers ayant deux canons. Après avoir soutenu pendant deux heures et demie une très-vive fusillade, il fit sonner la charge, et sa poignée d'hommes, culbutant l'ennemi, enleva les deux pièces et lui fit perdre plus de trois cents tués, blessés ou prisonniers. Il n'eut que deux tués et vingt blessés.

Les nombreuses colonnes que le général en chef dirigeait de Mexico vers l'intérieur, afin de reformer d'une façon à peu près normale les divisions désorganisées par la multiplicité des petits postes laissés en arrière, aidaient à la dispersion des guérillas ennemies. Le colonel Clinchanl, en se rendant de Puebla à Guadalajara, avec une partie du 1" régiment de zouaves, traversa le Michoacan, fil une pointe sans résultat sur Zitacuaro (26 mars), mais

soutint par sa présence dans le pays les petites opérations -tsci. des détachements mexicains alliés. L'autre fraction de ce régiment et un escadron du 12^ chasseurs à cheval, sous les ordres du colonel du Preuil, étaient, à la même époque, également dirigés sur Guadalajara par la route de Léon. Cette colonne contribua à la poursuite des bandes de Romero entre Mexico et Queretaro; arrivé à Léon, le colonel du Preuil, avec sa cavalerie, se porta rapidement par une marche de nuit sur la Canada de los Negros, où il atteignit et sabra une troupe de six cents cavaliers et cent fantassins. L'ennemi perdit une centaine de morts, l'escadron français cinq hommes blessés. (28 avril.)

De leur côté, les généraux Douay et de Castagny ordonnèrent des expéditions plus importantes, afin de dégager les pays de production qui alimentent Guadaïajara et Zacatecas.

Le général Douav, après avoir parcouru les environs de Opérations

° ./ 1 -i du général Douay

Guadalajara et pourvu à la sécurité des routes voisines, a^ environs

•> ^ , de Guadalajara.

s'avança vers l'ouest dans le but d'entrer en relations avec le général Lozada, chef d'une grande influence qui, à la tête des Indiens du district de Tepic, était le maître incontesté de cette partie du pays. Il lui donna rendez-vous à Tequila, à trois journées de Guadalajara ; mais jaloux sans doute de ménager l'indépendance de sa position en évitant de se rencontrer avec un général français, Lozada prétexta une maladie et se fit représenter par le général Rivas, son lieutenant (19 mars). Il accepta, du reste, des subsides pour ses troupes qu'il évaluait à deux mille fantassins et mille cavaliers, et promit son concours à l'empire. A son retour, le général Douay se porta au sud de Guadalajara contre les bandes de Simon Gutlierrez et de Rojas, dont les cruautés et les exactions désolaient la province.

'ISG'i

Destruction des guérillas

de l'Etat de Guanajuato.

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Le 21 mars, les chasseurs d'Afrique du colonel Margueritte atteignirent Guttierrez à Cuisillo, après une course à toute bride de cinq kilomètres ; les bandits, abrités derrière des murs en pierre sèche, essayèrent en vain de résister ; cent cinquante des leurs tombèrent sous le sabre des chasseurs, qui enlevèrent deux cents chevaux et une pièce d'artillerie.

Le général Douay visita les montagnes voisines de Cocula ; il fit détruire les fonderies et les fabriques d'armes et de poudre de Tula et de Tapalpa (26 et 27 mars), puis revint, le 31 mars, à Guadalajara, se réservant de chasser plus tard le général Uraga des positions qu'il avait prises sur les barrancas du nevado et du volcan de Colima.

Un bataillon de marche de six cents hommes, venus de Guadalajara sous les ordres du colonel Garnier, avait appuyé ces opérations. Lorsqu'elles furent terminées, le colonel Garnier quitta l'Etat de Jalisco avec le 51^ de ligne, pour se rendre dans l'Etat de Guanajuato, dont il était nommé commandant supérieur. Il s'occupa sans retard de purger le pays, compris entre Léon et La Piedad, des guérillas nombreuses qui avaient été déjà atteintes à Valle Santiago, à Cuitzeo, à la Canada de los Negros. Il explora la Sierra de San-Gregorio , enleva des approvisionnements considérables cachés dans les grottes, prit trois pièces d'artillerie, et força Rincon Gallardo, gendre de Doblado, à disperser les bandes réunies sous son commandement et à quitter lui-même la contrée (du 30 mai au 3 juin). Quelques jours après, la compagnie de partisans du 51® de ligne, sous les ordres du capitaine de Musset, surprit à Cueramaro la bande de Guzman, et le fit prisonnier avec vingt-huit de ses hommes (26 juin).

Enfin, le 17 août, Gantarito, qui venait d'être battu à 'isei- Yuririapundaro, fut encore atteint par cette compagnie de partisans au Rancho de Piodeo. Il fut tué avec vingt-quatre guérilleros ; vingt-quatre hommes furent faits prisonniers et deux cents chevaux enlevés. Cet heureux coup de main acheva la destruction des bandes de l'Etat de Guanajuato et rétablit dans cette contrée une tranquillité dont peu de provinces jouissaient à cette époque.

Le général de Gastagny avait également voulu chasser opérations les guérillas des vallées de Jerez et de Villa-nueva dont sierra Morones. ^es produits servent à l'alimentation des districts miniers de Zacatecas et de Fresnillo. Il les parcourut avec des colonnes légères sans pouvoir atteindre l'ennemi. Le 16 février seulement, un détachement de cent chasseurs à pied et de soixante cavaliers mexicains, sous les ordres du commandant Lepage de Longchamps, surprit, après une marche de seize lieues, la petite ville de Golotlan et enleva deux pièces de montagne , deux coulevrines {Esinerillas) et soixante-seize prisonniers O. A peine le général de Gastagny était-il de retour à Zacatecas, que les bandes reparaissaient dans la Sierra Morones. José Maria Ghavez réunissait de nouveau sous ses ordres cinq cents hommes avec deux canons. Le 25 mars, il attaquait l'hacienda de Malpaso, y massacrait femmes, enfants, vieillards ; mais le lendemain, le capitaine Grainvillers, envoyé de Zacatecas avec une compagnie du 1*^' bataillon de chasseurs à pied, le surprit à Jerez, le fit prisonnier avec quarante des siens, tua une centaine d'hommes, et enleva les deux canons. Un seul chasseur fut blessé.

(*) Parmi ces prisonniers se trouvait le général Gliilardi, ancien garibaldien, échappé de Puebla après la capitulation ; il fut déféré à une cour martiale et passé par les armes (17 mars),

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<864. Quelques jours après (11 avril), le commandant de

Courcy, avec cent cinquante chasseurs à pied, atteignit à Colotlan la bande de Sandoval, forte de cinq cents cavaliers, cent fantassins et deux pièces, et lui tua quelques hommes. Il se remit en campagne accompagné d'un grand nombre de rancheros armés, battit toute la Sierra, fit quatre-vingts lieues en sept jours, et ramassa un obusier de 12 et une grande quantité de munitions. Il devenait nécessaire de combiner une opération sérieuse pour débarrasser complètement le pays des bandes dont la présence entretenait une grande agitation. Le général Douay fit placer une garnison mexicaine à Cuquiosur la roule de Zacatecas à Guadalajara par la Sierra Morones, envoya dans cette région une colonne de six compagnies d'infanterie, un escadron et deux pièces de montagne, sous les ordres du colonel de Potier. Au même moment, le général L'Hériller, qui commandait à Zacatecas (le quartier général du général de Castagny ayant été transféré à Queretaro), faisait partir des détachements de Zacatecas et d'Aguascalientes pour concourir à cette expédition.

Le 13 mai, le colonel de Potier attaqua Nochistlan, où se trouvaient environ cinq cents hommes commandés par Jésus Mejia. La ville fut enlevée après un combat sanglant, dans lequel périrent Jésus Mejia lui-même, presque tous ses officiers, et plus de deux cents hommes. Le reste fut pris ; quatre pièces d'artillerie et une grande quantité de chevaux et de munitions restèrent entre les mains de la colonne française, qui perdit seulement un homme tué, deux officiers grièvement blessés, et vingt-quatre blessés.

Le colonel de Potier s'engagea ensuite dans la Sierra à la poursuite de Sandoval ; toutes les issues étant fermées, on espérait le cerner ; malheureusement le passage de

Tlaltenango ayant été momentanément abandonné par ''864. suite de faux renseignements , Sandoval en profita et se déroba en fuyant vers le nord. Le commandant de Courcy se mit à sa poursuite avec une petite colonne de cent quatre-vingt-dix fantassins, dix-sept cavaliers français, et trente-trois cavaliers mexicains. Il finit par l'atteindre le 22 mai à Valparaiso. Le peloton de chasseurs h cheval, réduit à treize hommes, aborda sans hésiter plus de trois cents cavaliers, pendant que l'infanterie accourait au pas de course. L'ennemi perdit cent vingt morts, trois cents prisonniers, cinq canons, deux cents chevaux, une grande quantité d'armes et de munitions. Le commandant Japy, avec un détachement du 2' zouaves envoyé de Zacatecas, arriva une heure après le combat. 11 avait franchi vingt-huit lieues en vingt-quatre heures. Quelques instants plus tôt, et les bandes de Sandoval étaient entièrement anéanties. Ce combat coûta deux chasseurs à cheval tués, l'officier commandant le peloton fut blessé de cinq coups de lance. De son côté, le colonel de Potier avait parcouru la Sierra, enlevé six canons, 60,000 cartouches, deux fauconneaux, des armes, des munitions. Le détachement venu d'Aguascalientes surprit aussi, à Sandovales (24 mai), une cinquantaine de guérilleros qui furent presque tous tués ou faits prisonniers. Ces opérations rendirent pour quelque temps la tranquillité aux vallées de Jerez et de Villanueva dont les habitants s'organisèrent défensivement, sous la protection des compagnies de partisans du 99*^ de ligne et du 2<^ zouaves. Continuellement harcelés par les colonnes françaises, la Gadena et Sandoval se décidèrent à faire leur soumission (août 1864).

A Pinos, à peu près à égale distance de Zacatecas, de

San Luis de Potosi et d'Aguascalientes, se trouvaient aussi

370 if PABTIE. CHAPITRE l".

4864. de nombreux partis. Des détachements venus de ces trois villes convergèrent sur ce point (8 mai) ; ils ne purent toutefois atteindre qu'une fraction des forces ennemies, à laquelle ils enlevèrent un canon et une trentaine de prisonniers. Toutes ces guérillas se replièrent vers le nord dans la Sierra Hermosa, où le général Ortega concentra trois mille hommes et seize canons. Le but de l'ennemi paraissait être de pénétrer dans les districts miniers afm de se procurer de l'argent et d'affirmer la vitalité du parti républicain, en provoquant une levée générale de boucliers au moment où l'empereur Maximilien débarquerait au Mexique. Si les Français, obligés de renforcer leurs positions dans le nord, dégarnissaient la route de Vera-Cruz à Mexico, une guérilla hardie parviendrait peut-être à inquiéter le cortège impérial, et l'opinion publique en Europe, comme en Amérique, ne pourrait manquer d'en être sérieusement impressionnée.

Combat Juarcz, dout l'armée s'était en partie reformée dans les

de Matehuala . . ^ .

(17 mai isôi;. provinccs du nord, se disposait donc à faire attaquer simultanément les postes avancés du côté de Zacatecas et de San Luis 0). Le mouvement sur Zacatecas n'eut pas lieu en temps utile, mais Doblado, à la tête de six mille hommes avec dix-huit pièces d'aitillerie, descendit de Monterey et marcha sur Matehuala, centre des cantonnements de la division Mejia.

Le colonel Aymard, commandant supérieur de San Luis, se porta au secours de la division alliée avec neuf compagnies du 62^ de ligne, un escadron de chasseurs d'Afrique, et trois sections d'artillerie, formant un effectif

<i) Correspondances interceptées jointes à la lettre du gonùral Bazaino au ministre, du iO août 1864.

d'environ huit cents hommes. Le 17 mai au matin, il arriva -1804. en vue de Matehuala au moment où la division Doblado, qui ignorait encore son approche, débouchait dans la plaine. Les troupes alliées l'attendaient rangées en bon ordre derrière des murs en pierres sèches. Laissant deux cents hommes à la garde de ses bagages, le colonel Aymard traversa rapidement la ville, forma une colonne d'attaque de quatre compagnies, et la lança aussitôt sur l'aile gauche de l'ennemi. Carbajal, à la tête de cinq cents cavaliers, essaya de contrarier ces dispositions, mais il fut si vigoureusement chargé par les chasseurs d'Afrique et par un escadron aUié, que sa cavalerie complètement culbutée s'enfuit en désordre et ne reparut plus de la journée. Une batterie ennemie de quatre pièces, concentrant alors son feu sur la colonne française, s'efforça d'arrêter ses progrès; les chasseurs d'Afrique s'élancèrent de nouveau et l'infanterie les suivant au pas de course enleva les canons.

A l'aile gauche, la division Mejia avait résisté avec succès aux attaques de l'ennemi ; prenant ensuite l'offensive, elle força également ses adversaires à lui céder le terrain. Les troupes libérales se retirèrent en pleine déroute, abandonnant douze cents prisonniers, un drapeau, toute leur artillerie, et tous leurs équipages à l'exception de ceux de la réserve. On ne connut pas le chiffre des morts et des blessés. Les troupes françaises perdirent quatre hommes tués et quarante-cinq blessés; les Mexicains alliés, trente-deux morts et quatre-vingt-sept blessés.

Cette campagne désastreuse n'abattit pas la persévérance de Juarez. Il se maintint à Monterey ; mais Doblado, dont l'intluence fut ruinée par cet insuccès, quitta la scène politique et peu de temps après passa aux États-Unis, où il mourut le 19 juin 1865.

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i8G4. Quant aux bandes des terres chaudes, elles furent te-

nues en respect; aucun nuage n'assombrit donc l'aurore de l'empire , mais l'orage ne devait pas tarder à se former et à grossir au-dessus du trône.

Cependant le combat de Matehuala avait dégagé l'état de San Luis ; les gardes rurales suffirent à la poursuite des quelques guérillas restées dans le pays. Cette bonne situation faisait espérer au général Bazaine de pouvoir rétablir prochainement les communications commerciales entre San Luis et Tampico ; c'était une question importante, car en ramenant dans le port de Tampico les navires qui, faute de trouver de débouché pour leurs marchandises, préféraient aborder sur les points occupés par l'ennemi, le gouvernement impérial bénéficierait d'importants droits de douane dont la caisse de Juarez avait jusqu'alors profité.

Opérations Tampico avait été réoccupé, le 11 août 1863, par le ré-

aux environs de . •,,•(> • ^ ■ • ^ • ,, . ,

Tampico. giment d inianterie de marine, mais la garnison, decimee par les maladies, s'était vue réduite à un rôle purement défensif. L'ennemi la bloquait de près du côté de la terre, tandis que le mauvais temps de la saison d'hiver ne lui permettait pas de communiquer régulièrement avec les bâtiments de l'escadre. Les troupes de marine, devant rentrer en France (*), le général Bazaine les fit remplacer ,

(') Les troupes do la marine avaient été laissées dans les terres chaudes. Le ministre de la marine, qui voyait ces contingents plus exposés que les troupes de terre aux dangers des maladies, en provoqua le rappel. Le bataillon de marins fusiliers précédemment réorganisé en deux compagnies et stationné à La Soiedad fut remis à la disposition de l'amiral le 28 février 1864; l'infanterie de marine quitta Tampico pour rentrer en France, le 9 m.irs suivant.

LE GÉNÉRAL BAZALNE. 373

au mois de mars, par la contre-guérilla Dupin, réorganisée ^864. et notablement augmentée. Un certain nombre d'anciens soldats, libérés du service, y furent attirés par des avantages particuliers, et l'on y détacha de bons officiers pris dans les régiments du corps expéditionnaire. Cette troupe comptait alors cinq cent cinquante hommes, et une section d'obusiers de montagne. Le colonel Dupin eut en outre, sous ses ordres, un corps mexicain de trois cents hommes commandé par le colonel Llorente.

Après avoir réussi à occuper le petit port de Tuxpan, le colonel Llorente avait été forcé de l'abandonner et se trouvait assiégé à Temapache par douze cents hommes, à la tête desquels était Carbajal (avril 1864). Cortina, le chef libéral le plus influent du Tamaulipas, était également attendu et tous deux se flattaient de jeter à la mer la poignée de Français qui occupaient Tampico.

Le colonel Dupin , loin de se laisser intimider, entra immédiatement en campagne. Le 11 avril, il partit de Tampico avec cent quarante fantassins, cent vingt-cinq cavaliers, vingt artilleurs, et ses deux pièces. Son mouvement détermina Carbajal à lever le siège de Temapache, mais le colonel Llorente, au lieu de rejoindre la contreguérilla, retourna à Tuxpan ; la population de race indienne prêta heureusement un utile concours au colonel Dupin, lui fournit des guides, et lui procura des vivres. De leur côté, les hacenderos ralliaient les forces libérales; le colonel Dupin fit ruiner leurs propriétés; suivant l'ennemi l'épée dans les reins, il joignit enfin Carbajal, le 18 avril, au village de San Antonio et lui livra un sanglant combat. La contre-guérilla eut six officiers blessés dont un mortellement, huit hommes tués et vingt-six blessés grièvement. On releva cent cinquante cadavres de l'en-

374 II® PARTIE. CHAPITRE f ^

1864. nemi parmi lesquels seize officiers. Un drapeau et la caisse contenant huit cents piastres tombèrent entre les mains du colonel Dupin ; on fit un seul prisonnier, c'était un aide de camp de Carbajal ; les Indiens assouvirent leurs vengeances en massacrant les hommes isolés qu'ils rencontrèrent dans la campagne. Carbajal quitta définitivement cette contrée, où ses troupes étaient incapables de tenir contre les vaillants aventuriers de la contre-guérilla. Il raUia la division de Doblado et nous avons déjà vu qu'il prit part, sans plus de bonheur, au combat de Matehuala.

La contre-guérilla revint à Tampico, où elle attendit le moment de reprendre ses opérations vers l'intérieur.

Évacnation La gamison française, qui gardait Minatillan, était loin

do Minatillan i, • ^ i^a /i t\

(-28 mars) Q avoir obtenu les mêmes heureux résultats. Des reniorts,

6t dô

San Juan Bautista envoyés par Porfirio Diaz , avaient élevé à trois mille

(27 février),

hommes l'effectif des troupes ennemies de Garcia ; il cernait la ville de très-près, interdisait toute communication avec l'intérieur, et arrêtait complètement le commerce. La garnison, déjà très-éprouvée par les maladies, se trouvait fort exposée ; le général en chef fit évacuer Minatitlan (28 mars), et décida que l'on se bornerait à bloquer l'embouchure du Goatzacoalco.

La même mesure avait déjà été prise à l'égard de San Juan Bautista dans l'Etat de Tabasco. Une petite garnison mexicaine de deux cents hommes, sous les ordres du commandant Arevalo, s'y maintenait difificilement. La canonnière la Tourmente était venue s'embosser près de la ville, et, pendant plus d'un mois, ce bâtiment resta exposé au feu de deux pièces de 24 ; il était presque entièrement désemparé, avait perdu quatre hommes tués et dix-neuf blessés. Le

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général en chef autorisa l'amiral à faire cesser cette lutte inutile et disproportionnée. Les cours d'eau, qui sillonnent ce pays permettaient k l'ennemi de se mouvoir rapidement dans tous les sens à l'aide de ses embarcations ; on ne pouvait donc espérer aucun résultat de pacification dans une province si éloignée du centre et dont la population se montrait si peu disposée en faveur de l'empire. San Juan Bautista fut abandonné le 27 février; l'ennemi ne gêna pas le mouvement d'évacuation. L'embouchure du Rio Tabasco fut bloquée, mais les bouches des autres bras du fleuve étant praticables aux grandes embarcations, l'ennemi conserva des communications faciles avec la mer. L'abandon de Minatitlan et de San Juan Bautista pouvait nuire au prestige de l'influence française et aux progrès des idées interventionnistes ; l'effet défavorable, produit sur les populations de la côte, fut en partie contrebalancé par les avantages récemment obtenus auYucatan. Un parti assez nombreux, à la tête duquel était le général Navarrete, s'était déclaré en faveur de l'empire. La lutte politique se compliquait d'ailleurs de rivalités locales et les gens deMérida, ennemis de ceux de Campêche, étaient entrés en campagne pour réduire celte ville qui soutenait l'autorité de Juarez. L'appui des navires de l'escadre leur assurait le succès ; en effet Campêche s'étant rendu le 22 janvier au commandant du Magellan (^), tout le Yucatan reconnut l'empire , mais Navarrete fut impuissant à retenir plus longtemps ses soldats sous les armes, et l'on ne put, comme on l'avait espéré, les utiliser dans le Tabasco. Ainsi, lorsque l'empereur Maximilien arriva, le drapeau

(1) Le commandant du Marjellaii enleva comme trophées une vingtaine de pièces d'artillerie, la plupart d'origine française, portant le railltsimede 1?40.

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1864. impérial flottait sur toute la côte du Yucalan, à Carmen, Alvarado, Vera-Gruz, ïuxpan, et Tampico; l'autorité de Juarez était encore reconnue dans les autres ports du golfe du Mexique.

Occupation iSur Ics côtcs de l'océan Pacifique, le général Lozada, (3jniQ%64). rallié à l'Empire, occupait San Blas, et dans les premiers jours de juin, un détachement français fut débarqué à Acapulco. Ce port n'était pas le plus important au point de vue du rendement des douanes, mais c'était un refuge nécessaire pour les bâtiments de la croisière et le point de relâche des paquebots américains par lesquels l'escadre se procurait des ravitaillements.

L'amiral Bouët, commandant l'escadre du Pacifique, avait demandé au général en chef d'y placer une garnison permanente. Déjà, au mois de janvier 1863, il avait essayé d'entrer en pourparlers avec le gouverneur de la ville, lui proposant d'établir entre eux des rapports de neutralité réciproque. Le gouverneur, tout en déclinant cette proposition, avait cependant répondu qu'il laisserait les navires entrer pour prendre de l'eau ; mais l'escadre, composée de la Pallas, frégate à vapeur, la Galathée, corvette à voiles, la Cornélie, corvette à voiles, le Diamant, aviso, fut reçue à coups de canon lorsqu'elle se présenta (10 janvier 1863). Les bâtiments ripostèrent aussitôt; en vingt minutes ils firent taire les batteries ennemies. Des détachements jetés à terre allèrent enclouer les pièces, et l'escadre l'esta trois jours sur rade. Peu de temps après le blocus fut mis devant Acapulco et Manzanillo ; toutefois on laissa aux navires de guerre des puissances neutres et aux paquebots américains la faculté d'entrer à Acapulco, seus là condition de ne prendre et de ne déposer ni passagers ni

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inarchandises ; à quelque temps de là, les navires français i86i. capturèrent trois petits bâtiments ennemis qui furent armés par nos marins et concoururent à la croisière.

L'amiral Bouët ayant obtenu du général en chef l'envoi d'une garnison à Acapulco, le bataillon de tirailleurs algériens fut destiné à cette occupation ; on le croyait plus apte qu'aucune autre troupe à résister à l'insalubrité d'un climat, moins mauvais que celui de Vera-Cruz, fort dangereux cependant à cause des fièvres pernicieuses qui régnent une partie de l'année. Ce bataillon, fort de trente officiers et 464 hommes, fut embarqué à San Blas le 28 mai et débarqué sans résistance à Acapulco, le 3 et le 4 juin ; une partie avait été montée sur des chevaux du pays, afin de former une sorte d'infanterie à cheval, pouvant se transporter rapidement d'un point sur un autre, mais combattant à pied et conservant l'armement du fantassin. Le lendemain du débarquement, les tirailleurs attaquèrent un camp de huit cents Mexicains à Pueblo Nuevo, à trois lieues d'Acapulco, lui enlevèrent quatre canons, et tuèrent une cinquantaine d'hommes, quatre tirailleurs furent blessés; quelques autres sorties heureuses éloignèrent les forces mexicaines restées à portée de la place.

Tel était donc l'ensemble de la situation du Mexique à l'arrivée de l'Empereur. Les opérations militaires étaient loin d'être terminées puisque les troupes libérales tenaient encore au nord les provinces de Tamaulipas, de Nuevo- Leon, de Coahuila, de Durango, de Ghihuahua, de Sinaloa, et de Sonora; au sud, elles occupaient les états de Michoacan, d'Oajaca, de Tabasco, et de Chiapas; la circulation commerciale, seule ressource qui alimentât le trésor public, était rétablie seulement entre Vera-Gruz, Guadalajara, San Luis, Zacatecas, et Morelia. Les revenus des

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4864. douanes maritimes, à l'exception de celles de Vera-Cruz, étaient complètement nuls ; les libéraux tiraient au contraire des sommes importantes des ports entre leurs mains. Matamoros leur donnait ^00,000 piastres par mois ; les revenus de Mazallan étaient également fort élevés. 11 fallait certainement se rendre maîtres de ces deux points, mais on ne pouvait tout demander à la fois à une armée d'un effectif restreint. Cependant les actes du général Bazaine étaient déjà l'objet de critiques dont l'écho parvint à Paris. L'empereur Napoléon , auquel on représenta l'urgence de s'emparer de Mazatlan , en donna Tordre formel. Quelques-uns des conseillers du nouvel empire allaient même jusqu'à se plaindre de l'inaction du corps expéditionnaire, et à exciter l'empereur Maximilien contre son commandant en chef; ce fut l'origine de difficultés qui prirent dans la suite un grand développement.

Loin d'être inactive, on verra qu'avec un effectif de moins de quarante mille hommes, l'armée française montra son drapeau , du nord au sud du Mexique, sur une étendue de plus de six cents lieues; mais le premier devoir du général , qui disposait d*un instrument aussi précieux, était d'en ménager l'emploi, et non de le faire servir à toutes les ambitions comme à toutes les impatiences.

Le général Bazaine le comprit ; il fut soucieux de la santé et de la vie de ses soldats ; il sut éviter, à une si grande distance de la mère-patrie, tout désastre qui eût été sans doute irréparable. Si ceux des Mexicains, qui se disaient impérialistes, eussent suivi les exemples de dévouement et d'abnégation donnés par les troupes françaises, TEmpire mexicain eût été fondé.

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