PRÉLIMINAIRES T.E L EXPEDITION
l'égard des présidents delà République une attitude quelque peu hautaine et leurs communications diplomatiques affectaient trop souvent un caractère comminatoire.
Ils s'immisçaient volontiers dans les actes intimes de l'administration intérieure, critiquant, approuvant, blâmant telle ou telle mesure, et s'occupaient de questions parfaitement étrangères à leurs missions diplomatiques. Ainsi M. de Saligny faisait un grief au gouvernement mexicain du brigandage qui désolait le pays, des vols commis journellement dans la capitale et le rendait responsable du désordre qui régnait au Mexique, de l'insécurité des chemins, des violences commises à l'autre extrémité du territoire sur les négociants étrangers (^).
Dans un pays déchiré par les guerres civiles, où les citoyens n'ont aucune sécurité pour leurs biens et leurs personnes , il est impossible que les étrangers puissent jouir d'une immunité particulière, surtout lorsque le grand commerce et une forte partie de la richesse publique sont entre leurs mains. Au mois de décembre 1861, le général La Llave, gouverneur de la Vera-Cruz, répondant à la sommation de l'amiral espagnol, pouvait cependant dire avec raison : « Les étrangers ont jusqu'ici joui de tels avantages et ont été si respectés, que je puis vous assurer que la condition de citoyen mexicain est un désavantage, si on la compare avec celle d'étranger. »
Toutefois, malgré les efforts de leurs ministres, les emprunts forcés pesaient lourdement sur eux, mais les maisons de banque étrangères, qui disposaient de capitaux importants, tiraient très-habilement parti de la situation en
(0 Lettre tlf M. de Saligny an Ministre des att'aires étrangères, 13 mars
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les prêtant à des conditions qu'elles savaient fort bien proportionner aux risques à courii\
L'affaire Jecker (^) est un des exemples les plus connus de ces contrats usuraires, dont les intéressés ne craignaient pas de réclamer l'exécution par voie diplomatique et que les ministres étrangers soutenaient sans s'inquiéter suffisamment peut-être de la dignité de leur pavillon; on voyait même certains consuls favoriser la contrebande des métaux précieux sur la côte du Pacifique et couvrir ce trafic déshonnête du drapeau de leur nation (^). A côté de réclamations justement fondées, il en était d'autres médiocrement dignes de protection, aussi l'appui qu'elles trouvaient près des agents diplomatiques ne paraissait pas toujours désintéressé.
Cependant certains griefs des puissances européennes paraissent très-justifiés. Ceux de l'Espagne étaient les plus nombreux et les plus anciens. Le Mexique n'avait rempli aucun de ses engagements vis-à-vis d'elle et les sujets espagnols se plaignaient chaquejour de nouvelles violences.
Premiers projets En 1858, cllc avait déjà le désir d'intervenir dans les
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affaires intérieures du pays; plus tard, en 1860, son ambassadeur, M. Pacheco faisait de vives instances auprès du capitaine général de Cuba pour obtenir de lui une démons-
O Voir à l'Appendice.
(2) Nous traduisons ce qui suit d'un ouvrage anglais publié à Londres en 1862, — Noies sur le Mexique par Lemprière : Un membre du congrès de Mexico ayant signalé les infâmes transactions des consuls anglais sur le Pacifique, la légation anglaise le poursuivit ; une indemnité pécuniaire fut obtenue, tandis que, dans tout autre pays, le crime ainsi dénoncé eût refu la plus sévère réprobation. Les faits de ce genre sont nombreux ; c'est l'histoire de nos consulats et de notre diplomatie dans les trente dernières années. Les rcprésentmts des autres nations ont du reste rivalisé avec les nôtres La protection diplomatique est devenue un trafic ; elle s'étend la plupart du temps sur des personnes qui n'y ont aucun droit et qui en profilent pour couvrir leurs spéculations.