‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 6 sur 58 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

Commandement du contre-amiral Jurien de la Gravière.

Organisation des forces expéditionnaires, — Désignation des plénipotentiaires ; le général Prim. — Instructions données à l'amiral Jurien ; — aux commissaires anglais ; — au général Prim. — Formation du corps expéditionnaire français; départ de l'escadre. — Réunion de l'escadre à Sainle-Groix-de- Ténériffe. — L'amiral complète l'organisation du corps expéditionnaire. — Arrivée de l'escadre à la Havane. — Première réunion des trois commandants des troupes alliées. — Les émigrés mexicains à la Havane. — Juarez se prépare à la résistance. — Débarquement des Espagnols à la Vera-Cruz.

— Achat de chevaux à la Havane. — L'escadre française quitte la Havane.

— Effectif de la division espagnole. — Manifeste des plénipotentiaires à la nation mexicaine. — Description topographique sommaire. — Occupation de la Tejeria. — Occupation de Medelin. — Première conférence. — Ultimatum des plénipotentiaires français. — Deuxième conférence. — Envoi de délégués à Mexico. — Arrestation de Miramon. — Retour des délégués. — Réponse du gouvernement mexicain. — Deuxième note des commissaires alliés. — Loi du 23 janvier 1862. — Organisation du corps expéditionnaire. — Réponse de Dohlado à la deuxième pote. — Troisième note. — Le général Zaragosa remplace le général Uraga. — Convention delà Soledad (19 février 1862). — Organisation du convoi. — Départ des troupes françaises pour Tehuacan (2o février 1862). — Réorganisation des moyens de transport. — Situation de la Vera- Cruz et de l'escadre. «

Après avoir signé la convention de Londres, les puis- Organisation

des forces expé-

sances alliées arrêtèrent en commun que le corps expèdi- ditionnaires. tionnaire à diriger sur le Mexique se composerait d'environ 6,000 Espagnols et 3,000 Français, l'Angleterre concouiant

40 l'' l'ARTJE. CHAPITKE II.

^^^' à l'opération par l'envoi d'une forte division navale, 2 vaisseaux, 4 frégates, un nombre proportionnel de bâtiments plus légers et un détachement de 700 soldats de marine destinés à être momentanément débarqués sur les côtes (^).

Désignation Le contre-amiral Milnes reçut le commandement des

des

piénipoteniiaircs. forcos anglaises, le contre-amiral Jurien de la Gravière celui des troupes françaises ; le général Prim, comte de Reus, fut désigné pour commander les troupes espagnoles. Des commissaires devant être chargés de régler les diverses questions de réparations à demander au Mexique et d'indemnités à en obtenir, l'Angleterre désigna à cet effet sir Gh. Wyke, son chargé d'affaires à Mexico, qui était au courant des hommes et des choses du pays et le contreamiral Milnes, commandant l'escadre anglaise.

Pour les mêmes raisons, le cabinet des Tuileries se fit représenter par M. de Saligny et par l'amiral Jurien. Quant à l'Espagne, elle remit au général Prim la direction politique et militaire de l'expédition.

Le pénérai rrira. Le chiffrc relativement élevé des forces qu'il commandait, l'illustration qui entourait son nom, la bienveillante sympathie qu'il avait rencontrée près de l'empereur Napoléon et dont il avait reçu des témoignages publics, devaient donner au général Prim une influence prédominante au sein de la conférence. Bien que les commissaires français ne lui fussent nullement subordonnés, il leur était recommandé d'avoir pour ses avis une certaine déférence ; l'avenir de l'expédition était donc en grande partie entre ses mains et le succès allait dépendre de la ligne de conduite qu'il suivrait.

<•) Le Ministre des aiïaires élrangèrps au Minisire de la marine, 4 novembre 1861. — Le contre-amiral Jurien au Ministre de la marine, 22 décembre 1861.

l'amiral .lURIElV DE LA GRAVIÈRE. 41

Une grande ambition appuyée sur un fonds d'idées libérales, un besoin incessant de nriouvement et d'agitation, quelque inconséquence dans Tespril, paraissent être les caractères distinctifs du comte de Reus(*^ Il avait épousé une riche Mexicaine, mademoiselle Aguero, et se trouvait par alliance le neveu de Gonzales Etcheverria, alors ministre des finances de Juarez.

En 1808, lorsque l'Espagne voulait déclarer la guerre au Mexique, il avait proposé et soutenu au Sénat l'amendement suivant à Tun des paragraphes de l'adresse à la Reine :

« Le Sénat a vu avec peine que les différends avec le Mexique subsistent encore. Ces différends, Madame, auraient pu avoir une solution pacifique, silegouvernementdeVotre Majesté eût été animé d'un esprit plus conciliant et plus juste. Le Sénat comprend que la source de ces dissensions

(') Le général Prini était jugé de la façon suivante par un officier allemand qui l'avait connu en Turquie pendant les années 1833-54, et au Maroc en 1860 (Spanisch und marokanisch Krieg. Brockhaus, Leipzig, 1863) :

« Le général Prim, originaire de Catalogne, est personnellement très-brave; il ne manque pas de talents ; il manie parfaitement la parole et il y a dans son commerce un attrait qui gagne les cœurs ; mais c'est un homme sans caractère , sans consistance morale et d'une vanité souvent des plus ridicules. Cette vanité et le désir de faire parler de lui se sont traLis pendant son séjour dans le camp de Uarmée turque en 1833-34 , de la façon la plus comique, au point que le général, malgré toutes ses qualités, était devenu une sorte de plaisant et provoquait souvent des mouvements d'épaules de la part des Turcs, graves et sérieux, qui estiment qu'il est inconvenant de parler toujours de soi. — Dans le récit de ses actions d'éclat et plus encore des exploits qu'il projetait, le général Prim

montrait une confiance sans bornes dans la crédulité de ses auditeurs

Il n'avait pas la moindre notion de théorie militaire ni de mathématiques, ne gavait ni l'histoire ni la géographie. C'était un soldat de fortune, brave, adroit, risquant tout et jouant sa dernière pièce sur une carte. Les caprices de la fortune

l'avaient singulièrement favorisé Il a débuté comme simple soldat dans

un bataillon catalan de l'armée des Crislinos au commencement de la guerre civile entre les Gristinos et les Carlistes. Il gagna rapidement le grade d'officier, conduisit avec succès plusieurs expéditions hardies et se trouva à la fin de la :.uerre parmi les jeunes chefs de brigade de l'armée victorieuse de Christine. »

42 l" PARTIE. CHAPITRE II.

est peu honorable pour la nation espagnole et par cela même il voit avec peine les préparatifs de guerre que fait votre gouvernement, car la force des armes ne peut nous donner la raison que nous n'avons pas. » (^) Cet amendement n'avait obtenu d'autre voix que la sienne.

Depuis cette époque, s'était-il produit dans l'esprit du comte de Reus un revirement tel qu'il pût approuver les motifs et le but de l'expédition actuelle, et si ce revirement avait eu réellement lieu, ne pouvait-on craindre un nouveau changement dans un esprit aussi versatile? Sa conduite n'allait-elle pas être influencée par quelque mobile secret, peut-être difticile à préciser, mais vraisemblablement en désaccord avec les intentions des gouvernements alliés?

La suite de ce récit montrera que cette crainte eût été justifiée.

Il avait sollicité lui-même le commandement de l'expédition ; ce n'est donc ni par déférence pour un désir de la Reine, ni par obéissance aux ordres de son gouvernement qu'il est parti pour le Mexique. On a dit qu'il avait rêvé une couronne ; ses amis et les journaux qui lui étaient dévoués répétaient qu'il en était digne et il ne fit rien pour arrêter les bruits qui circulèrent à ce sujet.

Une feuille, VEco de Europa, qui se publia plus tard au Mexique, dans le camp et sous les inspirations du général Prim, contribua beaucoup à accréditer cette supposition. « Au moyen âge, disait-on, ce héros aurait été le fondateur d'une dynastie de rois. » Mais sans doute, il n'est permis de voir dans ces expressions qu'une exagération de style.

(1) Séance du 13 ilccombro 1858.

l'aMIKAL JUKIEN JjK LA GKAVIÈRE. 43

D'autre part, on sait qu'une partie des hommes politi- ^sei. ques de l'Espagne espéraient voir la monarchie rétablie au Mexique en faveur d'un prince de la maison de Bourbon; le nom du jeune duc de Parme avait été prononcé ; cette éventualité venant à se réaliser, la régence devait-elle être réservée au comte de Reus? Etait-ce là que tendait son ambition? Cette hypothèse ne peut encore être acceptée qu'avec une extrême réserve et comme une des explications possibles des anomalies de sa conduite. Quoi qu'il en soit, les conditions dans lesquelles s'engageait cette expédition étaient en tout si confuses, qu'il eût été fort à désirer de voir à sa tête un homme plus dégagé d'ambition et d'un caractère mieux défini que ne l'était le général Prim.

En désignant un amiral comme commandant des troupes françaises, l'empereur Napoléon ne supposait pas évidemment que les opérations militaires dussent prendre un grand développement ; au début, il avait même Tintention de n'envoyer que des troupes de marine ; il pensait donc que le général Prim avec ses Espagnols suffirait à la tâche et agirait conformément à ses vues. La composition du corps expéditionnaire français indique, en effet, qu'il ne pouvait être destiné à une opération de guerre indépendante.

Les instructions données à l'amiral Jurien (^) caractéri- instructions sent le but que se proposait alors le cabinet des Tuileries : à ramiraiJurien.

Occuper les ports sur le golfe du Mexique et les conserver jusqu'à solution complète des difficultés pendantes, y percevoir les droits de douane au nom des trois puissances.

Dans le cas probable où les autorités locales n'opposeraient pas de résistance et où le gouvernement mexicain refuserait d'entrer en rapport avec les alliés , ne pas se

(') Instructions du 11 novembre 1861.

44 l'® PARTIE. CHAPITRE II.

486-1. laisser tenir en échec par un tel expédient; un intérêt de dignité, non moins que les dangers résultant d'un séjour prolongé sous le climat malsain de la côte, commandaient d'obtenir un résultat prompt et décisif; c'était dans ce but qu'un corps de troupes de débarquement était mis à la disposition de l'amiral, afm qu'il pûi, de concert avecles alliés, étendre le cercle de l'action commune.

Le gouvernement français admettait qu'il pouvait être nécessaire de s'avancer jusqu'à Mexico.

Les puissances alliées , était-il dit , ne se proposaient aucun autre but que celui indiqué dans la convention; elles s'interdisaient d'intervenir dans les affaires intérieures du pays et notamment d'exercer aucune pression sur les volontés des populations quant au choix de leur gouvernement; il pouvait arriver cependant que la présence des forces alliées sur les côtes déterminât la partie saine de la population à tenter un effort pour constituer un gouvernement présentant des garanties de force et de stabilité, qui ont manqué à ceux qui se sont succédé depuis l'émancipation. Il ne faudrait pas décourager des tentatives de cette nature ni leur refuser un appui moral si la position des hommes qui en prendraient l'initiative et la sympathie qu'elles rencontreraient dans la masse du pays leur promettaient quelques chances de succès.

Ces instructions officielles étaient nécessairement complétées par des instructions confidentielles. L'amiral eTurien était au courant des projets de restauration monarchique en faveur de l'archiduc Maximilien ; il devait appuyer un mouvement dans ce sens, mais non leprovoquer. Le gouvernement français, fidèle à son programme, restait donc dans les dispositions dont il était animé avant la signature de la convention de Londres.

l'amiral JURIKN de la C7RAVJERE, 4o

Le Cabinet anglais ne se montra pas moins conséquent 'isat. avec lui-même. Lord Piussell écrivait à, sir Ch. Wyke(r'" insirucUoDs

ij • 1 ] 1 données

novembre) « d observer avec rigueur 1 arlicle de la con- aux commissaires

1 ) 11 anglais,

vention, qui contenait 1 engagement de n exercer, dans les affaires intérieures du Mexique, aucune influence de nature à porter atteinte au droit de la nation mexicaine de choisir et de constituer librement la forme de son gouvernement. » En lui faisant connaître que le gouvernement français enjoignait à ses représentants de marcher sur Mexico, dans certaines éventualités prévues, il lui rappelait (15 novembre) que la force et la composition du corps expéditionnaire anglais, limité à 700 soldats de marine, ne comportait pas qu'il fût employé à une opération de cette nature ; du reste les réclamations devaient toujours être présentées au gouverment mexicain d'un commun accord et au nom des trois puissances.

La crainte d'une collision avec les États-Unis, à la suite d'une violation de neutralité commise par un bâtiment fédéral sur un paquebot anglais, détournâtes préoccupations de l'Angleterre et ne fit qu'augmenter la réserve qu'elle avait toujours montrée à l'égard de l'expédition mexicaine. Elle restreignit le nombre des navires à envoyer dans le golfe du Mexique ; le contre-amiral Milnes fut maintenu au commandement spécial de la station anglaise des côtes des États-Unis et remplacé par le commodore Dunlop.

L'Espagne paraissait au contraire s'engager plus réso- insiruciion? lûment. Le gouvernement français ayant manifesté le désir au général Prim. que les troupes espagnoles fussent autorisées à s'avancer jusqu'à Mexico, le Cabinet de Madrid y adhéra immédiatement (').

(1) L'ambassadeur à Madriil à M. Tliouveiiel, G noveml.re 18G1.

486<. Dans les instructions données au général Prim, on

trouve reproduite la recommandation, faite à l'amiralJurien par le gouvernement français, « de ne pas attendre que le climat et tous les inconvénients, qui accompagnent les expéditions lointaines décimassent les troupes et prolongeassent indéfiniment cette entreprise si importante.... et d'aller chercher le gouvernement mexicain, en quelque lieu qu'il fût, pour lui imposer ses conditions. » Le comte de Reus eut Tordre de formuler les réclamations, conformément à l'ultimatum envoyé le 14 septembre au capitaine général de Cuba, et aux termes duquel les hostilités devaient commencer énergiquement si le Mexique n'acceptait pas purement et simplement les conditions posées.

Il est donc bien établi que l'Espagne entendait porter la guerre dans l'intérieur du pays.

Le général Prim fut confidentiellement informé des projets de restauration monarchique que l'on attribuait au Cabinet des Tuileries ('), mais on ne put lui recommander d'y prêter son concours, puisque la candidature d'un prince autrichien ne plaisait pas à l'Espagne ; cependant, comme nous l'avons dit, les instructions officielles lui prescrivaient « de ne pas contrarier » les tentatives que pourraient faire des personnes sages pour établir un gouvernement qui fût la véritable expression des besoins du pays. Celui de Juarez était qualifié « d'insensé. »

Formation du Dans le principe, le corps expéditionnaire, mis sous les

corps expédiliou- i i v • i t • l -t -» ' J

naire français, ororcs dc 1 amiral Juricn, ne devait être compose que de troupes de marine : un régiment d'infanterie de marine, une batterie d'artillerie de marine et les compagnies de débarquement de l'escadre; mais peu de jours après la

(') Discours du iti-iuTnl Prim :iu\ Cortis, i86:{.

l'a3IIRAL JURIEiN DE LA GRAVIÈRE. 47

signature du traité de Londres, on jugea opportun de leur ^86i. adjoindre un bataillon de zouaves et un peloton de chasseurs d'Afrique; le ministre de la guerre mit en outre à la disposition du département de la marine , spécialement chargé d'organiser l'expédition, des détachements du train, du génie et d'ouvriers d'administration. Le corps expéditionnaire se trouva définitivement constitué de la manière suivante :

A. — Le régiment d'infanterie de marine, commandé par le colonel Hennique, était composé de neuf compagnies du 2^ régiment de l'arme et de trois compagnies du 1" régiment. Six compagnies étaient en France, trois à la Martinique et trois à la Guadeloupe. Le ministre de la marine fit envoyer 600 fusils nouveau modèle pour les contingents des Antilles, qui n'en étaient pas encore pourvus. Ces troupes allaient donc entrer en campagne munies d'un armement avec lequel elles n'étaient pas familiarisées.

B. — La batterie d'artillerie de marine devait être formée au moyen du personnel de canonniers de marine se trouvant à la Guadeloupe. Les six canons rayés de 4, le matériel de la batterie et un approvisionnement de 480 coups par pièce étaient fournis par le département de la guerre ; ils devaient être directement expédiés à la Vera-Cruz, où seraient réunis les cadres d'officiers et les canonniers. On pensait pouvoir se procurer les attelages au Mexique même, ou tout au moins dans les Antilles; on n'expédia de France que les harnachements. On ne s'occupa pas non plus des canonniers conducteurs, supposant qu'il serait facile d'y suppléer soit par des volontaires pris dans les colonies de la Martinique et de la Guadeloupe, soit par des auxiliaires d'infanterie de marine. Cependant un

48 l" PAmiE. — CHAPITBE II.

^^^' détachement du train d'artillerie fut envoyé avec les animaux nécessaires pour le transport des caisses de munitions. L'instruction des canonniers et des conducteurs, le dressage des chevaux sont d'ordinaire l'objet de soins minutieux, et souvent si l'une de ces conditions a été négligée, l'artillerie, loin d'être un appui, perd toute action efficace; il y a donc lieu de s'étonner de la manière dont fut organisée la batterie destinée à l'expédition. Que serait-il arrivé s'il avait fallu opérer sur la côte du Mexique un débarquement de vive force ? Los canonniers de la marine ne connaissaient pas le service d'une batterie montée ; ils n'avaient jamais eu entre les mains de pièces de 4 rayées; de plus on verra combien il fut long, difficile et surtout dispendieux de se procurer les attelages ; enfin le bâtiment sur lequel furent embarqués les canons et le matériel, quitta les côtes de France douze jours après le départ de l'amiral Jurien et arriva à la Vera-Cruz vingt-deux jours après lui.

c. — Le bataillon de zouaves fut pris dans le ^^ régiment et formé à six compagnies de guerre.

D. — Le peloton de chasseurs d'Afrique fut fourni par le 2^ régiment de l'arme.

E. — Un détachement de cent hommes du train des équipages fut adjoint aux troupes expéditionnaires, il devait être plus particulièrement affecté au transport d'une section d'ambulance légère, dont le personnel se composait de 3 médecins, 2 officiers d'administration et 24 infirmiers.

F. — Une section de 21 ouvriers d'administration fut chargée d'assurer les services administratifs; elle emportait une réserve de matériel et 3 fours de campagne.

{;. — Un détachement de vingt sapeurs du génie fut fourni par le 3' régiment.

l'amiral jurien de la gravière. 49

H. — Enfin l'amiral pouvait disposer des compagnies de -isci. débarquement de l'escadre. L'intention du ministre n'était pas de les réunir en corps spécial ; cependant, pour qu'elles fussent à même de suivre les colonnes expéditionnaires, le cas échéant, il fit embarquer 500 manteaux d'infanterie de marine et 500 havre-sacs pour leur être distribués.

Un approvisionnement de trois mois de vivres pour un corps de 3,000 hommes fut mis à bord des vaisseaux de l'escadre, et un approvisionnement semblable envoyé à la Vera-Gruz sur des bâtiments du commerce.

L'escadre se composait de 14 bâtiments à vapeur. , pépari

'^ ^ de 1 escaiJre.

Un vaisseau : le Masséna ;

Cinq frégates : Montezuma, Ardente, Guerrière, Astrée, Foudre ;

Trois avisos : Berthoiet, Chaptal, Marceau;

Deux canonnières : Eclair, Grenade ;

Trois transports : Aube, Meuse, Sèvre.

La Foudre, qui faisait pai'tie de la division navale des côtes d'Amérique, se rendit directement à la Vera-Cruz, 011 elle arriva le 17 novembre, et se mit à la disposition de M. de Saliffnv.

L'Éclair et la Grenade étaient déjà sur les côtes ou dans le voisinage du Mexique. Le Berthoiet quitta le port de Brest dès le 9 novembre, afin de précéder l'escadre à Ténériffe et à la Havane, de faire préparer dans ces ports les rechanges nécessaires , d'acheter des chevaux et des mulets à la Havane, enfin de se procurer des renseignements précis sur l'organisation de l'expédition espagnole et l'effectif des troupes destinées au Mexique. Les autres bâtiments furent expédiés successivement des divers ports de guerre ; l'amiral fixa pour lieu de rendez-vous général Sainte-Croix de Ténériffe (la Meuse et /a Sèvre exceptées).

50 I™ PARTIE. — CUAPITRE H.

-1801. L'Ardente, la Guerrière, VAstrée et le Montezuma re-

çurent à leur bord les compagnies d'infanterie de marine.

Le Masséna et l'Aube se rendirent de Toulon à Oran pour embarquer les troupes d'Afrique. Le Masséna, portant le pavillon de l'amiral, embarqua les zouaves et le détachement du génie (543 hommes).

L'Aube reçut les divers autres détachements formant un effectif de 10 officiers, 254 soldats, 248 chevaux et mulets.

L'amiral adressa au bataillon de zouaves, qu'il reçut à bord de son vaisseau, l'ordre du jour suivant:

ï Soldats du 2« régiment de zouaves, soyez les bienvenus ù bord de nos vaisseaux. Le prestige qui s'attache à votre nom nous est cher. C'est une des gloires de la France.

« L'Empereur, en vous associant à ses marins dans l'expédition du Mexique, a voulu vous donner une nouvelle preuve de son estime et de sa confiance. Vous connaissez déjà vos futurs compagnons d'armes. Ce sont les soldats qui ont gravi à vos côtés les hauteurs de l'Aima. Ce sont les canonniers qui ont partagé avec vous les épreuves d'un long siège, les marins qui, au prix de tant de fatigues et de veilles périlleuses, vous ont adouci les rigueurs d'un terrible hiver. Depuis la campagne de Crimée et la campagne d'Italie, il n'y a plus qu'une armée en France. Le débarquement d'Old-Fort, l'attaque des batteries de Sébastopol, Toccupation de la mer d'Azoff" et la prise de Kinburn sont des souvenirs qui appartiennent à la fois à nos légions et à notre flotte. L'expédition du Mexique associera plus étroitement encore ces deux éléments., incomplets l'un sans l'autre, de la puissance nationale.

« Soldats du S^ régiment de zouaves, je n'ai plus qu'un mot ;i vous dire : Dans cette nouvelle campagne, soyez dignes de vous I Que vos frères d'armes, vos alliés et vos ennemis reconnaissent encore à votre discipline, comme à votre courage, les premiers soldats du monde ! »

Réunion L'amiral appareilla le 17 novembre se diric^eant sur Té-

de rcscadic , .^

à Sainte-Cinix- neritïe. Le Masséna mouilla en rade de Sainte-Croix de Té-

(Je-Ténéril!u. , .

nerilic, le zo novembre. Le lendemain, les frégates la Guerrière^ ï Ardente, VAstrée. le Montezuma, les avisos le Marceau,

l'amiral JURIEN de la GRAVIÈRE. 51

le Chaptal et le transport ÏAuhe étaient réunis autour du 48ai, pavillon de l'amiral, qui adressa l'ordre du jour suivant aux troupes du corps expéditionnaire :

« Marins et soldats,

tt Nous allons au Mexique. Nous n'avons pas seulement à y poursuivre, comme la vaillante escadre, dont plusieurs d'entre vous ont fait partie, la réparation de nombreux et récents griefs; nous aurons avant tout à réclamer pour le respect de notre drapeau, pour la sûreté de notre commerce, pour l'existence de nos compatriotes, des garanties plus sérieuses que celles qui nous sont offertes aujourd'hui.

« Nous n'entretenons aucune animosité contre le peuple mexicain. Nous savons ce qu'il faudrait attendre de cette noble et généreuse race, si elle pouvait mettre un terme à ses éternelles discordes ; mais des gouvernements, impuissants à maintenir la paix intérieure, protégeront toujours mal, quelle que soit leur bannière, la sécurité des étrangers.

« Notre véritable ennemi au Mexique, ce n'est pas telle ou telle faction politique, c'est l'anarchie ; l'anarchie est un ennemi avec lequel il est inutile de traiter.

a Marins et soldats,

« Dans la nouvelle campagne que vous allez entreprendre, vous avez pour juges de votre bon droit l'opinion sympathique de votre pays, le concours ou Tassentiment du monde civilisé ; vous aurez bientôt, au Mexique même, les vœux de tous les gens de bien.

« Comprenez donc les devoirs que cette situation vous impose. Donnez aux populations l'exemple de l'ordre et de la discipline; apprenez-leur à honorer le nom de notre glorieuse patrie, à envier la prospérité et la paix dont nous jouissons, et vous pourrez alors répéter avec un légitime orgueil ces paroles que vous adressait il y a quelques mois notre Empereur: « Partout où se montre le dra- « peau de la France, une cause juste le précède, un grand peuple le « suit ! »

La division navale quitta Ténériffe le 25 novembre ; les bâtiments, naviguant en route libre, se dirigèrent sur la Martinique , à l'exception du Monteziima , qui devait

52 l" PARTIE. CHAPITRE II.

^^^' d'abord toucher à la Guadeloupe pour y prendre trois compagnies d'infanterie de marine et le personnel de la batterie de 4.

L'amiral corn- L'amiral Compléta en mer l'orsjanisation de son corps

plete 1 organisa- r o r

lion du corps expéditionnaire , gui avait été si sommairement préparée

expedilioiinaire. ^ ' ^ r r

avant son départ d'Europe. Prévoyant les difficultés que rencontreraient la formation et la mise en état de sa batterie d'artillerie, il ordonna la création d'une batterie de montagne de six obusiers pris sur les bâtiments de la division, servie par des marins canonniers et commandée par un lieutenant de vaisseau, un enseigne et trois aspirants. Il affecta au service de cette batterie légère approvisionnée à 16 coups par pièce et à 32 coups de réserve, la moitié du détachement du train d'artillerie (^) qui lui avait été donné pour transporter l'approvisionnement de la batterie de 4. L'effectif de cette batterie fut fixé à 100 hommes.

Une section de 12 rayé, également servie par des marins et constituée au moyen des ressources de l'escadre, devait former une petite réserve de grosse artillerie.

Pour équiper ces marins, on fit confectionner sur les bâtiments des havre-sacs en toile et des tentes, avec des rechanges de voiles.

Les marins de débarquement furent organisés en un bataillon de six compagnies de 80 hommes sous le commandement d'un capitaine de frégate. On leur distribua des ustensiles de campement, des manteaux et des sacs.

Ce bataillon, les compagnies d'infanterie de marine et le bataillon de zouaves furent mis à terre à la Martinique et installés au bivouac pendant quelques jours, afin de

(•) Ce (lûtachcmenl se composait do 1 oflicier, 2 sous-uniriers, tifi conducteurs, 40 mulots de bât.

l'amiral jurien de la gravière. o3

permettre aux marins débarqués et aux soldats d'infanterie ^sgi. de marine, d'acquérir au contact des troupes d'Afrique un peu des connaissances pratiques de la vie de campagne.

Afin de combler en partie les vides ainsi produits dans les équipages des bâtiments, l'amiral prit à la Martinique des matelots créoles provenant de l'inscription maritime des Antilles et qui, n'étant pas sujets à la fièvre jaune, devaient lui rendre d'utiles services sur les côtes du Mexique. Le gouverneur de la Martinique mit en outre à sa disposition un peloton de gendarmes à cheval et un détachement de 25 ouvriers du génie indigène, avec les engins de guerre de première nécessité. Ces ressources delà colonie étaient précieuses; elles permirent à l'amiral d'améhorer notablement l'organisation de son petit corps expéditionnaire.

Les services administratifs, à la tète desquels on plaça soit des commis de marine, soit des adjudants d'administration, furent centralisés entre les mains du commissaire adjoint de l'escadre. Un capitaine de frégate fut désigné pour remphr les fonctions de commandant du parc et de grand prévôt ; il fut en outre chargé du soin de réunir et d'organiser le convoi que l'amiral avait le désir de former-pour transporter à la suite des colonnes 45 jours de vivres et des effets d'habillement pour six mois ; le détachement de gendarmes et soixante marins destinés au service d'escorte furent placés sous ses ordres (^).

L'amiral Jurien partit de la Martinique le 17 décembre ; Arrivée

(Jg l'ëscQdrc h In

il arriva le 27 à la Havane, presque en même temps que le __ Ba^^'n«j Commodore Dunlop. Le général Prim, qui les avait pré-

^'') Voir l'appendice pour l'organisation du corps expéditionnaire.

27 dcc. 1«6i.

54 l'" PAhTIE, CHAPITRE II.

^881. cédés de quelques jours, avait été reçu avec de grandes démonstrations d'enthousiasme et aux cris de : Viva el vice-^ey de Mexico, viva el nuevo Hernan Cortez ! (*)

Première réunion A la Havauc, l'amiral Juricn apprit , non sans surprise ,

(les trois . ^.^ . .

commandants que Ics troupcs cspagnolcs étaient deja parties et que depuis

des Iroupes • i tt /^ t i i •

alliées. le 17 décembre elles occupaient la Vera-uruz. Le lendemain de son arrivée, il eut une entrevue avec le général Prim et le Commodore Dunlop; de très-bons rapports s'établirent aussitôt entre eux ; le général Prim témoigna un vif regret du malentendu qui, selon lui, avait amené le départ anticipé des troupes espagnoles; il fut le premier à manifester le désir que les escadres anglaise et française se réunissent à lui et aux bâtiments qui l'accompagneraient afin de seprésenter simultanément devant laVera-Gruzet faire, dès ce moment, succéder l'action combinée des trois puissances à l'action isolée des troupes espagnoles. Il exprima hautement l'intention de s'avancer dans l'intérieur du Mexique, dès qu'il le pourrait ; l'amiral Jurien déclara, de son côté, qu'aussitôt l'arrivée du bâtiment qui portait son artillerie, il seraità même de se mettre en marche ; il ajouta que les termes de la convention de Londres ne lui laissaient aucun doute sur l'intention des puissances contractantes de prévoir et d'autoriser au besoin cette extension de l'intervention européenne. Le commodore Dunlop fit observer que ses instructions lui interdisaient tout mouvement de ce genre, mais que désireux de ne pas se séparer de ses collègues, il allait solliciter de nouveaux ordres. Quelques jours après, à la suite d'une seconde réunion, l'amiral Jurien ne se dissimula plus combien étaient diiïérentcs les vues des trois puissances alliées et quels sérieux germes de dissentiment existaient entre elles.

(') Rapport fJu commandant du Milan, 28 décembre.

l'aJIIRAL JURIEN de la GRAVIÈRE. 5S

L'intention du cabinet anglais de se renfermer, aussi ^s^^étroitement que possible, dans les limites de la convention de Londres ressortait clairement des instructions données au Commodore Dunlop.

D'un autre côté, la conduite du général Prim, ses relations avec plusieurs personnages du Mexique, le départ précipité de l'escadre espagnole faisaient craindre que le cabinet de Madrid, et particulièrement son représentant, ne poursuivissent un but tout différent de celui de la France; les nombreux émigrés mexicains du parti conservateur, alors réunis à la Havane, en étaient vivement alarmés (*).

Les plus considérables parmi ces émis^rés étaient : Les émigrés

■^ ^ ^ ^ mexicains

Don Haro y Tamaris, le général Soto, le général Miramon, à la Havane. récemment arrivé d'Europe et le Père Miranda, homme exalté du parti clérical extrême, désigné par M. Guttierrez de Estrada, comme devant être le directeur politique du gouvernement provisoire qui serait constitué après le débarquement des forces alliées; Santa-Anna, réfugié à Saint- Thomas, s'occupait aussi d'une façon très-active des événements qui se préparaient ; mais des rivalités mesquines avaient déjà semé la discorde parmi les conservateurs.

Le Père Miranda , représentant accrédité du parti qui avait suscité et soutenu en Europe la candidature du prince Maximilien, était hostile à Santa Anna et mal vu lui-même de ceux qui ne partageaient pas les idées réactionnaires les plus accentuées.

Santa Anna avait promis d'appuyer la prochaine révolution monarchique, et proposait de se mettre à la tête du gouvernement provisoire ; mais son caractère indécis et sa

(1) L'amiral Juricn au ministre de la marine, 28 décembre 1861, 2 janvier

56 l" PARTIE. CHAPITRE II.

4864, personnalité ambitieuse n'inspiraient qu'une médiocre confiance.

Le général Miramon, mécontent du rôle secondaire qui lui était échu, aurait voulu, disait-on, reconquérir le pouvoir suprême ; ses ennemis l'accusaient même d'aspirer à la couronne. Irrité de se voir en quelque sorte mis de côté, il disait que Marquez et les autres chefs conservateurs n'agiraient que d'après ses inspirations ; il avait écrit à plusieurs d'entre eux « que l'intervention n'était qu'un prétexte pour envahir le pays ; qu'il s'agissait d'une domination étrangère et que par conséquent il offrirait son épée aux démocrates ; et ce fut peut-être cette lettre qui détermina plusieurs des généraux du parti conservateur restés au Mexique à se rallier à Juarez, en profitant de l'amnistie qui leur était offerte. Dans la suite, les dispositions de Miramon parurent se modifier ; cependant, comme il voulait se rendre à la Vera- Gruz, plusieurs membres du parti conservateur monarchiste résolurent de partir avec lui , « parce que , s'il ne pouvait leur être utile, ils voulaient l'empêcher de leur être nuisible ».

Les émigrés de la Havane avaient pensé que l'Espagne appuierait sérieusement un mouvement en faveur de la monarchie ; mais, ni les discours, ni l'attitude du commandant de l'expédition espagnole n'étaient de nature à entretenir celte espérance. Ils comptaient aussi sur une complète coopération de la part de la France ; or l'amiral Jurien déclarait n'avoir d'autre mission que de demander au Mexique satisfaction pour ses offenses, et il refusait péremptoirement de se mêler à toute intrigue politique. Celle réserve, conforme aux instructions du gouvernement français, contribuerail à faire croire que, si l'Empereur était disposé à appuyer un mouvement en faveur du prince Maximilicn, il ne voulait

l'aJIIRAL JURIEN DE LA GRAVlÈKi:. S7

cependant pas en prendre l'initiative. Que les Mexicains fis- ''sei. sent eux-mêmes leur révolution, l'appui moral et matériel de la France ne leur manquerait pas ; mais il ne convenait ni à sa politique, ni à ses intérêts d'édifier de ses mains un trône qu'elle serait ensuite forcée de défendre indéfiniment.

Tel était, à n'en pas douter, le programme que l'Empereur s'était proposé de suivre. Les fautes commises au début, le manque de franchise de l'Espagne, les revers militaires, qui nécessitèrent l'envoi de forces beaucoup plus considérables qu'on ne l'aurait voulu, enfin un enchaînement de circonstances imprévues ont entraîné le gouvernement français bien au delà de la limite qu'il s'était probablement fixée et qu'il aurait fallu ne pas dépasser.

L'Empereur n'avait sans doute jamais supposé que la France se verrait obligée de jeter plus de 40,000 hommes sur les côtes du Nouveau-Monde et que cette guerre, au lieu d'être terminéeen une campagne, durerait plusieurs années.

Juarez, ému tout d'abord des préparatifs de guerre des juarez se prépare

,, r » /. •. pp ' 1 • i> à la résistance.

puissances étrangères, s était enorce de conjurer 1 orage en faisant rapporter la loi qui suspendait le paiement de la dette étrangère (28 novembre), et en présentant au congrès une révision des tarifs de douane, avantageuse pour le commerce étranger ; il avait essayé aussi de négocier avec les Etats-Unis des arrangements financiers, qui lui auraient permis de satisfaire aux réclamations des puissances européennes ; mais lorsqu'il vit la guerre inévitable, il déploya toute son énergie pour organiser la résistance. Il fit appel au sentiment national , toujours facile à surexciter lorsqu'il s'agit de repousser une invasion étrangère. Des hommes, que leurs occupations éloignaient d'ordinaire du métier des armes, vinrent offrir le secours de leurs bras et de leur intelligence; une amnistie, dont furent exceptés

58 T' PARTIE. CHAPHRE II.

4861. seulement les chefs du parti réactionnaire, rallia un grand nombre d'oificiers des anciennes armées conservatrices; les provinces les plus éloignées fournirent des contingents; enfin, cette guerre, dont le but était de ruiner l'influence de Juarez, eut au contraire pour premier résultat de donner à son gouvernement une plus grande popularité, et de grouper autour de lui beaucoup d'hommes politiques importants, que leurs idées, leur ambition personnelle ou tout autre motif avaient jusqu'alors tenus dans l'éloignement. La plupart cédèrent à l'impulsion patriotique qu'avait donnée au pays l'annonce d'une prochaine agression de la part de trois puissances européennes, dont l'une était l'Espagne, si abhorrée par ses anciennes colonies.

Doblado, gouverneur de l'État de Guanajuato, personnage riche, influent, d'un esprit très-délié et très-apte aux intrigues diplomatiques, accepta le portefeuille des affaires étrangères, bien qu'il eût, jusqu'à cette époque, témoigné peu de sympathie pour l'administration de Juarez.

Ne sachant quelles étaient les intentions précises des puissances alliées, pouvant craindre que l'indépendance et la souveraineté de leur pays ne fussent menacées, un grand nombre de chefs réactionnaires se joignirent à l'armée libérale. Les plus compromis, ceux qui n'avaient aucune grâce à espérer , continuèrent à tenir la campagne; mais leurs partisans, flétris du nom de traîtres, ne tardèrent pas à les abandonner en grand nombre.

Débarqueracni L'cffervosccnce dcs csprits augmenta encore lorsqu'on Espa^-nois vit Ics Espaguols sc préscutcr les premiers sur les côtes du

à 1.1 Vcra-Cruz. \^ , ^ . ^

ndécisei. Mexique. La présence simultanée des forces anglaises et

l'amiral jurien de la gravière. 59

françaises eût paru sans cloute une garantie de respect pour la nationalité mexicaine, tandis que les idées de conquête, que l'on attribuait à l'Espagne, réveillèrent la haine contre les anciens dominateurs du pays. Le débarquement anticipé des troupes espagnoles était donc, à tous les points de vue, un fait extrêmement regrettable.

Il n'est guère possible d'attribuer cette précipitation à un malentendu. Il semble, au contraire, que l'Espagne ait voulu paraître la première devant la Vera-Gruz afin d'affirmer le rôle prépondérant qu'elle entendait prendre dans l'expédition.

En effet, comme nous l'avons dit, dès le H septembre, l'ordre avait été donné au capitaine général de Cuba de préparer et de faire partir les forces destinées à agir contre le Mexique ; sur les instances de l'Angleterre, l'Espagne avait consenti à surseoir à son expédition jusqu'à la signature d'une convention préalable ; elle attendit cependant jusqu'au 11 novembre pour donner le contre-ordre, qui arriva naturellement trop tard (*).

L'amiral Rubalcoaba était parti pour la Vera-Cruz le 1" décembre avec 15 bâtiments portant 0,300 hommes. Son escadre était réunie devant ce port le 10 décembre et le 14, après avoir demandé aux commandants des stationnaires français et anglais s'ils voulaient lui prêter leur concours , proposition que ces officiers déclinèrent , il somma le gouverneur de la Vera-Gruz de lui remettre la place dans les vingt-quatre heures.

Les autorités mexicaines avaient déjà pris toutes leurs précautions pour abandonner la ville et fait transporter dans l'intérieur les canons qui armaient l'enceinte et le fort

(1) Discours do M. Mon au Sénat espagnol, 7 et 8 janvier 186.1.

-fSG'l

60 l'" PAHTli:. CHAPITRE II.

-1861. de Saint-Jean-d'Ulloa. Elles avaient répondu à l'apparition de l'escadre espagnole par un acte de défi en incendiant le trois-mâts Concepcion, capturé l'année précédente et l'une des causes des réclamations de l'Espagne (^).

A la sommation de l'amiral, le général La Llave, gouverneur de la place, se contenta de protester et se retira, ne laissant à la Vera-Cruz que les autorités locales et une simple garde de sûreté.

Le 17, les Espagnols débarquèrent donc sans résistance.

Le général Uraga, commandant l'armée mexicaine, dite d'Orient , établit aussitôt autour de la Vera-Cruz une ligne d'avant-postes qui bloquèrent étroitement la ville ; il interdit, sous les peines les plus sévères, toute communication avec les points occupés par l'ennemi, déclara que tout individu trouvé au delà de ses lignes serait traité comme espion, que tous ceux qui fourniraient des vivres à l'ennemi seraient considérés comme traîtres et leurs biens confisqués ; il fit éloigner de la côte tous les troupeaux, les chevaux et les mules que les Espagnols auraient pu utiliser.

En même temps, le président Juarez lança un manifeste dans lequel, après avoir exposé les faits sur lesquels disaitil, l'Espagne s'appuyait injustement, pour faire la guerre, il déclarait « qu'il repousserait la force par la force ; que, disposé à satisfaire à toutes les réclamations fondées sur la justice et l'équité, il n'accepterait jamais des conditions qui offenseraient la dignité de la nation ou compromettraient son indépendance. »

") Happorl (lu commandant do la Foudre, stationmie devant la Vera-Cruz. li décembre.

l'amiral jurien de la gravière. Cl

« Mexicains, si d'aussi justes dispositions sont mé- 'i^'connues, si l'on est décidé à humilier le Mexique, à démembrer son territoire, à s'ingérer dans son administration intérieure et dans sa politique, peut-être à éteindre sa nationalité, j'en appelle à votre patriotisme; je vous conjure d'oublier les haines et les inimitiés; sacrifiant votre fortune et votre sang, unissez-vous avec le gouvernement pour la défense de cette cause, la plus grande et la plus sacrée pour les hommes comme pour les peuples , la

défense de la patrie. » « Dans cette

guerre à laquelle vous êtes provoqués, observez strictement les lois et les usages établis au bénéfice de l'humanité. Laissez vos ennemis inoffensifs auxquels vous donnez une généreuse hospitalité , vivre tranquilles et en sûreté sous la protection de nos lois ('). »

Le port de Vera-Gruz fut déclaré fermé au commerce et les contingents des États appelés sous les armes , ce qui devait permettre d'organiser une armée d'environ 30,000 hommes.

Aussitôt les Espagnols débarqués, le vide s'était fait autour d'eux. Ils ne pouvaient vivre qu'en tirant toutes leurs ressources de la mer, et ce n'était qu'à grand'peine qu'ils avaient pu réunir environ 200 mulets de charge.

Tel était le premier épisode de la campagne, et l'amiral Aciiatdeciievaiu Jurien, parti de France sans voitures et sans animaux, se trouvait dans la plus grande perplexité ; le commandant du Bertholet , arrivé à la Havane plusieurs jours avant lui, n'avait pu se procurer que 234 mulets et 39 chevaux. Le maréchal Serrano, capitaine général de Cuba , avait bien

(') Trarluit de l'anglais. — Lemprioro, Londres, 18(52.

62 l" PARTIE. — CHAPITRE H.

i862. voulu lui faire céder en outre 50 chevaux de selle provenant d'un régiment de cavalerie en garnison dans l'île (^), au prix moyen de 900 fr.

Dans l'impossibilité de fréter des navires du commerce (-), l'amiral dut faire embarquer ces animaux sur les bâtiments de sa division, déjà trop encombrés ; mais le prix des voitures était si élevé, qu'il ne put se décidera en acheter ; il espérait encore en trouver au Mexique.

Enfin, on se mit en route à la grâce de Dieu ; le général Santa-Anna , en voyant l'expédition organisée de cette façon, se demandait si. dans cet équipage, l'on songeait arriver jusqu'à Mexico et si l'on s'imaginait que les Mexicains étaient « armés de flèches et de casse-tètes. »

L'escadre Lg ^ janvier 1862, l'escadre française et trois bâtiments

Irançaise quilie ' J *

2 ■ in^ 'iS» espagnols portant le général Prim et quelques troupes de renforts quittèrent la Havane ; le commodore Dunlop était parti quelques jours avant.

Le 7 janvier, les bâtiments français et espagnols mouillèrent devant la Yera-Gruz, en rade de Sacrificios.

Les troupes françaises, à l'exception de l'infanterie de marine, débarquèrent le 9 au matin (^).

Aussitôt leur arrivée à la Vera-Cruz, les commandants des forces anglaises et françaises se concertèrent avec Sir

<i) L'amiral Ju rien au minisLre delà marine, 2 janvier 1802. — Le comman- «Jant du Derlliolet au ministre, 6 janvier. Ces animaux coûtèrent :

89 chevaux 96,936 fr.

234 mulets (bâts compris) 200.838

Frais de garde et de nourrituro 11,203

Total 308,969 fr.

(2) Us demandaient 40,000 fr. pour un seul voyage.

(3) La division espagnole, déjà arrivée à la Vera-Cruz et commandée par le

l'a3IIRal jitrien de la gravière. 63

Gh. Wyke et avec M. de Saligny ; les cinq commissaires -1862. représentant les puissances européennes adressèrent ensuite à la nation mexicaine la proclamation suivante rédigée par le général Prim :

c Mexicains,

« Les représentants de l'Angleterre, de la France et de l'Espagne remplissent un devoir sacré en vous faisant connaître leurs intentions à l'instant même où ils entrent sur le territoire de la République.

« Le respect des traités, foulés aux pieds par les divers gouvernements, qui se sont succédé parmi vous, la sécurité de nos compatriotes continuellement en péril, ont rendu notre expédition

1" brigade, l

général Gasset , sous les ordres du général Prim, se composait de :

un bataillon de chasseurs de l'Union. 831 h^*.

deux bataillons du régiment du Roi. 1,737

un bataillon de chasseurs de Baj len. 872

■'2^ brigade. ] un bataillon du régiment de Naples. i,007

un bataillon du régiment de Cuba. . 891

Gendarmes 33

(un escadron du Roi ) ,„^

Cavalerie. ■.],-,,, } 173

( un peloton d escorte j

Génie j Deux compagnies 208

Trois compagnies à pied, sans chevaux ni mulets. 344

destinées au service de :

8 pièces de 12 rayées,

2 obusiers de 21 rayés.

Artillerie.. ./ -, .- j m ■

2 mortiers de 27 rayes,

lune batt. de 8 pièces de 8,

une batt. de 6 pièces de montagne , avec G4 mules. 136

\ Total. . 20 pièces rayées. Total 0,234 h*^^.

et en outre une centaine d'ouvTiers d'administration.

Cette petite division était bien armée, bien équipée et présentait un bel aspect ; toutefois elle n'avait, comme on le voit, ni transports ni attelages pour l'artillerie.

Les soldats étaient légèrement chargés, mais ils eurent cruellement à souffrir de l'insuffisance de leur équipement et de leur organisation de campagne.

Le climat les éprouva fortement. Le 18 janvier, on comptait déjà 22 officiers et 603 soldats malades.

64 l" PARTIE. CHAPITRE II.

4862. nécessaire, indispensable. Ceux-là vous trompent, qui osent vous

~ dire que derrière de si justes et de si légitimes réclamations, se

cachent des projets de conquête, de restauration ou d'interveation dans votre organisation politique et administrative. Les trois puissances, qui ont loyalement accepté et reconnu votre indépendance, ont droit à n'être pas soupçonnées d'arrière-pensée illégitime, mais bien h vous inspirer confiance dans leurs nobles sentiments de grandeur et de générosité.

« Les trois nations, que nous venons représenter, et dont il semble que le véritable intérêt soit d'obtenir satisfaction des outrages dont on les a frappées, ont une ambition plus élevée, poursuivent un but d'une utilité plus grande encore et plus générale, Elles viennent tendre une main amie au peuple qu'elles voient avec douleur consumer ses forces, éteindre sa vilalité sous la funeste action dos guerres civiles et de perpétuelles convulsions.

« Voici la vérité, et ceux qui ont pour mission de vous la faire connaître n'y veulent joindre ni cris de guerre, ni menaces, mais bien vous aider à reconstruire l'édifice de votre grandeur, qui nous importe à tous. A vous seuls, exclusivement à vous, sans intervention étrangère, il appartient d'établir une constitution sur une base solide et durable. Votre œuvre sera une œuvre de régénération, que tous respecteront, car tous y auront contribué, les uns matériellement, les autres par leur concours moral. Le mal est profond, le remède est urgent ; maintenant ou jamais vous pouvez assurer votre bonheur.

1 Mexicains I Ecoutez la voix des alliés, ils vous apportent l'ancre de salut dans la tourmente perpétuelle qui vous épuise. Ayez confiance dans leur bonne foi, dans leurs intentions loyalement bienveillantes. Ne craignez rien des esprits inquiets et brouillons ; s'ils viennent essayer de vous troubler, votre attitude courageuse et résolue saura les confondre, tandis que nous, impassibles, nous présiderons au grand spectacle de \otre régénération^ enfin assurée par l'ordre et par la liberté !

« Ainsi le comprendra, nous en sommes sûrs, le gouvernement mexicain lui-même ; ainsi le comprendront les hommes distingués du pays, auxquels nous nous adressons. Ces esprits élevés ne pourront méconnaître qu'à cette heure, ils doivent laisser les armes en repos, et n'agir que par l'opinion publique et la raison, ces deux triomphants souverains du dix-neuvième siècle! »

Quelques phrases de celte proclamation en résument l'idée toute entière. En foulant aux pieds les traités, lesdi-

l'amiral JURIEX 1)E la GRAVIÈRE. Go

vers gouvernements qui se sont succédé, ont rendu notre i862 expédition indispensable ; mais ni menaces ni cris de guerre, était-il dit, nous venons vous aider à reconstruire l'édifice de votre grandeur, présider « impassibles » au grand spectacle de votre régénération, et nous espérons que le gouvernement mexicain le comprendra et laissera les armes en repos.

On se rend difficilement compte de l'utilité d'un pareil manifeste et de sa juste signification. Il était en désaccord complet avec la politique anglaise ; les commissaires anglais n'étaient donc pas autorisés à l'approuver ; de leur côtelés plénipotentiaires français ne s'y associèrent, direntils, que pour ne pas se séparer de leurs collègues. Les cabinets de Paris, de Londres et de Madrid le blâmèrent formellement. Par suite delà trop grande initiative, qui lui avait été laissée, le général Prim engagea ainsi la politique de la France et de l'Angleterre dans une voie qui ne convenait ni à l'un ni à l'autre gouvernement.

Ce manifeste lancé, les commissaires jugèrent opportun d'entrer en relations avec le gouvernement mexicain ; tout d'abord, ils demandèrent au général Uraga un sauf-conduit pour les délégués que l'on devait envoyer à Mexico.

Le général Prim dirigeait toute cette affaire, car, selon ses propres expressions, il recevait de la part de ses collègues « d'éclatants témoignages de déférence ». (^) Cependant les divergences de vues entre les commissaires s'accentuaient de plus en plus, tant au sujet des réclamations à faire valoir qu'à l'égard de la ligne politique à suivre.

Les commissaires anglais inclinaient vers une solution pacifique et influençaient dans ce sens le général Prim,

(') Leltic du général Prim à son crouvomement. 13 janvier 1862.

66 l"" PARTIE. CHAPilT.E II.

18G2. qui s'y trouvait déjà, personnellement fort disposé; les " commissaires français pensaient au contraire que le temps

des ménagements était passé, qu'il fallait prendre vis-à-vis du Mexique une attitude ferme, ne pas faire traîner les choses en longueur par des négociations illusoires et surtout marcher en avant pour ne pas laisser le corps expéditionnaire se consumer dans la zone malsaine. Doscripiion En partant de Vera-Gruz, cette zone a une largeur

Tmmair?."'^ d'cnvirou viugt lieucs ; on l'appelle la terre chaude. C'est un pays presque plat, sans culture et qui, pendant la saison des pluies, du mois de mai au mois de septembre, se transforme en marécages ; leurs émanations pestilentielles sont l'origine de fièvres dangereuses, connues dans le pays sous le nom de vomito negro et aussi redoutables pour les Mexicains des hauts plateaux que pour les Européens. Le Rio Chiquihuite, qui coupe la route d'Orizaba à vingt lieues de Vera-Gruz, est considéré comme la limite de la terre chaude.

Les derniers contre-forts du pic d'Orizaba, dont la cime couverte de neiges perpétuelles s'élève à 5,400 mètres audessus de la mer, s'arrêtent sur la rive droite du Chiquihuite ; lorsque l'on a gravi leurs pentes, la physionomie du pays change ; on entre dans la terre tempérée, dont la température moyenne est de 18*^ à SO*', et varie peu pendant toute l'année. Gordova, la ville la plus importante de cette région, est à une altitude de 900". On rencontre alors de vastes champs de cannes à sucre, des bananiers, des caféiers ; au lieu des villages misérables et des cases en bois des terres chaudes, on trouve de vastes et belles haciendas; au lieu d''un pays désert, des campagnes peuplées et de riches plantations. Le plateau d'Orizaba, qui succède à celui de Cordova, est à 1,200 mètres environ au-dessus du niveau

l'amiral .lURlEN DE LA GllAVlÈRE. G7

de l'Océan ; il s'étend sur un plan incliné jusqu'au pied 1862. des Cambres d'Acultzingo (ISIO""), mur gigantesque qui soutient le grand plateau d'Anahuac. Orizaba est encore dans la zone tempérée, mais son climat est moins chaud que celui de Gordova.

Au centre du plateau d'Anahuac est situé Puebla ; on y cultive le blé et le maïs ; l'air est vif et le climat, généralement sain, se rapproche de celui de l'Europe; c'est la zone des terres froides, dont la température moyenne est de 17°. Le plateau d'Anahuac est à 2,200"" au-dessus de la mer, à la même altitude à peu près que la vallée de Mexico ; il en est séparé par l'énorme massif du Popocatepelt et de l'Ixtaccihualt, montagnes neigeuses dont les sommets sont à 5,4 10" et à 4,790" au dessus de l'Océan,

Il était d'un intérêt majeur pour le succès de l'expédition Occupation

1,1111 ''" '^ Tejf-iia.

de s'éloigner tout d abord de la côte, où l'agglomération ^-i janv. -1862. des troupes ne pouvait que hâter l'apparition de la fièvre jaune, et d'aller chercher, soit sur le plateau de Gordova, soit sur celui de Jalapa, dont les conditions sont analogues, des cantonnements salubres et un climat plus supportable.

Malheureusement les troupes n'étaient pas à même d'entrer en campagne ; elles n'avaient aucun moyen de transport ; l'artillerie et le matériel de campement de la colonne française, embarqués sur la Meuse et sur la Sèvre, n'étaient pas encore arrivés ; cependant l'amiral Jurien, ne voulant pas rester bloqué à Vera-Gruz, décida, de concert avec le général Prim et le commodore Dunlop, qu'on occuperait le petit village do la Tejeria, à 12 kilomètres de Vera- Gruz sur la ligne du chemin de fer en voie d'exécution.

Le 1 1 janvier (') , une colonne de troupes des trois

(0 L'amiral Jurkn au ministre de la marine. 12 janvier 1802,

68 l'" PARTIE. — CHAPITRE II.

4862. nations quitta Vera-Cruz pour aller prendre position sur ce point.

L'amiral Jurien avait fait emporter cinq jours de vivres aux troupes; en outre, la colonne qui marchait sur la chaussée du chemin de fer, était suivie d'un petit approvisionnement chargé sur les trucs, traînés à grand'peine par les mules à demi-sauvages qu'à défaut de locomotives on avait été obligé d'y atteler.

Le poste de la Tejeria était gardé par un détachement mexicain du corps du général Uraga. Le général Prim, l'ayant fait prévenir courtoisement des projets des alliés, espérait qu'il n'y mettrait pas obstacle.

Malgré de fréquents repos, les troupes supportèrent difficilement la fatigue de cette première marche ; les hommes, épuisés par une chaleur accablante, se couchaient sur les bords du chemin ; à huit heures (deux heures après le départ) on fut obligé d'ordonner une grande halte pour faire le café.

Le général Prim reçut alors l'avis que le général Uraga était momentanément absent, que sa réponse arriverait seulement dans la soirée, et qu'en attendant ses ordres les détachements stationnés à la Tejeria se disposaient à résister. Le général Primetl'amiralJurien n'en décidèrent pas moins de poursuivre leur marche, et l'annonce faite aux troupes qu'on allait rencontrer l'ennemi releva rapidement leur moral.

L'avant-garde signala bientôt un groupe d^ cavaliers mexicains sur la route ; l'ordre fut donné au peloton espagnol, qui tenait la tète de la colonne, de ne pas tirer sans avoir essuyé le premier feu et de se borner à pousser devant lui les troupes ennemies ; mais les Mexicains se retirèrent et évacuèrent la Tejeria sans résistance.

l'amiral JCRIEN de la GKAVIÈRE. 69

Les troupes françaises et espagnoles, placées sous le ^862. commandement supérieur du colonel Hennique, s'établirent dans cette position, et les trois commandants en chef revinrent le même jour à Vera-Gruz. A la Tejeria, ils avaient reçu la visite d'un aide de camp du général Zaragosa, ministre de la guerre, qui s'était présenté en parlementaire pour s'enquérir de leurs intentions. Le général Prim, servant d'interprète à ses collègues, protesta de leurs dispositions tout amicales et le pria d'inviter le général Zaragosa à venir, en personne, conférer avec les commandants des forces alliées.

L'amiral Jurien ayant manifesté l'intention de concen- occupation trer toutes les troupes françaises à la Tejeria, le général Prim désira également réunir tout le corps espagnol sur un point plus salubre que Vera-Gruz ; il fit choix de la petite ville de Medelin, située à l'embouchure du Pdo Jamapa, à quatre lieues au sud du port de Vera-Gruz, avec lequel elle est reliée par un chemin de fer. Le 13 janvier, les trois commandants en chef allèrent en prendre possession avec des détachements des trois nationalités.

Le même jour, dans la soirée, eut lieu la première réu- Première

m • ^^ 1 • • ii- -i conférence.

mon officielle des commissaires alliés ; il y régna beau- Ultimatum des

, pléiiipoten-

COUp de confusion W. tlaires français.

L'amiral Jurien communiqua à ses collègues le projet d'ultimatum, préparé par M. de Saligny, qui étant malade n'avait pu assister à la conférence ;

43 janv. -1862.

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