‹ Expédition du Mexique, 1861-1867;Chapitre 7 sur 58 · ULTIMATUM · texte numérisé non relu

ULTIMATUM

Art. i'^^. — Le Mexique s'engage à payer à la France une somme de douze millions de piastres à laquelle est cvakié l'ensemble dos réclamations françaises, en raison des faits accomplis jusqu'au

(') L'amiral Jurion au ministre de Li marine, lo janvier.

70 l'" PARTIE. ClfAI'lTl'.E II.

4862. 31 juillet dernier, sauf les exceptions stipulées dans les articles 2 "~ et 4 ci-dessous. En ce qui touche les faits accomplis depuis le 31 juil-

let dernier, et pour lesquels il est fait une réserve expresse, le chiffre des réclamations auxquelles ils pourront donner lieu contre le Mexique sera fixé ultérieurement par les plénipotentiaires de la France.

Art. 2. — Les sommes restant dues sur la convention de 1853, qui ne sont pas comprises dans l'article l^^" ci-dessus, devront être payées aux ayants droit dans la forme et en tenant compte des échéances stipulées dans ladite convention de 1853.

Art. 3. — Le Mexique sera tenu h l'exécution pleine, loyale et immédiate du contrat conclu au mois de février 1859 entre le gouvernement mexicain et la maison Jecker.

Art. 4. — Le Mexique s'oblige au paiement immédiat des onze mille piastres formant le reliquat de l'indemnité qui a été stipulée en faveur de la veuve et des enfants de M. Ricke, vice-consul de France à Tepic, assassiné en octobre 1839.

Le gouvernement mexicain devra, en outre, et ainsi qu'il en a déjà contracté l'obligation, destituer de ses grades et emplois et punir d'une façon exemplaire le colonel Rojas, un des assassins de M. Piicke, avec la condition expresse que Rojas ne pourra plus être investi d'aucun emploi, commandement, ni fonctions publiques quelconques.

Art. 5. — Le gouvernement mexicain s'engage également à rechercher et à punir les auteurs des nombreux assassinats commis contre les Français, notamment les meurtriers du sieur Davesne.

Art. 6. — Les auteurs des attentats commis le 14 août dernier contre le ministre de l'Empereur et des outrages auxquels le représentant de la France a été en butte dans les premiers jours du mois de novembre 1861, seront soumis h un châtiment exemplaire, et le gouvernement mexicain sera tenu d'accorder à la France et à son représentant les réparations et satisfactions dues en raison de ces déplorables excès.

Art. 7. — Pour assurer l'exécution des articles 5 et 6 ci-dessus et le châtiment de tous les attentats qui ont été ou qui seraient commis contre la personne de Français résidant dans la République, le ministre de France aura toujours le droit d'assister en tout état de cause, et par tel délégué qu'il désignera ù cet effet, à toutes instructions ouvertes par la justice criminelle du pays.

Il sera investi du môme droit relativement à toutes poursuites criminelles intentées contre ses nationaux.

Art. 8. — Les indemnités stipulées dans le présent ultimatum

l'amiral jlrien de la ghavière. 71

porteront de droit, à dater du 17 juillet dernier et jusqu'à parfait 1862.

paiement, un intérêt annuel de six pour cent. ~

Art. 9. — En garantie de l'accomplissement des conditions financières et autres posées par le présent ultimatum, la France aura le droit d'occuper les ports de Yera-Cruz et de Tampico et tels autres ports de la République qu'elle croira à propos, et d'y établir des commissaires désignés par le gouvernement impérial, lesquels auront pour mission d'assurer la remise entre les mains des puissances qui y auront droit, des fonds qui doivent être prélevés à leur profit, en exécution des conventions étrangères, sur le produit des douanes maritimes du Mexique, et la remise entre les mains des agents français des sommes dues à la France.

Les commissaires dont il s'agit seront, en outre, investis du pouvoir de réduire soit de moitié, soit dans une moindre proportion, suivant qu'ils le'jugeront convenable, les droits actuellement perçus dans les ports de la République.

Il est expressément entendu que les marchandises d'importation ne pourront en aucun cas, ni sous aucun prétexte que ce soit, être soumises par le gouvernement suprême ni par les autorités des Etats à aucun droit additionnel de douane intérieure ou autre, excédant la proportion de quinze pour cent des droits payés à l'importation.

Art. iO. — Toutes les mesures qui seront jugées nécessaires pour régler la répartition entre les parties intéressées des sommes prélevées sur le produit des douanes, ainsi que le mode et les époques de paiements des indemnités stipulées ci-dessus, comme pour garantir l'exécution des conditions du présent ultimatum, seront arrêtées de concert entre les plénipotentiaires de la France, de l'Angleterre et de l'Espagne.

Les commissaires anglais, s'appuyant sur la solidarité qui liait les trois puissances engagées au Mexique, crurent de leur droit d'exercer leur contrôle sur ces réclamations, dont ils trouvèrent le chiffre exorbitant, et s'opposèrent à ce qu'il fût donné suite à cet ultimatum. Cependant le saufconduit demandé au général Uraga était arrivé ; il fallait se résoudre à quelque chose. Une deuxième réunion fut dé- Deuxième cidée pour le lendemain. M. de Saligny y assista. Après de Emoi

, - . 11/- - • ' • '^^ délégués

vives discussions, les plénipotentiaires convinrent que le do- à Mexico.

72 l" PArxllE. CllAFlTRli II.

<862. tail des réclamations ne serait pas envoyé au gouvernement de Mexico. L'amiral Jurien proposa à ses collègues le texte d'une note par laquelle on demanderait l'accès du plateau de Jalapa, avec la menace, en cas de refus, de prendre de vive force les cantonnements dans l'intérieur ; les autres commissaires, le général Prim surtout , s'opposèrent à ce que cette communication eût un caractère comminatoire. Ils présentèrent alors aux plénipotentiaires français une autre note, déjà revêtue de leurs signatures, et que l'amiral Jurien finit par accepter après avoir obtenu la modification de plusieurs passages qui lui semblaient trop favorables à Juarez.

Cette note se bornait à réclamer, en termes vagues, des satisfactions pour le passé, des garanties pour l'avenir, et insistait sur les intentions bienveillantes des alliés. Les commissaires anglais et espagnol n'avaient pas voulu que l'on y insérât la demande de cantonnements dans l'intérieur du pays ; il fut convenu que cette question serait traitée verbalement par les délégués envoyés à Mexico.

L'amiral Jurien, avec le consentement de ses collègues, rédigea aussitôt les instructions suivantes, qui devaient leur tenir lieu de lettre de créance.

« Les représentants des trois hautes puissances, signataires de la convention du 31 octobre, ont chargé MM. le brigadier Milans, le capitaine de vaisseau Tatham, le capitaine de frégate Thomasset, chef d'état-major de l'escadre française, de se rendre à Mexico pour y remettre au gouvernement mexicain une note collective, dans laquelle se trouvent exposées les intentions des alliés. En retour de leurs déclarations toutes pacifiques et de leurs desseins sincèrement bionvcillants, les représentants des trois hautes puissances attendent du gouvernement mexicain qu'il comprendra la nécessité d'assurer aux armées alliées un campement salubre, pendant h' temps que dureront les négociations ot jusqu'au momoni où le Mexique aura achevé sa réorganisation intérieure. »

l'amiral JURlEiN DE LA GRAVIÈKE. 73

Ces officiers quittèrent Vera-Gruz le même jour, l 'i^ is62. janvier, et se rendirent à la Tejeria, où les attendait une escorte mexicaine ; ils firent aussitôt une visite au général Uraga, à son quartier général de San Juan de la Estancia. Le commandant en chef de l'armée mexicaine les reçut avec une grande affabilité et témoigna tout particulièrement au commandant Thomasset sa sympathie pour la France. Il promit de faciliter l'arrivée des vivres au camp de la Tejeria 0).

Ainsi, dès le début des conférences, la bonne entente entre les commissaires des trois puissances avait été compromise. La distinction et l'esprit élevé de famiral Jurien pouvaient encore maintenir une certaine aménité dans leurs

*') Le commandant Thomasset à l'amiral Jurien, lo janvier.

Le gênerai Uraga tint sa promesse. L'amiral le fit remercier par M. lo capitaine d'état-major Capitan, qui se rendit le 18 janvier à l'iiacienda de la Estancia, sa résidence habituelle, et lui offrit, de la part des commandants des troupes françaises et espagnoles, quelques présents consistant en caisses de vin et de cigares.

La visite de l'aide de camp de l'amiral avait en outre un but politique ; nous résumons le récit de l'entrevue qu'il eut avec le général Uraga :

Après avoir affirmé au général Uraga les dispositions bienveillantes de la France , le capitaine Capitan ajouta que ; « lorsque la France voulait faire la guerre en un point quelconque du globe, elle avait toujours une armée prête à partir et une flotte disponible pour la transporter, et que pour Lien établir la nature de ses intentions pacifiques, elle n'avait envoyé au Mexique que la garde de son drapeau. •

Le général Uraga, que l'on croyait ennemi juré de l'intervention espagnole, se montra au contraire très-sympathique au général Prim ; il lui attribuait le caractère pacifique donné à l'expédition. La conversion du général mexicain paraissait récente et semblait être le résultat des efforts de Sir Gh. Wyke, qui correspondait presque quotidiennement avec lui.

Bien qu'il parlât de Juarez avec peu de déférence , il disait que le président était le représentant du pays et que, par amour-propre national, on voulait qu'il fût respecté. — <■ Sauvez cette question de forme , ajouta-t-il, et toutes les affaires s'arrangeront facilement. »

« Juarez n'est qu'un nom ; nous gouvernons derrière lui , Doblado et Etchcvcrria sont déjà à la tCtc des affaires ; moi-même je suis destiné à prendre le portefeuille

74 l" PAlîTIE. — CliAPlilŒ II.

4862. relations personnelles, mais leurs relations diplomatiques devenaient chaque jour plus difficiles, et une rupture prochaine de l'alliance se laissait déjà entrevoir.

On ne peut manquer d'être surpris de cette attitude de Sir Ch. Wyke, en la rapprochant des dépêches par lesquelles il exposait au gouvernement anglais l'urgence d'une intervention armée dans les affaires mexicaines (*) ; aujourd'hui, au contraire, il employait tous ses efforts à obtenir une solution pacifique des difficultés pendantes. Le commodore Dunlop s'était rangé à son avis, et le général Prim n'inclinait que trop dans ce sens ; tous trois étaient d'avis d'appuyer le parti qu'ils appelaient libéral modéré et de considérer le gouvernement de Juarez comme un gouvernement légal.

do. la gnerre lorsque ma présence ne sera plus nécessaire dans l'Etat de Vera- Cruz. Dites à l'amiral que nous nous entendrons avec les puissances étrangères, mais qu'il faut aller doucement et prudemment ; avec du temps on peut arriver à tout, et qui plus est , en conservant les formes légales ; la présidence à vie, la monarchie môme, rien n'est impossible si l'on veut nous laisser conduire les affaires et attendre. »

Le général Uraga partageait l'antipathie générale contre les Espagnols, mais il faisait toujours une exception pour le général Prim.

M. Capitan dit dans son rapport : « Je crois que le général Uraga est complètement gagné au parti libéral, dont Doblado est le chef. Ce parti obéit à l'impulsion de Sir Ch. Wyke, et le général Prim lui-raôme n'est qu'un instrument que l'on flatte et que l'on cherche peut-être à séduire en lui faisant concevoir des espérances personnelles Le général Zaragosa commande sous

les ordres d'Uraga une division placée à la Soledad ; Zaragosa appartient au parti libéral le plus avancé , et le général Uraga le considère comme un espion du président .luarez ; il déclare formellement qu'il est-décidé à le faire fusiller à la plus légère apparence de trahison. >>

(•) Le 25 juin 1861, Sir Ch. Wyke avait écrit : « La lecture de mes précédentes dépêches aura fait voir à Voire Excellence que l'on ne peut avoir aucune confiance dans les promesses ni même dans les engagements les plus formels du gouvernement mexicain. Le capitaine Aldliam, qui, durant trois ans, a bien étudié le caractère mexicain et la manière d'éluder ses engagements, est d'avis que le temps de la douceur est passé et que si nous voulons protéger la vie et les intérêts des sujets britanniques, il faut employer des mesures coercitives. »

l'amiral JURIEN de la GRAVIÈRE. 75

Un incident faillit cependant compromettre cet accord. -1862. L'ariivée du général Miramon était annoncée à Vera- Airestaiion

de Miramon.

Gruz. On se rappelle que, pendant sa présidence, il avait 27 juuv. isoi lait enlever les sommes déposées sous le sceau de la légation britannique et destinées au paiement de la dette anglaise. Les commissaires anglais ayant, pour cette raison, manifesté l'intention de le faire arrêter à son débarquement, les commissaires français déclarèrent, que le drapeau français flottant à Yera-Gruz, ils protestaient contre cet acte de violence ; pour écarter toute difficulté, il fut alors décidé que l'arrestation aurait lieu à bord même du paquebot anglais. En effet, le 27 janvier, à Tarrivée du paquebot, les autorités anglaises se saisirent de la personne de l'ancien président et le transférèrent sur un bâtiment de guerre. Le frère de Miramon, le Père Miranda et quelques autres émigrés mexicains, qui l'accompagnaient, eurent la liberté de débarquer.

Le général Miramon était venu avec l'assentiment du général Prim et avait reçu, sous un nom supposé, un passeport des autorités espagnoles de l'île de Cuba O. Son arrestation, dit l'amiral Jurien, causa une émotion violente au général Prim, qui se trouva personnellement blessé. L'amiral se hâta d'interposer ses bons offices pour calmer le différend qui s'élevait entre ses collègues C^) ; mais ceux-ci revinrent bientôt d'eux-mêmes à leur intimité

('») Miramon avait fait un voyage en Espagne. Le 13 octobre 1861, .M. Seiiurlz, chargé d'affaires des Etats-Unis à Madrid, informait son gouvernement des demarches que le général faisait auprès do MM. Narvaez et Calderon-Coliantcs; il le supposait d'accord avec le gouvernement espagnol. (Executive documents, 1801- 1862.)

(*) Le général Prim a dit, de son côté, qu'il avait dû employer toute son influence pour que l'incident Miramon ne fût pas Toccasion d'une rupture complète entre les Anglais et les Français. (Lettre du gérerai l'rini à M. Caideron- CoUantes, 2« janvier 1862.)

76 l"^*" l'AiniE. — CHAPITRE 11.

1862. des premiers jours. Il fut convenu entre eux que le commodore Dunlop renverrait Miramon à la Havane et que le général Prim s'opposerait à son retour au Mexique ('). Dès ce moment, les relations devinrent de plus en plus intimes entre les commissaires anglais et espagnol, qui paraissaient ne « s'entendre que trop bien » pour combattre en toute circonstance l'influence des plénipotentiaires français.

Retour Les délégués revinrent de Mexico le 28 janvier. Ils avaient

28 jimv.^<862. été bicu rcçus, mais n'avaient obtenu que des réponses évasives. D'après l'opinion du commandant Thomasset, Sir Ch. Wyke, dont la politique était d'ailleurs désapprouvée par le commodore Dunlop, négociait un arrangement particulier avec Doblado ; celui-ci, confiant dans l'appui des Anglais, travaillait à renverser Juarez, et les Espagnols cherchaient également à obtenir des avantages particuliers. Il faisait un triste tableau du désordre qui régnait dans l'intérieur du pays, du brigandage qui désolait les routes et de l'insécurité de la ville même de xMexico ; il pensait qu'il était utile de marcher de suite vers l'intérieur et que l'idée monarchique avait de nombreux partisans (^).

Réponse M. de Zamacona, envoyé par Doblado, arriva le jour sui-

^^ mcxS™''"' vant porteur de la réponse officielle. Le ministre des affaires étrangères mexicain insistait sur la popularité croissante qui entourait le gouvernement actuel ; il assurait que si les intentions des trois puissances étaient bienveillantes, leurs réclamations seraient assurément acceptées, et il invitait les plénipotentiaires à faire de suite rembarquer leurs

H) F>'amir;il au ministre do la marine, 29 janvier 1862. '2) Rapport (lu commandanl Thomasset.

l'amiral JURIEN de la GTIAVIÈRE. 77

troupes et à se rendre à Orizaba avec une escorte d'honneur 18G2. de 2,000 hommes pour y conférer avec les commissaires mexicains. La singularité de cette proposition choqua tellement l'amiral Jurien, qu'il voulait laisser M. de Zamacona retourner à Mexico sans réponse écrite, et annoncer à son gouvernement que, de gré ou de force, les alliés prendraient les cantonnements qui leur plairaient.

Cette opinion n'ayant pas prévalu, il proposa à ses collègues la note collective suivante, qui fut adoptée et remise à l'envoyé mexicain.

« Les soussignés, etc. en réponse à la note de Son Exe, ont Deuxième note l'honneur de lui exposer que, venus au Mexique pour y remplii' ^'^^ commssaires une mission civilisatrice, ils ont conçu le plus vif désir d'accomplir cette mission sans verser une goutte de sang mexicain. Ils croiraient cependant manquer à tous leurs devoirs envers leurs gouvernements et envers leurs pays, s'ils ne s'occupaient d'assurer le plus tôt possible un campement salubre k leurs troupes. En conséquence, ils ont l'honneur de prévenir Son Exe. de la nécessité où ils se trouveront vers le milieu du mois de février de se mettre en marche pour Orizaba et pour Jalapa, où ils espèrent qu'il leur sera fait un accueil sincèrement amical y> ^^K

Juarez ne s'y disposait guère ; le 25 janvier, il avait fait Loi du 25 jauviciparaître une loi de terreur, prononçant la peine de mort contre les étrangers qui avaient envahi le territoire sans déclaration de guerre, et contre les Mexicains qui les seconderaient de quelque manière que ce fût, assisteraient à des juntes, ou accepteraient des emplois donnés par eux ou par leurs délégués (^).

(') L'amiral au ministre de la marine, 3 février 1862.

(2) Les articles de cette loi furent invoqués dans l'acte d'accusation dressé contre l'empereur Maximilien et les généraux Miramon et Mejia, faits prisonniers avec lui à Queretaro. (Lettre du général Ignacio Mejia, ministre de la guerre de Juarez, au général Escobedo ; San Luis de Potosi. 21 mai 18G7.) D'ailleurs, des décrets

78 l*"^ PARTIE. CHAPITRE II.

^862. Depuis longtemps, du reste, les armes dont Juarez se

servait étaient employées par les partis qui déchiraient le pays,

Orpiiisoiion Pendant ces pourparlers, l'amiral poursuivait activement

(lu corps ...

exi.édiiionnaire. l'organisatiou de son petit corps d'armée. Il trouvait de grandes difficultés à constituer des moyens de transports. Dans l'impossibilité de se procurer des voitures, il avait dû se décider à en faire construire et mettre les ouvriers de la flotte à la disposition des entrepreneurs ; on avait commandé à la Havane les roues, les essieux, les harnais ; on achetait à des prix excessifs tout ce que l'on découvrait en fait de mules, de chevaux, de bâts, de harnachements ; mais les Espagnols et les Anglais, dont la pénurie n'était pas moins grande, faisaient une véritable concurrence.

Les Espagnols, désespérant de pouvoir utiliser les mules sauvages qu'ils avaient achetées au Mexique, s'étaient vus obligés de demander des attelages à l'île de Cuba.

Les troupes se trouvaient heureusement dans des conditions relativement assez bonnes au camp de la Tejeria. L'amiral, désirant y envoyer les compagnies d'infanterie de marine restées jusqu'alors à Vera-Cruz, pria le géné-

aussi barbares avaient éLe plus d'une fois rendus au Mexique; nous citerons les deux suivants :

« Ordre adressé par le général Miramon au général Marquez après la bataille de Tncubaya. Mexico, 11 avril 1801 : — Dans l'après-midi de ce jour et sous votre plus stricte responsabilité, vous donnerez l'ordre de fusiller tous les prisonniers du grade d'officier, et m'informerez de leur nombre. »

« Le général Marquez au peuple de Mexico : — En vertu des pouvoirs dont je suis investi, je décrète : 1° B. Juarez, et ceux qui reconnaissent son f,^ouverneiiient et lui obéissent, sont déclarés traîtres au pays, ainsi que tous ceux qui l'aident directement ou indirectement, quelque peu que ce soit.

« 2" Tous les individus compri? dans une des catégories ci-dessus spécifiées seront immédiatement fusillés sans autre formalité que la constatation de leur identité, ■.

l'amiral JURIEN de la GRAVIÈRE. 79

rai Prim d'en retirer les détachements espagnols, afin ^8C5. d'éviter l'encombrement. Il saisissait ainsi cette occasion de séparer les troupes des deux puissances, entre lesquelles ne s'étaient pas formées de bonnes relations de camaraderie ; de plus, les Espagnols, malgré une discipline sévère, ne s'étaient pas concilié les sympathies des Mexicains, qu'une haine traditionnelle éloignait d'eux, et les bons rapports qui tendaient à s'établir entre nos soldats et les gens du pays auraient pu souffrir de leur voisinage (*).

Comme les puits de la Tejerîa menaçaient de tarir, l'amiral fit demander au général Uraga s'il verrait avec déplaisir les troupes françaises s'avancer jusqu'au petit village de San Juan de la Loma, à 13 kilomètres plus loin. Le général mexicain y consentit volontiers, et ce point fut occupé le 27 janvier par les corps du camp de la Tejeria, tandis que les compagnies d'infanterie de marine les remplaçaient dans leur ancien campement. Le matériel destiné à ces compagnies n'étant pas encore arrivé, l'amiral fit installer des tentes avec des voiles de rechange et des bouts de mât, et les bâtiments prêtèrent leurs chaudières pour remplacer les marmites et les bidons.

Enfin, le 30 janvier, la Meuse apporta le matériel de la batterie de 4 et le matériel de campement si impatiemment attendu. La section de l!2 des marins, qu'on n'était pas parvenu à organiser d'une manière satisfaisante, fut licenciée.

L'amiral allait donc se trouver bientôt à même de faire mouvoir ses troupes. Il n'avait cessé, du reste, d'affirmer à ses collègues son intention bien arrêtée de s'avancer dans l'intérieur dès qu'il le pourrait. Ceux-ci, malgré leurs dispositions pacifiques, étaient forcés de reconnaître que l'atti-

i*) L'amiral au ministre de lu maiirn', 24 janvier.

4862. lude du gouvernement mexicain les obligerait peut-être à prendre de vive force les cantonnements salubrcs qu'ils avaient cru plus opportun d'obtenir de sa condescendance, et le général Prim manifesta l'intention de faire venir de la Havane un renfort de quatre bataillons qui se tenaient prêts à partir (').

De son côté le commodore Dunlop prit sur lui, malgré la rigueur de ses instructions, d'ordonner à l'île de Cuba l'achat des tentes et des mulets nécessaires, pour que le contingcînt anglais pût suivre les troupes franco-espagnole?.

La nécessité de s'éloigner d'une côte aussi malsaine se faisait en effet vivement sentir ; le 2 février, le général Prim avait déjà dû renvoyer à la Havane 800 hommes malades, et le corps expéditionnaire français comptait à la même époque 335 indisponibles sur un effectif total de 3073 homme?.

Les maladies n'avaient cependant pas abattu le moral des troupes ; l'amiral s'en assura en allant visiter les camps de la Tejeria et de San Juan (6 février), mais il était à craindre que les hommes qui avaient été atteints par les fièvres n'eussent plus assez de forces pour porter leurs sacs. Les soldats d'infanterie de marine, dont la santé était déjà épuisée par un long séjour dans les pays chauds, étaient les plus éprouvés; ils résistaient moins bien que les zouaves et que les matelots aux influences pernicieuses du climat (^). La batterie de montagne se rendit de Vera-Gruz à la Tejeria, et deux des chariots que l'on avait fait construire allèrent porter des vivres à San Juan. Le mouvement qui avait lieu dans les camps français et la visite de l'amiral firent craindre au général Uraga que les troupes ne se disposassent à marcher en avant. Il envoya de suite un de

(1) L'amiral au ministre do la marine, 21 janvier 1.S02.

(2) L'amiral au minisire de la marine, 7 février.

l'amiral jurien de la gravière. 81

ses officiers à l'amiral Jurien, pour le prier d'attendre i8G2. quelques jours encore, car on ne pouvait, disait-il, tarder à recevoir la réponse du gouvernement aux dernières communications des alliés.

Cette démarche du général mexicain témoignait de ses bonnes dispositions personnelles ; tous les officiers mexicains avec lesquels on avait été fortuitement en rapport montraient de même une grande sympathie pour les Français, mais ils ne dissimulaient pas leur haine contre les Espagnols. Ces sentiments faisaient espérer à l'amiral qu'un certain nombre d'hommes du parti conservateur se grouperaient volontiers autour du drapeau français, lorsque les troupes s'avanceraient dans l'intérieur ; mais il était cependant obligé de reconnaître que la masse de la population semblait incliner plutôt vers la réforme que vers le parti réactionnaire, et déjà, avant le commencement des hostilités, des guérillas à la tète desquels se mettaient des chefs libéraux, la plupart indiens ou métis, surgissaient dans la terre chaude, faisaient le vide autour des troupes étrangères et battaient le pays pour arrêter les émigrés récemment débarqués (particulièrement le Père Miranda) (*).

La réponse de M. Doblado à la deuxième note des com- Réponse

. , ,j. p in'"-. do Doblado à la

missaires allies arriva a Vera-Cruz le 9 levrier. douxieme noie.

ï Le gouvernement mexicain ignore encore, disait-il, quelle peut être la mission que les commissaires alliés viennent remplir au Mexique, parce que, jusqu'à ce moment, ils ont seulement indiqué des promesses vagues et dont personne ne comprend le véritable objet; il ne peut permettre que les troupes envahissantes s'avancent, à moins que l'on ne règle avec clarté et précision certaines bases générales qui feront connaître les intentions des alliés

(1) L'amiral au ministre de la marine, 7 février.

82 l" PARTIE. CHAPITi.E II.

4862. ''t qiic l'on ne négocie ensuite avec prudence au sujet des intérêts — importants qui doivent être discutés.

« Le citoyen président m'ordonne de dire pour plus ample explication, que si Vos Seigneuri(;s envoient promptement àCordova un commissaire pour discuter avec un autre commissaire du gouvernement les bases mentionnées, on donnera l'ordre de permettre d'avancer jusqu'aux points dont on conviendra. »

Troisième noie. Les comiTiissaires alliés répondirent que la note de M. Doblado ne modifiait en rien leurs déterminations, et ils l'invitèrent à se rendre le 18 février à la Purga (à moitié chemin de la Tejeria et de la Soledad), pour y conférer avec le général Prim .

^ . , , Au môme moment, le général Uraera, de la courtoisie

Le gênerai .

zaragosa rem- duciuel l'amiral Juricn n'avait qu'à se louer, fut rappelé par

place le gênerai '^ ^ ? j. i j.

Uraga. \q gouvernement de Juarez, qui l'accusait de trop de sympathies pour les Européens, et remplacé dans le commandement de l'armée d'Orient par le général Zaragosa, homme exalté et animé de dispositions très-hostiles à l'intervention étrangère (^).

Dès son arrivée, le nouveau commandant de l'armée mexicaine adressa au général Prim, qu'il feignait de considérer comme le chef de l'expédition, une lettre injurieusement hautaine pour le prévenir qu'il tolérait que les alliés conservassent les cantonnements de Medelin, de la Tejeria et de San Juan, mais que loccupation de tout autre point serait considérée comme un acte d'agression de leur part. Cette déclaration était évidemment à l'adresse du général espagnol qui venait récemment d'envoyer un bataillon à Santa Fé entre San Juan et Vera-Gruz.

Le général Prim fut vivement offensé des termes de cette communication; mais Sir Ch. Wyke le calma peu à peu,

(•) i,';miiral au mini>tre îles affaircf» élrangores, Iti février 18G2.

l'amiral JURIEN DE LA GRAVIÈRE. 83

atténua les expressions et modifia le sens de la réponse qu'il 48G2. voulait tout d'abord envoyer au général mexicain. Les commissaires alliés se contentèrent de se plaindre à M. Doblado de l'étrange procédé du général Zaragosa (^).

L'amiral Jurien eût désiré qu'une démonstration militaire vînt mettre un terme à tous ces atermoiements et aux procédés tour à tour rusés et hautains du gouvernement de Juarez, mais il ne pouvait se séparer complètement de ses alliés. Le général Prim se montrait parfois disposé à commencer les opérations militaires ; il discutait alors un plan de campagne avec le commandant en chef des troupes françaises, demandait à la Havane les quatre bataillons qui se tenaient à sa disposition et acceptait l'offre de l'amiral Jurien de les faire transporter sur les frégates françaises alors mouillées dans ce port ; mais bientôt il voyait surgir devant lui toutes les difficultés inhérentes à une marche à travers un pays désert, dans lequel ses troupes ne seraient pas suivies d'un convoi suffisant; les conseils de Sir Gh. Wyke l'amenaient à faire toutes les concessions possibles pour arriver à une solution pacifique. On se demandait, en outre, si certaines considérations personnelles n'exerçaient pas quelque influence sur sa conduite pohtique. L'arrivée à Vera-Gruz(14 février) de la comtesse de Reus sa femme, parente, comme on le sait, d'un des ministres de Juarez, n'était peut-être pas étrangère aux projets ambitieux qu'on lui supposait.

Le général Zaragosa établit son quartier général à la Solerlad, occupa la route d'Orizaba et confia au général La Llave le soin de défendre celle de Jalapa en prenant pour points d'appui les fortes positions de Puente-Nacional et de

(*) L'amiral au ministre des affaires étrangAres, 15 février 1862.

84 l"" PARTIE. CHAPITRE IF.

4862. Gorral-Falso, sur lesquelles on avait transporté quelquesunes des grosses pièces provenant du château de Saint-Jean d'Ulloa. Au même moment le général Prim, craignant que la haine des Mexicains n'amenât une démonstration contre les Espagnols cantonnés à Medelin, pria ses collègues d'y envoyer quelques forces françaises et anglaises afin de prévenir une attaque (').

La compagnie de débarquement de la Foudre et une compagnie anglaise s'y rendirent le 13 février; elles en revinrent le 15, aucune tentative hostile n'ayant été faite par les Mexicains,

Convention Les commîssaires alliés reçurent alors la réponse de

■19 fév. I8G2. ^^' Doblado à leurs dernières notes. Il acceptait pour le 19, à la Soledad, la conférence qui lui avait été offerte avec le général Prim.

Cette entrevue eut lieu au jour fixé ; M. Doblado demanda tout d'abord que les commissaires opposassent une dénégation précise aux projets monarchiques attribués à la France et à ceux de restauration de la domination espagnole que l'on prêtait au cabinet de Madrid ; il voulait obtenir une reconnaissance formelle du gouvernement actuel du Mexique et la remise des douanes de Vera-Cruz entre les mains de l'administration mexicaine.

Cédant sur quelques points, résistant sur d'autres, disposé d'ailleurs à négocier plutôt qu'à combattre , et se sachant appuyé dans ce sens par les représentants de l'Angleterre , le général Prim signa des préliminaires, devenus célèbres sous le nom de Convention de la Soledad.

(•) L'amiral au niinislre des aiïairos i-trangi'Tos, \o février 1861.

l'amiral JDRIEN de la GRAVIÈRE. 85

CONVENTION. '•SSÎ.

Article 1". — Etant admis que le gouvernement constitutionnel, qui régit actuellement la Piépublique du Mexique, a déclaré aux commissaires des puissances alliées, qu'il n'a pas besoin du secours que ces commissaires ont offert avec tant de bienveillance au peuple mexicain, attendu qu'il possède en lui-même les éléments de force et d'opinion nécessaires pour se maintenir contre toute léolte intestine, les alliés se placent dès à présent sur le terrain des traités pour formuler toutes les réclamations qu'ils ont à faire au nom de leurs nations respectives.

Art. 2. — Dans ce but , les représentants des puissances alliées protestant, comme ils protestent, qu'ils n'ont aucune intention de porter atteinte à l'indépendance, à la souveraineté et à l'intégrité du territoire de la République, des négociations s'ouvriront à Orizaba, où devront se réunir MM. les commissaires et deux des ministres du gouvernement de la République, h moins que des deux côtés on ne convienne de se faire représenter par des délégués.

Art. 3. — Pendant la durée des négociations , les forces des puissances alliées occuperont les trois villes de Cordova, Orizaba et Tehuacan avec leurs rayons naturels.

Art. 4. — Afin qu'il ne puisse entrer dans la pensée de personne que les alliés ont signé ces préliminaires pour se procurer le passage des positions fortifiées qu'occupe l'armée mexicaine, il est stipulé que si, malheureusement, les négociations venaient à se rompre, les forces alliées évacueraient les villes susdites et retourneraient se placer sur la ligne qui est en deçà desdites fortifications, sur le chemin de la Yera-Gruz; les points extrêmes principaux en étant celui de Paso-Ancho, sur la route de Cordova et celui de Paso de Ovejas, sur la route de Jalapa.

Art. 5. — S'il arrivait malheureusement que les négociations se rompissent et que les troupes alliées se retirassent sur la ligne indiquée dans l'ai'ticle précédent, les hôpitaux qu'elles auraient établis resteraient sous la sauvegarde de la nation mexicaine.

Art. 6. — Le jour où les troupes alliées se mettront en marche pour occuper les points indiqués dans l'article 3, le pavillon mexicain sera arboré sur la ville de la Yera-Gruz et sur le château de Saint-Jean d'Ulloa.

Soledad, le 19 février 1862.

Ces préliminaires furent approuvés et signés dans la nuit môme par les compiissaircs français et anglais.

86 l'^ PARTIE. — CHAPITRE II.

4862. Ils furent ratines le 23 février, par le président Juarez.

La Convention de la Soledad avait pour résultat immédiat de permettre aux alliés d'occuper, sans coup férir, des positions salubres lorsque déjà leurs effectifs étaient considérablement affaiblis par la maladie et qu'il paraissait impossible d'entreprendre avec des chances de succès une campagne sérieuse. (')

Pour Juarez, elle avait l'avantage d'impliquer de la part des puissances alliées une sorte de reconnaissance de son gouvernement ; elle lui faisait gagner du temps pour organiser la résistance et attendre l'éclosion des germes de désaccord dont il pressentait l'existence chez ses adversaires.

Organisation La convcntiou de la Soledad avait ouvert aux troupes

d'un convoi. n- , • ,,,.,. ,

alhees 1 accès des provinces de 1 niterieur ; au moment de se mettre en marche, l'amiral Jurien appréciait mieux encore les difFicultés dont sans doute il ne lui aurait pas été possible de triompher, si au lieu de s'avancer pacifiquement, il lui avait fallu combattre. La grosse question était toujours celle des transports et de l'organisation d'un convoi, susceptible de suivre les troupes avec les vivres nécessaires, pour la traversée des vingt lieues de pays inculte et sans ressources , qui séparent Vera-Gruz du Chiquihuite.

Le commerce local emploie ordinairement, outre les bêtes de somme très-nombreuses au Mexique, deux sortes de voitures : de petites charrettes à deux roues, attelées de quatre mules de front, ou préférablement de gros chariots à quatre roues traînés par huit ou dix mules, quelquefois

(') Sur un cfTeclif de 6,000 hommes, les Espagnols n'avaient que 4,000 liommcs on titat de combaUre; — les Français coiiiplaicnt 400 à 500 malades. (L'amiral au ministre des affaires étrangères, 15 février.)

l'amiral JDRIEN DK la GUAVIÈUE. 87

par seize ou vingt-quatre, selon le poids du chargement qui excède parfois 3,000 kilogrammes.

Ces voitures, d'importation américaine, dont la construction est appropriée au mauvais état habituel des routes du pays, ne peuvent être conduites que par des hommes fort adroits et habitués à ce métier. Un seul arriero, monté sur la mule de derrière, suffit alors pour diriger ces longs attelages. Les chariots voyagent ordinairement par groupes ou partidas de 10 à 12, sous les ordres d'un majordome et de deux aides à cheval. La partida se compose donc généralement de 15 hommes et de 150 à 1 GO animaux. Chaque soir elle campe, et les mules sont parquées entre les voitures du convoi. On évaluait en temps ordinaire à 450 fr. environ la dépense journalière d'une partida de 12 voitures, et à 40,000 francs le fret de cette partida de Vera-Cruz à Mexico (^).

Ce trajet d'un peu moins de 100 lieues se fait en moyenne en vingt jours ; mais, pendant la saison des pluies, il arrive souvent que les voitures restent embourbées des mois entiers sans pouvoir avancer ni reculer.

C'était sur ces données que l'amiral devait se baser pour organiser ses transports. Le mieux était évidemment d'affréter ou d'acheter un certain nombre de partidas; mais jusqu'alors le gouvernement mexicain les avait empêchées de descendre vers la mer. Le commandant Lagé, chargé de créer le convoi, était sérieusement embarrassé. En réparant deux vieux chariots abandonnés aux environs de Yera-Cruz, en faisant des commandes à la Havane et à des entrepreneurs de Vera-Cruz même ; en payant le double de leur valeur (^) quelques voitures trouvées à

(1) Rapport du commandant Lagé. (Archives de la marine.)

(2) Le prix normal d'un chariot à 4 roues avec son alteluKe est d'environ 7,000 francs.

bo l'^ PARUE. CHAPITRE II.

4862. grand'peine, il était enfin arrivé, lorsque furent signés les préliminaires de la Soledad, à réunir:

11 chariots à quatre roues portant. . , . . 30,000 kil.

30 charrettes à deux roues. . . , 20,000 kil.

3 voitures d'ambulance pour 22 malades.

Ce petit convoi pouvait porter huit jours de vivres pour 3,200 hommes, sans comprendre le fourrage des animaux, dont l'effectif était alors d'environ 1,100, y compris 300 bêtes de trait du convoi.

Pour atteler ces voitures, on n'avait que des mules presque sauvages, et pour les conduire, un détachement de 120 matelots créoles, que l'amiral avait fait débarquer dans ce but, hommes mous, sans énergie et qui n'étaient nullement aptes à ce service. Le commandant Lagé n'avait pu recruter que neuf arriéres mexicains (*).

L'organisation de la batterie de montagne et surtout celle de la batterie de 4 avaient également présenté de grandes difficultés. Le matériel de cette dernière, embarqué sur la Meuse, n'était arrivé à Vera-Gruz que le 30 janvier. Les ouvriers avaient dû travailler jour et nuit afin de le mettre en état, faire les réparations nécessaires et ajuster les harnais beaucoup trop larges pour les mules achetées aux Antilles ou au Mexique. Les conducteurs, pris en grande partie parmi les indigènes de la Guadeloupe, étaient aussi inexpérimentés que ceux du convoi, et les canonniers d'artillerie de marine affectés à ces pièces n'étaient pas familiarisés avec ce nouveau service. Enfin, la batterie de 4 put sortir de Vera-Gruz le 19 février ; elle alla bivouaquer le môme jour à Santa Fé et se rendit le lendemain au camp de la Tejeria. Le parc y arriva à son tour le 22 février.

(') Rapport du couinuindant L;i;,'é, 20 février.

l'amiral JUlUEi\ J)E LA GRAVIÈUE. 89

A la suite de la Convention de la Soledad, il avait été ar- 18G2. rêté que les troupes françaises seraient cantonnées àTehua- Déi'art

, . . des troupes fran-

can, petite ville à 45 lieues de Yera-Cruz et à 38 lieues caiscs

pour Teluiacan.

au sud-est de Puebla, et que les Espagnols iraient occu- 26 février. perOrizaba etCordova. Les Anglais devaient partager avec les Espagnols l'occupation de cette dernière ville , mais les ordres que reçut le commodore Dunlop lui défendirent de s'éloigner de la côte.

Le 24 février, l'amiral ayant terminé ses préparatifs, ou plus exactement voyant qu'il lui était impossible de se créer de nouvelles ressources à Yera-Cruz, fit prévenir ses collègues que, sans attendre la ratification de la Convention de la Soledad par le président Juarez, mais persuadé qu'aucune entrave ne serait apportée à la marche de ses troupes, il les mettrait en mouvement le 2G février. Malgré quelques objections soulevées par le général Prini, qui n'était pas encore, disait-il, en mesure de le suivre, et parle commodore Dunlop, il maintint sa résolution. Le 25 février, il se rendit lui-même à la Tejeria et y fit concentrer les troupes du camp de San-Juan ('\

Il devenait urgent, en effet, d'éloigner les soldats des parages malsains de la Yera-Cruz. La fièvre jaune, qui d'ordinaire n'apparaît qu'au mois de mai, avait déjà fait plusieurs victimes, et leur nombre allait grossissant chaque jour. Les conditions climatériques de l'année avaient été exceptionnellement mauvaises ; les communications fréquentes avec la Havane, l'agglomération des troupes étaient en outre autant de circonstances malheureuses qui venaient s'ajouter aux conséquences d'une chaleur excessive.

La traversée des terres chaudes inspirait de grandes in-

(') L'amiral Jurien au ministre de la marine, 24 février 1862.

90 f PAUTIE. — CHAriTllE II.

'1862. quiétudes à l'amiral, qui se rappelait les fatigues de la première étape de Vera-Cruz à la Tejeria. Gomment les soldats, affaiblis par six semaines de séjour dans des camps insalubres, lourdement chargés, puisqu'on était forcé de leur faire emporter quatre jours de vivres, pour la plupart peu habitués à la marche, et dépourvus de cette expérience de détails qui s'acquiert seulement après quelques jours de campagne, résisteraient-ils aux épreuves qui les attendaient?

On avait deux jours de marche pour arriver à la Soledad , le premier village (si l'on peut donner ce nom à 3 maisons en pierre avec quelques cases en bois) que l'on rencontre en partant de la Tejeria. Pour se rendre à Gordova, la première ville où l'on pût trouver quelques ressources, l'amiral comptait faire sept étapes de 14 à 15 kilomètres en moyenne. Jusqu'à la Soledad et à cette époque de l'année la route est bonne, mais le pays est désert ; les endroits portés sur certaines cartes avec les noms de Mata Gordera, Santa Ana, La Purga , Arroyo de Piedras , Mata India, indiquaient seulement l'emplacement de cases misérables, abandonnées la plupart du temps et auprès desquelles, à la suite de grandes pluies, on trouve un peu d'eau au fond de trous bourbeux ; mais les habitants de ces pauvres abris sont ordinairement obligés d'aller chercher l'eau qui leur est nécessaire, soit au Pdo Jamapa, qui coule à quelques kilomètres à gauche de la roule, soit au Rio San Juan, qui est à peu près à la même distance, à droite. G'est là aussi que vont se désaltérer les nombreux bestiaux de l'hacienda de San Juan de la Estancia, qui vivent en liberté dans la campagne. L'amiral décida que la colonne irait, le premier jour, bivouaquer sur le bord du Rio Jamapa à 3 kilomètres à gauche de la Purga et que le lendemain on ga-

l'amiral jcrien de la gravièue. 91

gnerait la Soledad; la première étape étant ainsi de 18 kilomètres et la deuxième de 15.

Un officier fut envoyé, le 25 au soir, reconnaître la route en avant de la Tejeria ; il fut bientôt arrêté par les avantpostes mexicains et forcé de rétrograder. Les troupes mexicaines paraissaient donc disposées à barrer le passage, et l'amiral en fit aussitôt prévenir le général Prim, en lui confirmant du reste son intention de se mettre en mouvement le lendemain. Le général Prim parut vivement contrarié de cette détermination. Il finit cependant par répondre : « Que l'amiral marche donc ; je ne suis pas prêt, mais je le suivrai !>(').

M. de Saligny, prétextant le mauvais état de sa santé, resta à Vera-Cruz. Il n'existait pas de relations très-sympathiques entre lui et l'amiral, avec lequel il différait souvent de manière de voir, et dont il ne partageait ni la prudence ni la modération.

Le 26 février au point du jour, c'est-à-dire vers six heures, les troupes françaises quittèrent le camp de la Tejeria ; on y laissa seulement un petit détachement pour garder une ambulance provisoire.

Après quelques pourparlers avec les avant-postes mexicains, la route fut laissée libre ; pendant un instant l'amiral avait cru qu'ils essaieraient de s'opposer à son passage, mais la ratification des préliminaires ayant été apportée dans la journée même, les troupes mexicaines se replièrent.

La tête de la colonne française n'arriva au bivouac que vers midi, et encore les officiers n'amenaient-ils avec eux que le tiers de leur effectif. L'amiral, remontant de suite à cheval, revint sur ses pas se faisant suivre par les mulets

<*) Rapport (lu commandant Thomasset à l'amiral, 26 février 1862.

92 l'^ PARTIE . CHAPITRE II.

<862. d'ambulance et par les cavaliers de la colonne, portant des bidons remplis d'eau ; le spectacle dont il fut témoin était navrant.

Les soldats, épuisés, haletants, se traînaient sur la route ; les mulets, couchés à terre ou se roulant avec leurs charges, ne voulaient plus avancer. Cependant peu à peu les traînards, auxquels on apportait à boire, purent se remettre en marche et rejoignirent successivement le bivouac ; à la nuit tombante, les mulets d'ambulance ramenèrent les derniers. Deux soldats d'infanterie de marine succombèrent à une insolation. Le soir, pour donner de la viande aux troupes, on abattit à coups de fusil quelques taureaux sauvages qui erraient autour du camp. Il avait été impossible d'amener le troupeau jusqu'à l'étape (^).

Quant au convoi, il resta en chemin. Les conducteurs, manquant d'expérience, avaient eu besoin de toute la matinée pour harnacher et atteler les animaux ; les voitures ne s'étaient mises en route qu'à 2 heures du soir, et à 8 heures elles n'avaient encore fait que 4 kilomètres. Il fut évident que jamais elles ne parviendraient à suivre les troupes. L'amiral se décida à les laisser marcher à petites journées, comme elles le pourraient, sous l'escorte de la compagnie de débarquement de la Foudre.

La seconde étape fut moins pénible. La colonne, étant partie de la Purga à 2 heures du soir, arriva à la Soledad une heure après le coucher du soleil. Elle y resta deux jours ; le lendemain, les voitures d'artillerie allèrent chercher 76 hommes malades laissés à la Purga, et le surlendemain des mulets furent encore envoyés au-devant du convoi, pour ramener des voitures de vivres.

(') L'amiral au luiuislro de la marine, 27 février 1862.

l'a-Miral jurien de la GRâVIÈRE. 9'i

L'histoire de la campagne du Mexique ne présente 1862. aucun épisode comparable à ces premières étapes. Bien des fois les troupes exécutèrent, dans les terres chaudes, des marches plus fatigantes et surtout plus longues ; on ne saurait attribuer les accidents survenus à d'autre cause qu'à l'inexpérience des officiers et des soldats, nullement préparés par leur éducation antérieure aux fatigues d'une campagne de cette nature. C'est qu'on ne peut sans inconvénient, souvent même sans danger, changer la spécialité de chaque troupe ; la valeur morale ne supplée pas à tout : aussi aurait-il mieux valu laisser les soldats de marine dans les colonies, les marins à bord de leurs vaisseaux et envoyer au Mexique une petite brigade de vieilles troupes aguerries par un séjour en Afrique, quatre-vingts malades et deux cents hommes hors d'état de marcher restèrent à la Soledad , et en quatre jours la colonne n'avait fait que huit lieues. Que serait-il advenu si l'ennemi avait voulu lui barrer la route et si les guérillas étaient venues harceler ces malheureux soldats épuisés par la fatigue et la fièvre ?

L'amiral, ne voulant pas être rejoint par les Espagnols, quitta la Soledad le 2 mars. Il avait formé un convoi léger de six voitures pour porter une petite réserve de vivres. Ces charrettes à peine chargées ne purent cependant faire plus de deux kilomètres le premier jour. On dut encore les abandonner, comme on avait fait du grand convoi. Heureusement des vivres frais avaient été préparés sur le Chiquihuite par les soins de l'administration française. La colonne y arriva le 4 mars.

Le Rio Chiquihuite est la limite de la terre chaude. Il coule à onze Heues de la Soledad, au pied de fortes positions, formées par les contreforts inférieurs du pic

94 i'" PARTIE, CHAPlTIiE II.

d'Orizaba, et sur lesquelles les Mexicains avaient commencé des fortifications et élevé des batteries.

Dans de profondes déchirures, coulent trois ruisseaux, le Rio San Alejo, le Rio Ghiquihuite et le Rio Atoyac. Des ponts de pierre d'une seule arche donnent passage à la route, dont les lacets sont tracés sur les berges rapides et escarpées des ravins. L'eau n'est pas profonde, et les ruisseaux seraient la plupart du temps guéables si des rampes praticables étaient ouvertes aux voitures. Bien qu'il fût possible de les tourner au sud par le chemin de San Juan de la Punta, les Mexicains attachaient une grande importance à ces positions, etc'est pourquoi Doblado avait stipulé, dans les préliminaires de la Soledad, qu'en cas de rupture des hostilités, les troupes alliées rétrograderaient au delà de cette ligne de défense.

Le 5 mars, les troupes françaises entrèrent à Gordova. Leurs misères étaient finies , car elles devaient trouver désormais des ressources suffisantes et une température plus supportable.

Le 7 mars, après avoir gravi le cerro Cacalote, escalier gigantesque de 300 mètres de hauteur, qui sépare le plateau de Gordova de celui d'Orizaba, elles arrivèrent dans cette ville. Elles y séjournèrent le 8(*) ; le 9, un peu avant l'arrivée de la colonne des troupes espagnoles, elles repartirent avec un convoi de 23 chariots mexicains, que l'on avait enfin pu se procurer.

(•) Un immense dc'saslrc venait d'atteindre le corps d'armée du général Zaragosa. Une brigade de la division Ignacio Mejia était logée à San Andrès dans un couvent abandonne. Une explosion des approvisionnements de poudre qu'on y avait placés lit écrouler ce bâtiment. Sur un cffeciif de 1,450 honuues, l,Of>D furent écrasés sous les ruines. Selon la coutume des troiipes mexicaines , 400 femmes accompagnaient celte brigade ; 200 furent tuées. On releva 2G0 hommes et 25 femmes blessés. I/amiral envoya deux médecins de sa colonne porter secours à ces victimes.

l'amiral JURIEN liE LA GRAVIÈRE. 95

Les Espagnols, marchant en deux colonnes, avaient suivi '802. de près les troupes françaises. Le 7 mars, une de leurs brigades s'était installée à Gordova ; l'autre prit ses cantonnements à Orizaba le 9.

Le 10 mars, la colonne française campa près d'Acultzingo, au pied des Gumbres, qu'elle franchit le lendemain sans de trop grandes difficultés (').

Deux jours après, les troupes, remises de leurs premières épreuves, marchant bien et présentant un bel aspect militaire, arrivèrent à Tehuacan.

La marche du convoi avait été bien plus pénible. Il est Réorganisation douteux qu'il fût parvenu à franchir les défilés du Ghiqui- ,ie transVort. Imite, si l'amiral ne lui eût envoyé des attelages frais, et s'il ne lui était venu de Vera-Gruz un renfort d'une quarantaine de mules récemment arrivées de la Havane. Enfin, grâce à des efforts continuels, les dernières voitures furent réunies à Tehuacan, le 21 mars, vingt-cinq jours après leur départ de la Tejeria (^).

Un deuxième convoi arriva le 24 mars. G'était celui que le Commodore Dunlop avait réuni à grands frais pour ses troupes. Le gouvernement anglais, désapprouvant sa con-

(*) Les Gumbres d'Acultzingo sont formées par deux contre-forts étroits et aljruptes fjiii se détachent du pic d'Orizaba. Les grandes Gumbres ont une haueur de OSO mètres au-dessus d'Acultzingo. La route les gravit en traçant vingtrois lacets d'un développement de plus de sept kilomètres. Les petites Gumbres s'élèvent sur une ligne parallèle, prescpie aussi âpres et aussi difficiles, bien qu'elles ne soient qu'à 150 mètres d'élévation au-dessus de la vallée du Puente Colorado, qui les sépare des grandes Gumbres.

La route de Mexico franchit les petites Gumbres ; celle de Tehuacan , que devait suivre la colonne frani;aise, longe la vallée du Puente Colorado et n'offre plus d'obstacles.

(^) Rapport de M. Devarenne. — Le commandant Uoze au ministre de la marine 11 mars.

9() l" PARTIE. CHAPITRE II.

^862. duite, avait laissé ce matériel à sa charge, et l'amiral Jurien, autant pour l'aider à sortir d'embarras que pour augmenter ses propres ressources, le lui avait acheté au prix coûtant O.

Ces voitures étaient parties de la Tejeria le 8 mars, sous les ordres de M. le commandant Alleyron, qui avait emmené avec lui presque tous les hommes restés sur ce point et avait rallié en passant ceux que l'on avait laissés à la Soledad (ensemble environ 600 hommes). Mais les ressources trouvées dans l'intérieur permettaient maintenant à l'amiral de modifier l'organisation de ses transports et de supprimer le convoi, qu'il avait eu tant de peines à constituer et surtout à faire mouvoir. Un marché fut conclu avec un entrepreneur qui prit à sa charge tout le matériel en état de servir. Quel que dût être l'avenir de l'expédition, les plus grandes difficultés étaient vaincues ; on avait désormais la certitude de pouvoir faire suivre les troupes par des transports convenablement organisés, condition indispensable de toute opération militaire et qui certainement n'aurait pu être remplie si la Convention de la Soledad n'eût ouvert le pays (^).

(0 Le convoi anglais, qui fut paye environ 3,000,000 de francs, se composait de :

o chariots à 4 roues ;

2 dili^'encos ;

i voiture d"ambulance ;

14 charrettes ù 2 roues;

Une certaine quantité de matériel de toute nature ;

54 chevaux ;

200 mules avec les harnachements et les accessoires.

26 arriéres mexicains avaient été engagés pour la conduite des mules de Lût et des voilures.

(2) Une des causes qui assurèrent le succès de l'expédition des Américains en 1847 fut certainement la bonne organisation de leurs convois. Ils avaient amené ù Vera-Cruz 3,0(iO rhnriois et l.j.OOO mulets.

l'amiral JURIEN DE LA GRAYIÈRE. 97

En quittant Vera-Gruz , les commandants des troupes i3G2. alliées avaient décidé qu'il y serait laissé une garnison mixte de cent hommes de chaque nation. M. le capitaine de vaisseau Roze fut désigné par l'amiral pour commander à la fois l'escadre et les troupes à terre, mission périlleuse qui exigeait une énergie peu commune. Le 28 février, en effet, vingt-neuf hommes étaient déjà morts, 159 malades étaient à l'hôpital de Vera-Cruz et 122 à l'ambulance de la Tejeria. En rade, l'état sanitaire était assez satisfaisant, mais les équipages des bâtiments, réduits à un eff"ectif insuffisant, étaient soumis aux plus rudes fatigues ('). Outre le service du bord et celui de la rade, ils avaient à fournir des infirmiers pour les hôpitaux et des corvées pour garder et soigner les bêtes de somme et de trait que l'on rassemblait en prévision de l'arrivée probable de renforts : aussi l'amiral demandait-il au gouverneur de la Martinique de lui envoyer des soldats d'infanterie de marine, des artilleurs, des gendarmes, des ouvriers du génie et surtout 250 matelots noirs, les seuls qui pussent être employés sans danger aux travaux du port sous le soleil brûlant de Yera- Gruz.

Plus obscurs peut-être que les services des troupes débarquées, ceux des équipages de la flotte étaient non moins

(') On avait débarqué :

430 hommes pour le bataillon de uiariiis fusiliers;

80 — pour la batterie de montagne ;

20 — comme auxiliaires du génie ; 100 — attachés au convoi ;

70 — de la compagnie de débarquement de la Foudre.

Tolal. . 720 hommes, sans compter les ordonnances des officiers.

Tons ces hommes étaient des marins de choix, dont le départ affaiblissait sensiblement les équipages.

98 l" PARTIE. CMAPITRE II.

-1862. importants; nos marins y montrèrent une constance, une abnégation, une fidélité au devoir dignes d'admiration. (')

(1) L'amiral au ministre de la marine, 20 février ; — L'amiral au gouverneur de la Martinique, 15 février : — Le commandant Roze au ministre de la marine, 28 février.

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