‹ Expédition et naufrage de La Pérouse [microforme]Chapitre 4 sur 41 · PREMIERS MALREURS DE L’EXPÉDITION · texte numérisé non relu

PREMIERS MALREURS DE L’EXPÉDITION

C'est là qu’un affreux événement devait commencer la chaîne des infortunes de cette malheureuse expédition. Jusque IA tout l'avait favorisée ; les bâtimens n’avaient éprouvé aucun accident ; la santé des équipages était parfaite. Un. si heureux débüt avait, s'il se peut , redoublé le zèle et l’ardeur dont chaque personne ‘des deux naviresétaît animée pour le succès d’un si intéressant voyage. Mais là, la fortune les abandonna, du plutôt le destin s’attacha dès-lors à lés poursuivre jusqu’à ce qu'il eût enfin consommé leur perte totale. |

La Boussole et l Astrolabe étaient mouillées depuis dix jours dans le Port des Français ; le plan en avait'été levé, et il ne restait plus que-les sondes à rapporter. Le: 13 juillet la biscaïenne ,

‘le'petit canot de la Boussole , et la biscaïenne de l’Astrolabe,

inontés par des officiers des deux bâtimens, furent expédiés pour effectuer ce travail, Ces trois embarcations ‘étaient sous les ordres de M. d'Escures, lieutenant de vaisseau ; auquel M: de la Pérouse avait fortement recommandé de ne pas s'approcher trop près de la passe de l'entrée avant l'heure de la mer étale, parce que, pendant l’action de la marée, il y régnait une barré fort dangereuse, occasionnée par la violence du courant, qui portait sur des brisans. M, d’Escures n’ayant pu bien juger jusqu’à quelle distance de la passe ce courant se faisait sentir, se trouva dans

ses eaux lorsqu'il croyait encore n’en avoir rien à redouter. Vaiuement l’équipage de la bisçaïenne fit force de. rames popr: rétrograder, la chose fut impossible, et l’embarcation ; entraînée dans la barre, fut renversée par la force des lames qui s’y: déployaient avec fureur; Lous ceux qu'elle portait furent. engloutis. La biscaïenne de l’Astrolabé se trouvait encore à une assez grande distanée de Ja passe pour n'avoir rien à craindre ; mais les deux Messieurs ‘de la Borde:, qui la montaient, à l'aspect. du. péril. de leurs camarades, nhésitérent pas à voler à leur secours, et à s’engager dans les'brisans malgré l'inminence du danger ; ils ne purent que partager leuür-sorfi Le petit canot de {4 Boussole, commandé par M. Boutin, entraîné pareillement sur la barre , fut le seul qui ne périt pas, $a meilleure construction: ;sa légèreté , qui lui permit, quoique rempli d’eau, de continuer à gouvsrner, surtout la présence d'esprit et le sang-froid'de M. Boulin, lui firent éviter le naufrage. Il fut entraîné hors de la passe, et; rentrant à l’étale marée, alla annoncer dson-chef le cruel, événement dont il avait été 1émpin , et sur le point d’être Ja victime:

Des vingt-une personpes qui montaient les deux bisciiennes. pas une:ne fut sauvée ; on.ne trouva pas même leurs.restes :-dans ce uombre étaient fix jofficiers, Sur.une pétite île de l’intérieur dela baie, un cénotnphe avec une inscription fut érigée -à;la mémoire de ces infortunés. Ilest pénible d’être obligé de dire que, malgré. les droits iocantestables de première. découverte , malgré ceux du malheur, plus sacrés encore ; les:navigateurs et les géographesanglig n’ont conservé ni à cette île’, : ni même au Port des Français, les:nomgique M\ de la Pérouse, leur aval im posés. | tri

Le $o juillet, l'expédition quitta ves funestes bords pour contiouer, l'exploration des. côtes de l'Amérique; mais M. de la Pérouse ue put la fire que très-superfciellement n'ayant que peu de. temps à consacrer, àun: travail qui en exigeait beaucoup. La mauvaise marche, la mauvaise qualité de ses bâtimens, dont il ne cesse de se plaindre (1) , lui en faisaient perdre encore.

(1) La Boussok et l’'Astrolube, malgré le titre de frégates qu’on leur avait

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