‹ Expédition et naufrage de La Pérouse [microforme]Chapitre 6 sur 41 · DEN · texte numérisé non relu

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minécs, ct l'ingénieur géographe Bernizet en dressa une carte exacte ; assujettie aux observations de due hdi pire de l'expédition.

‘M. de la bb iupset traversant le détroit qui sépare la Corée des îles du Japon, entra dans la mer de Tartarie , et découvrir, le 27 mai, une île qu’il appela ile Dugelet, du nom de cet astronome , qui l’aperçut le premier. Quoique petite , elle était habitée , mais n’offrait pas de mouillage. Il ft ensuite lareconnaissance du cap Noto;sur l’île de Niphon'; et de ce pointil alla attäquer la côte orientale de Tartarie , jusqu'alors plongée dans les plus épaisses ténè-

bres. Il'y attérit par 4a degrés de latitude , et en commença la géographie en remontant vers le N. Ses travaux dans ves parages

sont les plus importans de la campagne : il'y mouilla dans les baies de Ternay, de Suffren, de Langle et d'Estaing, découvertes par lui. Il communiqua avec les naturels, peuples inconnus jusqu'alors. fl parcourut ensuite le canal qui sépare la Tartarie orientale de la grande île de Ségalien , canal que personne n'avait exploré avant lui, mais qui, vers son extrémité N., sé trouva obstruë par des bancs de vase sur lesquels il ÿ avait si peu d'eau, que les canots mêmes n’auraient pu passer par dessus. M. de la Pérouse revint donc sur ses-pas, faisant la reconnaissance la plus exacte des côtes de l’île de Ségalien et de celles du continent asiatique qui sont à l’opposite: Le 28 juillet , il mouilla dans une haie du continent qu’il nomma baie de Castries ; il y séjourna jusqu’au 2 août. Les détails que cette partie de son voyage ont procuré sur la géographie, les mœurs des habitans et l’état physique de ces contrées, sont absolument neufs.

N'ayant pu débouquer par le N. du canal qui sépare la grand terre de l’île de Ségalien, la Pérouse craignit d’être obligé de ré trograder fort avant dans le S., pour trouver, entre cette île et celles du Japon, un passage qui lui permit de gagner ir haute mer. S’il eût été dans cette nécessité, il n’aurait pu, comme le comportait le plan ultérienr de sa navigation, se rendre au Kamts-

chatka dans ce même été , qui était déjà avancé. Mais il découvrit,

entre l'ile Ségalien et la terre de Jesso, un détroit considérable et d’une navigation sûre.

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Cette importaute exploration le mit à.portée de suivre sus opérations : il-francbit.ce détroit, qui fut nommé. à juste titre détroit de la Pérouse. Xl alla ensuite reconnaître toutes les iles découvertes par les Hollandais , mais, fort. mal indiquées par eux, sous les noms d’êles des Etats, de la Compagnie:et des Quatre-Frères. 11 traversa un nouveau passage entre .çes dernières et celle de Marikan, la plus méridionale des Kuriles ; on le nomma canal de la Boussole. Enfin, le 9 septembre , il entra au Port Saint-Pierre et

Saint-Paul, sur la côte de Kamtschatka. Il était attendu dans cet

établissement russe ; l’impératrice de Russie avait d'avance donné les. ordres nécessaires pour qu'il y reçût un accueil distingué et qu'on s’empressât de subvenir à tous ses besoins. Ce fut, là que lui parvinrent les paquets de la cour de France, contenant sa no-

mination au grade de chef d’escadre, et ce fut aussi de cet endroit

qu il expédia par terre, pour Paris, M.,Lesseps, embarqué sur l’Astrolabe, qu'il chargea de, présenter au Roi les journaux, cartes, dessins , en un mot tous les résultats des travaux de l'expédition jusqu’au jour de son. arrivée, au Kamntschatka.

Nous ne devons ;pas omettre ici un.fait remarquable. La Pérouse, pendant son séjour à Saint-Pierre ct Saint-Paul, fit restaurer le tombeau du capitaine Clerke, qui y était morten 1798; ne bornant point à cela son hommage, il y ft attacher une.inscription gravée sur cuivre, ainsi qu’au tombeau de l’académicien français de l’Tsle de la Crayère, mort en ce lieu, en 1741, pendant un voyage scientifique entrepris alors par ordre du czar. Et les manes de cet infortuné la Pérpuse, qui.élevail si généreusement des monumens à ses prédécesseurs, n'avaient pas même été honorés d’un cénophate, jusqu'à ce qu’enfin,. en, 1825, M. de Bougainville + Capitaine de vaisseau commandant la frégate la T'hétis ” se trouvant au Port-Jagkson ( Nouvelle-Galles dy Sud ),.fit ériger, au nom du Roi, une colonne funèbre à la mémoire de la Pérouse !

‘Elle s'élève dans l’emplacement même. où il avait établi son ob-

servatoire , lors de sa relâche à Botany-Bay, lieu d'où son! parvenues les de nouvelles qu’on ait reçues de Jui, Les frégates françaises reprirent la mer le 29 septembre. L'hiver

s'approchant à grands pas; il était temps de quitter ces climats rigouréux pour rentrer dans la zone torride; elles paryinrent à l’équateur sans avoir rencontré aucune terre, et coupérent ce cercle le 21 novembre Le 6 du mois suivant , élles'atteignirent les îles des Navigateurs, et mouiliérent le 9 àcelle dé Mouna. L'ancrage y était trés-mauvais, mais Je besoia urgent de faire de l’eau ne ‘permettait pas de quitter cette île avant de s’être procuré un ar- \ticle’si nécessaire. M: de la Pérouse expédia ses embarcations à terre, et y descendit lui-même avec M. de Langle , qu'un trépas prématuré attendait eur ces bords malheureux:

Get officier ‘alla seul visitér une autre baie , distante d’une lieue de celle de l'aiguade ; elle lui sembla si commode et si sûre, qu'il regretta qu’on ne l’eût pas plutôt reconnue et choisie pour cette opération. I} proposa au commandant ‘en chef d'y envoyer les embarcations le lendemain, pour y prendre un supplément d’enu , qui était nécessaire sans doute ; mais k Pérouse , pendant la journée qu’il venait de passer à terre , s'était aperçu que les naturels de l’île étaient trésiturbulens et difficiles À contenir; il

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éprouva de li répugnance à exposer ses canots à une attaque de sa leur part dans cette nouvelle baie ; et d’autaut plus qu'il avait re- ds marqué que les frégates ne pourraient s’ en ‘apprôcher asser près. d, pour les couvrir au ‘besoin dù feu de leurs batteries. d ! ‘| SECONDE CATASTROPHE DE L'EXPÉDITION. Ps

M. de Langle, que la fatalité entraïnait, pensn qu’un détache- : ment de soldats et les canôts bien armés de leurs pierrierssufiraient " pour tenir les sauvages en respect. Il insista, la Pérouse céda ; R et le lendemain matin, les frégates ayant mis à la voile et'se tenant sé bord sur bord devant la baïë, y envoyèrent chacune deux embar- A P°! cations. M. de Langle voulut diriger lui-même cette expédition, il del descendit à terre avec le naturaliste Lamanon et quelques officiers. n® Les quatre embarcations conténaient en tout soixante-une per- tr sonnes bien armées. On fut d'abord surpris, en arrivant, de voir gra que cette baie, qui ln veille avait pûru #i belle et si Soihinüde à ee

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: formée, par l'effet du jusant, en une anse où il ne restait presque

pas d’eau , et où ou ne pouvait pénétrer que par une passe tortucuse entre des récifs de corail. Cependant le débarquement s'effectua sans obstacles; les naturels, quoique accnurus en grand nombre sur la grève, se montrèrent d'abord si pacifiques et même si affables envers les Français, que ceux-ci se porsuadérentqu'ile n'en avaicut rien à craindre. Cependant, tandis qu'on remplissait les futailles, la marée continuait à baisser, et les deux grandes chaloupes se trouvèrent échouées : on tiat les deux autres embarcations à flot, en les halant sur leurs grapins un. peu plus au large, Le nombre des sauvages s’augmentait à chaque instant ; plusieurs d'entre eux même commençaient à prendre une atlitude menaçante. Vers quatre heures du soir, M: de Langle ordonna le rembarquement, quoique les chaloupes ne fussent pas encore remises à flot. Dès que les Indiens s’aperçurent que les Français se disposaient à partir ils les attaquèrent ac fureur: une grêle de pierres et de dunes fondit sur ces malheureux. M. de Langle fut tué le premier : les sauvages, le voyant tomber, s'emparèrent de son corps ,le mirent en pièces, fondirent sur les deux chaloupes et les pillèrent en un instant. Ceux qui les montaient, accablés sous le nombre, n’eurent pas le, temps de résister; douze d’entre eux, desquels était M. Lamanon, furent victimes de la férocité de ces barbares : le reste eut le bonheur d'atteindre à la nage. les deux canots demeurés à flot, lesquels, après les avoir recueillis, se hâtèrent de fuir à force de rames et de regagner les frégates, où l’on était loin de soupçonner leur désastre.

On peut aisément se fignrer la consternation que ce s ptibale qui rappelait si vivement celui du. Port des Français, répandit parmi les équipages. Au premier moment d'abattement succéda le désir d’une juste vengeance : les matelots sautèrent sur les canons, et demandèrent À grands cris qu’on usât de représailles, en tirant sur les pirogues qui entouraient encore les frégates en grand nombre, et dont les possesseurs sans défense ignoraient ce qui venait de se passer à terre. La Pérouse, pénétré de douleur, fut près: de céder à ce mouvement; mais réfléchissant que

ces misérables insulaires, qui depuis le matin trafiquaient paisi+ blemeénit autour des deux navires, n'avaient eu aucune part au massacre cominis par leurs compatriotes, par conséquent ce serait punir des innocens pour des coupables, son humanité l'emporta; il contint son équipage, se contenta de faire éloigner sur-le-champ toutes les pirogues, et se häâta lui-mêmeé de quitter ces rivages.

Ce fut ainsi que la route de ce navigateurinfortuné fut jalonnée en quelqüe sorte par de lugubresévénemens, présages trop certains de la catastrophe qui a causé sa perte entitre.

M. de la Pérouse, se dirigéant au S. O., reconnut les îles des Traîtres et des Cocos, découvertes par Schouten et revuës par le capitaine Wallis, qui, selon l’invariablé coutume des Anglais, en a changé les noms primitifs en ceux dé Keppelet de Boscawen. De 1à, le général français alla ranger la partie N. de l’orchipel des

‘Anis, et communiqui même avec les naturels de Tongatabou. Il

eût bien désiré relächiér Gans cette île; mais l'événement qui venaît d'avoir lieu à celle de Maouna l'avait reridu défiant envers les naturels; et malgré les couleurs favorables souslesquelles ses prédécesseurs avaient dépeint ceux des îlés des Amis , il. n’osa s’y fier. 11 considérait avec juste raison que ses équipages étant diminués de beaucoup par les pertes qu'il avait essuyées, s’il lui arrivait quelque nouveau malheur qui lui coûtât encore du monde, il n'aurait plus eu un nombre de marins suffisant pour manœu- “vrer ses deux navires ,.et'il eût été obligé de brûler l’un pour compléter l'armement de Vaûtre. D'ailleurs ; il avait perdu ses grandes ‘chaloupes, et il ne pouvait trouver aux fles des Amis les moyens de reconstruire des embarcations.

Darnières nouvelles de la Pérouse.

au plutôt à Botany-Bay, où il espérait trouver les moyens de ré-

parer une partie de ses pertes. Il y mouilla le’ 26 janvier 1788, et, à sa grande surprisé, il y trouva une flotte anglaise, C'était

Cesconsidé rations déterminèrent M. de la Pérouse à se rendre

éelle qui, sous les ordres du commodore Philipp, était venue jeter :

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5 îles des ués par le nglais, en Boscawen.

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à se rendre ens de révier 1788, aise. C'était venue jeter k

les fondemens de ces colonies de la Nouvelle-Gulles du Sud, dont l'accroissement rapide et l’état actuel si florissant sont bien dignes de l’admiration et des méditationus du philosophe et de l’homme d'état.

C’est de là, c’est de ce lieu qu'on reçut les dernières nouvelles de l'expédition commandée par notre illustre compatriote; un voile funèbre semble nous avoir dérobé depuis la connaissance de sa lugubre destinée. Mille et mille conjectures ont été hasardées sur son sort : plusieurs fois de faux indices , desrapportsspécieux, ont ranimé l'espoir de retrouver au moins quelques vestiges de son fatal naufrage ; mais ces lueurs passagères d’espérance se sont éteintes presque aussi vîte qu’elles avaient brillé,

Depuis le 7 février 1788, on n’avait plus reçu aucune nouvelle de l'expédition de M. de la Pérouse. En exposant, dans sa lettre datée de Botany-Bay, le plan des opérations ultérieures par lesquelles il comptait terminer sa campagne, il annonçait qu’il espérait être rendu à l’Ile-de-France pour la fin de cette même année. Non-seulemsot il n’y était pas arrivé à cette époque, mais deux ans s’écoulèrent encore sans qu’on eût aucune connaissance de sa destinée.

L'agitation qui, en. France, faisait fermenter toutes les têtes lors des premiers temps d’une révolution naissante, empêcha d’abord de songer sérieusement au sort d’une expédition scientifique ; mais quelques savans dela capitale, que leuramour exclusifpourles sciences rendait étrangers à toutes les agitations politiques, furent les premiers frappés de ce lugubre silence. La société d'histoire naturelle de Paris souleva le voile funèbre qui dérobait le sort de M. de la Pérouse à ses compatriotes ; on ne pouvait douter que l'expédition qu’il commandait n’eût éprouvé quelque grand m3l- Leur. Cette société s’adressa donc à l'assemblée nationale, pour exposer ses alarmes et demander que d'autres bâtimens fussent expédiés pour aller sur les traces de /a Boussole et de l’Astrolabe, afin de recueillir du moins ceux des hommes de leurs équipages qui, échappés à un naufrage plus que probable, végètaient peutêtre sur quelque île de l'Océan Pacifique, en invoquant les secours de leur patrie.

© Cette demande fut accucillie avec autant d’emipresseñient ju’elle méritait de l'être, et le roi fut prié par l'assemblée d’ordonnér l’ärmement de deux navires pour aller à la ‘recherche de la Pérouse. Louis XVI donna les ordres les plus prompts et lei plus positifs pour que cet armement eût lièu sut-le-champ.

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