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renseignement sur l’évolution de sa maladie. A l’autopsie pratiquée 5 heures après la mort, on note un ictère très net au niveau des faces palmaires et sur les conjonctives. En outre, taches cutanées hémorragiques discrètes. Pas de melaena. L’estomac contient un demi-litre de liquide marc de café et présente des ulcérations multiples sur la muqueuse, Intestin jaune safran avec de fines ponctuations hémorragiques. Foie chamois typique et très hémorragique, saignant à flots sous le couteau. Rate grosse mais d’apparence normale. Reins normaux macroscopiquement (Autopsie pratiquée par le D’ Laigret).
Inoculation d'émulsion d'organes et insertion sous la peau de fragment d'organes à 2? Macacus.
Singe 5. — Macacus rhesus, du poids de 1 kil. 570. Le 20 novembre on insère sous la peau de cet animal, un fragment de foie du poids de o gr. 5o, prélevé sur le cadavre, 5 heures après la mort. L'animal ne réagit en aucune façon. Le 9 décembre l'expérience est considérée comme terminée.
Singe 6. — Macacus rhesus, du poids de 1 kil. 400. Le 20 novembre, le singe reçoit une injection sous-cutanée d’une émulsion de foie. L'animal meurt le 5° jour au matin d’infection secondaire. On ne note ni ictère, ni lésion hémorragique de l’estomac. Le foie est normal, pas de péritonite. Au point d’inoculation, pus gélatineux avec induration. Epanchement dans le péricarde.
Le 2 décembre, on prélève à ce singe par ponction cardiaque 10 cc. de sang que l’on inocule, à raison de 5 cc. à 2 Macacus rhesus (singes 7 et 8). Le singe inoculé sous la peau résiste. Le singe inoculé dans le péritoine meurt dans la nuit du 4 au 5 décembre et à l’autopsie, on note des lésions de péritonite.
OBSERVATION III. — M. J.., Syrien à Dakar depuis 6 ans.
Entre au lazaret le 4 décembre 1927. A l’arrivée, asthénie, pâleur des téguments, temp. 39°3, subictère conjonctival. Anorexie, nausées et vomissements. Le 5 décembre, vomissements, hémorragies buccales, urines foncées abondantes, température 38° pouls lent, régulier, malade très abattu. Le 6, chute de la température à 37°, toujours très abattu, vomissément noir ; l’ictère conjonctival s’accentue, les téguments ont pris une teinte jaune paille, pouls lent et petit. Le malade dit se sentir beaucoup mieux, les
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urines contiennent 10 grammes d’albumine, les chlorures sont absents et il y a üne forte quantité de peptones. Le 7 décembre, assoupissement de plus en plus prononcé, anurie complète, le malade ne parle plus et montre une complète indifférence à ce qui se passe autour de lui. Le pouls est à peine perceptible, chute de la température à 36°4. Le malade meurt le 7 décembre à 18 heures. (Observation due au D' Bacqué, Analyses d’urines faites par M. le Pharmacien-Major Pichat).
Inoculation de sang à 2 Macacus rhesus.
Singe 9. — Macacus rhesus, du poids de 1 kilo. 210 reçoit dans le péritoine 10 cc. de sang prélevé au malade, le 5 décembre 1927, par conséquent du 6° au 7° jour de l'infection. L'’animal ne présenta aucune réaction.
Singe 10. — Macacus rhesus, du poids de 1 kil. 5oo reçoit respectivement sous la peau et dans le péritoine, 5 cc. de sang du malade, prélevé également le 5 décembre, c’est-à-dire au 7° jour de la maladie. L'animal resta indemne.
En outre deux cobayes, du poids de 480 gr. reçurent sous la peau 5 cc. d'urine du même malade. Les animaux restèrent bien portants.
OBSERVATION IV. — Ad. S..., marocain, âgé de 27 ans.
Entre au lazaret le 7 décembre 1927. Serait malade depuis trois jours. Début par courbature, frissons, fièvre, céphalalgie et insomnie, aurait eu un vomissement bilieux le second jour. À son entrée, le 7 décembre, la température est à 40°, le pouls à 74, légère céphalalgie, pas d'injection conjonctivale, facies normal, langue très blanche, urines claires et abondantes. Les 8 et 9 décembre, températures très élevées à 40° 1 et 40° 4, le malade ne se plaint pas, des nausées mais pas de vomissement. Le 10 décembre, la situation s'aggrave, mauvais état général, chute brusque de la température à 37° 8, deux vomissements noirs typiques, marc de café, assez abonGants, ictère conjonctival, hoquet accompagné d'épigastralgie. Anurie, la sonde n’amène que 250 cc. d’une urine très trouble. Les vomissements noirs se multiplient, hoquet de plus en plus prononcé, embarras de la parole et mort le 11 décembre à 6 heures du matin. Albumine le 8 décembre, 0 gr. 45 ; le 9, 5 grammes ; le 10 décembre, 8 grammes, peptones en masse, chlorures 0 gr. 20, pas de pigments biliaires, ni d’hémoglobine. (Observation due au D' Bacqué, examens d’urines de M. Pichat).
Inoculation de sang à 3 Macacus rhesus. Du sang est pré-
levé à ce malade, le 8 décembre, par conséquent au # jour environ de la maladie et on réinocule les singes 2, 9 et ro sous la peau et dans le péritoine. À la suite de ces inoculations les animaux ne présentèrent aucun symptôme, ils restèrent bien portants à l'exception du singe 9 qui mourut tardivement le 21 décembre, d’une affection indéterminée mais n'ayant rien à voir avec le typhus amaril.
Essai de transmission par piqûres de stegomyia. Le 8 décembre 1927, 14 stegomyia sont mis pour piquer ce malade, au # jour environ de son infection,
Le 24 décembre, soit 16 jours après le repas supposé infectant, 13 stegomyia survivent. Ce jour-là, 8 piquent le Macacus rhesus n° 4 précédemment utilisé mais resté indemne). Le lendemain, les 5 autres moustiques piquent le même singe qui n’a présenté par la suite aucun symptôme.
OBSERVATION V. — Mme H... Syrienne, habitant Dakar, depuis une vingtaine d'années. Entre au Lazaret le 19 décembre 1927. Serait malade depuis trois jours à la suite d’une exposition prolongée au soleil.
La maladie aurait débuté le 16 décembre par des frissons intenses et de la fièvre, température à 40°. Légère céphalalgie, ni rachialgie, ni épigastralgie, ni nausées, ni vomissements ; insomnie. Le 17, température toujours aux environs de 40°. Le 18, même état et insomnie. Le 19, à l'entrée au lazaret, température 40° 8, pouls à 100, subictère conjonctival, langue saburrale, sensibilité épigastralgique à la pression. Gémissements continuels ; urines albumineuses. Le 20, agitation, selles diarrhériques colorées, pouls régulier. Le 21, température à 38°, pouls lent, ictère plus marqué. Le 22, amélioration de l’état général, réclame à manger, température 38° 1, pouls à 76, sommeil. Le 23, température 37° 5, pouls à 66, plus de nausées, urines abondantes, Le 24, l'amélioration s’accentue, la malade entre en convalescence et sort du lazaret le 29 décembre. Albumine, le 19, 10 gr. ; le 20, 15 gr. ; le 21, 10 gr. ; le 22, 7 gr. ; le 24, 1 gr. 80). (Observation due aux Docteurs Jouenne et Bacqué, analyses d’urines à M. Pichat).
Inoculation de sang à un Macacus. Le 19 décembre, c’està-dire au 3° jour au moins de la maladie, on prélève par ponction veineuse 10 cc. de sang que l’on injecte moitié sous la peau, moitié dans le péritoine à un Macacus rhesus (singe 1) précédemment inoculé avec du sang du nommé G. K. L’animal resta indemne et servit à une expérience ultérieure.
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OBSERVATION VI. — F. M... jeune Syrien de 17 ans, est vu le 20 décembre 1927, à midi, au volant de son automobile. Le même jour, dans la soirée, il est pris de fièvre avec frissons. Nous le “voyons le lendemain, à 15 heures. Il était donc au plus à la 20° heure de la maladie, c'est-à-dire tout à fait au début d'une infection amarile qui évolua d'une façon légère, mais fut caractérisée par deux périodes fébrilés séparées par une courte rémission. Les conjonctives légèrement jaunes présentèrent des suffusions sanguines, les urines ne montrèrent que des traces d’albumine, mais au 7° jour de la maladie, avant l’entrée en convalescence, le malade était très abatiu, avec hypotension et faiblesse cardiaque très marquée (température 36° 5, pouls à 60). (Observation due aux Docteurs Jouenne et Bacqué).
Inoculation de sang à 3 Macacus. Le 21 décembre 1927, à 10 heures, c’est-à-dire au plus à la 20° heure de la maladie, on prélève du sang que l’on inocule à 3 Macacus ayant servi aux expériences précédentes (singes déjà numérotés 1, 2 et b).
a) Le singe n° 5 auquel on avait antérieurement inséré sous la peau un fragment de foie, sans résultat, reçoit 2 ce. de sang par la voie sous-cutanée et autant par la voie péritonéale. Deux jours plus tard, l’animal présenta une légère fièvre et le 8° jour après l’inoculation il fut trouvé mourant, A l’autopsie, on constata un léger ictère et des lésions ressemblant à celles de la fièvre jaune. Les organes furent immédiatement broyés, émulsionnés et inoculés à 3 singes et à 2 cobayes : un Macacus reçut sous la peau et dans le péritoine 3 cc. d’émulsion, un Cercopithèque et un Cynocéphale fureni inoculés seulement sous la peau. Les deux cobayes du poids ile 375 et 260 gr. reçurent un demi-centimètre cube d’émulsion sous la peau, Ces animaux restèrent bien portants, ce qui exclut la présence du Leptlospira ictéroïdes.
b) Le singe 1, précédemment inoculé avec le sang de 2 jauneux, G. K. et Mme A. $., ne présenta aucun symptôme. Il en fut de même pour le singe n° 2.
c) Le singe 2, qui avait également reçu antérieurement sous Ja peau et dans le péritoine du sang de deux jauneux, les nommés G, K. et À. S., resta indemne,
On peut supposer que les singes 1 et 2 étaient immunisés par des inoculations antérieures de sang amaril.
ASS 9 pr Transmission par piqûres de stegomyia.
Le 21 décembre 1027. à 15 heures. on fit piquer KF. M. t / ) ’ | ar 16 stesomvia qui furent conservés dans une double cage © v Ka) grillagée.
1° infection expérimentale. Le 14 janvier 1928, dans l'après-midi, c'est-à-dire 24 jours après le repas infectant, il restait 13 moustiques (3 avaient été sacrifiés pour examens sur frottis) qui furent placés sur un Macacus rhesus (singe n° 11) en bon état. Le singe fut piqué par 1r stegomyia. Après 3 Jours d'incubation, la température monta brusquement à 4o° 9, dans l’après-midi du 17 janvier. Le 18, la température était à 4o°2. Le 19, l’animal était très abattu, il ne maageait plus et présentait une forte dyspnée. Il mourut dans la nuit du 19 au 20 janvier. A l’autopsie, on trouva, au niveau du foie, en surface et à la coupe, des îlots jaunâtres, indice d’une dégénérescence graisseuse. Une petite quantité d'urine prélevée dans la vessie accusa 2 gr. 50 d’albumine par litre (analyse d'urine par M. Boulay). Pas d’ictère des conjonctives et des téguments, mais la graisse sous-cutanée était nettement plus jaune que normalement, pas de piqueté hémorragique sur la muqueuse de l’estomac qui était en état de vaculté.
La veille de la mort, on préleva du sang à l’animal et on en inocula 3 cc. dans le péritoine et 3 cc. sous la peau à un Macacus rhesus (singe n° 12). Ce smge mourut 5 jours après, avec une forte diarrhée. Les téguments avaient une teinte jaune, on notait des hémorragies sous-cutanées, le foie était lécèrement jaune et l'estomac était normal. L'examen histolopique des organes qui sera fait ultérieurement montrera si les lésions peuvent être rapportées à une infection amarillique expérimentale.
2° infection expérimentale. Le 23 janvier 1928, les mêmes Stegomyia, qui étaient encore au nombre de 12 et dont le repas infectant remontait à 33 jours, furent placés sur un second Macacus rhesus (singe n° 13). Le 26, au matin, après deux jours et demi d’incubation, l'animal présenta une forte élévation termique à 4r°2 qui tomba à 40o°7 dans l'après-midi. Le lendemain, température le matin 40°3 ; soir 40°. Le 98 jan-
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vier dans la matinée, le singe est inerte, les yeux clos, ne réagissant plus que par des plaintes. On compte 4o inspirations par minute et le pouls est à 144. Le singe meurt à 13 heures, À l’autopsie, pas de teinte jaune appréciable des técuments, pas d’ictère conjonctival, mais l'estomac contient une petite quantité de liquide de couleur bouillon sale tenant en suspension de petits filaments brunâtres dans lequel l’examen chimique pratiqué par M. Boulay, Pharmacien-Chef de l'Hôpital indigène révèle une forte proportion d'hémoglobine. Le foie présentait sur les bords et à la coupe des lésions indiscutables de dégénérescence graisseuse. La vessie était vide.
3 infection expérimentale. Le 31 janvier, les mêmes Stegoryia, encore au nombre de 12 et qui avaient pris leur repas infectant 41 Jours auparavant furent placés sur un troisième Macacus rhesus (singe n° 14). Les moustiques ne manifestaient plus une grande activité et ils mirent très longtemps avant de se décider à piquer. Le singe présenta de la température à partir du 4° jour. Il perdit beaucoup de sa vivacité pendant un certain temps, puis il se rétablit peu à peu et à la date du 15 février il était en parfaite santé. Il semble bien que l'animal ait fait une infection larvée. L'examen du sang exclut la présence d’hématozoaires.
Enfin notons en terminant que le 3 février, 10 stegomyias survivants furent placés sur un Cercopithèque. Les moustiques très peu actifs, finirent par piquer le singe qui ne réagit en aucune façon.
Après cette dernière expérience les stegomyias furent sacrifiés.
Il résulte des expériences rapportées ci-dessus : 1° que l'inoculation de sang de jauneux prélevé au 3°, 4°, 5°, 6° et 7° jour de l'infection n’a déterminé chez le singe Macacus rhesus aucun symptôme apparent : il est cependant possible que l’injection de ce sang ait conféré l’immunité à deux animaux (singes 1 et 2) ;
que l’inoculation de sang de jauneux prélevé à la 20° heure a déterminé une infection amarillique expérimentale mortelle (singe 5 Macacus rhesus).
2° que l’inoculation d’émulsion d'organes a entraîné rapidement la mort de deux animaux sur trois sans que cette mort puisse être attribuée au virus amaril ;
que l'insertion sous la peau d’un fragment de foie n’a déterminé aucune réaction (première expérience sur singe D).
3° que les piqûres de Stegomyia nourris sur un jauneux au 7° jour de sa maladie n’ont pas été infectantes pour le Macacus rhesus (seconde expérience sur singe 4).
4° que les piqûres de Stegomyia nourris sur un jauneux à la 20° heure de sa maladie ont déterminé chez le Macacus rhesus trois infections amarilliques expérimentales dont deux mortelles (singes 11, 13 et 14).
Nos résultats confirment ceux d’Adrian Stokes dont nous n'avons eu Connaissance que par un court article paru dans The Bristish medical Journal du 1° octobre 1927 et dont la lecture décida l’un de nous à se rendre en Afrique occidentale avec un lot de Macacus rhesus originaires des Indes Britanniques et des élevages de Stegomyia provenant de La Havane.
Les premiers essais de transmission du virus amaril au singe sont ceux de Marchoux et Simond (1906) et de H. W. Thomas (1907). Depuis lors, on avait abandonné l’expérimentation sur ces animaux et c’est le regretté Adrian Stokes qui songea de nouveau à les utiliser.
La découverte d’animaux sensibles au virus amaril, autres que l’homme, facilitera beaucoup l’étude expérimentale de la fièvre Jaune.
Mais pour réussir les expériences de transmission du virus amaril de l’homme au singe, il faut prélever ce virus sur des malades tout à fait aux premières heures de l'infection. C’est à le point délicat,
Il serait intéressant d'étudier la sensibilité d’autres espè-
(1) MarcHoux et Simon. — Annales de l’Institut Pasteur, janvier 1906, p. 34 et 35.
(2) H.-W. THomas. — British medical Journal, 19 janvier 1907.
ces de singes que le Macacus rhesus (singe asiatique). Le Cercopithèque (Cercopithecus patas) s’est montré réfractaire dans quelques expériences. Celles-ci sont trop peu nombreuses pour que nous portions une appréciation définitive. I] ne serait pas surprenant que les singes africains, un peu âgés, ne fussent pas réceptifs par suite d’une immunité conférée par des piqûres répétées de Stegomyia, en milieu endémique amaril. Mais il est possible que les tout jeunes singes africains soient réceptifs comme les enfants indigènes,
Institut Pasteur de Dakar.