M DCCC XXXII
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l'artillerie et du génie témoigna, au commencement de Tannée 1827, aux auteurs de ces expériences, le désir que» pour l'instruction des élèves et pour l'avancement de la science , on reprît et continuât , pendant son séjour à cette école , les expériences hydrauliques entreprises autrefois à Mézières , avec tant de succès , par Bossut et Dubuat , deux hommes qu'à des titres différens réclame le corps du génie, et qui, par la direction utile donnée à leurs travaux scientifiques, ont puissamment contribué , avec les Monge, les Coulomb , les Carnot , les Ferry, les Meunier , les Tinseau, &c, à jeter un vif éclat sur l'ancienne école de Mézières, où tant d'ingénieurs distingués puisèrent leur première instruction , et qui devint ensuite le berceau d'une autre école non moins célèbre , l'École centrale des Travaux publics , connue depuis sous le nom d'École Polytechnique.
Malgré les difficultés de toute espèce inhérentes à l'entreprise d'expériences hydrauliques en grand, et l'immensité du travail auquel il devenait nécessaire de se livrer, nous acceptâmes avec empressement, M. Lesbroset moi, la proposition de M. le générai Sabatier, bien plus par la conviction intime de la grande utilité de la chose , que par une confiance aveugle
M. le Commandant en chef de l'école d'application de ^
dans nos propres forces. J'étais alors atteint d'une maladie qui ne devait pas, de long-temps, me permettre de prendre une part active dans ce qui concerne l'exécution des expériences; M. Lesbros consentit à s'en charger exclusivement, ainsi que de la tenue des registres- journaux et des calculs que nécessitait l'évaluation des produits d'eau et des vitesses théoriques, pour la détermination du coefficient de contraction et la formation des tables détaillées annexées à ces mémoires. Ma coopération se borna donc à diriger l'ensemble du travail, à vérifier ou contrôler quelque* opérations , quelques dispositifs, et généralement à discuter, de concert avec mon camarade , les bases . fondamentales , soit des calculs , soit des expériences , soit des appareils , de manière à atteindre un degré d'exactitude convenable , et à imprimer à l'objet des recherches une direction propre à éclairer tous les points que Bossut, Dubuat et les autres auteurs avaient laissés douteux, incomplets, ou qu'ils avaient traités sur une trop petite échelle et dans des circonstances trop éloignées de celles de la pratique. Je dois rappeler ici que M. Lesbros est le même officier dont la coopération m'a été si utile lors de mes expériences de 1 824 sur la roue verticale à aubes courbes. Je me fais un plaisir de déclarer que, pour les recherches délicates et pénibles dont il sera fait ici mention, je ne pouvais m'associer un collaborateur plus zélé, plus soigneux et plus capable. L'habileté qu'il a acquise dans les opérations de ce genre , ses connaissances en hydraulique, et, par-dessus tout, son activité infatigable 9 son exactitude scrupuleuse dans les observations et les calculs, ont assuré le succès des diverses expériences, et doivent inspirer la plus grande confiance dans les résultats.
Après cela, est -il bien nécessaire de dire qu'on doit à M. Lesbros plusieurs perfectionnemens dans les appareils, des dispositifs ingénieux pour faciliter les observations et atteindre un degré de précision convenable , enfin divers procédés de détail qu'il serait trop long d'énumérer, et tels qu'en suggère à un esprit observateur la marche naturelle des expériences ? Mais nous ne rendrions qu'imparfaitement justice au zèle et au talent de cet ingénieur, si nous ne nous empressions de déclarer qu'il n'a pas moins fait pour l'établissement des formules et des tables d'interpolation qui constituent les conclusions de ce mémoire , et servent à représenter les résultats immédiats de l'expérience.
En vertu de ces relations particulières qui ont subsisté entre M. Lesbros et moi, pendant toute la durée des expériences, en vertu de la communication réciproque et constante de nos idées, j'ai dû presque partout employer, dans la rédaction de ce travail, là première personne du pluriel, afin que l'éloge ou le blâme , s'il y a lieu , nous appartinssent en commun ; et, si d'ailleurs je me suis ici arrêté quelques instans à préciser la nature et l'importance des services rendus par M. Lesbros, ainsi que ses droits aux résultats de ces recherches, c'est afin que personne ne soit tenté, ou demesupposer des vues étroites,, qui ne sont pas dans mon caractère, ou d'attribuer à ma coopération plus d'étendue et de mérite qu'elle n'en a effectivement. Je* reprends maintenant ce qui concerne l'historique général des expériences.
Une première note, rédigée par M. Lesbros de concert avec moi, fut adressée, dès juin 1827, au Ministre de la guerre, par M. le général du génie Sabatier, afin d'en obtenir les fonds
nécessaires à l'exécution des appareils et des premières expériences. M. le lieutenant-général du génie vicomte Rogniat voulut bien, en sa qualité d'inspecteur - général du service centrai et de président du comité des fortifications, appuyer de toute son influence cette demande de crédit pour un objet dont l'utilité générale est incontestable , et qui est surtout du plus haut intérêt pour le service de l'ingénieur militaire , lequel comprend dans ses attributions une multitude d'établis semens, de travaux et de projets qui se rattachent à la science de l'hydraulique.
Une seconde note fut adressée au Ministre, dans les premiers mois de 1828, pour lui rendre compte des opérations de la campagne précédente, et de celles qu'il restait à entreprendre. Dans ces notes , on s'attacha surtout à faire ressortir les avantages qui peuvent résulter d'un semblable travail pour les différentes branches des services publics. Comme il est essentiel de bien fixer le point de départ , nous avons jugé à propos de rapporter ici les passages de ces notes qui ont trait aux généralités de la science, et d'y ajouter tous les développemens et observations critiques propres à bien préciser l'état actuel de nos connaissances en hydraulique pratique , le point de vue vers lequel nous avons spécialement dirigé nos recherches, les différentes précautions que nous avons mises en usage dans l'établissement des appareils et dans le mode d'opérer, enfin le degré d'exactitude que nous pensons avoir atteint dans les résultats.
M. le commandant de l'école d'application obtint, au mois d'août 1827, l'autorisation d'entreprendre les expériences, et les fonds nécessaires pour établir tous les appareils
et payer ia main-d'œuvre des ouvriers ou aides militaires qui devaient prendre part aux opérations de divers genres. La construction de ces appareils fut commencée dans le mois de septembre de la même année; et ce n'est que dans les derniers jours du mois de novembre qu'il fut possible d'entamer une première série d'expériences , dont ia continuation dut être renvoyée à l'année suivante, attendu l'avancement de ia saison et les circonstances défavorables dans lesquelles on était contraint d'opérer.
Les expériences furent en effet reprises au mois d'août de 1828, à l'aide d'une nouvelle allocation de fonds faite par le Ministre de la guerre , et elles ont été continuées cette année (1825)) par M, le capitaine du génie Lesbros avec une persévérance et un zèle d'autant plus dignes d'éloge , que la saison a été constamment mauvaise , et a mis sa patience et celle de ses aides aux plus dures épreuves. Les résultats de ces dernières expériences concernent d'ailleurs le cas particulier où l'orifice est prolongé extérieurement par un coursier ou canal découvert; il n'en sera rendu compte que dans le second mémoire, et après l'époque où les circonstances auront permis de compléter entièrement celles d'abord entreprises sur les orifices sans canal, mais disposés de diverses manières par rapport aux faces du réservoir.
Indépendamment des encouragemens particuliers que nous devons au Gouvernement , ainsi qu'à MM. les généraux Rogniat et Sabatier, la reconnaissance nous fait encore un devoir de déclarer que l'intérêt éclairé qu'ont bien voulu accorder à notre entreprise MM. Arago et Girard , membres de l'Académie des sciences , M. le lieutenant - colonel du
génie Bergère, membre du jury d'examen de l' École d'application, M. Prost, colonel directeur des fortifications, et M. Parnajon, ingénieur en chef à Metz, que cet intérêt, dis- je , a puissamment contribué à assurer le succès des nouvelles expériences, et à lever les difficultés et obstacles de toute espèce qui auraient pu s opposer à leur établissement ou entraver leur marche.
Malheureusement, ces difficultés ne provenaient pas uniquement des causes matérielles et accidentelles qui accompagnent inévitablement toute recherche sévère des lois de la nature. Dans ces premières années, M. Lesbros s'est vu souvent privé , par les exigences du service militaire, des hommes qu'il avait péniblement formés à un genre d'opérations naturellement fort délicates, et qui demandent , pour la plupart , une intelligence des choses et un amour de la précision qui ne s'acquièrent qu'à la longue et par les avertissemens réitérés de l'expérience.
J'insiste d'autant plus sur ces entraves , qu'il est , pour ainsi dire, impossible d'obtenir des résultats rigoureux et constans d'expériences souvent interrompues , faites au milieu de préoccupations étrangères et dans des circonstances différentes. Les personnes habituées aux recherches de cette nature savent, en effet, combien il est important de pouvoir observer un même phénomène dans toutes ses phases et dans des circonstances favorables, combien ces circonstances sont rares quand on est forcé d'opérer à l'air libre , et combien il en coûte ensuite de temps, de dégoûts et de peines, pour recommencer, sur de nouveaux frais , des observations prêtes à se terminer , souvent sans espoir d'atteindre un égal degré d'exactitude.
Parmi les aides qui ont le plus contribué au succès des expériences , nous citerons particulièrement les sieurs Mangonnet , sergent au 3 e régiment du génie, Grandidier, maître-ouvrier au même régiment, i un et l'autre partis , dès octobre 1828; pour l'expédition de Morée ; enfin Pistre , ouvrier en bois de l'arsenal du génie. Le sergent Mangonnet a été principalement employé à régler ou relever les hauteurs du niveau de l'eau dans le réservoir, à aider M. Lesbros dans les opérations relatives au lever des profils des veines fluides , &c. ; les sieurs Pistre et Grandidier ont été chargés de toutes les autres fonctions moins délicates et de la réparation ou de l'ajustement, sur place, des diverses parties des appareils. L'intelligence de ces hommes, leur zèle, leur dévouement même, car il en faut beaucoup pour assujettir son esprit et son corps à des fonctions aussi minutieuses, sont dignes des plus grands éloges.
Nous avons aussi beaucoup à nous louer des services qui nous ont été rendus, lors de l'établissement de l'appareil et du jaugeage du bassin destiné à recevoir les produits d'eau des orifices, par le garde du génie Schuster, employé à l'École d'application, le même qui a été chargé, en 1 826, par M. Arago des observations météorologiques qui se font à cette école, et qui s'en acquitte avec tant de talent et de zèle. Malgré la multiplicité des obligations de son service, il a bien voulu, . en 1827, avant que M. Lesbros eût pu former des aides habiles dans ce genre de service, l'aider dans les opérations relatives à plusieurs expériences, au lever des appareils et aux profils de la veine fluide, rapportés dans les planches annexées à ce mémoire.
Enfin , j'ajouterai que tous les appareils qui réclament un
certain degré d'exactitude, ont été construits dans les ateliers de l'École d'application de l'artillerie et du génie par MM, Bodin et Faivre, sous la direction de MM. Aimé et Savart, dont la grande habileté et le savoir, en tout ce qui concerne la confection des modèles et des instrumens de précision, seront > aux yeux de l'Académie des sciences , une garantie du soin et de la perfection apportés aux parties importantes des appareils, et qui constituent la base essentielle de nos expériences.
MÉMOIRE
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