FAITES A L’HOTEL- DIEU DE PARIS
Les faits que je vais rapporter se sont passés dans un des établissemens publies les plus connus, à l’Hôtel-Dieu de Paris, sous les yeux et d’après l’invitation du médecin en chef de cet hospice , M. Husson, devant un grand nombre de médecins et étudians en médecine , capables de les apprécier ; ils ont été constamment rédigés, à mesure qu’ils se passaient, par M. Husson lui-même, et la relation que nous en publions n’est que le relevé littéral des procès-verbaux tenus par lui et signés , chaque fois, de tous les assistans.
jNous espérons donc que ces faits auront, aux yeux d’un grand nombre de personnes éclairées , une importance que n’ont pas eue jusqu’à présent la plupart des relations de ce genre , qui , tout en offrant des phénomènes souvent plus curieux et plus intéressais , man-
quaient du caractère de publicité, et par conséquent d’authenticité qui se rencontrent ici , et n’avaient pas été soumises à l’examen rigoureux de personnes éclairées et compétentes, ainsi qu’à toutes les épreuves de l’incrédulité la plus obstinée.
Si cependant, après la lecture de ce qui va suivre, on conservait encore quelque doute, si l’on pouvait croire que pour donner quelque crédit à une fable , nous nous fussions plu à nommer et à compromettre des personnes connues par leurs lumières , nous prévenons que les procès - verbaux des expériences , écrits , comme nous l’avons dit , de la main de M. Husson , et signés des assistans , ont été déposés chez M. Dubois , notaire , rue Saint- Marc - Feydeau , où chacun peut aller les consulter.
Ce qui d’ailleurs pourra éviter cette peine à ceux de nos lecteurs qui ne pourraient ou ne voudraient pas la prendre, et ce qui sera un sûr garant de notre véracité , c’est que , depuis cinq ans que cette relation a été publiée pour la première fois, aucune des personnes qui y sont citées n’a élevé aucune réclamation; bien plus, plusieurs l’ont rappelée avec éloge, pour appuyer des expériences nouvelles.
Le 20 octobre 1820, plusieurs médecins et étudians en médecine cle l’Hôtel-Dieu de Paris, ayant eu occasion d’entendre parler d’une cure inespérée opérée par le magnétisme (1),
(1) Il s’agissait d’une névralgie sciatique , rebelle jusque-là à tous les moyens thérapeutiques ordinaires, et dont le magnétisme avait opéré îa guérison en peu de temps. M. Desprez , docteur-médecin estimé , venait de rendre compte de ce fait à la Société de Médecine pratique de Paris. Le même M. Desprez a encore adressé à la Société de Médecine pratique deJParis l’observation d’un vomissement qui , par îa violence et les accidens qui raccompagnaient, pouvait être considéré comme un choiera- chronique. M. Moreau, docteur-médecin, malgré l’emploi des moyens les mieux indiqués , n’avait obtenu que des trêves de courte durée. L’opium, porté à des doses énormes , était presque sans effet. Consulté par les pareils , M. Desprez n’avait eu qu’à approuver le traitement suivi, 11e voyant rien de nouveau à tenter ; il fut cependant d’avis d’appeler M. Fouquier. Ce sage praticien jugea sans remède une maladie dont rien n’avait pu calmer la violence , et tous trois désespéraient des jours du malade, dont la faiblesse était si grande , que chaque crise semblait devoir l’emporter. Alors seulement , M. Desprez proposa le magnétisme , sans répondre de son effet , persuadé que, dans un cas désespéré , salins est anceps quàm nullum experiri rémedium. Ses confrères approuvèrent celte tentative; M. Fouquier
prièrent M. Husson, l’un des médecins en chef de l’hospice , de permettre que l’on essayât l’emploi de ce moyen sur quelques malades de l’hôpital, sur lesquels on aurait infructueusement épuisé toutes les ressources de l’art. D’après l’adhésion formelle de M. Husson , M. Breheret, docteur-médecin, se chargea de de demander à M. Desprez l’adresse d’une personne habituée à magnétiser, afin qu’on l’invitât à faire des expériences sous les auspices de M. Husson, et devant plusieurs observateurs, réunis à l’Hôtel-Dieu.
parut content d’avoir une occasion de s’éclairer sur un agent dont on parle si diversement : le malade fut abandonné à la direction de M. Desprez , qui le fit magnétiser par la personne qui portait le plus d’intérêt au malade , sa propre femme. Mais , se défiant de ses notions sur le moyen employé, il fit à M. Deleuze la prière de l’aider de ses lumières et de son expérience. Le Nestor du magnétisme y mit tout l’empressement, qu’on devait attendre de sa philantropie. Les vomissemens cessèrent comme par enchantement ; le lendemain , le malade prit du bouillon ; le surlendemain, il digéra des potages, puis tout ce qu’on lui présenta ; huit jours ne s’étaient pas écoulés , qu’il se promenait : sa guérison a été complète. Il est maintenant chargé de la garde du monument de Louis XIII , à la place Loyale.
Le 25, M. Desprez qui savait que depuis plusieurs années je me livrais à l’étude et à la pratique du magnétisme, et qui, après avoir éprouvé lui - même d’heureux effets de mon action , m’avait vu souvent réussir sur des malades qu’il m’avait adressés, vint m’engager à me rendre au vœu de ses confrères.
Je ne me dissimulai point les inconvéniens qui pourraient résulter pour moi d’une telle condescendance. Je devais craindre d’attirer sur moi les sarcasmes et les insultes , et même de me voir arrêté dès le début par le ridicule et le mépris dans la carrière que je voulais parcourir. Cependant, encouragé par les succès que j’avais obtenus de l’application du magnétisme dans beaucoup de circonstances , animé d’ailleurs par le vif désir de faire enfin triompher la vérité et d’offrir à l’observation de personnes éclairées , et surtout de médecins , des phénomènes importans que les savans n’avaient pas même daigné examiner jusque là, je ne balançai plus à me dévouer à la démonstration de faits dont la connaissance peut être d’un si grand secours pour le soulagement des maux qui accablent la triste humanité.
J’allai donc me présenter chez M. Robouam, docteur-médecin, alors interne de M, Husson.
Il ne put s’empêcher, tout en m’accueilianf très obligeamment, de sourire au nom Ae magnétiseur y sous lequel je m’annonçais près de lui * mais il me donna rendez-vous, pour le lendemain, à la visite de son chef.
Le 26 octobre, je me rendis à i’Hôtel-Dieu. M. Husson me reçut avec bienveillance , me proposa de faire des expériences magnétiques dans les salles qu’il dirigeait, à la condition toutefois qu’elles auraient lieu sur des malades de son choix , devant les témoins qu’il jugerait convenable d’admettre, et que je ferais les questions qui me seraient indiquées.
Ces réserves, imposées par le même homme qui avait mis tant de méfiance et de circonspection dans les essais faits, vingt ans auparavant , pour s’assurer de l’effet anti-variolique de la vaccine , et de qui on ne peut mettre en doute ni la probité, ni la perspicacité , ont été scrupuleusement respectées. Je ne puis trop lui témoigner ma reconnaissance pour sa bonté envers moi, sa patience et sa constante attention dans l’observation des phénomènes magnétiques que j’ai obtenus pendant le cours des séances que je vais rapporter.
Je demandai seulement, de mon côté, à magnétiser les malades désignés , dans une
chambre particulière, et toujours en présence des personnes qui devaient assister aux séances, M. Husson prit donc à son choix deux personnes, entre quatre malades, qui étaient également atteintes de vomissemens , et les amena dans la chambre de la Mère -Religieuse. Ces malades , ignorant ce qu’on voulait leur faire , et redoutant quelque opération douloureuse , ne vinrent pas sans une inquiétude qui ne fit que s’accroitre , lorsqu’elles se virent placées au milieu d’une assemblée assez nombreuse. Nous fumes obligés de nous occuper d’abord à les rassurer et à ramener leur confiance , sans leur dire cependant ce dont il s’agissait.
Les malades étaient :
i°. Une nommée Catherine Samson , âgée d'environ dix-huit ans ;