Une nommée Barillière, âgée de trentecinq ans
Il convient, avant de parier des séances magnétiques, que je donne des détails sur l’état de la fille Samson , la seule sur laquelle les expériences se sont prolongées.
Yoici le relevé des observations que M. Robouam avait recueillies touchant la maladie de cette jeune personne, les symptômes qui
avaient précédé, et les remèdes qui ont été administrés.
«c Mademoiselle Samson , domestique , âgée de dix-sept ans et demi , entrée à l’Hôtel- Dieu le 4 mai 1820;
cc D’une assez bonne constitution, d’un tempérament lymphatique-nerveux; elle avait été bien réglée et avait joui d’une bonne santé jusqu’au mois de février 1819 > époque où elle fut exposée à une grande frayeur et où elle essuya aussi une averse très forte qui supprima les menstrues coulant alors. Le lendemain , elle fut prise de céphalalgie, de fièvre , de douleurs d’estomac , et les substances ingérées furent vomies. On la traita parles antispasmodiques qui n’apportèrent aucun soulagement ; les vomissemens continuèrent, ainsi que la fièvre et la douleur à l’épigastre, que la moindre pression augmentait.
« Après trois semaines de souffrances , elle entra à l’hôpital Beau j on , où elle passa six semaines ; on appliqua d’abord des sangsues à l’épigastre; on administra la tisane de rue; la douleur fut diminuée ; un vésicatoire et de nouvelles sangsues furent employés sur la même partie. On s’aperçut alors que les saignées réussissaient le mieux. Des pédiluves
excitans, des bains de siège rappelèrent les règles qui coulèrent aussi abondamment que de coutume ; les douleurs diminuèrent , mais la malade vomissait toujours tout ce qu’elle prenait, même la tisane. Les potions antispasmodiques et les pilules d’opium qu’on donnait pour calmer l’agitation nocturne , tous les alimens épicés , ou difficiles à digérer , et le vin augmentaient ses douleurs. La malade sortit enfin soulagée , mais les vomissemens continuaient. Quarante jours ne s’étaient pas écoulés depuis ce traitement, que les douleurs augmentèrent et la forcèrent à garder le lit ; la fièvre était forte, la soif intense; la boisson était aussitôt rejetée qu’ingérée ; la nuit elle éprouvait des sueurs abondantes. La fille Samson entra alors à l’hôpital de la Charité.
« Là, on commença par lui faire une saignée de bras, qui la soulagea un peu, mais il survint un vomissement de sang. (Elle rapporte avoir vomi, le jour même de son entrée, une grande quantité de matière brunâtre qu’on lui dit être du sang.) Elle toussait beaucoup, elle éprouvait des palpitations plus fortes que celles qu’elle avait senties antérieurement. On employa à l’épigastre un vésicatoire que l’on avait fait précéder d’une application de sangsues,
lO EXPÉRIENCES
trois fois répétée ; on fit aussi deux autres saignées de bras : on avait encore usé de sinapismes b l’épigastre ; ees moyens avaient fait diminuer la douleur, sans suspendre les vomissemens dont la nature était ou des alimens seulement, ou du sang, sans mélange d’aucun aliment. Un nouveau vésicatoire fut appliqué à l’épigastre, il suppura. Les vomissemens de sang, puis d’alimens, cessèrent pendant trois semaines , et la malade put prendre toute espèce de nourriture. Malgré les pédivules irritans et les bains de siège, les règles n’avaient pas reparu. Cependant la malade put manger le quart de portion, et bientôt elle sortit, ne sentant plus que des douleurs légères à l’estomac et quelques palpitations, auxquelles se joignoit, par fois, de la toux.
« Peu de jours après, les vomissemens recommencèrent et ont continué depuis. Au bout de trois semaines de séjour chez ses parens, on lui donna de la tisane d’armoise et du vin d’absinthe; les règles reprirent leur cours, mais en très-petite quantité; les vomissemens furent un peu diminués, le premier jour seulement de l’écoulement; mais, ils devinrent aussi fréquens que par le' passé. La malade éprouvait, de même, une constipation opiniâ-
tre; elle avait tous les soirs beaucoup de fièvre, et, chaque fois qu’elle vomissait, elle se sentait un peu soulagée. Un jour elle voulut frotter , aussitôt elle tomba; dès-lors les vomissemens de sang recommencèrent, tous les autres symptômes s’exaspérèrent , et ., après huit jours passés si péniblement, elle fut obligée de venir chercher des secours à Motel-Dieu.
ce Tel était son état : elle vomissait abondamment du sang; elle souffrait beaucoup dans la région épigastrique; la langue était molle , rouge aux bords et à la pointe , blanche au centre; la malade n’a"ait nas d’appétit; elle vomissait toutes les substances qui étaient introduites dans l’estomac ; elle avait , par fois , des palpitations violentes; la peau était humide, les chairs molles, l’embonpoint assez grand ; le pouls fréquent, régulier, assez développé; les
facultés intellectuelles et sensitives étaient . !
saines.
<x On employa une saignée de pied, deux saignées de bras et cent cinquante sangsues , en quinze jours; on lui donna des boissons à la glace : alors les vomissemens de sang et les palpitations , seulement, furent suspendus pendant huit jours; mais elle continua à vomir les substances ingérées. Tous les soirs il y eutpa-
roxisme manifeste : le vingt -troisième jour avant l’époque mensuelle^ les règles marquèrent très légèrement. Mais, malgré Inapplication de nouvelles sangsues, les pédiiuves irritans , les bains de siège chauds, les accidens reparurent, comme précédemment, et les menstrues ne furent point rappelées; elles ont cependant toujours marqué un peu, à chaque époque, et toutes les fois les accidens augmentés ont été calmés par les saignées et les sangsues.
ce Après deux mois et demi de cet état, la fille Samson fut prise d’attaques violentes d’hystérie qui revenaient tous les jours deux et trois fois; elles durèrent six semaines. A dater de leur apparition , les vomissemens de sang cessèrent, mais les palpitations et la toux augmentèrent : on donna l’assa-fœtida en lavemens; on administra les bains froids et les affusions froides sur la tête. La tisane de tilleulorange et le lait sont rejetés en grande partie; on applique successivement trois vésicatoires sur l’épigastre, et une amélioration momentanée se déclare chaque fois. Enfin, peu à peu , les attaques d’hystérie cessent, ainsi que les palpitations, mais les vomissemens continuent.
« Dans le mois suivant, on a appliqué trois ventouses scarifiées et deux vésicatoires, sans
SUR LE MAGNÉTISME. l5
autre succès qu’un soulagement éphémère.
On donna, en même temps, la potion antiémétique de Rivière et un grain d’opium; ils étaient aussitôt vomis qu’introduits dans l’estomac. On eut recours à la compression sur le ventre, au moyen d’un corset, et l’on mit la malade à une diète sévère : elle fut soulagée un peu pendant les six premiers jours; ensuite les accidens continuèrent comme précédemment.
cc Enfin, M. Husson, qui vint remplacer M. Récamier dans le service , priva cette infortunée, pendant dix jours, de toute espèce de boisson et d’alimens ; elle n’éprouva , de ce traitement, qu’un soulagement léger et très fugitif. ))
Le 26 octobre, jour où j’ai vu cette malade pour la première fois, elle était dans l’état suivant :
Langue rouge à ses bords, molle et blanche au centre ; inappétence , soif vive , douleur violente dans la région épigastrique; vomissement de toutes les substances; ventre souple, libre ; respiration aisée, son du thorax naturel, perméabilité des poumons parfaite; urines un peu colorées ; peau molle , chairs molles , maigreur assez considérable , pouls fréquent, assez
l4 EXPÉRIENCES
large ; paroxisme tous les soirs; faiblesse très grande, impossibilité de marcher seule. La malade gardait le lit depuis deux mois : tout annonçait chez elle une mort prochaine, et les médecins qui la soignaient ne se dissimulaient plus, désormais, l’inutilité de tout remède. M. Robouara, qui avait particulièrement suivi son traitement, assurait qu’elle ne vivrait pas plus de huit jours, et pensait qu’à l’ouverture du corps , on lui trouverait l’artère stomachique perforée, etc.