PO EXPÉRIENCES
dinaires à l’imagination seule ; j’ajoutai que je ne garantissais pas le succès, parceque l’action, à distance et à travers des corps intermédiaires, dépendait de la susceptibilité particulière de l’individu; que cependant je me ferais un plaisir d’essayer ce qu’il desirait.
Nous convînmes d’un signal que je pourrais entendre, et M, Husson, qui tenait alors des ciseaux à la main, choisit le moment où il les jetterait sur la table. On m’offrit d’entrer dans un petit cabinet noir pratiqué dans la pièce, formé par une forte cloison en chêne, et dont la porte ferme solidement à clef. Malgré la gêne extrême que je devais éprouver dans cette espèce d’armoire, je ne balançai pas à m’y enfermer, ne voulant éluder aucune difficulté, ni laisser aucun doute aux hommes de bonne foi , ou aucun prétexte à la malveillance.
On fit venir la malade, on la plaça, le dos tourné à l’endroit qui me recelait, et à deux pieds de distance. On s’étonna avec elle de ce que je n’étais pas encore arrivé ; on conclut de ce retard que je ne viendrais peut-être pas, que c’était mal à moi de me faire ainsi attendre ; enfin, on donna à mon absence prétendue toutes les apparences de la vérité.
Au signal convenu , quoique je ne susse pas
SUR LE MAGNETISME. 5l
où et à quelle distance était placée Mlle Samson , je commençai à magnétiser , en observant le plus profond silence et évitant de faire aucun mouvement qui pût avertir de ma présence. (11 était alors g heures 55 minutes.) Trois minutes après, elle était endormie ; et, dès le commencement de la direction de ma volonté agissante, on la vit se frotter les yeux, faire des bâille— mens et finir par tomber rapidement dans son sommeil magnétique ordinaire. J’insiste sur ce fait de l’action à distance, à travers un corps opaque, et sans être aperçu, parcequ’il n’avait été que peu observé jusque là, et parcequ’il me semble fournir la preuve la plus palpable d’une influence entièrement indépendante de l’imagination ou de toute autre disposition propre à l’individu sur lequel on opère.
Je desirais ardemment que la malade passât dans l’état parfait de somnambulisme clairvoyant. Je n’en voulais pas davantage pour la satisfaction de tous les assistans et la guérison de la malade; mais, la trop grande intensité des douleurs internes s’opposait probablement au développement de la faculté attendue.
Tels étaient les vœux que je formais dans ma retraite , quand on vint m’en tirer. Je commençai les interrogations ordinaires.
D. Mademoiselle Samson, dormez-vous?
R. Oui , monsieur.
JD. Etes -vous mieux que hier?
R. Oui, je n’ai pas mal à la tête, du tout.
JD. Vous voyez que nous sommes beaucoup de monde ici , en êtes- vous contente ?
R. Oui ; seulement quand j’entre et que je vois tant de monde, tous mes sens entrent en révolution.
D. Croyezvous guérira?
R. Oui , monsieur.
JD. Croyez-vous toujours devenir lucide.
R. Oui, monsieur , certainement.
D. Qu’entendez-vous par être lucide?
R. J’entends que j’entendrai mieux ce que vous me direz, et que je verrai mieux mon état.
D . Y a-t-il trois quarts d’heure que vous dormez? ( Il est 10 heures 20 minutes. )
R. Pas encore tout- à-lait.
M. Rohouam la touche.
JD. Connaissez-vous celui qui vous touche?
R. Non, monsieur.
11 la pince fortement sur le dos de la main ,
en employant les ongles ; elle n’en sent rien. Je la touche, mais légèrement; elle me sent parfaitement.
vous toujours que le magnétisme
Je rentre ensuite dans le cabinet et je réveille la malade en moins d’une minute.
A son réveil, elle éprouva des convulsions assez fortes, suite de ce qui lui avait été fait par une main non mise en rapport avec elle. Je me présente alors comme si je venais d’arriver ; je la magnétise et la calme bientôt..
XIe. SÉANCE.
5 novembre.
On m’enferme dans le cabinet, avant que la malade arrive; on la fait asseoir comme la veille ; elle dit n’avoir aucune envie de dormir. J’entends le signal, à 9 heures 6 minutes; aussitôt je la magnétise ; elle pousse quelques soupirs, porte la main à son front, tousse et s’endort, à 9 minutes et demie. M. Bricheteau la questionne, elle ne lui répond pas.
On m’ouvre la porte à i5 minutes.
D. Dormez-vous , mademoiselle Samson ?
R. Oui.
Z). Qui vous a endormie?
R. C’est vous.
D Mais je n’étais pas là;
R. Je ne sais pas où vous étiez.
Les questions se succédèrent comme précédemment, sur son état, sur sa lucidité espérée ; elle s’obstine à dire qu’il ne lui faut, pour tout remède , que le magnétisme et des alimens bien légers, pour ne pas fatiguer son estomac; elle s’ordonne son lait habituel et de la semoule pour le soir.
il m’est annoncé qu’elle a vomi de nouveau la veille.
D. Pourquoi ne m’avez -vous pas dit que vous aviez vomi?
R. C’est du vermicelle; cela fût arrivé à tout le monde de vomir ce qui répugne. Elle ajoute : J’ai mangé de la viande, plus tard, et je ne l’ai pas vomie.
Je lui propose de l’eau magnétisée qu’elle consent a boire , et à laquelle elle ne trouve aucun goût particulier.
Pendant notre entretien , M. Briclieteau lance, de loin, avec vivacité, un bassin de cuivre qui passe très près d’elle et va frapper le carreau avec un son bruyant. On remarque quelque tressaillement dans les paupières de la malade, à peu près comme quand on agite fortement la main devant les yeux de quelqu’un qui dort du sommeil naturel. Je lui de-
mande si elle a entendu du bruit ; elle répond que non.
Avant de la réveiller à l’heure qu’elle a précisée , et dont j’avais toujours grand soin de m’informer à l’avance, je lui demande si, lorsqu’elle sera réveillée , elle se souviendra que je l’ai endormie. Non, répond-elle. Effectivement , réveillée du cabinet où j’étais rentré et d’où je 11e suis pas sorti pendant qu’elle est restée dans la pièce , elle n’a pas même voulu croire qu’elle eût dormi.
Elle n’a indiqué pour le lendemain qu’un quart d’heure de sommeil. '