‹ Expériences publiques sur le magnétisme animal faites à l'Hôtel-Dieu de ParisChapitre 8 sur 22 · XII IV SÉANCE · texte numérisé non relu

XII IV SÉANCE

7 novembre.

Lors de mon arrivée , à neuf heures et un quart, dans le lieu des séances, M. Husson vint me prévenir que M. Récamier desirait être présent et me voir endormir la malade à travers la cloison; je m’empressai de consentir à ce qu’un témoin aussi recommandable fût admis sur-le-champ. M. Récamier entra et m’entretint y en particulier, de sa conviction tou-

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chant les phénomènes magnétiques. Nous convînmes d’un signai; je passai dans le cabinet où l’on m’enferma. On fait venir la Dllc Samson ; M. Récamier la place à plus de six pieds de distance du cabinet, ce que je ne savais pas, et y tournant le dos. 11 cause avec elle , la trouve mieux; on dit que je ne viendrai pas; elle veut absolument se retirer.

Au moment où M. Récamier lui demande si elle digère la viande ( c’était le mot du signal convenu entre M. Récamier et moi ), je me mets en action ; il est neuf heures trentedeux minutes; elle s’endort à trente - cinq minutes. Trois minutes après, M. Récamier la touche, lui lève les paupières, la secoue par les mains , la questionne, la pince, frappe sur les meubles , pour faire le plus de bruit possible; il la pince, de nouveau, et de toute sa force, cinq fois; il recommence à la tourmenter assez violemment ; il la soulève, à trois différentes reprises, et la laisse retomber sur son siège. La malade demeure absolument insensible à tant d’atteintes que je ne voyais qu’avec la plus grande peine , sachant que les sensations douloureuses qui n’étaient pas manifestées en ce moment se reproduiraient au réveil , et causeraient des

convulsions toujours très difficiles à calmer»

Enfin, M. Husson et les assistans invitèrent M. Recamier à cesser des expériences devenues inutiles , la conviction commune sur l’état d’insensibilité de la malade au contact de tout ce qui m’était étranger , étant complète.

J’avais fait à celle-ci , pendant ces épreuves, diverses questions auxquelles elle avait répondu. M. Récamier y avait intercalé les siennes, sur lesquelles il l’avait vue constamment muette. Elle me dit d’avoir aucun mal à la tête , mais elle se plaignit de frémissement dans le côté , qui cependant ne lui faisait, pas autant de mal aujourd’hui qu’hier.

Je rentre dans le cabinet , et le signal pour la réveiller ayant été donné à dix heures vingt’ huit minutes, le réveil a lieu à trente minutes.

La toux est revenue aussitôt ; de très fortes convulsions , que j’ai eu beaucoup de peine à calmer, se sont manifestées; la malade a dit ressentir des picotemens, par plaques , au bras droit. C’étaient, en effet, les places où elle avait été pincée.

Je ne me serais pas douté que M. Récamier, après m’avoir abordé affectueusement; après m’avoir, de son propre mouvement, fait l’aveu

SUR LE MAGNÉTISME. 5g:

formel de sa croyance au magnétisme ; après avoir fait lui-même sur la malade les expériences les plus concluantes, souvent même les plus inconvenantes et les plus dangereuses pour elle , pût ensuite , comme dépité de 11’avoir pu me mettre en défaut, m’accuser publiquement d’avoir avec la DUe Samson des intelligences relatives à tout ce qui se passait; c’est cependant ce qui a eu lieu au grand étonnement et au grand scandale de tous les assistans, qui se sont empressés de me rendre une éclatante justice et de lui imposer silence. 11 n’avait sans doute pas réfléchi que j’étais entouré de juges expérimentés et sévères, qui ne manquaient pas d’observer et la malade, dans ses actions journalières et nocturnes , et moimême, dans toutes mes démarches à l’Hôtel- Dieu. Ma délicatesse avait dû prévoir cette conduite naturelle de la part du chef, protecteur des expériences, de même que des médecins qu’il s’était adjoints : aussi je m’étais scrupuleusement abstenu de parler à la malade en aucun autre lieu que dans la salle des séances, où encore je ne me suis jamais trouvé seul avec elle.

J’ai dit comment j’avais été sollicité de me prêter aux expériences que l’on désirait ob-

server • comment le choix des malades , fait absolument sans mon concours , avait rendu la DlleSamson et la femme Barillière les objets particuliers de ces expériences.

Or , ni M. Husson d’abord , ni moi-même ensuite, ne pouvions savoir si l’on obtiendrait facilement des deux malades , ou de l’une d’elles seulement une susceptibilité magnétique favorable aux observations projetées. D’un autre côté , je ne pouvais connaître cette pauvre fille , traitée successivement et long-temps dans trois hospices; enfin, depuis neuf mois qu’elle était à l’Hôtel-Dieu , mes études ne m’avaient pas encore conduit dans la salle où elle a son lit. Mais pourquoi entrerai -je ici dans une discussion que le jugement du lecteur prévient, d’après tout ce qui précède? 11 suffit qu’il sache que M. Husson et les spectateurs habituels des séances m’ont vengé de toutes fausses inculpations, en prenant eux -mêmes ma défense ouvertement ; en avouant qu’ils étaient satisfaits et de ma modération dans certains cas , et de ma bonne foi dans tous , et de la franchise avec laquelle je jn’étais abandonné à tout ce que le pyrrhonisme avait pu exiger de ma complaisance.

11 ne me resta plus qu’une crainte, c’est que

SUR IÆ MAGNETISME. 4l

le changement prochain de service , en éloignant M. Husson de l’Hôtel-Dieu, ne me laissât pas le temps de pousser la malade a un point de lucidité effectivement utile à son état lac lieux.

XIVe SÉANCE.

8 novembre.

La malade est endormie en trente secondes.

JD. Comment vous trouvez-vous?

R. J’ai mal au côté.

D. (Je la magnétise.) Ressentez- vous du bien ?

R. Oui, monsieur; ne vous fatiguez pas le bras.

D. Croyez -vous que le moment ou vous devez être lucide approche?

R. Oui , monsieur.

D. Avez-vous mal autre part ?

R. Toujours à l’estomac.

JD. (Après avoir continué de la magnétiser au côté et sur l’estomac. ) Comment vous trouvez-vous?

R. Je n’ai pas autant de mal que j’en avais. C’est bien drôle , ce qui vient de se passer chez

moi y on aurait dit qu’il s’élevait un grand soleil devant mes yeux.

JD. Le voyez-vous toujours?

R. Je le vois toujours; c’est comme quand on sort d’une chambre obscure , et qu’on voit une grande clarté.

Z). Croyez-vous que ce soit votre lucidité ?

R. Oui : oh! je guérirai bien sûr.

D. Vous verrez donc bientôt à vous ordonner quelques médicamens?

R. Oui; et je guérirai bien sûr. Cela m’étonne , cette clarté.

JD. N’avez-vous donc jamais vu cela?

R. Non, monsieur, je ne l’avais pas encore vu.

JD. Où vous frappe cette clarté ?

R. Dans les yeux. Oh! cela m’étonne beau- V coup.

JJ. Demain serez-vous plus lucide?

R. Oui , monsieur ; — cela me surpasse l’imagination»

JJ. Vous êtes donc bien étonnée ?

R . Oui , monsieur ; je ne me suis jamais aperçue de cela.

JJ. Vous ne voyez rien à vous indiquer?

R. Non: je ne vois que cette lumière; elle est devenue si éclatante ! oh ! cela me surpasse.

D. Commencez-vous a voir votre mal?

R . Non, mais je le verrai demain.

D. Voyez-vous toujours la lumière?

R. Oui, elle existe toujours.

Elle demande à être réveillée, ce qui s’opère en une minute. Réveillée , elle dit être engourdie et souffrir du bras gauche et de l’épaule droite j la toux revient.

XVe SÉANCE.

9 novembre.

M. Bertrand, docteur médecin de la Faculté de Paris, avait assisté à la séance précédente. Il y avait dit qu’il ne trouvait pas extraordinaire que la magnétisée s’endormît, le magnétiseur étant placé dans le cabinet- qu’il croyait, que le concours particulier des mêmes circonstances environnantes opérerait , hors de ma présence , un semblable effet ; que , du reste , la malade pouvait y être prédisposée naturellement : il proposa donc de faire l’expérience que je vais décrire.

11 s’agissait de faire venir la malade , à l’heure ordinaire, dans le même lieu, de la faire as-

seoir sur le même siège et à l’endroit habituel ; de tenir les mêmes discours à son égard et avec elle ; il lui semblait presque certain que le sommeil devait s’ensuivre. Je convins, en conséquence, de n’arriver qu’une demi -heure plus tard qu’à l’ordinaire. neuf heures trois quarts, on commença à exécuter, vis-à-vis de la D1Ie Samson, ce que l’on s’était promis; on 1 avait fait asseoir sur le fauteuil où elle était placée ordinairement, et dans la même position; on lui fit diverses questions, puis on la laissa tranquille ; on simula les signaux empîoj es précédemment, comme de jeter des ciseaux sur la table , et on fit enfin une répétition exacte de ce qui se passait ordinairement; mais on attendit vainement l’état magnétique qu’on espérait produire chez la malade. Celle-ci se plaignit de son côté gauche , s’agita , se frotta le côté, changea de place, se trouvant incommodée par la chaleur du poêle , et ne donna aucun signe du besoin de sommeil , ni naturel , ni magnétique.

Cependant, j’avouerai que le sommeil aurait pu avoir lieu sans que l’expérience de ces messieurs en fût plus concluante; quiconque connais àjfond le* magnétisme sait que , quand le rapport est étroitement établi entre deux per-

SUR IiU MAGNÉTISME. 45

sonnes, le magnétiseur peut agir sur son malade à de grandes distances et presque contre sa volonté, si par inadvertence il s’occupe trop fortement de lui. Connaissant ce danger, je fis tout ce qu’il me fut possible pour me distraire pendant les momens consacrés à l’expérience , ou du moins pour conserver la volonté de produire l’effet contraire à celui qu’on attendait. Aussi étais-je au supplice, craignant que l’excès même de la puissance magnétique ne fournît des armes contre elle.

Le délai expiré, je me rends à l’Hôtel-Dieu ; j’entre à dix heures cinq minutes. La malade déclare n’avoir aucune envie de dormir* elle tousse , crache , se mouche. Je la magnétise : bientôt elle se frotte les yeux, tousse de nouveau, remue la tête , et se trouve endormie dans l’espace d’une minute et demie. Je la questionne à dix heures sept minutes, elle ne répond qu’une minute après.

D. Avez-vous toujours mal à la tête ?

R. Oui, monsieur.

D. Tous occupez-vous a présent de votre mal?

R. Certainement, je m’en occupe, puisqu’il faut que je le voie.

D. Vous en occupez-vous toujours pour nous rendre compte de ce que vous voyez?

R. Oui : c’est tant drôle l je ne sais pas ce que je vois, je vois presque clair; je ne me suis jamais vue comme cela; ah! je suis prête à me trouver mal.

D. Pourquoi ?

R. Je ne le sais pas.

( Il est dix heures vingt- quatre minutes , je la magnétise à grands courans. )

D. Cela vous soulage-t-il?

R. Oui , monsieur.

D. Et maintenant (une minute après), comment vous trouvez-vous?

R . Je suis bien en occupation.

JD. Que voyez-vous donc?

R . Je vois mon estomac tout rouge , et des petits boutons , beaucoup , beaucoup !....

D. Où est votre estomac?

Elle montre la place avec la main.

JD. Enfin ne voyez-vous que cela?

R . Je vois mon estomac tout rouge et plein de boutons rouges.

D. Yerrez-vous mieux demain?

R. Oui , mais c’est si drôle ! si drôle !...

D. En quel endroit de l’estomac sont les boutons?

R. En dedans.

JD. Il faut que vous nous aidiez à vous guérir.

R. Je le fais aussi.

Tous les assistans se lèvent et, formant un groupe entre moi et la malade, m’éloignent d’elle d’environ dix pieds; ils font un grand bruit, en s’agitant en divers sens. Pendant ce mouvement, je répète à la malade, avec le ton de voix ordinaire : ce II faut que vous nous aidiez à vous guérir. » Elle ne répond pas. Je me rapproche d’elle ; que vous ai-je dit , toutà-l’heure ?

Fi. Je ne vous ai pas entendu , moi !

Je repasse derrière le groupe et je demande, à voix basse, pendant qu’on renouvelle le bruit :

D. Avez-vous entendu ces messieurs?

Elle ne répond pas.

Le bruit cesse ; on se replace : alors je me rapproche d’elle et lui dis :

J). Comment se fait-il que vous ne m’entendiez pas quand je vous parle?

R. J’ ai entendu que vous avez dit : Cela serait possible. (Paroles qui étaient la fin d’une réponse à une réflexion des assistans. )

J’attribuai son silence à l’attention intime

4o EXPÉRIENCES

qu’elle donnait à la découverte récente de son mal* mais il se pourrait que cet effet provînt du dérangement causé dans les vibrations de l’air, par les mouvemens en tous sens que faisaient les assistans. Ce serait d’ailleurs une expérience à répéter.

D. Voyez encore dans votre estomac.

JR. J’y regarde, je vois bien ce qu’il y a; ô Dieu! je ne guérirai jamais de cela : que j’ai de chagrin !

JD . Cherchez bien, regardez bien; dites à M. Husson ce que vous voyez?

R. Von , j’ai trop de chagrin; je suis dans un état abominable.

D. Aidez -nous; nous vous promettons de vous guérir.

R. Oh ! réveillez -moi, car je me trouverais mal; autour de mon cœur ce n’est que du sang.

D. Von , non , je ne vous réveillerai pas.

R. Oh ! si : c’est la cause de ce que mon cœur est en révolution.

D. Ou est votre cœur? (Elle met la main sur la région précordiale. ) Une larme échappe de son œil; elle finit par pleurer.

Je la réveille à dix heures cinquante- trois minutes et demie ; aussitôt le réveil , la toux revient.

SUR RE MAGNÉTISME. 4 y

Après son départ, M. Bertrand propose encore une expérience qui, selon lui , serait décisive pour Inexistence d’une puissance naturelle , occulte, agissant indépendamment de ïa participation du magnétisé , ou du secours de son imagination. 11 s’agissait de venir un soir à

l’Hôtel- Dieu, vers l’heure où tout est tran-

quille dans les salles, de s’assurer si la malade dormait ; dans le cas contraire, je devais m’approcher à un lit d’intervalle, et la magnétiser en secret , à travers les trois rideaux qui se trouveraient tirés entre elle et moi. Je consentis volontiers à cette nouvelle expérience, ne désirant que procurer aux médecins les occasions de s’instruire.

On demanda a M. Husson si l’expérience pourrait avoir lieu le soir; il répondit que, voulant y assister, il indiquerait plus tard son jour.

XVIe SÉANCE.

10 novembre.

La Dlle Samson, arrivée à neuf heures vingtsept minutes , dit qu’elle ne veut pas dormir , mais que déjà elle est morte de sommeil.

5o EXPÉRIENCES

Elle est endormie en une demi- minute.

Elle répond aux questions premières , qu’elle souffre toujours beaucoup de l’estomac et ne peut se coucher sur le côté gauche qui lui fait grand mal. Je la magnétise; elle s’écrie : a O ce Dieu ! votre main me fait du bien pourtant ! ce mais c’est que cela vous fatigue beaucoup y « si vous me soulagez , et que je vous donne du (( mal après y la belle récompense ! »

D. Je mets tout l’empressement possible à vous soulager.

R. Oui, monsieur, je le vois bien; je ferai aussi tout ce que je pourrai pour vous seconder; mais c’est, dans mon estomac, tous ces petits boutons rouges! Il y en a plus d’un côté que de l’autre. Vous ne me dites rien.

D. J’attends que vous me décriviez ce que vous voyez.

R. Mais, mon Dieu, je vous le dis : c’est beaucoup de petits boutons; il y en a cinq plus gros que les autres, trois du côté du dos, deux adhérons dans le côté gauche. Je les vois.

D. Où sont situés les petits boutons?

R . Ils sont autour des gros, comme quand les enfans ont la petite vérole.

D. De quelle couleur?

R. Il y en a de blancs et beaucoup de rouges.

SUR LE MAGNÉTISME. 5l

D. Que faut-il faire pour faire passer ces boutons?

R. G est difficile : il y a si long-temps, depuis quatorze mois que je suis tombée !

D. Dites ce qui vous fait mal dans le côté ?

R. C’est le sang, et pas autre chose : dans mon côté il y a une petite poche pleine de sang, auprès du cœur, et un fil si petit, si petit , qui fait battre mon cœur comme on sent. Touchez : je la vois , comme on la verrait dans un corps ouvert. C’est quand cette poche est pleine que je vomis le sang : ce qui m’est arrivé avant-hier.

T). Avez -vous vomi des alimens avec le sang ?

R. INon, monsieur ; il y a long-temps que le vomissement des alimens a cessé.

D. De quelle grosseur est la poche dont vous

R. Comme une noix, et la peau est toute fine.

D. Après d’autres questions sur l’eau magnétisée qu’elle avait demandée ayant grande soif : Que pensez-vous du n° 22? (c’est-à-dire d’une malade dont le lit est en face du sien , et que M. Robouam magnétisait).

R. Elle va bien, elle ne vomit plus du tout.

Elle avait déjà demandé à être réveillée, eile insiste ; je la réveille.

Retour de la toux.

À cette séance étaient présens MM. Husson, Breheret, Le Pioux, Sabatier, Rougier, Robouam, Bertrand, Rergaradec, etc.

Pendant le cours du sommeil magnétique, on Pavait pincée très fortement; on lui avait passé une barbe de plume sous le nez, sur les lèvres , et à plusieurs reprises : elle ne donna aucune marque de sensibilité à ce genre de chatouillement , que l’on sait être insupportable.

Plusieurs de ces messieurs lui avaient dit fortement qu’elle s’amusait à tromper, que cette conduite était indigne , qu’elle jouait la comédie et qu’on allait la mettre à la porte ; on lui tint divers autres propos sur le même ton; on parla en même temps que moi, en lui faisant d’autres questions; on contrefit ensuite ma voix : on ne put obtenir de réponse d’elle; aucune altération ne se fit remarquer dans ses traits.

Elle éprouva, après le réveil, des convulsions très vives, et l’on fut obligé de la conduire à son Ht.

M. Husson annonça qu’il serait libre le soir,

pour l’expérience proposée par M. Bertrand r et l’on se donna rendez-vous, à six heures et demie, dans la place du parvis Notre-Dame.

XVIIe SÉANCE.”

io novembre, au soir.

J’arrivai à près de sept heures au lieu de réunion : nous montâmes tous ensemble à la salle Sainte Agnès, où notre malade occupait le lit n° 54; on me lit placer, dans le plus grand silence , accompagné de deux de ces messieurs, entre les lits 55 et 56.

M. Husson, passant devant le lit de la Dlu Samson , va visiter une autre malade plus loin, â qui il dit tout haut : « C’est pour vous que je viens ce soir; vous m’avez inquiété à ma première visite, mais je vous trouve mieux: tranquillisez-vous, cela ira bien. » 11 revient près du lit n° 54 , et demande à Mlle Samson si elle dormait; celle-ci répond qu’elle n’a pas envie de dormir et qu’elle ne dort jamais de si bonne heure. Elle tousse. 11 se retire et vient se placer à quelques lits de distance, de ma-

ni ère à être hors de vue de la malade, mais à portée d’observer ce qui allait se passer.

A sept heures précises, je magnétise la malade; à sept heures huit minutes, elle dit, en se parlant haut à elle-même : « C’est étonnant comme j’aimai aux yeux, jetombe de sommeil.»

Deux minutes après, M. Husson passe auprès d’elle, lui adresse la parole : elle ne répond pas ; il la touche, et n’en obtient rien.

A sept heures onze minutes, nous nous approchons tous, et je lui fais les questions suivantes :

D. Mademoiselle Samson, dormez-vous?

R. Oh ! mon Dieu, que vous êtes impatientant !

JD. Comment vous trouvez-vous?

R. J’ai mal dans l’estomac depuis tantôt.

D. Comment se fait-il que vous dormiez du sommeil magnétique?

R. Je ne sais pas.

D. Saviez-vous que j’étais là ?

R. Non, monsieur.

jD. Si on vous laissait dormir toute la nuit ?

R. Oh ! non, cela me ferait du mal.

JD. A quelle heure vous réveilleriez-vous ?

R. Demain matin.

SUR liE MAGNÉTISME. 55

Je lui souhaite le bonsoir, et nous nous retirons tous ensemble.

M. Bertrand n’avait pas manqué d’assister à cette expérience, qu’il avait lui-mème proposée. Le succès avait été complet; tout le monde était convaincu, et lui-même ne fit aucune difficulté de signer le procès-verbal qui en fut dressé. Comment donc se fait -il que dans ses écrits il ait nié l’existence d’un agent dont la réalité lui était démontrée, de son propre aveu, par cette expérience?

M. Husson revint à onze heures du soir, il trouva la DUe Samson dans la pose ou nous l’avions laissée. L’isolement est toujours complet, la respiration est dans le même état, telle qu’elle devenait toujours dans le sommeil magnétique, longue et élevée. La circulation est, dans ce cas, beaucoup augmentée et les inspirations diminuées en nombre. M. Piobouam la visita deux fois pendant la nuit, la trouva toujours dans la même position. Il la fit surveiller; on n’aperçut aucun mouvement de toute la nuit. J’appris même que les personnes qui étaient chargées de la surveiller essayèrent tous les moyens de la réveiller, la secouèrent, lui chatouillèrent la plante des pieds, lui tirèrent et lui coupèrent les cheveux, sans pou-

Yoir en aucune manière se faire sentir d’elle ni provoquer aucun mouvement. Lite ne s’éveilla qu’entre six et sept heures du matin. Eile se plaignit beaucoup de mal dans les articulations : ce qui était l’effet des tourmens qu’on lui avait lait subir* mais elle n’avait aucune idée de ce qui s’était passé.

XVIIIe SÉANCE.

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1 1 novembre.

La séance de ce jour ne commence qu’à neuf heures quarante-neuf minutes. La malade a froid, mal à la tête, dans les bras; elle dit qu’elle ne dormira pas aujourd’hui, puis bientôt elle baille, rit, tousse, soupire, veut résister à l’influence magnétique, en disant que l’on a beau faire. Elle se frotte les yeux malgré moi , tousse encore, éprouve du tremblement, et s’endort à cinquante-une minutes. Je l’interroge à dix heures seulement.

D. Comment avez-vous passé la nuit?

R. J’ai bien dormi.

JD. N’avez-vous senti aucun mal depuis?

R . J’ai mal dans les bras.

Elle annonce qu’ayant dormi toute la nuit, elle ne veut pas rester long-temps dans ce nouveau sommeil. Alors on presse les questions sur son état. Je lui dis queM. Husson va quitter l’Hôtel-Dieu dans trois jours, et qu'il est important qu’elle l’éclaire définitivement; elle témoigne un vif regret de son changement. J’en prends l’occasion de stimuler sa lucidité par mes questions, et en renforçant ma volonté d’une action soutenue. Elle n’ajoute aucun éclaircissement sur sa maladie autre que ceux déjà recueillis; mais elle promet de dire, le lendemain quelque chose qui sera bien intéressant , si toutefois on ne la contrarie pas»

Je la réveille après une demi-heure de sommeil ; mais comme on l’a pincée et secouée encore pendant la séance , elle éprouve sur-lechamp des mouvemens convulsifs.

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