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Expériences Relatives a L'influence De La Lumière Sur L'enroulement Des Tiges

M. Chatin fait remarquer que la vrille-racine garde la structure du rameau vers sa base, son extrémité et ses divisions prenant seules les caractères anatomiques des racines.

M. Duchartre fait à la Société la communication suivante :

DES TIGES, par M. P. DUCHARTRE.

Ea singulière faculté dont sont douées les tiges volubles, de se contourner en spirale autour des corps grêles que le hasard a placés à côté d’elles, a fixé l'attention des physiologistes qui ont cherché à en reconnaître la cause. Bien des idées hypothétiques ont été émises î» ce sujet, et, dans ces dernières années, celles qui ont eu le plus de faveur consistent à faire dériver cet enroulement, soit de l’irritation que déterminerait le contact des corps étrangers, soit de l’inégalité de tension qui distinguerait l’un de l’autre les deux côtés opposés de la même tige. Il est toutefois une cause possible du phénomène à laquelle on a pensé également, mais au sujet de laquelle les avis ont été partagés de bonne heure, et qu’on n’a pas tardé à regarder comme de nul effet; cette cause possible est l’influence de la lumière. Il est arrivé, à cet égard, un fait assez curieux que je crois devoir rappeler.

En 1827 parurent en Allemagne, à quelques mois d’intervalle, deux mémoires considérables sur les plantes volubles, qui avaient été couronnés l’un et l’autre dans un concours spécial ouvert par la Faculté de médecine de l’Université de Tubingue. L.-H. Palm, auteur de celui qui fut publié le premier (1), avait été conduit par ses observations et ses expériences à penser que la lumière solaire agit puissamment sur la tige de cesplantes, et il exprima nettement son opinion dans les termes suivants : « De mes expériences et de mes observations sur l’influence de la lumière, il résulte que sans elle l’enroulement n’a pas lieu ». De son côté, l’auteur du second ouvrage(2), M. Hugo v. Molli, s’exprimait tout aussi catégoriquement dans le sens opposé. En expérimentant sur le Liseron-des-fenètres ( Ipomœa purpurea Lamk, Pharbitis hispida Choisy) et sur le Haricot, il avait vu la tige de ces plantes s’enrouler autour des corps h l’obscurité comme au grand jour, et, généralisant ce résultat, il affirmait que Palm avait beaucoup exagéré l’influence de la lumière. « Ce botaniste, ajoutait-il, dit qu’en l’absence de toute lumière les plantes volubles ne se sont pas du tout enroulées; mais je ne puis attribuer ce défaut d’enroulement à la privation de lumière, puisque mes expériences prouvent le contraire ». Il croyait même pouvoir expliquer les faits observés par le

(1) lleber das Winden der P flan 2 e», par Ludwig-Heinrich Palm ; in-8 de vi et 101 pages et 3 planches. Stuttgart, 1827.

(2) Ueber den Bau und das IVindsn der Banken und Schlingpflanzen, par M. Hugo

Mohl ; in-4 de vuiet 152 pages avec 13 planches, Tuebingen, 1827.

SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE 4865. h 37

savant qu’il contredisait, en admettant que les plantes qui ne s’étaient pas enroulées à l’obscurité étaient dans un état d’extrême affaiblissement par lequel elles préludaient à leur mort prochaine, et qui ne leur permetttait pas de manifester leur tendance naturelle. Grâce à l’autorité scientifique de M. H. v. Mohl, celte opinion que les plantes volublés sont indépendantes de l'influence lumineuse et s’enroulent tout aussi bien à l’obscurité qu’au grand jour est devenue celle de tous les botanistes de notre époque, sans avoir, du moins à ma connaissance, rencontré la moindre contradiction.

Cependant, à la date de quelques années, Dulrochct avait observé un fait qui montre que la lumière n’est pas tout à fait sans action sur le mouvement révolutif, et dernièrement M. Cb. Darwin, dans son grand mémoire sur les végétaux grimpants (1), a confirmé par des observations précises les données de notre ingénieux physiologiste. Il a vu que, si l’on place des plantes volubles dans une chambre, près d’une fenêtre, l’extrémité jeune de leur tige, dans son mouvement révolutif, qui la fait tourner autour de son support, met beaucoup plus de temps pour décrire la demi-révolution pendant laquelle elle. regarde le fond peu éclairé de la chambre, que pour accomplir celle qui la maintient vers la fenêtre, c’est-à-dire vers la lumière. Ainsi un Ipomœa jucunda, ayant fait en 5 heures 20 minutes un tour entier, le demi-cercle du côté de la fenêtre n’a pas exigé tout à fait une heure, tandis que celui du côté de la chambre n’a été parcouru que dans l’espace de U heures et demie. Imbu des idées de M. H. v. Mohl, M. Darwin n’en pense pas moins que l’accélération du mouvement révolutif est la seule action que la lumière puisse exercer sur les liges volubles.

Il fallait des expériences plus variées que celles qui avaieut été faites jusqu’à ce jour, pour reconnaître si les idées introduites dans la science par M. H. v. Mohl étaient fondées dans leur généralisation ou seulement dans une certaine mesure. Je me suis occupé de ces expériences pendant l’été dernier. Désirant les faire aussi concluantes que possible, j’avais besoin de trouver au moins un sujet qui les mît à l’abri des objections élevées contre celles de Palm, c’est-à-dire une plante qui pût végéter pendant longtemps à l’obscurité sans en souffrir notablement. Cette plante, quelques observations antérieures me l’avaient fait trouver dans l’Igname de Chine ( Uioscorea Batatas Dcne), qui, nourrie par son tubercule, reste longtemps en végétation, quoique entièrement soustraite à l’influence du jour. C’est donc sur cette Igname que j’ai expérimenté en premier lieu. J’en ai planté dans de grands pots plusieurs pieds que j’ai pu, lorsqu’ils étaient en pleine Aégétation, placer les uns au milieu d’un jardin, les autres dans une cave entièrement obscure; en outre, il m’a été facile d’en faire passer plusieurs successivement par l’obscurité et la lumière diurne, de manière à en obtenir le développement

(1) On lhe Movements and Habils of climbing Plants , par M. Ch. Darwin ( Journal of th« Unix, Society, IX, 1865, n°‘ 33 et 34).

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