SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
dans ces conditions opposées. Je ne crois pas pouvoir consigner ici les détails de ces diverses expériences; je me bornerai donc à indiquer les résultats qu’elles m’ont donnés invariablement, et qui peuvent être formulés en peu de mots. Dans tous les cas, les tiges d’igname ont perdu à l’obscurité la faculté de s’enrouler autour des baguettes que je leur donnais pour tuteurs et auxquelles j’avais la précaution de les attacher, afin de voir si, conformément à la théorie de M. H. v. Molli, l’irritation produite en elles par le contact de ce corps étranger les déterminerait à s’enrouler. Deux exemples fournis par deux des sept plantes que j’ai observées, et sur lesquelles j’ai diversifié le plus possible la marche de l’expérience, me permettront de mieux préciser ce qu’un simple énoncé pourrait avoir de trop vague.
1° J’ai planté une Igname à la fin du mois de mai 1865. Lorsque l’extrémité de sa tige a commencé de se montrer hors de terre vers le milieu du mois de juin, j’ai descendu dans la cave obscure le pot qui renfermait la plante, et je l’y ai laissé jusqu’au 2 août suivant. Pendant environ un mois et demi de vé- . gétation dans une profonde obscurité, la tige s’est élevée à l m ,50 de hauteur. Dans cette étendue, elle comprenait plusieurs entre-nœuds qui allaient
en diminuant de longueur du bas vers le haut (le 1
er
0 m ,12), dont les six pre¬
miers faisaient un total de l m ,375, et dont les supérieurs, de plus en plus courts, étaient resserrés dans la longueur restante de 0 m ,125. Cette tige étiolée, blanchâtre, mais ferme et même roide, était parfaitement rectiligne ; elle ne montrait en aucun point le moindre indice de tendance à l’enroulement. Elle s’était élevée le long d’une longue baguette que je lui avais donnée pour tuteur, sans faire le moindre effort pour l’embrasser, bien qu’elle y fût attachée par des ligatures.
2° Le 23 mai, j’ai planté une autre Igname dont la tige est sortie de terre vers le 15 juin. Le pot qui la renfermait se trouvait alors au jour, dans le jardin. Après avoir mis à côté de la plante une longue baguette, j’ai laissé le pot à la même place jusqu’à ce que la lige eût fait deux révolutions entières autour de ce tuteur. Alors, j’ai descendu la plante dans la cave obscure. Là, sa tige obéissant encore quelque peu à sa tendance naturelle, a décrit un tour presque entier, mais lâche, et dans le trajet duquel elle devenait de moins en moins inclinée; après cela, elle s’est élevée droite et roide le long de son tuteur, auquel j’avais soin de l’attacher par des ligatures à mesure qu’elle s’allongeait. Le 7 juillet, elle était haute en tout de l m ,20, et ses 0 m ,70 supérieurs, s’étant développés après que la plante avait pu se déshabituer en quelque sorte de l’enroulement, sous l’influence de l’obscurité, étaient parfaitement rectilignes. A celte date, elle comprenait, entre sa base et son extrémité coudée à angle droit, à la manière des branches souterraines [Apios, etc.), vingt entre-nœuds, parmi lesquels ceux qui s’étaient formés au jour étaient courts, tandis que ceux dont la production avait eu lieu dans