SÉANCE DU 22 DÉCEMBRE
l’obscurité atteignaient jusqu’à 0 m ,15 de longueur. —Le 7 juillet, j’ai remis la plante 3u jour, dans le jardin. Dès le 16 du meme mois, elle s’était élevée de 0 m ,35 en tournant autour de son tuteur, et en faisant ainsi cinq tours de spire serrés, dans l’étendue desquels les entre-nœeds n'avaient en moyenne que 0 m ,05-0 m ,06 de longueur. J’ai remis alors mon Igname dans la cave où sa tige n’a pas tardé à s’allonger de nouveau droite et roide, sans s’enrouler autour du tuteur.
Ainsi, par suite de ses passages successifs au jour et à l’obscurité, cette tige a fini par offrir l’une au bout de l’autre : 1° une portion enroulée; 2° une portion rectiligne; 3° une deuxième portion enroulée; 4° une deuxième portion rectiligne; 5° et finalement une troisième portion enroulée qui s’est produite lorsque, l’expérience me paraissant suffisamment démonstrative, j’ai abandonné le pot dans un coin du jardin. La plante était encore très-bien portante à la fin du mois d’octobre.
La conséquence de ces deux expériences, avec lesquelles celles que j’ai faites sur d’autres pieds de la même espèce sont en parfait accord, me semble tellement naturelle, que je crois avoir à peine besoin de l’énoncer : elles me semblent mettre en plein jour l’influence essentielle de la lumière diurne sur l’enroulement de la tige du Dioscorea Batatas.
Mais cette plante serait-elle la seule dont la tige voluble ne pût s’enrouler qu’à la lumière diurne? Pour reconnaître ce qu’il en est, ayant à ma disposition deux pieds jeunes et bien portants de Mandevillea suaveolens Lindl.
(Echitessuaveolens Alph. DC. ), qui s’élevaient à 1 mètre environ en décrivant un grand nombre de tours sur un tuteur, j’en ai placé un dans la cave obscure, à la fin du mois de juillet. Sa végétation n’a pu continuer dans ces conditions anormales, et il a péri au bout de quelques jours. J’ai disposé alors une seconde expérience, sur un autre pied que j’ai laissé au jour dans le jardin. Le 25 août, j’ai enfermé la partie supérieure de la tige, avec le tuteur autour duquel elle s’enroulait, dans un gros tuyau de zinc que j’ai bouché soigneusement à ses deux extrémités. Tout le bas de la plante est resté à l’air et à la lumière sur une hauteur d’environ O" 1 ,75. Dans cet état, la végétation a continué sans difficulté, et lorsque, au bout de quinze jours, j’ai enlevé le tuyau de zinc, j’ai reconnu que, dans l’obscurité, la tige s’était allongée d'environ l) m ,10 en s’enroulant si faiblement, qu’à peine décrivait-elle un tour de spire sur toute cette hauteur, en se redressant de plus en plus. Son extrémité ayant péri, elle avait cessé de croître; mais vers le haut de cette tige se trouvait une branche qui était restée vivante, quoique étiolée, et qui s’était élevée, dans l’obscurité, de 0 m ,14 à côté de son tuteur, en ligne droite et verticalement, présentant, dans cette longueur, trois entre-nœuds bien formés et plusieurs autres fort courts, rapprochés en manière de bourgeon terminal. Laissée à découveit, à partir du 9 septembre, cette branche n’a pas tardé à reprendre, en s’allongeant, la faculté de s’enrouler que l’obscurité lui
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avait enlevée momentanément. — Ainsi le Mandevillea cesse d’être voluble lorsqu’on le soustrait à l’influence de la lumière, et le fait de l’Igname de Chine n’est pas isolé. Il serait surprenant que le hasard m’eût fait rencontrer les deux seules plantes volubles qui perdissent leur faculté distinctive à l’obscurité; d’où il me semble permis de présumer que d’autres, probablement en grand nombre, exigent aussi pour s’enrouler l’énergique stimulant de la
lumière.
Toutefois, il est surprenant que l’enroulement de la tige, qui n’offre pas d’autre différence que celle de la direction, chez les plantes volubles, ne soit pas également soumis chez toutes à l’influence de la lumière diurne; or,c’est ce qui résulte de la comparaison des expériences que je viens de rapporter avec celles qu’on devait déjà, depuis longtemps, à M. H. v. Mohl. Comme je l’ai dit plus haut, ce botaniste a vu le Haricot et Ylpomœa purpurea Lamk conserver dans l’obscurité la faculté d’entortiller leur tige autour des corps étrangers.
Récemment, ftl. Sachs, expérimentant sur les mêmes plantes, a reconnu la parfaite exactitude des assertions du savant professeur de Tubingue. — J’ai voulu moi-même faire à mon tour des expériences analogues, en y appliquant les deux méthodes que j’ai employées pour l’Igname de Chine et le Mandevillea. Relativement au Haricot, une circonstance particulière ne m’a pas permis de mener mes essais à bonne fin; mais sur VIpomœa purpurea, j’ai vu la lige enfermée, soit dans une cave obscure, soit dans un tuyau de zinc, continuer à s’enrouler autour de son tuteur comme si elle était restée à la lumière du jour, jusqu’à ce que l'étiolement fit périr la plante. Ce terme forcé des expériences ne s’est jamais fait attendre plus d’une quinzaine de jours; mais ce temps a suffi pour que les tiges, quoique étiolées et en voie de dépérissement rapide, décrivissent autour de leur tuteur quatre ou cinq tours aussi serrés que ceux qui s’étaient formés au jour.
lin résumé, les expériences dont je viens de rapporter les résultats établissent qu’il existe, parmi les plantes volubles, deux catégories bien distinctes relativement à l’influence que la lumière exerce sur l’enroulement de leur tige : les unes, comme le Dioscorea Batatas et le Mandevillea suaveolens , ne conservent la faculté de s’entortiller autour des corps étrangers que tant qu’elles sont soumises à cette influence; les autres, telles que Xlpomœa purpurea Lamk, et d’après MM. H. v. Mohl et Sachs, les Phaseolus , s’enroulent également au jour et à l’obscurité. Il serait intéressant de soumettre à l’expérience le plus grand nombre possible d’espèces à tige voluble pour
reconnaître quelles sont celles qui rentrent dans l’une ou dans l’autre de ces deux catégories.
taris. — Imprimerie de E. MarttulT, rua Mignon, 2.