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Expériences Sur Des Boutures Droites Et Renversées

Pendant l’existence de quelques mois clu jardin de l’Institut agronomique, j'avais institué plusieurs séries d’expériences sur divers points de physiologie végétale. Quoique restées forcément incomplètes , certaines de ces expériences m’ont donné des résultats qui m’ont paru mériter d’être publiés. Tels sont ceux qui vont faire le sujet de cette note.

Je m’étais proposé d’étudier expérimentalement diverses questions que soulève l’histoire des boutures, et sur lesquelles la science possède des données intéressantes, mais encore insuffisantes pour amener à une solution définitive. Deux seulement d’entre ces questions m’occuperont ici.

1° Influence de la plantation à différentes profondeurs sur la végétation des boutures. — Un expérimentateur ingénieux de notre Midi, Lardier, a fait à ce sujet des expériences multipliées qui lui ont paru mettre hors de doute les avantages des boutures superiiciellts. « Les boutures exigent, dit-il, pour prospérer, d’être plantées à 7 ou 8 pouces de profondeur tout au plus, dans les terrains secs et chauds, et à 6 ou 7 pouces dans les terres naturellement humides ou qu'on arrose. » (Voy. J.-S. Lardier, Noue, traité théor. et pratique sur les semis et les plantations de? arbres, etc. Paris, 1828, p. 148.) Les espèces sur lesquelles cet observateur a opéré sont : la Vigne, le Cognassier, le Grenadier, le Citronnier, le Figuier, le Platane, le Peuplier d’Italie, etc.

Pour vérifier l’exactitude de la conclusion générale que je viens de reproduire, le 22 juin 1852, j’ai planté 6 boutures de Saule blanc formées de branches de 0 ,n ,02 environ de diamètre, dans une plate-bande de terre bien ameublie et engraissée par une culture jardinière de plusieurs années. Ces boutures ont été enfoncées : deux à 0"\ 162 (6 pouces), deux autres à 0 m ,324 (1 pied), les deux dernières à Ü ,n ,4S6 (18 pouces). L’expérience a été forcément arrêtée le 10 octobre 1852. Les boutures avaient toutes repris et végété avec plus ou moins de vigueur; mais celles qui avaient donné les plus fortes productions étaient précisément les deux qu’on avait plantées le plus profondément. L’une et l’autre avaient développé une forte masse de racines, dont plusieurs étaient longues de 5 ou 6 décimètres et épaisses a leur base de 5-6 millimètres ou même davantage. Cette masse de racines vigoureuses était née exclusivement dans la longueur du décimètre inférieur de la bouture. Dans l’étendue des deux décimètres supérieurs à cette première partie, on ne voyait que des racines courtes et grêles, espacées, au nombre seulement d’une douzaine; enfin toute la portion supérieure, encore plongée sous terre , sur une longueur de près de deux décimètres , n’avait pas émis une seule racine.

SÉANCE DU 2(3 JUILLET 185 k.

Les quatre boutures enfoncées en terre à 0"\32 U et 0“,162 avaient fourni des productions sensiblement plus faibles. Les deux premières avaient développé plusieurs fortes racines groupées dans l’étendue du décimètre inférieur ou partant du bout même de la bouture entre le bois et l’écorce ; la partie moins enterrée avait donné à peine quelques radicelles très grêles et très courtes qui n’avaient évidemment aucune importance pour la nutrition des deux jeunes arbres. Enfin, les deux dernières boutures, qui étaient les plus superficielles, n’avaient produit qu’une forte racine, et celle-ci partait de leur section inférieure, de manière à paraître les continuer dans une direction oblique.

Ces six exemples parfaitement concordants sont évidemment en contradiction formelle avec le principe général énoncé par Lardier comme conséquence de ses expériences. Ils montrent que, du moins pour le Saule blanc, et dans les conditions de mon expérience, les boutures plantées profondément en terre s’enracinent mieux, végètent plus vigoureusement que les autres, et que dans toutes, quel que soit leur enfoncement dans le sol, les racines naissent ou uniquement ou principalement dans la portion la plus éloignée de la surface du sol. .l’ajouterai que les résultats de cette expérience ont été confirmés par ce que j’ai vu sur plusieurs autres boutures, faites pour des recherches d’une autre nature.

2° î r êgêtation des boutures renversées. — Duhamel me paraît être le premier qui ait fait des expériences dans cette direction. C’est le Saule blanc qui lui servit de sujet pour ses recherches. Voici en peu de mots les résultats qu’il constata {Phys, des arbres , II, p. 115 et suiv. ) : Les branches plantées dans une direction renversée reprirent en général sans difficulté; elles produisirent plusieurs jeunes branches qui, après avoir poussé « comme si elles eussent voulu gagner la terre, » se recourbèrent bientôt pour prendre la direction ordinaire. De leur côté, les racines suivirent d’abord une direction telle que si elles eussent tendu à gagner la superficie du sol; après quoi elles se recourbèrent pour s’enfoncer en terre. Les tiges de ces boutures renversées se firent remarquer parla formation de côtes grosses comme le doigt « qui semblaient répondre à la naissance des branches. » Il se forma des bourrelets a l’extrémité de. la partie qui était en terre. Ensuite tout rentra peu à peu dans l’ordre ordinaire; « les tiges s’arrondirent, les productions ne firent plus le crochet, et , au bout de quelques années, ces arbres poussèrent comme les autres. » Dans une autre expérience, Duhamel planta un jeune Saule renversé et les branches disposées en terre comme si elles eussent été des racines ; il remarqua, dans ce cas, que les bourgeons de ces branches enterrées s’ouvrirent, s’allongèrent de quelques lignes à peine, et périrent ensuite.

Knight répéta, en 1802, les expériences de Duhamel (Voy. Knight's hortic. Paper s, p. 105 et. suiv.). Pendant l’automne, il planta ôO boutures

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