‹ Expériences Sur L'absorption De L'eau Par Les Feuilles, Au ContactChapitre 1 sur 2 · Expériences Sur L'absorption De L'eau Par Les Feuilles, Au Contact · texte numérisé non relu

Expériences Sur L'absorption De L'eau Par Les Feuilles, Au Contact

L’absorption par les feuilles de l’eau qui les mouille, ou avec laquelle on les met en contact, est un phénomène qui mérite, à plusieurs égards, de fixer l’attention des physiologistes. Aussi, depuis longtemps déjà, plusieurs d’entre eux en ont-ils fait l’objet de recherches spéciales. Ils ont même adopté, pour leurs expériences à ce sujet, des méthodes variées, les uns ayant plongé dans l’eau un des deux rameaux feuillés dlune branche bifurquée (Mariotte), d’autres ayant plongé dans le liquide une des feuilles inférieures d’une plante entière (Rudolphi), celui-ci ayant placé sur une série de vases pleins d’eau les diverses feuilles d’une même branche (Knight), enfin celui-là ayaut mis en contact avec le liquide soit un petit nombre de folioles d’une feuille composée, soit des feuilles simples détachées de leur plante (Bonnet).

Ces dernières expériences sont celles qui ont eu le plus de retentissement. Bien que leur importance réelle ait été exagérée, il est certain quelles n’étaient pas dépourvues d’intérêt, puisqu’elles donnaient l’explication de différents faits qu’on observe tous les jours dans la nature et dont il était difficile de se rendre compte sans l’absorption d’eau que les observations de Bonnet semblaient rendre parfaitement évidente. Cependant cette absorption par les feuilles de l’eau avec laquelle leur surface est en contact, qui s’était offerte à l’esprit de l’ingénieux physicien de Genève comme la seule cause admissible des faits constatés par lui, n’a pas été admise par la généralité des physiologistes. Il est arrivé, à cet égard, ce dont l’histoire des sciences offre plusieurs exemples, que l’interprétation la plussimple, la plus logique aussi, a été mise de côté et remplacée par une autre, non-seulement beaucoup moins naturelle, mais encore, ainsi que j’ai pu le reconnaître par l’expérience, tout à fait inexacte. Ainsi, parlant des expériences de Bonnet, Joh -Jac.-Paul Moldenhawer, dans ses Beituæge (4°, Kiel, 1812), s’est exprimé de la manière suivante : « Les feuilles qui n’ont des stomates qu’à leur face inférieure, posées sur l’eau par cette face, se conservent beaucoup

mieux, parce qu’elles transpirent moins. Les expériences de Bonnet

montrent donc, à proprement parler, quelque chose de tout différent de ce que Bonueten a déduit (pag. 98 et 99). » De son côté, De Candolle regardait comme l’explication la plus probable de ces expériences « que la position des stomates sur l’eau arrête l’évaporation des sucs que la feuille renferme et conserve sa fraîcheur (Phys, végét., I, p. 61). » Quaut à M. Treviranus, il dit de la manière la plus formelle « que le résultat des expériences de Bonnet doit être attribué plutôt a ce que la transpiration par la face infé-

SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE, rieure est empêchée, qu’à une absorption opérée par cette même face (Phys, der Gewæchse, I, p. 510). >» Enfin, pour ne pas trop multiplier les citations, je me contenterai de rapporter un passage de Meyen sur le même sujet: « Les autres expériences que nous possédons actuellement sur l’absorption, sur la transpiration et sur l’ascension de la sève brute, doivent nous amener à conclure que, dans ces circonstances, les feuilles se conservent fraîches plus longtemps, uniquement parce que la transpiration est supprimée (Neues System der Pflanzenphys., II, p. 112). »

Il m’a semblé qu’au lieu de discuter sur la cause pour laquelle des feuilles se conservent fraîches, lorsqu’elles touchent l’eau par une de leurs faces, plus longtemps, en général, que lorsque le contact a lieu par l’autre face, il était plus sûr de reprendre les observations de Bonnet, en pesant avec soin les feuilles avant et après l’expérience. Il est évident que si leur poids augmente pendant qu’elles touchent le liquide, ce ne peut être parce que leur transpiration a été supprimée. En effet, cette suppression peut les empêcher de perdre, mais non leur faire gagner du poids ; elle pourrait tout au plus maintenir ce poids, mais non l’accroître en aucune manière. J’ajouterai qu’elle ne pourrait même leur conserver tout entier leur poids initial; car, pendant qu’une face touche l’eau, l’autre est en contact avec l’air, et, dès lors, elle est nécessairement le siège d’une transpiration qui lui fait éprouver une perte notable. D’ailleurs, les vases avec lesquels on opère ne peuvent avoir la forme des feuilles qu’ils laissent déborder plus ou moins de divers côtés. Il résulte de là que les feuilles soumises à ces expériences accusent uniquement à la balance l’excès de l’absorption sur la déperdition, c’est-àdire une absorption beaucoup plus faible qu’elle n’a été en réalité, et que l’on est parfaitement autorisé à conclure qu’elles ont pris du liquide lors même que leur poids s’est uniquement maintenu ou n’a que peu diminué pendant tout le temps de l’observation.

Voici maintenant, en peu de mots, les principaux résultats de quelques expériences qui ont été faites par moi pendant le mois d’octobre, c’est-à-dire à une époque où l’on ne peut supposer que la végétation eût beaucoup d’activité.

1. Une grande feuille de Cercis Siliquastrum du poids de l§ r ,90, posée par sa face inférieure sur un vase plein d’eau qu’elle débordait assez largement, pesait ls r ,95 après trois jours de contact avec le liquide. Une autre feuille plus grande, du poids de 28 r ,60, mise le même jour sur l’eau par sa face supérieure, ne pesait déjà plus que 18‘\50, après deux jours d’observation.

2. Une grande et belle feuille de Mûrier blanc, du poids de 3§ r ,70, a été posée, par sa face inférieure, sur l’eau d’un vase qu’elle débordait fortement de tous les côtés. Après trois jours, quoique déjà sèche sur toute la portion qui ne touchait pas l'eau, elle pesait 3S r ,90, accusant ainsi une absorption

Page 1