Expériences à Brôdtorp, en
Instruit par les connaissances acquises de l’année précédente, j'organisai les expériences de manière non seulement à constater les faits principaux, mais aussi à observer une foule de circonstances accessoires qui offrent de l'intérêt pour la notion du phénomène lui-même. La surveillance des expériences est d’une grande importance: aussi je la confiai à mon assistent, M. E. Bigse, qui avait acquis pendant l’expédition polaire une grande habitude des expériences en plein air, et qui voulut bien se charger de cette mission. Il ne m'était pas possible de m’étabir à Brôdtorp, et le baron HiIsINGER, comprenant la nécessité d'une surveillance continue, voulut bien recevoir M. Biese à
Brôdtorp.
La carte 2 donne tous les lots compris dans l’expérience, soit comme lots d'expérience, soit pour le contrôle.
A, semé de froment 1,5 hectare sous l’action de la machine S,, surface moissonnée 2234,5 m?
surface moissonnée 1931,2 m°?
AC, » » 0,5 » servant de contrôle,
surface moissonnée 2895,9 m° Ÿ 2 HAN seigle 155 0000E sous l’action de la machine S,,
surface moissonnée 15000 m°?
DE » 0,5 » sous l’action de la machine $,,
surface moissonnée 15000 m?
DC) » 0,5 >» servant de contrôle,
surface moissonnée 5000 m?
Le petit champ D, mesurant 4000 m?, était divisé en carreaux de 49 m°, quelques-uns de 35 m?, où l’on sema les plan-
tes suivantes:
Orge Avoine .
Pommes de terre
Betteraves rouges Haricots .
Framboises .
Carottes .
Choux-raves.
Tabac .
Lin.
. 14 carreaux, alternativement d’expérience et de contrôle . 14 carreaux, alternativement d’expérience et de contrôle . 14 carreaux, alternativement d’expérience et de contrôle 2 carreaux, l’un d’expér. l’autre de contrôle » » » » »
Ne © Y ÿ TZ ©
Fig. 2.
Quelques autres espèces encore étaient dans notre programme, mais elles n’atteignirent pas un développement qui permiît une apprécialion utile. Disons dès l’abord que bien que la terre eût été choisie avec soin, sept carreaux de contrôle semès d’orge se montrèrent si, fertiles qu'ils produisirent près du double d’un champ voisin, de fertilité moyenne; aussi ne purent-ils pas être mis en ligne de compte et je pris pour l’orge un champ de contrôle commun. On ne peut pas user de trop de précautions dans le choix des champs d’expériences et de contrôle, car des terrains qui semblent pareils à tous égards, peuvent donner des résultats très différents. Le seul moyen sûr est de faire alterner un grand nombre de champs d’expérience et de contrôle à la suite l’un de l’autre.
Disposition des réseaux métalliques. Comme dans les expériences précédentes, je tendis sur les champs d’expérience des fils métalliques garnis de pointes. Ces réseaux étaient supportés : par des poteaux et fixés à des isolateurs en ébène, d’un type spécial. Les poteaux étaient dressés le long des canaux de drainage du champ, à 16,5 mètres l’un de Pautre et reliés par un fil de fer de 1,5 mm. de diamètre. Sur le cadre ainsi constitué étaient tendus, à 1 m. d'intervalle, des fils métalliques de 0,4
mm. de diamètre; ces fils portaient une pointe à chaque mêtre carré du champ correspondait une pointe.
La disposition était la même sur le petit champ D, mais le nombre des pointes était de quatre par mêtre carré, sauf dans un petit nombre de carreaux où j'avais varié l’expérience en mettant un nombre de pointes différent pour différents champs. La hauteur des réseaux au dessus du champ variait un peu à cause de l’infléchissement des fils, mais on peut l’estimer en moyenne à 0,5 mètre, |
Machines électriques. Les machines électriques étaient installées dans un hangar de planches, élevé dans ce but et pourvu. d’une cheminée presque toujours allumée, pour maintenir l’air au degré voulu de sécheresse. Ces machines étaient au nombre de quatre, dont deux grandes, $S; et S,, et deux petites, M, et M.
La machine S, alimentait d'électricité une superficie de trois hectares, c. à. d. les champs À et B de la carte 2; la machine S, fournissait l’élecrricité à 1 hectare, les champs À et B°. Les machines de moindre dimension alimentaient chacune 0,2 hectare.
Toutes ces machines étaient reliées par des courroies à un axe commun, muni de quatre poulies, une par machine. Il était mis en mouvement à la main, par deux hommes qui se relayaient toutes les six heures. La force requise pour cela est très minime; on peut l’estimer approximativement à 0,1 de la force d’un homme; aussi ce travail était-il relativement peu pénible.
Bien que les machines fussent constamment en activité, 1l survenait assez souvent dans leur effet des interruptions tenant à ce que les réseaux métalliques étaient accidentellement mis en communication avec le sol: tantôt c'était le vent qui rompait un fil, tantôt une plante, atteignant le réseau dans sa croissance, servait de conducteur.
Des notes prises au fur et à mesure permettent de calculer comme suit le temps de travail effectif des machines:
travail en activité effectif.
__ { Seigle du ‘/n au 5/ym 58 jours 29 jours D, SU. 9 hectares | . a Froment » Su D pm 46 > 38 »
Seigle > y > Sun 58 > 43,55 D
S 1 a Bur hectare | FR nO Dr 2 NO RO)
Betteraves, orge,
M,, sur 0,2 hectare lo de terre du #/n au 5/x 84 jours 56 jours avoine
autres plantes M, sur 0,2 hectare et, en partie, » y » fx 84 » 56 » orge
En comparent les machines quant à la quantité d'électricité fournie par unité de temps, nous trouvons:
Di 2410 D Ones iL: 14 M AL ON" 10.
Le produit de ces nombres par celui des jours d'activité effective donnera:
Par hectare.
Seigle 29 2,15 — 62,1 20,8
Me mA nues ciMeME El Rd 27.
Seigle 43,5 O1t1— 77,00 77,00
S 1 h t 1 6 1 5 DE CU |Froment 57 l7—1009 109, M,, sur 0,2 hect. Betteraves, etc. 56 1,09 — 61,0 305,2 M, sur 0,2 hect. Autres plantes 56 102560 280,0
On voit par là que la quantité relative d’électricité fournie varie beaucoup, et on peut en effet la rendre très différente, en modifiant la vitesse de rotation des machines. (Cette vitesse était, dans notre expérience, de 3,6 tours par seconde pour S, et S:, et de 6 tours par seconde pour M, et M.,, mais on peut la tripler, s’il y a lieu.
Le degré de la charge électrique des différents réseaux variait considérablement dans le cours d’une journée; par une forte rosée ou un temps très humide, il pouvait descendre à 0 ou à bien près de 0.
Résultats :
Nous donnerons d’abord un aperçu des résultats concernant les grandes champs de seigle et de froment:
Tab. I.
Champ d'expérience. Champ de contrôle.
surface : : ) surface : 4e :
M PURE à poids de la récolte, kg: ‘hatsson, poids de la récolte, kg:
née m? l:erè qu. 2:e qu. somme néem? l:erè qu. 2:e qu. somme l:o Seigle 15000 424,0 2295,5 2719,5 5000 134,1 840,6 974,7 20 D 5000 147,9 771,6 919,5 mêmes chiffres l:o Froment 2234,5 177,45 470,48 647,9 2895,9 295,6 675,1 970,7 2:0 » 1931,2263,0 180,0 645,0 mêmes chiffres
Si nous calculons la récolte en kg par m°?, nous trouvons:
Champ d'expérience Champ de contrôle l:erè qu. 2:e qu. somme l:erè qu. Z2:e qu. somme l:o Seigle 0,0282 0,1216 0,1498 0,0268 0,1681 0,1949 Jo» 0,0296 0,1543 0,1839 mêmes chiffres l:o Froment O0,0794 0,2106 0,2900 O,1021 0,231 0,3255 2:0 » 0,132 0,1967 0,3340 mêmes chiffres Résultat direct re
l:erè qu. 2:e qu. somme + 5,2 Yo — 21, % — 23,14 Y + 3, h + 10,4 Vo — 8,2 Yo — 5,64 % + 15,7 — 22,23 0 — 5,6 Jo — 10,82 % + 51,4 + 34,38 Vo — 12,25 % + 2,11 Yo + 39,5 0/0
À un premier coup d’œil sur la dernière colonne des chiffres ci-dessus, les résultats directs ne paraissent guère favorables. Mais si on les prenait tels quels, les conclusions qu'on en tirerait seraient complètement erronées. Ce serait surtout le cas pour le froment, mais aussi, bien qu’à un moindre degré, pour le seigle.
Dès le commencement de l'été, les chenilles causèrent des dégats dans le champ de blé, et malheurensement leurs ravages
furent très inégalement répartis. Après examen, on crut pouvoir faire un triage, mesurer les parties intactes du champ et en faire servir la récolte au calcul des résultats. (Cela n’aurait pas eu d’inconvénient si la fertilité du champ avait été égale dans toutes ses parties. Mais il n’en était pas ainsi, et il suffisait d’un coup d'œil sur ce qui restait des champs de blé À, À’ et Ac après le triage pour constater que la vigueur de la végétation de Ac était au moins double de celle de À et dépassait d'au moins 50 pour cent celle de A’.
D'autre part, si on examine la qualité du grain récolté, on voit d’abord, quant au froment, que le champ À, bien que d’une végétation moins abondante, donne un grain de 34,4% meilleur. La qualité de À est, il est vrai, passablement inférieure à celle de Ac, mais on ne pouvait guère s'attendre à autre chose, la différence de fertilité étant si grande. La qualité du seigle surpasse dans les deux champs d'expérience celle des champs de contrôle; la différence est de 10% pour B° et de 5,2% pour B.
Après avoir, avec l’aide de M. Borg, l'habile intendant de Brôdtorp, qui avait suivi le cours de l’expérience, soigneusement examiné les champs et pesé toutes les circonstances ci-dessus, nous adoptâmes les conclusions suivantes comme approchant le plus de la vérité:
l:o La fertilité du sol allait en croissant de À à Ac et de JE ETS
2:0 La récolte du champ Ac ayant surpassé de 50°) celle de À, la fertilité paraît diminuer de Ac à À’.
3:0 La différence de qualité du’ grain paraît indiquer une diminution semblable, mais bien moins prononcée, de Bc à B:.
Pour arriver à des chiffres précis, nous partirons des données suivantes, que nous considérons comme très probables:
Si la fertilité du champ À est figurée par 1
celle >» >» À’ sera » A PC et » DNE UD AC » Du 1,7% Si la : » » champ Best » nl
celle » MOD ANIEB: sera, 1% VAE et » » AB NBIE DE ADD » 111,88
Remarquons de plus que l’augmentation que nous admettons ici est un minimum; par exemple, la comparaison des champs À A
et Ac nous avait amenés à un rapport de 1 à 2, tandis que nous ne le notons que 1,5.
La réduction des quantités récoltées pour les différents champs s'obtient en divisant par les chiffres ci-dessus le nombre de kg récoltés par mètre carré, d’où on peut ensuite calculer le taux de l’excédant.
Nous obtenons ainsi: Qual. obt. dir.
A 0,2900 kg par m? et excédant + 51,4% — 222% A’ 0,2632 » » » + 39,5% + 34,4% AC 0,1916 » » » — —
B 0,1498 » » » + 81% + 52% B' 0,1679 » » » + 15,7% + 10,4% Bc 0,145 » » » — —
Sans aucun doute, les résultats ainsi déduits sont très voisins de la vérité. L’infériorité très grande pour le seigle vient de ce que celui-ci avait déjà ses épis formés quand l’expérience commença, tandis que le développement du froment était beaucoup moins avancé. On ne pouvait donc attendre que du fro-
ment une augmentation absolue de la végétation !.
1 On retrouvera plus loin, dans le tableau général (7. V.), les résultats plus au
complet.
Une circonstance remarquable vient confirmer encore ces conclusions. En 1886, la récolte du blé à Brôdtorp avait été si belle qu’il n’est guère possible d’en attendre une meilleure dans notre pays. Et pourtant le champ de contrôle donne, en 1887, un excédant de 28,33%% par mètre carré, marquant ainsi une vigueur de végétation tout à fait inusitée.
La quantité de-grain récolte dans le plus grand des champs d'expérience, dépasse la récolté de 1886 de 14,41), et dans le plus petit, de 31,81 par mètre carré. Si on ne fait entrer en ligne de compte que le grain de l:ère qualité, l’excédant est, pour le champ de contrôle, 31,33%%, pour le grand champ d’expérience, de 22,15%% et pour le petit champ, de 45,550).
L'expérience faite sur les pommes de terre avait, cette année-là, pour but de rechercher l'influence de fils de fer de différents diamètres. J’établis pour cela trois carreaux d’expérience et trois carreaux de contrôle, chacun de 49 mètres carrés. Voulant aussi étudier l'effet du temps pendant lequel le courant agit, je disposai dans ce but quatre carreaux d'expérience et autant de contrôle, également de 49 m?, sauf un de chaque espèce dont : la superficie était de 35 m°?. Le tableau suivant montre le résultat obtenu.
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ÉUIO9 JJNSON EDR]
*LSSI dio3PQig ‘9193 op sowuwod soy anod jenods nvalquy : TI ‘AZ
Tab. IIL
Tableau spécial pour l’avoine.
Brüdtorp 1887.
Carreau. pe Champs d'expérience = F. Champs de contrôle = C. Td
No |m?|m°?| Paille | Volume | Poids | Poids | Paille | Volume | Poids | Poids ER F. oh FICIrF) Cl x. hl. kg. nn ke. bl. Mn me cent.
1 et 8149 | 491 3,825 | Ooai | 2,125 | O,0434 | 5,525 | O,055 | 2,975 | 0,0607 | — 28,49| 2» fil de fer avec 4 point. p. m? ee 2 9%,, |, | 4,675 | 0,055 | 2,975 | O.0607 | 2,550 | 0,027 | 1,700 | O,0347 | + 74,94! 15m . , é. ” += 3 |10|,,! ,, | 7,650 | 0,096 | 5,100 | O,1o41 | 3.825 | 0,055 | 2,975 | O,0607 | + 71,49] 1,0" : F ; À 4 |111 , |, | 6,800 | O,082 | 4,675 | O,0954 | 2,550 | O,oai | 1,700 | O,0347 | + 174,96 [124 h. sous le courant) à SR SE CREER TE 0,096 5,313 | O,1084! 4,250 | O,o4i | 2,125 | O,0434 | + 149,88 116 h. ne = eue 6 1131 , |. | 7,650 | O,082 | 5,100 | O,toa1 | 5,525 | O,069 | 4,038 | O,0824 | + 96,33[f12h. , , | S fil ordinaire. 7 1141385) 35| 5,100 | O,069 | 3,825 | O,1093 | 5,100 | O,069 | 3,400 | O,0972 | + 12,46 | CD PR |
Si nous éliminons la 1:ère et la die paires de carreau, où l’expérience a été troublée par des accidents, nous voyons que P ) P
l'influence du diamètre des fils est très minime, tandis que la durée du courant a une influence marquée, de sorte que l’avoine
comme les autres céréales, est très sensible à
une action prolongée du courant.
“puea8 350 dueyo e7 15 qnojins ‘Saxe sorjqu € aed ojuiod ounp uorjodoid 7 8 Auot, mod xojgxae,s qnez [Lnb quejanod ques [] ‘oJuepuodsor09 uorequousne oun Sed auuoIse)20,u Sojuiod op s1quou puers snjd un,nb 97pns91 n0,q 0/67 GP + SISIUIOP SI01J SOp 21189 79
0/,8pr + ouuop siorwoid sto1} sop ouuoou y on SUOANOI) SNOU ‘ONUSAIIQUI JS9 97INJ107 99u8JSU09I9 onbjonb no ‘Z nVAIIUI NP UOTIUISQU SUOSIET SNOU IS
2800] É I & « 8 9€‘ 2} + 6e (12 [12 6e L6£T 0 8887 t80‘0 8607 [22 CG e ‘à mod ejpruoo op sde & u c «e ce «e ce ‘ c € ‘ & « | à a de jet plercc + FLETO | SCC, | FcT'O | 867‘), Ë |. 9 J1e9 u9 9907 E] onb 09 UE « gorge + & «e « « g9cro | gro | 9600 | oo1‘G ce “«|l£& la red ‘SurUmT 209 UP quo | « « c ce «e « « c € c c «e « | 8 ee 97999 no sored [em] T199 79 + I9STO | 09} OTTO SL£ 9 : MINT -o1d o[orqu00 op sdurego so = T0 OTOL P 49 SOT nr & ce 9083 + ce «e de « FIGT 0 0g6'G oT‘O ge 9 ce « ë e auf [A ; & I €9'0 + 6e (12 6e (22 #60 0 cL6F 690‘0 cL9‘F (22 6e a Z “P em80 ‘PI X9J 9P IU ‘n8 28 oquyod j |z27p +| 85600 | zL9'82, | zoo T | 00‘cg | rrer'O | 8859 | 9600 | sus‘ |s'Gor 167 = I = | LL ‘quoo amod | ‘6x 8 . -a Ro: .8 - .a quepoox | zut 1ed : g: À au avd É | È 9 Ge ROSES Abe wuaed | sprog | SPIO4 |OUMI0A | IE | sprog | SPI4 |UMIOA | ed | 4 |} ON ÊI sprod np = exe duo "29 fred ‘9 = e101ju09 op due) ‘7 — oouorrodxop dueq9 ue "UVOLIET)
"L88I dioypoig ‘98407 anod [ub9ds nuque ‘AI ‘AL
Des circonstances fortuites inconnues ont évidemment joué un rôle dans les résultats donnés par les carreux d’expérience 6 et 13, tab. IT; aussi ne les avons-nous pas fait entrer en ligne de compte dans la série d’expériences.
Il semble ressortir des expériences 1 — 8, 2 —9 et 3 — 10 que le fil de fer de 1,5 mm. de diamètre donne le meilleur résultat; en effet, l’excédant obtenu ainsi est double de celui que donnent des fils de 2 mm. et de 1 mm, Cependant cet étrange résultat demande à être confirmé, car il est probable que le diamètre des fils n’exerce pas une influence sensible.
Il nous paraît instructif de mettre en regard les expériences 4— 11 et 5— 12; elles nous montrent que la durée du courant a une influence marquée: dans les premières, où le courant agissait 18 h. par jour, l’excédant est de 47,81), tandis que les champs 5 — 14, avec 8 h. de courant, ne donnent que 23° d’excédant.
Mais, comme nous le verrons plus loin, ce résultat n’est pas absolument constant; il est soumis aux circonstances météoroloques au milieu desquelles ont lieu les expériences.
Dans leur ensemble, ces expériences, avec celles que Pon trouve dans le tab. V, montrent un résultat très favorable pour les pommes de terre.
Le tab. III expose .les résultats donnés par l’avoine aux mêmes points de vue. Ici aussi des circonstances fortuites ont agi. sur la végétation des carreaux 1 — 8 et 4— 11; les premiers ont donné un résultat négatif, les derniers, au contraire, un excès trop grand. Si nous ne tenons pas compte de ces carreaux, ces expériences sont une confirmation éclatante des précédentes. Le diamètre des fils paraît avoir été indifférent, mais l'influence de la durée du courant est très marquée.
En général, l'électricité paraît exercer une action très considérable sur la végétation de l’avoine.
Le tab. IV rend compte des expériences faites sur l’orge pour étudier l’influence du nombre des pointes par mètre carré.
Ici ausi 1l à fallu éliminer un carreau — le n:0 2 — à cause de circonstances fortuites;, de plus, tous les champs de contrôle ont dû être laissés hors de compte, parce que leur fertilité dépassait de cent pour cent celle d’un autre champ de contrôle, de fertilité normale. Le sol des champs d’expérience était très certainement moins fertile que celui de ce dernier champ de contrôle; aussi l’excédant est-il moindre qu’on ne serait en droit d'attendre.
On ne peut pas tirer de ces expériences une conclusion définitive quant au nombre de pointes qu’il faut avoir par mètre carré; cependant 1l semble que ce nombre ne doive pas être inférieur à une pointe par 5 mètres carrés. Si on réunit les trois premiers carreaux, on trouve un excédant de 44,8%; les trois derniers donnent 45,2%; ces résultats diffèrent bien peu.
Le tableau V présente un aperçu complet de tous les résultats obtenus jusqu'en 1887. Examinons-le en détail pour voir quelles conclusions générales on en peut tirer.
Une première conclusion générale qui en ressort tout naturellement, c’est que:
Les végétaux se divisent en deux groupes, savoir:
A. Les végétaux dont l'électricité favorise le développement,
B. Les végétaux dont lélectricité entrave plus ou moins le développement.
Des végétaux sur lesquels ont porté nos expériences, les suivants appartiennent au groupe À:
Céréales: Froment, seigle, orge, avoine.
Racines et tubercules: Betteraves rouges et blanches, panais, pommes de terre, radis, céleri-rave.
Légumes: Haricots.
Fruits: Framboises et fraises.
Plantes à oignon: Poireaux.
Au groupe B appartiennent: Pois, carottes, choux-raves, choux-navets, navets, choux blancs et tabac.
La concordance des résultats obtenus à la Société horticole et à Brôdtorp ne laissent pas de doute à cet égard.
Cependant la question n’est pas encore épuisée, même pour : les plantes qui ont fait l’objet de ces expériencos. La diversité des buts auxquels ces expériences devaient tendre, n’ont pas encore permis d'en établir pour toutes les plantes sur la base d’une gradation de l'intensité du courant par unité de temps, ou du temps pendant lequel le courant doit agir. Il est très possible, et quelques-uns des résultats semblent le faire entrevoir, que chaque espèce de plante exige, pour que l'effet utile atteigne son maximum, un courant électrique dont l’intensité ne dépasse pas une certaine mesure, ou aussi un temps limité pour l’action du courant. Les expériences de laboratoire montrent que pour les céréales, dans la première phase de leur développement, un courant trop fort, agissant sans interruption, peut avoir une infiuence nuisible, et nous pourrons bientôt exposer des faits très instructifs à cet égard. |
La seconde conclusion’ générale qui ressort de notre tableau d'ensemble avec un haut degré de probabilité, c’est que: plus le sol est fertile et plus, par conséquent, la végétation est vigoureuse, plus l’excédant de la récolte est grand sous l’influence du courant électrique.
Nombre de faits dans le tableau V appuient cette conclusion.
Dans le jardin de la Société d’horticulture, les plantes avaient été semées dans de la terre de jardin bien fumée; à Brüdtorp,
dans des champs drainés. (Comparons les pommes de terre et les betteraves rouges dans l’un et l’autre de ces terrains: les pommes de terre donnent, en terre de jardin, un ex- | | cédant de 76,2%) mais en terre de champ 24,30 les betteraves donnent, en terre de jardin, un excédant de 65,3°/0 mais en terre de champ 31,1%
Comme nous l’avons déjà dit, le froment était d’une très belle végétation à Brôdtorp en 1886; malheureusement des obstacles imprévus empêchèrent de commencer l’expérience avant que le froment fût en fleur, ce qui ne permettait pas d'attendre une augmentation de la quantité, mais seulement une amélioration de la qualité. Le tableau montre que le grain de première qualité donna un excédant de 57°.
En 1887, le froment est ravagé par les chenilles; nous trouvons ici encore une amélioration, mais seulement de 34,40.
Dans les deux séries d'expériences, la maturité des framboises est considérablement hâtée par l'influence du courant. Ainsi une accélération de la maturation paraît être dans la nature du phénomène. Dans les expériences relatées page 31 on voit que les fraises mûrirent en 28 et en 33 jours sous l'influence du courant, tandis qu’il leur en fallut 54 sans électricité artifcielle. Il en fut de même des framboises à Brôdtorp, bien qu’à un moindre degré; exposées au courant, les fruits mirent 17 jours de moins à mûrir et donnèrent une récolte beaucoup plus abondante. Bien que les conditions fussent d’ailleurs très différentes dans les serres de la Société horticole et dans le champ de Brôdtorp, il semble pourtant que la terre de jardin ait aussi sa part dans le bon résultat.
L'examen du tableau V nous conduit encore à d’autres résultats.
On peut attendre des céréales un excédant d'au moins 40 pour cent dans les terres d’une fertilité moyenne.
Pour les racines du champ À, l’excédant dépend de l'espine des plantes et de la nature du sol, mais doit atteindre de 25 à 15 pour cent, peut-être davantage.
Pour les fraises et les framboises, on peut s’attendre à un excédant de 75°, outre que la maturité est beaucoup plus hâtive.
Quant aux légumineuses, les haricots ont donné un excédant de 751%, tandis que les pois ont produit 47% de moins; toutefois, ce résultat demande confirmation.
Les autres résultats négatifs sont si frappants qu’on ne peut pas douter qu'il n’y ait là pour ces espèces une loi générale, du moins en ce sens que ces plantes ne supportent pas la quantité d'électricité employée; l’avenir montrera si une gradation différente donnerait d’autres résultats.
Il reste encore un vaste champ de recherches quant à l’influence de l'électricité sur la qualité des produits; ces recherches devront avoir pour but de déterminer les modifications apportées dans les éléments constitutifs des végétaux.
Les résultats dont nous avons rendu compte étaient bien faits pour encourager à poursuivre l’étude du phénomène. Bien des questions restaient encore à résoudre, Une entre autres, d’une importance capitale, savoir:
Obtiendrait-on, en suivant essentiellement la même méthode, sur un autre point quelconque de la terre, les mêmes résultats que dans la Finlande méridionale, ou, en d'autres termes, l’ef- Jet serait-il le même quelle que fût la latitude?
En théorie, on peut répondre oui et non.
Mais si même on pouvait arriver par le raisonnement à une conclusion affirmative, le risque d’erreur resterait toujours grand. D'ailleurs, les végétaux cultivés dans le centre et le midi de l'Europe ne sont pas tous les mêmes que l’on trouve en Finlande, et nous avons vu que l'effet peut varier, selon l'espèce, du positif au négatif.
Dans ces conditions, il pouvait être nuisible pour la cause elle-même de publier les résultats déjà acquis. Si, par exemple, une expérience répétée par d’autres dans l’Europe centrale, conduisait à un résultat négatif, l'intérêt qu’une publication semblable aurait eu dans tous les cas pour le Nord, en aurait été beaucoup diminué; il s’en serait peut-être même suivi que la
question aurait été abandonnée pour longtemps,
La difficulté, pour instituer des expériences dans l'Europe centrale, était de se procurer les fonds nécessaires. Jusqu'ici, les frais assez considérables d'installation et de surveillance des premières expériences avaient été supportés, pour la plus grande partie, par M. le baron E. HisixGer; de plus, grâce à l’intérêt que montra pour ces recherches M. le Sénateur L. MEcHELIN, les sommes nécessaires à l'achat des instruments avaient été mises à ma disposition, tant pour les expériences au jardin de la Société horticole, que pour celles de Brôdtorp, et j'avais obtenu du Consistoire académique de l’Université d'Helsingfors l’autorisation de me servir des machines du laboratoire de physique. Quiconque a l’expérience de ces sortes d'entreprises comprendra que c'était là que gisait la principale difficulté.
Quand j’eus coordonné et mis au net les résultats obtenus, je m'adressai à MM. le général J. 4r Linprors, le colonel H. STANDERTSKOLD et le Conseiller de Commerce Gusrave BERGBOM pour les prier de prêter leur concours à l’entreprise en avançant la somme nécessaire à sa réalisation, 10,000 marcs environ. C’est pour moi un devoir bien doux que de reconnaître ici la dette de gratitude que j'ai contractée envers ces protecteurs éclairés de la science. Comme nous le verrons plus loin, les expériences que je fus ainsi mis à même de faire pendant l’été de 1888, révélèrent des faits d’une telle importance qu'ils éclairent le phénomène d’un jour tout nouveau. La nécessité de ces expériences dans le midi avant de procéder à la publication, devint apparente. Et si, comme il y a tout lieu de l’espérer, ces expériences conduisent à des applications pratiques d’une vaste portée, ma reconnaissance envers ceux qui les ont rendues possibles sera partagée par tous ceux, surtout dans notre pays, qui recueilleront les fruits d’une méthode, basée sur un principe tout
nouveau, dans un ordre de faits d’une immense importance pour la vie matérielle.
Au cours d’une correspondance concernant mes projets, échangée avec M. HEervé-MaxGon, ancien ministre de l’agriculture, depuis président de la Direction des Observatoires météorologiques de France, cet éminent protecteur et ami me promit. un appui effectif, dont les détails devaient être fixés à mon arrivée à Paris. É |
Mais quand je vins en France, en mars 1888, M. Hervé- ManGon était cloué sur un lit de douleur dont il ne devait plus se relever. À ce propos, je rappellerai un trait qui marque le noble caractère de cet homme distingué. Avant de mourir, il rassembla toutes les lettres qu’il avait reçues de moi et recommanda à sa femme, la fille du grand chimiste Dumas, de me les faire parvenir, ce qui fut ponctuellement exécuté.
Après quelque hésitation, causée par la crainte d’importuner un homme dont je savais que le temps était très précieux, je m'adressai à l'illustre professeur du Collége de France, M. E. MascarT, qui s’intéressa vivement à mes projets et me présenta à M. le baron Arnourn THÉNARD, descendant d'illustres hommes de science, lui-même savant distingué et propriétaire de grands domaines dans différentes parties de la France.
Je chercherais en vain à exprimer la prévenante bienveillance dont nous fûmes l’objet, ma famille et moi, de la part de Monsieur et Madame THéNarD; je leur garde la plus vive gratitude pour des services précieux, rehaussés encore par la gracieuse amabilité avec laquelle ils étaient rendus,
Pour se rendre bien compte de l’état des choses, il faut se rappeler que les recherches relatées dans l’introduction historique, n’avaient abouti qu'à des résultats douteux.
Dans ces circonstances, la confiance avec laquelle on m’accorda un concours nécessaire, prouve bien l’appréciation éclairée et la chaleureuse sympathie dont les recherches scientifiques sont Pobjet de la part des personnes cultivées.
Sur lavis de M. le baron THénarp, dont l’autorité comme agronome et viticulteur est d’un grand poids, il fut décidé que les expériences auraient lieu sur les terres du château de La Ferté en Bourgogne. Ce vaste domaine, dépendant autrefois d’un couvent, est situé près de Châlon sur Saône, dans une vallée entourée au sud et à l’ouest de hauteurs assez considérables, les montagnes des Charollais, qui se rattachent à la Côte d’or. Les pentes des collines sont plantées de vignes, de sorte qu’on peut dire que la vallée est le centre d’un vaste vignoble. Malheureusement la vue est attristée par les traces trop sensibles des ravages du phylloxera.
À La Ferté même, il n’y a guère de vignes, mais à 12 kilomètres plus au nord, à Givry, M. THÉNarD possède un grand vignoble, que des soins minutieux ont défendu contre l’insecte dévastateur. Les expériences devaient avoir lieu à Givry pour la vigne et à La Ferté pour les autres plantes.
Dans ces circonstances, la surveillance des expériences devait offrir quelques difficultés; elle se fit cependant ponctuellement et effectivement, grâce à l’obligeance de M. ThéNarp, et aussi à l’exactitude et à l’intelligence de M. Marcell à La Ferté et de M. Antoine Martin, à Givry, à qui elle était confiée en mon absence.
Les plantes qui furent l’objet des expériences à La Ferté étaient:
l:o. Dans le jardin: fraises, framboises, pois, haricots, oï-
gnons, Carottes, choux, pommes, pêches, prunes et cerises.
2:0. Dans les champs: froment, seigle, orge, avoine, maïs, pommes de terre, betteraves rouges et blanches, enfin herbe dans un pré.