À Givry: vigne
Les expériences faites en Finlande n’ayant pas indiqué d’une manière précise qu'il y eût à apporter quelque modification dans la durée du passage du courant, il fut décidé que les machines seraient tenues en activité le plus longtemps possible.
J’employai comme moteurs le courant galvanique d’une batterie de quatre éléments de Bunsen (type Carré) et deux électromoteurs de moindres dimensions, l’un construit par la maison SAUTTER, LEMONNIER ET C:1E, l’autre par la maison BRÉGUET, toutes deux à Paris. Quand la batterie avait fonctionné 58 heures, il fallait renouveler les acides et ordinairement aussi les plaques de zinc.
Les machines électriques étaient construites d’après le type WIMsHURST avec quelques modifications. L’exécution en avait été confiée à M. Dergurz, le célèbre constructeur, dont les ateliers fournirent aussi les autres appareils, fils, isolateurs, etc.
Je suis heureux d'exprimer ici à ce vieux ami toute ma reconnaissance pour son extrême obligeance.
À La Ferté fonctionnaient deux machines, mises en activité par le même moteur; à Givry, une machine avec son moteur. ”
Quoique les machines du nouveau type fonctionnassent en général bien, il y eut dans le passage du courant des interruptions causées, soit par l'humidité de l'air, soit par la mise en communication du réseau métallique avec le sol par quelque plante poussée trop vite. D’après le journal tenu sur la marche des machines, on peut estimer très approximativement le temps de passage du courant au tiers de la durée totale de l'expérience.
Dans les deux autres tiers entrent les interruptions voulues dans le fonctionnement des machines.
Résultats.
Nous rendrons compte d’abord des expériences faites sur les fraises de jardin, comme étant particulièrement instructives et ayant influé sur la méthode en général et particulièrement sur la durée du courant. Le lieu de l'expérience était un petit champ contenant 515 plantes de fraisier, et à côté duquel était un champ de contrôle planté de 392 fraisiers.
Les expériences, commencées le 18 avril 1888 avec une charge de deux à trois mille volts, furent poursuivies dès lors jour et nuit. Les premières fleurs parurent le 29 avril sur le champ d'expérience et le 7 mai sur le champ de contrôle. Dans cette période de 19 jours, il y avait eu, aux environs du 29 avril, quatre journées pluvieuses; le temps d'activité effective s’était ainsi trouvé réduit à 15 jours. Le développement avait donc été hâté de 8 jours sur 15, c’est-à-dire du double. Les plantes du champ d'expérience avaient, à ce moment, la plus belle apparence et témoignaient d’une plus grande activité végétative que celles du champ de contrôle. Cet état de choses continua jusqu’au 18 mal, époque à laquelle survinrent huit jours de soleil et d’une chaleur exceptionnelle, même en Bourgogne. Dès lors, les plantes du champ d’expérience commencèrent à languir. La récolte, qui eut lieu dans les deux champs du 7 au 21 juin, donna: pour le lot d'expérience 8,065 kg., c’est-à-dire 157 gr. par plante
» »y de contrôle 7,245 kg. » 185 gr. »
donc, 15,1 pour cent de moins dans le champ d'expérience.
En même temps que cette diminution de quantité, on constatait une différence de qualité. Les fruits du champ de contrôle avaient plus de fraîcheur et de parfum; ceux du champ d'expérience, en revanche, étaient plus sucrés.
Pour apprécier approximativement le «dommage» causé dans le champ d’expérience, on compta le nombre de corbeilles de fruits donné par une certaine quantité de plantes prises sur différents points du champ; il se trouva que 24 plantes du champ d'expérience avaient donné, en moyenne, 16 corbeiïlles par plante, et 7 plantes du champ de contrôle, en moyenne, 8 corbeilles seulement. Le nombre des germes fécondés avait donc été deux fois plus grand dans le champ d’expérience que dans celui de contrôle.
La conclusion que l’on peut tirer de ces faits est très importante et jette un nouveau jour sur tout le phénomène. L’action simultanée de l'électricité et du soleil, par une température élevée, est nuisible aux plantes. D'où il s'ensuit que, pour obtenir un bon résultat, il faut interrompre le courant, au moins dans le milieu de la journée, par les jours chauds où le soleil brille. Il n’est pas douteux qu’on n’eût eu à constater un excédant de 80 à 100 %, si on eût pris cette précaution. Mais au lieu de quelques kilogrammes de fraises, on avait obtenu un accroissement d’expérience d’une valeur essentielle pour la connaissance de la nature du phénomène.
Ce fait bien constaté, on interrompit dès lors le courant, pendant les journées claires et chaudes, de 10 heures du matin à 4 heures de l’après-midi.
Nous présenterons maintenant, en premier lieu, les expériences qui, pour quelque raison, n’ont pas abouti; en second lieu, celles dont le résultat est resté douteux; enfin, celles qui ont
donné un résultat bien marqué, positif ou négatif. Dans le premier groupe, nous trouvons:
Le seig le.
Comme pour les autres céréales, on avait choisi pour le seigle
2 champs d'expérience et 2 champs de contrôle, distribués comme suit:
Champ de contrôle n° 1 Intervalle 15 im. X414 2m —210°m° 5. X 14m = 10 1m Champ d'expérience n° 1 Intervalle Léman = 2 10m" ASC HE TO ET Champ de contrôle n°2 Intervalle Hrmoxt lun 10m? 5 m. xX 14 m.—70 m° Champ d expêrience n° 2 Intervalle 15m: X140m.=210 «m° 5 m'X 147°m'— 70"
Au début de l’expérience on examina les champs quand les pousses avaient atteint 10 c. environ; on constata que le champ d'expérience n°1 et ceux de contrôle n°1 et n°2 offraient une végétation à peu près pareille, mais que le champ d’expérience n°2 était beaucoup moins fourni; de même aussi pour le froment. A la récolte du seigle, on mêla le grain des deux champs d’expérience d’une part et des deux champs de contrôle de lPautre.
Les deux champs d’expérience donnèrent, pour 420 m.° 139 kg. pan» » de contrôle » » » 140 kg.
c'est-à-dire à peu près la même chose. Quand nous relaterons l'expérience sur le froment, nous verrons combien les deux champs d'expérience étaient inégaux, le n°2 ayant donné environ 35 de moins que le n°1. Aussi est-il naturel de conclure que l’excédant d’un des lots a été neutralisé par la moins-value de l’autre.
Les expériences sur l’orge restèrent sans résultat, le grain n'ayant pas germé, par suite de circonstances défavorables.
L'expérience sur l’herbe n’aboutit pas non plus à un résultat certain par Suite d’un choix peu convenable des champs d'expérience et de contrôle, dont l’un était situé beaucoup plus bas que l’autre et était inondé quand la rivière de Grosne débordait.
On prit aussi pour objets d'expérience quelques arbres fruitiers, pommiers, pêchers, pruniers, cerisiers, mais on vit bientôt Pimpossibilité d’établir une comparaison entre la récolte d’un arbre fruitier et celle d’un autre arbre voisin, quelque semblable qu'il soit; aussi les conclusions qu’on pourrait tirer de cette expérience sont-elles fort douteuses. On ne put pas constater que la maturation eût été hâtée.
Passons maintenant aux expériences dont le résultat reste douteux. Ce sont celles sur les pommes-de terre, les betteraves rouges et blanches et les. carottes.
Ces plantes, à l’exception des pommes de terre, occupaient un même champ allongé, bordé au nord par un mur; au midi, une allée de grands châtaigniers l’ombrageaient en partie: c'était là l’inconvénient. Quand on a vu l’effet d’une seule chaude journée de soleil, surtout après la pluie ou le froid, on n’hésitera pas à considérer somme une condition absolue que les champs d'expérience et de contrôle soient également accessibles dans toutes leurs parties aux rayons du soleil. — Le champ fut semé alternativement de betteraves rouges, de blanches et de carottes, avec des intervalles, et forma pour chaque espèce trois champs alternants d'expérience et de contrôle. Chaque champ avait une superficie de 5 m. x 15 m.—75 m°’. Ainsi les trois espèces de plantes occupaient chacune une superficie totale de 225 m°.
Toutes ces plantes restèrent soumises à l'influence du courant électrique du 24 mai au milieu de septembre; pendant ce - temps les machines fonctionnèrent régulièrement, comme il a été dit plus haut.
Le tableau suivant montre les résultats des expériences. Ce
résultat est négatif pour les betteraves blanches et les carottes, concordant en cela, pour ces dernières, avec ce que nous avions
constaté dans le nord; les betteraves rouges, en revanche, donnèrent un excédant marqué. |
Champ d'expérience Champ de contrôle Résultats Espèces Nombre de poids poids nombre de poids poids excédant plantes kg. par plante plantes kg. par plante p.
Betteraves DL 1° 133 123 0,9% 104 152 Mat 36" ) 2° DL TAN O AL TTE 78 122 1,564 —248 » 80/0111 00199 Lie 068 NS ETES NES » Total 335 359 1,072 245 8361 Las —217,%2
Betteraves r. 1° 101 209 2,069 115 221 192 + 7,6
» 2° Te 0 218,182 02122" AT ET annee
» Total 289 567 l,o62 309 521 1,686 + 16,4 Carottes 16 SR NNNIET À (is 170 ISSU TRES » 2° 92 65 0,707 173 56 0,167 — 7,8
» Total . 271 182 Ojer1 199 - 154 O7 —135 Pom.de terre, 1° 1233 , 918 ,0,14, 1233 859 O7 90 » 2° 608 536 0,882 608 577 0,949 — 7,
» Total 1841 1454 0,190 1841 1436 0,180 + 1,3
Deux champs de betteraves blanches furent analysées dans une raffinerie de Châlon; cette analyse donna:
Provenant Provenant
du ch. d'expérience du ch. de contrôle Poids)imoyenvthunt. 6eme 0,685 kg. 0,840 ke. . Poidsispéciique step 1,100 1,087 Quantité de sucre par litre 203,30 gr. 170,10 gr. Sucre par betterave. . . .. 17,55%0/0 14,86 ‘0 . Dévré de pureté. LR 77,15 74,50
Ainsi, la quantité de sucre était augmentée de 19,5 *b, ou, prise absolument, de 15,9 (/.
Il serait inutile de discuter en détail ce tableau, les champs v’ayant pas été également exposés au soleil. Les différences que présentent les champs de contrôle, surtout pour les pommes de terre, prouvent qu’un élément étranger est entré pour beaucoup dans le résultat.
Résultats positifs.
Champ d'expérience Champ de contrôle Froment Superficie Récolte en kg. Superficie Récolte en kg. n° 1 450 m? 77,59 450 m°? 64,00 non 2 450 m°? D8,68 450 m° 66
Il ressort de ce tableau que le champ d’expérience n° 2, qui dès le commencement se montra moins fourni, était si défavorablement situé qu’il n’y a pas lieu d’en tenir compte. Nous trouvons ainsi, pour le froment, un excédant de 21,2 pour cent.
Champ d’expérience Champ de contrôle Avoine Superficie Récolte Paille Superficie Récolte Paille Excédant kg. kg. kg. kg. p. %o NE 450 m? 52,1 60 450 m? 44,0 50 + 19,8 n° 2 » 46,5 52 » 241 45 +105 n° 3 » 43,4 49 341 40 +27, Total 142,6 120,2 + 18,6
L'’avoine, qui avait été sous le courant depuis le 21 avril, donne par consequent un excédant moyen de 18,6 ‘0.
Cth/a mi pit dé e xiplé rate nicie
Mais Superficie Nombre Récolte Récolte Paille des plantes kg. kg. par plante kg.
n° 1 300 m°? 452 155,6 O4 : 235 1 » 428 148,9 0,348 225 Total : 880 304,5 0,346 Chhtatmip "del crometernonlse Maïs Superficie Nombre Récolte Récolte Paille Excédant de plantes kg. kg. par plante kg. % nur 300 mn" 482 162,4 0,338 248,4 + 1,8 n° 2 » 407 137,15 0,337 210,6 + 3,3
Total 889 299,55 0,337 + 2,1
Le maïs avait été sous l’influence du courant électrique depuis le mai. En juin la végétation du champ d’expérience était si vigoureuse qu’on pouvait s'attendre à un excédant plus considérable. Aussi est-il très probable que le maïs a reçu trop d'électricité, c’est-à-dire que, comme les fraises, il a souffert de recevoir à la fois de l’électricité et un soleil brûlant. Cependant l’excédant est encore évident.
Framboises. Il y avait le même nombre de plantes dans deux champs d’expérience et deux champs de contrôle.
Les champs d'expérience donnèrent ensemble, du I au 12 juillet,
3,284 kg.
» » de contrôle » » 2,300 kg. ce qui constitue un excédant de 42,8 p. cent.
Pois. Au cours de l'expérience, on constata une augmentation considérable de végétation, mais aussitôt mûrs, les pois furent ravagés par des pigeons.
Une évaluation approximative donnerait un excédant d’au moins 75 pour cent.
Haricots. Récolte du champ d’expérience: 3,00 kg.
» » » de contrôle: 2,20 »
Excédant 36,4 (/o.
Les résultats négatifs furent:
Champs d'expérience Champs de contrôle Aïl 5,0 kg. 5,0 kg. + 0,0 Choux 64,0 kg. 62,0 kg. + 3,2 »
Laitues 79,5 kg. 87,5 kg. —9,1 »
On avait aussi semé dans le jardin des carottes de la même espèce que dans le champ d’expérience dont il est parlé plus haut. La seule différence était que, dans le jardin, on les arrosait quand il en était besoin. On constata l’étonnant résultat
que voici:
: Champ d’expér. Champ de contr.
À une première recolte (pour éclaircir) 9,0 kg. 8,0 kg:
À la seconde récolte, le 25 juin 20,0 kg. 5,0 kg. Ensemble k 29,0 kg. 13,0 kg.
c'est-à-dire un excédant de 123 p. cent.
Bien qu’en récoltant on ait commis la faute de ne pas compter les plantes, le résultat n’en est pas moius singulier, les lots d'expérience et de contrôle étant d’égale grandeur. En Finlande, les carottes avaient toujours donné des résultats négatifs; déjà pendant les premiers temps de la croissance on remarquait une infériorité sensible du champ d’expérience aussi bien en quantité qu’en qualité, de sorte qu’il ne pouvait exister aucun doute sur l’influence fâcheuse du courant. Il résulterait de cette dernière expérience que cette infériorité tenait au manque d’eau. Du reste, ce résultat, bien que concordant parfaitement avec les effets gé-
néraux du courant, demande confirmation.
Expériences dans le vignoble de Givry.
Comme nous l'avons déjà dit, notre programme comportait des expériences à Givry, où M. Thénard possède de grandes vignes.
On choisit des champs propres à l’expérience et au contrôle dans le voisinage d’une petite cabane de vigneron. On installa dans cette cabane, qui était en pierre la machine électrique et le moteur, tandis que la batterie de Bunsen était placée au dehors, dans une caisse de bois. De la cabane des fils conduisaient aux différents champs d’expérience, sur lesquels étaient tendus des réseaux de fils métalliques, comme à La Ferté.
Il avait été décidé que les machines fonctionneraient jour et nuit, mais des circonstances fortuites, impossibles à prévoir, firent que, du 4 mai au 10 octobre, époque de la vendange, elles
me Le
ne furent en activité qu’un peu plus de la moitié du temps. Depuis le milieu de juin on interrompit le courant de 10 h. du matin à 4 heures après midi, les jours où le ciel était clair et les vignes exposés aux rayons directs du soleil.
On sait que la vigne est plantée par ceps, qui poussent un nombre variable de sarments. La difficulté, dans des expériences comme les nôtres, était d'évaluer la faculté productive de chaque cep, car $i on prend une vigne dans son ensemble, on est conduit à de grandes différences entre les différents ceps. Au commencement, l'apparence des ceps ne fournissait aucune indication, mais plus tard, au mois de juillet, le développement atteint alors permettait une évaluation de chaque plante.
Les champs étaient disposés comme le montre la carte ci-dessous, relativement à la cabane 2).
| | - rs a D
Carte 3.
Dans chaque champ, les plantes furent examinées et classées dans l’une des catégories suivantes:
1 bonne, 2 moyenne, 3 mauvaise, 03 tout à fait mauvaise.
On trouvera les résultats plus loin, au tableau VI.
un 0er
Au cours de l'expérience on ne pouvait guère remarquer de différences entre les champs, sauf pour C, où la végétation offrait une apparence sensiblement plus vigoureuse. ;
Le champ P était fortement attaqué par le phylloxera et on put constater clairement, pendant la durée de l’expérience, que la destruction des plantes était hâtée par l'influence du courant.
On sait que les devastations du phylloxera sont plus sensibles dans les vignes le plus exposées au soleil. L’électricité agissait ici de la même manière que la lumière et la chaleur du soleil. Il y avait dans ce champ un petit arbre. On voyait distinctement dans son voisinage un espace où le ravage avait été moindre: c'était l'endroit où tombait l’ombre de l’arbre dans le milieu de la journée. L’action de l’électricité observée ici est en pleine concordance avec les autres faits.
Ne pouvant prolonger mon séjour en France au-delà du commencement de septembre, la surveillance de la récolte d’une partie des plantes d'expérience, et surtout de la vigne, fut confée à M. E. GILBERT, ingénieur civil, employé chez le baron Taénarp. M. GriLBERT s’est acquitté de ce soin avec exactitude et une grande obligeance.
Je reçus de lui, après la vendange, le tableau ci-dessous:
: Nom- € uantité é Désignation du Nombre des ceps des nos Me Poids Q : Degrés
total] de la Se au gleucocham des ; par 8. ; 12 1 2 8 03 ceps récolte de rains aréomet.
1Champs d’exp. A] 131] 991 65) 8 [295| 40 kg] 9,500kg[10'2 ‘0 » de contr.A|168 261 | 142 | 69 | 640 |288 9,00 LOC » d'expér. B|588| 51] 12, © |651 318 9,00 RU » d'expér. C| 59/112| 34 205| 30 [10,00 [10% Pidecontr.C|072193 2400 091189! 35 [10,0 10
Ce tableau, qui contenait en outre quelques autres résultats que je n'avais pas pu attendre, était accompagné des renseignements suivants:
«Après avoir pesé les raisins récoltés dans chaque champ d'expérience et de contrôle, nous en prélevâmes sur chaque champ 20 kg. que nous écrasâmes, après quoi le jus fut pesé et éprouvé au gleuco-aréomètre. (Cet appareil donne assez exactement la quantité d’alcool dans le vin après la fabrication et est basé sur la densité de la solution de glucose sucrée. En outre j’envoyai deux bouteilles de chaque espèce au pharmacien de Givry, en le chargeant d'analyser le jus, pour comparer ses résultats avec les indications du gleuco-aréomètre.
Nous n'avons pas pesé la récolte du champ de contrôle B, parce qu'une grande partie en avait été détruite par le phylloxera. Du reste, le champ À, situé à égale distance de l’autre côté du champ d'expérience B, peut servir de terme de comparaison.
Quant à la première partie de votre programme, consistant à prendre dans chaque champ 10 pieds de vigne de chaque n° et à en peser les raisins, nous n’avons pas pu l’exécuter, à cause de la différence de production des plantes du même n°, car ce ne sont pas toujours les plus beaux ceps qui donnent le plus de fruits: ainsi des plantes du n° 1 donnèrent tantôt 5 à 6 grappes, tantôt 1 à 2, tandis que des plantes marquées 2 et même 3 donnaient 5 à 6 grappes.» |
Il est évident que par cette omission, qui n’a pu avoir lieu que parce que l'importance de la mesure proposée n’avait pas été comprise, la clef de la comparaison entre les quantités récoltées a été perdue, car il est facile de comprendre que le poids de la quantité de raisin provenant de 10 ou 20 plantes du même
numéro, devait servir de facteur pour la gradation des catégo-
ries. Cependant il paraît résulter de ce qui précède que toutes les catégories 1, 2 et 3 doivent être estimées pareilles, c’est là une opinion que je ne puis pas partager, et je considère comme peu sûres les conclusions qu’on en pourrait tirer.
Malheureusement les analyses du jus de raisin sont aussi très peu certaines, par suite soit de fautes dans le procédé, soit de la confusion des numéros. |
Des expériences sur la vigne, il ne résulte donc rien que les faits acquis pour des expérience futures; car il est évident que Pélectricité a de l’influence: sur les plantes de vigne et probablement sur le vin lui-même; on peut le conclure avec certitude aussi bien de l’analogie avec les autres végétaux, que de effet produit sur le lot P, ravagé par le phylloxera. Il est
réservé à l'avenir de déterminer cette influence.
Pour bien juger les résultats acquis, il faut se rappeler les conditions météorologiques qui régnèrent dans l’Europe centrale pendant l’été de 1888. Dans le journal de Temps» du 28 août 1888, on lit: L'année 1888 cst caractérisée par la longueur de son hiver, des pluies excessives, et la froidure de son été.» Ainsi, la température moyenne de juillet fut de 15,%, c. à.-d. 2,°4 de moins que la température normale; 1l y eut 22 jours de pluie et le ciel fut en moyenne aux trois quarts couvert. Le temps était si exceptionnel dans les contrées où eurent lieu nos expériences, qu'on ne se rappelait pas avoir vu‘ un été pareil. Presque toujours une température basse et un temps pluvieux, rarement interrompu par de chaudes journées de soleil. Il est évident que ces circonstances influèrent fortement sur les récol-
tes, qui furent, en général, inférieures à la moyenne.