IV. Dans les grenouilles empoisonnées avec l'alcool la sec
tion derrière les corps quadrijumaux donne une dépression plus grande de l'action réflexe, que dans les grenouilles normales. Ceci prouve que l'action des centres modérateurs situés dans la moëlle allongée est exaltée par l'alcool.
Il faut croire que l'alcool est bien capricieux dans son choix des centres modéra leurs, puisqu'il va entraver l'action des uns et exaller celle des autres, qui sont situés dans le voisinage immédiat de ceux-ci. Cela nous paraît d'autant plus compliqué que, comme nous avons vu, c'est uniquement des pédoncules du cerveau qu'il s'agit dans ces incisions à différents niveaux. — Ne se pourrait-il pas que M. Malkiewicz ait fait ses incisions un peu plus bas que ne les faisait M. Seczenow, et ait ainsi irrité a deux reprises les racines des trijumeaux, d'abord d'un côté, puis de l'autre ? Nous savons que l'irritation de ces racines, comme celle de tout autre tronc nerveux sensible, cause une grande dépression de l'action réflexe. Le fait s'expliquerait ainsi de lui-même.
Xnipoisonuemeut avec la strychnine.
I. L'application de sel sur la section des couches optiques interrompt complètement le tétanos. Ceci prouve que les centres modérateurs doivent exister et que la strychnine ne les affecte pas.
Nous aurions le môme droit de dire que comme l'application de sel sur le nerf tibial gauche interrompt complètement le lélanos, les centres modérateurs doivent se trouver dans le nerf tibial gauche.
II. La dépression de l'action réflexe par l'application du sel sur cette section, a lieu non seulement pour la réaction à l'acide sulfurique,mais aussi pour celle à l'attouchement {la dernière cesse plus tard que la première.)
Ce résultat est complètement d'accord avec tout ce que nous avons vu dans nos expériences. Mais M. Malkiewicz se
perd dans do longues considération sur le fait que l'acide cesse d'agir tandisque l'attouchement agit encore. Nous avons déjà expliqué ce fait un peu plus haut. Mais il y a* plus : M. Malkiewicz ajoute que ce fait confirme l'opinion de M. Shiff qu'il y a des voies nerveuses différentes pour les irritations chimiques et mécaniques. M. Schiff n'a jamais dit cela, que je sache; il a prouvé qu'il y a des voies nerveuses différentes pour la transmission aux centres nerveux d'un simple attouchement et d'une pression, c'est a dire que le sens du toucher peut être paralysé sans que pour cela les nerfs sensibles qui transmettent la douleur, le soient aussi — et vice-versa. — Or M. Matkiewiez s'explique en d'autres endroits sur ce qu'il entend par attouchement ; il dit expressément qu' il pince la peau ou la comprime (Kneipen und Drùcken) ; il est évident qu'il irrite ainsi non pas les nerfs du loucher mais ceux qui transmettent la vraie impression douloureuse. Nous avons vu dans toutes nos expériences que la sensibilité pour X attouchement simple dure tant que l'acide n'a pas désorganisé la peau et paralysé ses nerfs; plus tard, on ne peut plus faire réagir ces mêmes parties à une autre irritation qu'à la pression ; et si l'action de l'acide va trop loin, la pression même cesse d'être perçue ; — il n'y a dès lors plus ancune réaction.
Empoisonnement avec l'opium.
I. Quand k cerveau est intact, l'opium augmente l'action réflexe jusqu'au moment où se déclarent des convulsions et le tétanos.
Simple constatation de l'effet de l'opium, — chose connue depuis longtemps. —
II. L'incision dans les couches optiques ne produit pas de dépression de l'action réflexe, excepté dans les cas oit elle cause ées convulsions.
Kii effet, nous avons aussi trouvé que l'on peut faire cette incision sans causer de dépression, et que celle-ci ne vient que dans les cas d'irritation de la section — qui se trahit avant tout par des mouvements convulsifs. Mais pour cela il est inutile d'empoisonner les grenouilles avec de l'opium.
III. L'incision derrière les corps quadrijumaux donne le même résultat que la précédente.
Encore une fois, nous sommes en parfait accord.
IV. Résultat général: l'opium paralyse les centres moderâleurs.
Nous ne comprenons pas cette conclusion. — Elle nous semble tout à fait inutile, puisque nous avons vu les mêmes phénomènes sur des grenouilles sans opium.
Notre travail prouve que :
L' irritation forle ou la séparation d'une partie assez considérable quelconque du système nerveux, centrai ou périphérique, produisent réciproquement ou une dépression ou une exallation de l'action réflexe dans tout le reste du système nerveux.
La dépression s'explique ainsi: toute l'énergie du système nerveux étant préoccupée par une irritation exlraordinairement forte (mécanique ou chimique), il ne réagit plus à des irritalions faibles. — La dépression dure au moins autant que l'irritation qui l'a produite et souvent plus longtemps, car après chaque manifestation fonctionnelle, et surtout après toute surexcitation, le système nerveux, plus ou moins épuisé, a besoin d'un certain temps pour se remettre. — L'augmentation s'explique de la manière suivante. L'irritation qui frappe le système nerveux après que l'on en a séparé une partie as-
sez considérable, ne peut plus se répandre sur toul le système nerveux ; elle se concentre sur la partie restée intacte et la force a réagir plus violemment.
Les seules parties du cerveau qui aient une influence particulière sur l'action réflexe de tout le reste du système nerveux sont les hémisphères — et nous avons vu que cette influence n'a rien de commun avec une fonction modératrice.
Ainsi notre travail a justifié en grande partie les faits trouvés par MM. Seczenow et Matkiewicz, mais il a détruit la théorie du premier et les conclusions du second, en étendant sur la moëlle épinière et sur le nerfs périphériques ce qu'ils avaient voulu limiter au cerveau ; il a justifié Jes faits et la conclusion de M. Schiff, puisqu'il a prouvé que cette conclusion est encore plus générale que ne le croyait en la publiant M. Schiff lui-même, et s'applique non seulement au cerveau et à la moëlle épinière, mais encore aux nerfs périphériques.
Résultat général :
lies centres modérateurs n'existent pas.
Qu'il nous soit permis de nous-en tenir a ce résultat — à moins que de nouvelles recherches ne viennent prouver, d'une manière moins fictive que celles de M. Seczenow, l'existence réelle de semblables organes ; jusque là nous garderons notre conviction, imposée par les faits, que les centres modérateurs sont, ainsi que tous les nerfs modérateurs, de vains édifices théoriques dont l'existence n'est prouvée par aucun fait, malgré les efforts répétés et énergiques de leurs défenseurs.