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COMMUNICATION A L'ACADÉMIE DE MÉDECINE

Le 8 mai, M. Metchnikoff parlant au nom du D' Roux et en son nom personnel, fit une communication à l’Académie de Médecine « sur quelques faits nouveaux de

« syphilis expérimentale ».

Après avoir rappelé le résultat des expériences sur

l'animal, M. Metchnikoff s’exprime ainsi :

« Après avoir obtenu sur douze singes un résultat des plus encourageants, rous ne vimes aucun empêchement pour tenter une expérience sur l’homme. Parmi plusieurs personnes qui s'étaient offertes dans ce but, se trouvait un jeune étudiant en médecine de la Faculté de Paris. Arrivé à la fin de ses études médicales, il se rendait parfaitement compte de l'état de la question, et il pouvait agir en pleine connaissance de cause. Ce jeune étudiant n'avait jamais eu la syphilis, ni héréditaire, ni acquise. Persuadés que nous étions que la méthode, efficace pour les singes, devait l'être aussi pour l’homme, nous ne pensions pas qu'il courut un risque sérieux d'attraper la syphilis. Aussi, lé 1% février de l’année courante, nous

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fimes, en présence de MM. les D' Queyrat, Sabouraud et Salmon, l'expérience suivante : Au côté gauche du sillon balano-préputial, nous avons fait trois scarifications parallèles avec le scarificateur Vidal chargé de virus syphilitique. Celui-ci avait été puisé à l'instant même sur un chancre induré d’un malade du service de M. Humbert. Le chancre datait d'un mois et était accompagné de gros ganglions des deux aines. Aussitôt après, nous avons fait, par le même procédé, une inoculation du côté droit du sillon balanopréputial, avec du virus syphilitique provenant d’un chancre induré datant de 9 à 10 jours. Le second fournisseur de virus venait du service de M. Queyrat. Le malade accusait une adénopathie inguinale et n'avait subi aucun traitement. :

« Les mêmes virus ont été inoculés le même jour à un chimpanzé, qui mourut de pneumonie 10 jours après le début de l’expérience, sans avoir donné aucun résultat.

« De plus, les deux virus ayant servi à l’inoculation du patient ont été, toujours le 4e février, inoculés aux deux arcades sourcilières de quatre macaques Javanais.

« Une heure après l’inoculation des virus, les parties lésées du jeune homme et d’un macaque ont été frictionnées pendant cinq minutes avec de la pommade contenant 10 gr. de calomel et 30 gr. de banoline, et fraichement préparée. Vingt minutes après l’inoculation, les arcades sourcilières d’un second macaque ont été largement frottées avec la même pommade. Deux autres macaques ont été laissés sans aucun traitement à titre de témoins.

« Deux jours après le début de l'expérience, la région balanopréputiale de notre jeune homme ne présentait aucune trace d’inflammation ; on y distinguait à la loupe le$ marques des scarifications des deux côtés de la verge. Elles disparurent peu de jours après. ; ;

€ Dans la suite, notre patient a présenté au bord du prépuce, loin des endroits inoculés, de petites vésicules remplies de. pus. Ces vésicules, qui ressemblaient à de l’herpès, disparurent en deux jours ; elles n'avaient rien à faire avec la syphilis. Les ganglions des aines ne présentèrent d'hypertrophie à aucun moment. Le jeune homme est sujet à ces éruptions et il présentait de semblables

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vésicules quelquefois avant le début de l'expérience. À part cela, il n'y eût à noter aucun accident morbide chez lui pendant plus de trois mois qu'a duré l'expérience. Il faut en conclure que, malgré une inoculation de virus syphilitique, incomparablement plus abondante que celle qui se fait dans les conditions naturelles, notre jeune patient est resté complètement indemne de syphilis.

« Cette immunité ne peut être attribuée à l’innocuité des virus employés, car 17 jours après le début de l'expérience, les deux macaques témoins non traités avec la pommade ont présenté le long de l’arcade droite des lésions tout à fait pareilles à celles de tant d’autres macaques syphilitiques de nos expériences. Mais tandis que chez un des deux témoins l'accident primaire a guéri dans l’espace de trois semaines, chez l’autre il s’est fortement développé et il est encore visible plus de 2 mois et demi après son apparition.

« Parmi les macaques traités avec la pommade au calomel, celui qui avait été frictionné 20 heures après l’inoculation du virus, présenta un accident primaire de l’arcade sourcilière droite après trente-neuf jours d’incubation. Celui traité en même temps que le jeune étudiant, n’a montré aucune manifestation syphilitique.

.« Cette expérience, dont les détails seront publiés dans la thèse de notre patient, fournit la preuve que la pommade au calomel, appliquée une heure après l'inoculation du virus syphilitique est tout aussi capable d'empêcher l’éclosion de la syphilis chez l'homme que chez le singe.

Elle prouve aussi qu'après 20 heures la pommade n’a plus exercé d'action préventive.

De l’ensemble de ces faits observés chez l’homme et chez les singes, on est en droit de conclure que la pommade à base de calomel peut être utilisée dans la prophylaxie de la syphilis. Des expériences ultérieures dont quelques-unes sont déjà en'train, préciseront les détails de l'emploi préventif des pommades mercurielles. »

M. HazLopeau. — La communication de M. Metchnikoff ne peut manquer d’avoir un grand retentissement, encore que Neisser au Congrès de Lisbonne ait indiqué qu'il avait eu plusieurs insuccès en opérant ainsi qu'il viendrait d'être dit. Si les données exposées par M. Metchnikoff se confirment, l’antique querelle entre les régle-

mentaristes et les abolutionnistes prendra fin puisque les personnes qui auront avec elles leur petit pot de pommade au calomel n'auront plus à se préoccuper de la santé de leur partenaire.

D'autre part la syphilis disparaissant, disparaitront ainsi le tabes et la paralysie générale. |

Je demanderai à M. Metchnikoff s’il n’a pas observé des faits d'irritation locale par suite de l’usage de la pommade au calomel.

M. Mercanikorr. — C'est déjà une confirmation du succès de nos expériences d'entendre M. Neisser dire qu’en le répétant il n’a pas eu que des insuccès. On sait, en effet, que pendant longtemps M. Neisser n’a pu parvenir à reproduire la syphilis chez le singe, alors que nous arrivions facilement à l'obtenir et d’autres expérimentateurs aussi. Je reconnais que l’expérience faite sur le jeune étudiant est incomplète parce qu’on n'a pas fait la contre épreuve qui consisterait à inoculer du virus syphilitique et à ne pas pratiquer de frictions locales avec de la pommade au calomel. Mais on ne peut agir sur l’homme comme sur l'animal et c’est intentionnellement que l'expérience est demeurée incomplète. Elle n’en a pas moins, je crois, une grande importance, surtout si on la rapproche du fait suivant :

J'ai été griffé par un singe syphilitique, j'ai fait des frictions locales avec la pommade au calomel et je n'ai eu aucun accident.

J'ai employé dans mes expériences la pommade au calomel et celle à l’énésol avec succès et sans inconvénients. Je n’ai vu l'irritation se produire que sous l’action de l’onguent gris.

À la suite de cette communication, l'expérience était considérée comme terminée. Bientôt pourtant certains organes de la Grande Presse répandirent le bruit que nous venions de contracter la vérole. Devant cette affirmation et en l'absence de M. Metchmikoff, M. Roux tint à s’assurer par un nouvel examen que ces bruits étaient purement fantaisistes. À la suite de cet examen M. Roux

envoya au rédacteur du « Temps » une lettre de démenti ainsi hbellée :

Paris, 31 mai, 7 h. soir.

Monsieur,

Vous êtes venu me demander s'il était vrai, ainsi que l'ont annoncé plusieurs journaux ce matin que l'étudiant en médecine qui s'est soumis à l'inoculation expérimentale de l'avarie et qui a . été traité une heure après par application locale d’une pommade au calomel était atteint de l'avarie.

Vous pouvez démentir cette fausse nouvelle. Je viens de voir ce jeune médecin et il est en parfaite santé.

D'ailleurs le temps écoulé depuis l'inoculation (120 jours) est suffisant pour que l'on regarde l'expérience comme terminée.

Recevez, Monsieur, etc.

ù Signé : D: Roux.

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