‹ Explication d'une coupe sassanide inéditeChapitre 2 sur 2 · DOUE CODEE 5 ASS A VIDE · texte numérisé non relu

DOUE CODEE 5 ASS A VIDE

la tête une assez grosse perle, et au-dessus un assez grand

* disque. » Au temps du président de Brosses, on pouvait considérer la figure dont nous venons de faire connaître, en abrégeant beaucoup, les traits principaux, comme une divinité scythique, sinon comme une composition arbitraire de Vouvrier (nous mentionnons cette dernière façon d'interpréter un monument afin d'en constater la stérile ancienneté); mais il suffit de jeter les yeux sur la planche qui représente le vase d'argent pour reconnaître que c'est un ouvrage purement sassanide.

Le trésor de l’abbaye de Saint-Denis conservait, depuis les croisades ou les Carlovingiens peut-être (I), une coupe qui fut en 1793 déposée à la Bibliothèque nationale, et qui, composée de petits disques de verre coloré sertis d’or, passait pour avoir servi au roi Salomon. Dom Germain Millet la croyait, en 1638, * enrichie de hyacinthes par le bord, et

* au dedans de grenats et d'esmeraudes très-fines, au fond

* d’un très-beau saphir blanc , sur lequel est entaillé, à demy « relief, la figure dudit roy, séant en son throsne, tel que . l’Écriture saincte, le représente au troisième livre des Rois , « chap. 10 (2). *

(I ) U ut positif qu'j van t les croisades de» vises et des ustensiles orientaux avaient aussi bien que des étoffes, été transportés en Europe. Dans la vie de Boucbard comte do Melun et de Corbcil, écrite en 1058 par Eudes, moine de Saint-Maur lu Fossés on voit figurer, parmi lu ornements précieux que ceseigneur avait légués à l’abbaye une coupe dans laquelle est représenté en or le roi Abgarc, qu’une inscription faisait reconnaître. Voici comment s'exprime le moine : « Inter luec ergo duo vasa preriosa « ad liinpfeara fundendam sivc recipiendara in sacerdotis minibus, quorum unum ma* « nipulum vocamus, co quod manu geritur, ia quo etiam li itéra habentnr, quae Aba- « gari regis ad sangumem minuendum eum fuisse testantur. In ipso quoqne ipse rex "cum se pblcbotomante, alioque sibi servieute, ex preciosn puroque auro ccrnitur « imaginâtes, tamque prcciosum ac décorum vas in bac patria minime dicitur inve- « niri. - Fila domni Bureardi t upud Ducbesne, t. IV, p. 1 22, c.

(2) Catalogue du Trésor de l’Abbaye royale de Saint-Denis. Dans une Notice sur quelques monuments émaillés du moyen âge, Paris, 1842, page 13 , j’ai proposé de restituer au roi Cosroès I rr la coupe de la Bibliothèque du roi, me fondant sur la ressemblant e parfaite de la figure gravée sur le disque de cristal qui forme le fond de ce vase, avec celle que nous voyons sur la monnaie d’or unique du cabinet do M. le duc de B lacas, Voycx Essai sur tes médailles des rois perses de la dynast. snss..

Exu-icmos

Mongez, dans le Dictionnaire qu ila fourni à l’Encyclopédie méthodique, dépouilla cette coupe de la haute antiquité traditionnelle que lui attribuait le siècle précédent, et il u'hésita pas à y voir un roi sassanide, sans pouvoir toutefois opter entre les trente princes qui régnèrent sur la Perse depuis 223 jusqu’en l an 639.

C'est que Mongez ne connaissait les portraits que de quatre de ces rois, de ceux que M. de Sacy avait, avec tant d'habileté, retrouvés sur plusieurs monnaies d'argent. Aussi, lorsqu'il y a quelques années, nous tentâmes de compléter les recherches de l’illustre orientaliste , en essayant de répartir les monnaies incertaines des Sassanides entre presque tous les princes de cette dynastie , nous sentimes que si la classification que nous proposions était adoptée , on aurait désormais une hase assurée pour fixer la date des figures royales qui ont été relevées en Perse par des artistes habiles, et nous avancions le principe suivant :

• De la similitude qui existe entre les portraits des mêmes « rois sur les médailles et sur ceux des bas-reliefs qui sont

• accompagnés d'inscriptions, on pourra tirer la conclusion

• que tout monument dont les personnages sont représentés « avec les traits et l’ajustement qui appartiennent au buste

• d’une médaille, devra être attribué au roi dont cette médaille « porte le nom. »

Nos études ultérieures ne nous ont point fait changer d’opinion à cet égard, et dernièrement encore, en examinant un bas-relief dessiné à Schapour, par M. Tcxier, nous avions reconnu, à sa chevelure et à sa couronne, le roi Narsès, avant même d’avoir déchiffré l'inscription pehlvie gravée sur le monument, et qui contient, en effet, le nom et les titres de ce prince (I).

1*1. X, n* -4. La monnaie est assex grossièrement gravée, tandis que le cristal est travaillé avec un grand soin ; cette différence de style «'empêche cependant pas de suivre dans les moindres détails l'identité des deux types.

• 1) Foyage en Perre, etc., par Charles Tcxier, pl. 130. Le mémoire dans lequel je commente et traduis cette inscription doit paraître inresvimment dans le Jctinurt

DIJ.XE COI: l'E SAsSANIllK.

C est à cette méthode comparative, qui nous semble toute rationnelle, que nous allons avoir recours pour l’attribution d’une magnifique coupe d’argent dont M. le duc de Luynrs a bien voulu nous confier la publication.

Cette coupe, comme le vase du président de Brosses, vient de Russie; ellea trente et un centimètres de diamètre, et pour la forme est absolument semblable au vase de verre coloré du, cabinet des antiques.

Au fond se détache en relief la figure équestre d'un roi qui poursuit, de toute la vitesse de son cheval, divers animaux sauvages; devant lui fuient deux sangliers et leur marcassin, un axis , une antilope et un buffle.

Deux autres sangliers, un axis, un buffle et une antilope gisent à terre percés de flèches, dont quelques-unes se sont brisées dans la blessure.

I.e spectacle d’un roi atteignant de ses traits une multitude d'animaux que leur force et la rapidité de leur course ne sauraient protéger, paraît avoir été pour les Perses empreint d’une idée de majesté toute particulière. Nous connaissons l’immense bas-relief de Takhti-Bostan (I) qui représente un roi vraisemblablement arsacide, perçant de ses flèchesdes troupeaux de sangliers et de cerfs qui se réfugient dans un marais ; on sera frappé de l’analogie qui existe entre cette composition et le sujet de la coupe de M. le duc de Luynes , en remarquant ilans ce dernier monument les roseaux vers lesquels se précipitent les deux sangliers.

On voit au musée de Naples uneamphore à volutes, à figures rouges, sur laquelle est peint un roi de Perse, accompagné de femmes vêtues comme les Amazones, et chassantau sanglier(2).

(1) K er Porter’ s Travels, etc., pl. 63. Je serais porté à croire ce fou-relief de l’époque arsacide, parce que le roi y eat représenté sans aucune de ce» coiffures compliquées auxquelles les Sassauides paraissent avoir attaché tant d'importance. Je ne puis m'empêcher de comparer le roi de Takhti-Bostan à la tête des drachme» d’Àrsacc VI , Mitliridatc I er . Voyez dans les Nouvelles Annales, pl. A, 1839, n"* I et 5, le» monnaie» que M. Lenormant a »i judicieusement classées dans le savant mémoire qui doit servir désormais de guide à tons ceux qui s’occuperont de la numismatique arsatidc.

(2) Cette peiuture inédite m’a été indiquée par M. J. de Witte.

Si l'on consent à reconnaître les points «le ressemblance qui rapprochent si souvent, selon nous, les représentations de l’Egypte et de la Perse(l), et l'intime liaison qui, dans les idées politiques et religieuses des peuples de ces deux contrées, unissait le priius; à la divinité, on nous permettra de comparer le roi sassanide massacrant des animaux sauvages (tous typhoniens) , à Harpocrate, qui , comme les rois acliémènides de Persépolis, dompte un lion, un taureau, une antilope (2).

Nulle part peut-être la chasse n’a atteint les proportions que lui donnent les rois de Perse. Chardin rapporte * qu’aux chasses royales, on entoure de rets, un vallon ou une plaine, « et on relance les l>êtes de quinze à vingt lieues de pays à

■ l’entour, qu’on fait battre par les paysans, au nombre de « plusieurs milliers. Quand il y a un grand nombre de bêtes « dans cet enclos, que des cavaliers bordent tout à l’entour, le « roi y vient avec sa troupe, comme si c’était dans un parc, » et chacun se jette sur ce qu’il rencontre, cerfs, sangliers,

• hyènes, lions , loups, renards. On en fait une furieuse bou-

• clierie qui est d'ordinaire de sept à huit cents animaux. On

• dit qu’il y eu de ces chasses où l’on a tué jusqu'à quatorze

• mille bêtes. Dans les chasses ordinaires, lorsqu'une bête est > arrêtée, on attend que le plus noble de la troupe arrive; il lui

■ tire un coup de flèche, et après chacun se jette dessus (3). •

(1) . Voyez Ch. Lenormant, Mut. des ant. ègyp. t |>1- VIÏ, n° 13, R liâmes Meiamoun, qui «‘basse monté sur un char. Il perce de ses flèches on lion qni se réfugie dans 1rs roseaux comme les sangliers de notre coupc et du bas-rclicf de Takliti-Bostan. Sous les chevaux de Rbamscs un lion perré de part en part est étendu mort; c’est tout à fait le sujet dn beau cylindre avec le nom de Darius en caractères cunéiformes, que l’on conserve au British Muséum et qui a été publié dans les Proccedings nf the nunusmatim society, 1838, p, 229. Sur la face intérieure du graud temple d’Ipsamhoal uu roi gigantesque h pied lance des flèches contre scs ennemis. Méncpbtab 1 er est représenté dans la même attitude sur la face nord du palais de Karnac.

(2) Voyez Atlas de l’expetlitùm d’Égypte, pl. 70, u° 7. — Caylus, t. III . p). IV, fig. 3; t. IV, pl. XV, fig. I ; pl. XVI, fig. I.

(3) Voyage en Perse, édit. Langlès, ». III , p. 399. Dans la salle d’audience de Téhéran dans laquelle furcut reçus Sir Harford Jones et Morier, en 1808, est une grande peinture représentant le scliah Fcth-Ali à la chasse, au moment on il perce on daim de sa javeline; Morier, premier Voyage, 1812, p. I9J. Fcth-Ali srbab a'rst fait sculpter en grand costume royal sur la face dégrossie d’un rocher. M. Eugène Flaudin a

UUXE COl'VE Ç)

Lors du second voyage qu il fit en Perse avec sir Gore Ouseley, Morier vit à Koi deux kelliltminar ( colonnes de crânes) qui ont été construites comine monuments de la dusse extraordinaire de Schah Ismaïl, qui tua en un jour une telle quantité de chèvres sauvages que Ion a pu de leurs crânes encore garnis de cornes, construire deux tours très-élevées., D'après le dessin qui accompagne cette relation , les cornes de ces chèvres s’étendent horizontalement et sont ramées connue celles de l'élan, autant, du moins, que l'un en peut juger sur un croquis très-réduit (1).

Dans la chasse de Takhti-llostan , qui parait antérieure aux Sassanides, le roi n'est pas à cheval, mais placé dans une barque. 11 est à remarquer qu aucun des monuments de la Perse ne nous montre un roi achéménide à cheval , ce qui tient, sans doute, à ce que l’équitation introduite par Cyrus, suivant Xénophon (2), n'était pas d'un usage assez antique, pour être attribuée à un personnage sacré tel qu'était le roi. Cependant, à l’époque d'Hérodote, les Perses enseignaient à leurs « enfants à monter à cheval, à tirer de l'arc et à dire la vérité^)* comme ce qu’il y avait de plus utile. Nous connaissons aussi une monnaie frappée vraisemblablement par l'un des derniers rois achéménides, qui nous montre un cavalier lançant un trait (4).

Au reste, à l'époque des Sassanides le cheval semble être un des attributs importants de la royauté, et, par suite de la confusion perpétuelle que les peuples peu éclairés font de la

desainé ce ha*- relief où j'ai retrouve le prince daus la même attitude et ave«- le mente costume que lui donne une monuaie d'argent frappée à Ispuliau eu 1245 (1830). Dans mille au* celui qui pourra déchiffrer la monnaie du prince Katchar pourra en même temps et ares- toute certitude expliquer le sujet du ba>relief. Voyez cette monnaie daus le Journal asiatique, t. XII de la 3* série , p. 394.

(1) Second Voyage, London, 1818, p. 305. L’axis à corne» ramées m c voit au revers de* petits bromes de plusieurs roi» Partîtes.

(2) Cjrrop., lib. IV, cap. 3, et lib. 1, cap. 2.

(3) llaiocvovoi & toùç natSaç , ont? ncvrsutoc àç^ajuvo; (icxpi tlxooautci; , tpta poüva, frntevav , xai xoÇeûciv, xat àXrjQiÇwfou . Hérod., lib. I , < I Jt>.

(i) Voyez pl. LI, médaille n* 3. ,

personne royale et de la divinité, on a figuré à Nakschi-Roustam, Ormouzd lui-même monté sur un cheval qui foule Ahriman à ses pieds ( 1 ).

Iæ personnage que représente la coupe de M. le duc de Luynes a le nez aquilin, l'œil très-ouvert, la barbe courte, la moustache longue et horizontale, les cheveux réunis derrière la tête en une très-petite masse, l'oreille ornée d'un pendant à double poire; sa têts est chargée d’une couronne crénelée par derrière et sur le côté, et portant un croissant surle devant; deux ailes que surmonte un globe posé dans un croissant forment le cimier de cette coiffure. Si l'on parcourt la suite des monnaies sassanides, on se convaincra que le seul portrait qui présente toutes les particularités de physionomie et d’ajustement que nous venons de signaler est celui de Pérosc ou Firouz, fils aîné d’Izdedjerd II, qui succéda à son frère puîné Hormisdas III, en 458, et fut tué dans une guerre contre les Huns Euthalites, en 488. La coupe d’argent dont nous nous occupons est donc un monument de la seconde moitié du cinquième siècle de l’ère chrétienne.

Notre intention n’est pas de faire ici l’histoire du roi Firouz: on trouvera les principaux événements qui la signalèrent, dans la traduction deMirkhond, donnée par M. de Sacy; mais nous avons placé en tète de la planche le dessin d’une drachme de ce roi, qui permettra de juger de l'exactitude du rapprochement qui fait la base de notre attribution.

La médaille porte le nom du roi écrit Pirousi ou Firouzi; car dans l’alphabet pelilvi comme dans l’alphabet hébraïque, un seul caractère sert à représenter le son du pc cl duphé (2).

(1) Kcr Porter, pl. 23. La coutume de donner à la Divinité le costume des roi* n’eat pas spéciale à la Perse ; au moyeu âge les artistes français ont fréquemment donné à Dieu le l'ere et à la Vierge le costume et les ornements des rois et des reines. Cet emprunt fait an* princes , de» attributs de leur puissance humaine , est quelquefois poussé si loin, que l'on a souvent, dans les temps modernes, cru trouver des sujets historiques là où les sculpteurs et les peintres n'avaient voulu représenter que des scènes religieuse» tout à fait baoatei.

(2) Ce nou» est précédé d’un mot foritaé de trois caractères que je n’ai pu traduire, et sur lequel ni M Fnrhu, ui M. Dura, ni M. le D* Muller, ni en dernier lieu M. OU-

d'une coupe sassasidk. I |

Revenons à l'explication des ornements royaux qui se remarquent dans la coupc. Celui qui paraît le plus spécial à la race sassanide est ce globe qui surmonte la tête du prince, et qui se voit de même sur presque toutes les monnaies de la dynastie.

Nous croyons que ce globe est destiné à représenter l’orbe solaire; si cependant les points dont il est parsemé sur quelques médailles peuvent être considérés comme des étoiles, il faudrait y voir une figure de la sphère céleste. Dans tous les cas, il nous semble être l’expression matérielle d’une idée que cinq siècles plus tard Firdousi faisait revivre dans ce vers du Schah Nameh, où , en parlant du jeune Féridoun, il dit, pour exalter la majestueuse beauté du héros :

Au-dessus de sa tête tournaient les sphères du ciel ( I).

Dans le même poème, écrit dans un pays où rien ne change, on trouve plus loin ce passage, qui se comprend fort bien lorsque l'on connaît le genre d’ornement dont nous parlons, et qui en fait en même temps saisir toute l’importance. Féridoun, y est-il dit, recevant l’étendard sacré de Raveh, l’oriflamme de la Perse, le couronne d’un globe semblable à la lune :

C’est ainsi que les empereurs byzantins et quelques autres rois chrétiens portaient sur leur diadème une figure de la croix, qui décorait aussi la hampe de leurs bannières.

Au-dessous du globe se voit une paire d’ailes, qui rappelle les attributs de même espèce donnés à Cyrus sur le monument de Mourghib. Là, vraisemblablement, les ailes expriment le caractère divin de ce prince. Dans la théologie persane, en effet , les férouhers, émanations d’Ormouzd , continuelle-

hausen , dans les diverse» publications qu’ils ont faites depuis l’impression de mou Estai, n’out donné aucun éclaircissement.

(I) Schah Nameh t édit, et traduct. de Jules Mohl,t. I , p. 78, distique 19.

EXl’LICATlOai

meut occupés à combattre Ahriman, sont munis d'ailes et comparés à des oiseaux (1).

C’est une coutume commune à presque tous les peuples à l'état de civilisation primitive, de donner aux prêtres et aux rois des noms d'animaux.

M. Eugène Rurnouf pense que le vautour qui , dans un hymne du Rig-Véda, va cueillir la plante soma sur la montagne (2) , est un prêtre appartenant à une caste désignée par le nom de cet oiseau, et qui portait probablement une coiffure ailée.

La tête de Persée sur les tétradrachmes de Philippe V de Macédoine est coiffée d’un casque recourbé en forme de tiare perse, et terminé par une tête de griffon. D'autres médailles et plusieurs vases peints (3) nous montrent le même type, mais je cite les monnaies de Philippe comine les plus belles, et celles qui nous présentent cette coiffure dans toute sa perfection. Nous retrouvons cette même tiare sur les médailles des rois sassanides Yarahrane II, llormisdas II, et bien plus pure encore sur une drachme de Sapor I" que possède M. Robert Stuart, et qu’il n’a malheureusement pas publiée. De ce rapprochement naît pour nous l’idée que les artistes grecs, considérant Persée comme le chef de la famille achéménide (4), lui donnaient la coiff ure qu'ils voyaient porter par ses descendants, et en faisaient ainsi un Perse véritable; du reste, le nom seul du dieu (ou héros) suffisait pour les y avoir déterminés. C’est ainsi que les peintres du moyen âge chrétien que l’on peut fort bien comparer aux artistes de l'antiquité, sinon pour

(1) Silrettre de Sacy, Mêm. sur divers, ant. de la Perse , p. 270.

(2) Mgveda-Sanhita odit. Ro«en, p. 189 . Sluka 6. La trnusrriptinn Pada donne .

Amathnat anyam pari syenoh adrih. Sur les monnaies , la tête d’Hormudas 1! et de la femme de Yarahrane II est coiffée d'une tiare eu forme d'oiseau h bec recourbé, tenant dans son bec des perles, à re que j’avni* cru d'abord. Cet accipitre serait-il une dérivation du Syenoh qui porte la feuille du soma ? Dau» Hic de Ceylan, à Anaradjapoura, %e voit une pierre, sur laquelle plusieurs oiseaux Hansa ou canards Bnthmana tiennent dans leur bec la rucioe du lotus figurée comme une double perle. V. Ttunsac. of lhe asiat. Soc. T. III , p. 463, pl. 17. #

(3) De Wittc, Catalogue Durand , n"‘ 242, 243, 2*5.

(4) Hérodote, liv. Vil, rli. liO,

Dj8i.tizfid by Guogle

D ONE COUPE SASU.HVE.

l'habileté, (lu moins pour la naïveté des conceptions, ayant à représenter les juifs de l'Ancien Testament, ne trouvaient rien de plus naturel que de leur donner le costume et l’habitude de corps des Israélites qu’ils avaient sous les yeux. Mais ce ne sont pas seulement les médailles qui nous font attribuer à Pèrsée ce caractère de Persan ; une petite amphore de la collection Durand, décrite par M. J. de Witte, représente le héros arrivant chez Iobatès, roi de Lycie, et, dans cette composition , il est suivi d'un archer persan bien caractérisé pardes anaxyrides et son bonnet recourbé (I).

Maintenant que nous avons fait ce rapprochement, ne serat-on pas frappé de l’analogie que présentent Persée (dont le nom signifie cavalier) , à cheval , la tète couverte d’un casque ailé, transperçant la Chimère, et les rois sassanides qui combattent des animaux ? Sous ce rapport une coupe d'argent publiée dans le journal de la Société asiatique du Bengale, offre un très- vif intérêt; nous en parlerons plus loin.

Derrière le roi Firouz voltigent les extrémités d'une ceinture que le président de Brosses nommait des linges carrée, et que nous croyons être le Kosti. C’est la ceinture sacrée que tout adorateur du feu , qui a atteint fige de quinze ans, doit mettre sur lui chaque jour, à son lever. Toutes les bonnes œuvres de celui qui n'en est point ceint sont milles aux yeux de la loi.

Lorsque Mirkliond dit qu’Ardeschir Babekan (Artaxercès I«) fut le premier qui se servit d’une ceinture, nous pensons qu’il entend parler du Kosti, que la dynastie impie des

(I) Catalogue Durand , n*3!7. La scène où sc passent les aventures de Persée (ou Bellérophon) est U Lycir, contrée que de récentes découvertes nous prouvent avoir été de bonne heure soumise à l’influence religieuse de l’Arie. U se pourrait que le mythe lycien eût pris naissance dlns ces traditions qui font combattre les chevaux fauves (arimaspes) de la Perse contre les griffons. Les lions, tes gascUes et les serpents sont précisément les animaux que sur les bas-reliefs aussi bien que dans les poeme* , détruisent les rois. Les Persans modernes sont trop accoutumés à leurs idées traditionnelles pour avoir pu s’accommoder de l'islamisme pur; aussi le personnage d'Ali, dont Us font un dieu, comme le fait voir M. Reinsud ( Monuments arabes du duc de Blacas) , leur sert-il à voiler la persistance de leur» croyances. L’épëc célèbre d’Ali, la Doulfikar, a prrciscmeul la forme de la harpe, c’est-ù-dirr qu’elle est bifurquer.

Arsacides avait négligé, et qui lut remis en honneur par ce restaurateur du vrai culte ; car, très-certainement, les Acliéménides en faisaient usage.

Firdousi donne à la ceinture une grande importance; dans son poème, elle est constamment, comme le trône et la couronne, un emblème de la royauté. Le héros Sam répand à ceux qui lui offrent le pouvoir souverain : « Pendant que • Newder, qui est de la race Kéianide, est assis sur le trône « des rois et ceint de la ceinture, est-ce à moi de saisir la cou- ■ ronne pour être roi (I)?»

On remarquera que sur plusieurs monnaies des Sassanides les extrémités de cette ceinture ont été relevées presque à la hauteur de la tête, afin qu elle pût figurer dans le cadre étroit que le graveur avait à sa disposition; ce qui nous semble un indice de la haute valeur qu'avait alors cet ornement.

La tunique de Firouz est parsemée de ces petits points ronds disposés symétriquement trois à trois, qu'avait signalés le président de Brosses, et que l'on peut également reconnaître dans la coupe de Cosroès.

Au côté droit du roi pendent un court poignard et un carquois rempli de flèches; à sa gauche, une épée que l’on n'aperçoit qu'en partie, mais qui, à en juger par les armes de même nature que nous montrent les bas-reliefs, la coupe de Cosroès et la médaille d'or de M. le duc de Blacas, devait avoir environ un mètre de hauteur, et se rapprocher sans doute beaucoup, pour la forme, de la magnifique épée de l'Alhambra, ce monument précieux et unique du cabinet de M. le duc de Luynes(2).

( I ) Srbi.li .Njtrnrli , t. I, p. 3HS, tlinliquc $9. , c’csl-à-dirv, la

roaronur, le trôoe et la ceinture, figurent ensemble fréquemment. Cf. p. 150, distique 449. Lorsque Roustam a tué le roi de Maundéran, le roi d’Iran partage le butin entre ses troupe*. On y voit le» insigne» du vaincu , le trône, la couronne et la ceinture, p. 563, distiq. 929. Kcndérev représente a Znbak que Féridoun , qui *’c»t emparé du pouvoir royal, efface sou nom de sa couronne et de u ceinture, p. 104 , dist. 436. Féridonn enfin , prenant possession da pouvoir, «'assied sur le trône royal et se ceint de la ceinture, p. 138.

(2) Alexandre de (.aborde, Voyante* Esf'i’çnr, t. H. pi. XLIVct p 20.

d'uNK COUPE S4SSAMDE. |5

Firoiiz, dont la main droite est munie du doigtier des archers, tend un de ces grands arcs de corne dont quelques peuples de l'Inde, et particulièrement les Sykes, l'ont encore usage aujourd'hui.

Cette arme était chez les Perses un attribut national ; dans les bas-reliefs et sur les monnaies des Acbéménides, elle a toute l’importance d’un sceptre.

Si Xerxès enleva aux Milésiens une statue colossale d'Apollon qu'il plaça à Ecbatane; si le même roi des Perses prit à Brauron, et transporta à Suse une statue de Diane (1), c'est, nous pensons, que ce prince avait dit adopter avec- orgueil cette idée des Grecs qui, en attribuant au soleil et à la lune le caractère iï archers, leur donnaient ce point de ressemblance avec le roi des rois.

Cette opinion nous semble recevoir quelque autorité du type des monnaies arsacides qui représentent le roi tenant un arc et assis sur l'ontphalos. Il y a là évidemment une combinaison de la représentation royale ordinaire et d'attributs empruntés à la statue d'Apollon (2).

Les Persans du moyen âge, ayant continuellement sous les yeux les grandes compositions sculptées des Achéménides, durent conserver intactes les idées qui se rattachaient à l'arc de cette dynastie célèbre.

C'est par cette raison que l'on peut s'expliquer un vers du Schah Nameh où l'on voit figurer sous le règne d'un Pisciidadien, l’arc désigné par une épithète appartenant à une époque postérieure.

Firdousi fait dire au héros Sam, qui raconte au roi Minou-

(1) Pansant!», Artad. 46 > Attic. 16.

(2) Voyex pl. LJ, tncd. n° 2. C’est une variété inédite des tétra drachmes d’Arsacc XV, Phraate IV, qui représente an rêver* le roi appuyé sur une hastc et tenant un grand arc. Le mouarque parthe n'est pins , comme ses prédécesseurs , assis sur l'omphalos , mais sur an siège à pieds ornés, semblable à ceux des bas-reliefs achéménides. La rabstitotiou du siège à l'omphalos tient sans doute à ce que le souvenir de la statue d'Ap»llon s’était perdu, après que Sélcncus l’eut rapportée eu Grèce, Cf. Arricn , VII , 19.

HXn.IOA rlON

tchehr, comment il a combattu les Divs du Mazenderan :

Je pris dans ma main uu arc kéboidr (I).

Ce passage nous semble, très-intéressant parce qu’il prouve chez le poète de Mahmoud-le-Ghaznévide une intention d'archaïsme qu’il a dû apporter dans la rédaction de tout son ouvrage, dont les détails acquièrent ainsi une importance véritable.

Cetait , encore à l’époque des Seldjoukides, avec le caractère d’archer qu’un roi de Perse trouvait convenable de se faire représenter sur sa monnaie. La médaille n° \ de la planche LI nous montre un de ces princes tirant sur un lion que la petitesse du (laon de la pièce a fait placer sous le cheval. Ici le roi lance sa flèche en se retournant tout à fait , suivant le mode si célèbre des anciens Parthes.

Les Persans actuels s'exercent encore avec le plus grand soin à cette manière de combattre, qu’ils nomment Kéi- Katlj (2).

Nous ne devons pas omettre de mentionner ici une coupe d’argent avec dorures trouvée à Ceri et conservée au Musée Grégorien. Ce vase est orné de diverses scènes de chasse et de combat, parmi lesquelles, outre les lions qui dévorent un taureau et le groupe bien connu du guerrier luttant avec un lion qu’il perce de son épée, se retrouve aussi le cavalier, qui tire, en se retournant, des flèches sur un lion, et devant qui fuit une chèvre sauvage ou antilope (3). Ainsi partout où l’influence arienne s’est fait sentir, nous trouvons le type de l’archer associé aux images religieuses les plus caractéristiques.

Il nous reste à parler du harnachement du cheval de Firouz. La bride est en tout semblable à celle dont nous nous

(1) T. I, p. 300, distiqnc 1007.

(2) Voye* encore dan* Marsden, Numismata nrientalia , pl. VIF, n® 100, une monnaie leldjoukide représentant le roi armé d'nn arc.

(3) Car. L. Griffi , Monument! di Cere antk*. TVr. V. La tnc-tnc coupe dans le Mu i*um Gregorianum , t. T, tah. 66

DUNE COUPE SSSSANIDE.

servons ; elle est ornée «le clous <le métal et de bossettes avec des rubans flottants. Les nasaux sont protégés par une espèce de cavecon à jour, qui rappelle les muselières de fer découpé dont quelques guerriers allemands du XVI* siècle armaient la tète de leurs chevaux. La selle, dont le pommeau est élevé, est fixée au moyen d’une sangle, d'un poitrail et d'une croupière ; les coins de la housse sont ornés de fleurs de lis. Nous pensons que ce qui s'élève au-dessus de la tête est un bouquet de crins serrés à la base avec des bandelettes , et non pas un panache de plumes. Les bas-reliefs de Persépolis, et ceux qui, sous l’influence perse, furent exécutés en Lycie, fournissent plusieurs exemples de chevaux dont les crins ont été noués de la manière que nous venons d’indiquer. Les rois sassanides avaient l’étrange coutume de nouer leur barbe de la même façon , ce dont on ne peut douter, en examinant les monnaies de ces princes , depuis Sapor l a jusqu'à Izdedjerd II , père de Firouz. Ce dernier abandonna cette mode, dont on ne trouve plus de trace sur les monuments à partir de son règne.

A la courroie qui passe sur le poitrail, est suspendu un gland , terminé à sa partie supérieure en tête de loup. Deux objets semblables, attachés à la selle par des chaînes, voltigent au-dessus de la croupe du cheval. Très-probablement l’aspect pesant et roide de ces ornements tient au style de l'artiste qui les a ciselés; car, quelle que soit la rapidité de la course du cheval, ils ne pourraient se soutenir à la hauteur qu'ils occupent, à moins d’être faits d'une matière légère. A âchapour, à Nakschi ltadjah, à Nakschi Roustam, les chevaux des Sassanides sont représentés avec de longues chaînes qui supportent des glands bien évidemmentde soie ou de crin, ainsi que l’on eu voit dans les vignettes qui ornent un manuscrit du Sc/iah- Nameh conservé à la Bibliothèque royale. Une belle améthyste de notre cabinet des antiques nous montre le cheval du Sassanide Ortok muni de houppes pareilles (I).

(I) Le nom du personnage est écrit en beaux caractères sassanidc*, et se transcrit, à • cr qu’il me semble,

Feu le docteur Lord avait acheté à Bndakhschan, dans l lnde, deux coupes d’argent, dont l’une représente un roi à cheval, perçant de sa lance un lion renversé (2); l’autre, le triomphe de * Bacchus, traîné dans un char par deux femmes (3). Le savant possesseur de ces vases croyait que le premier représente le roi Sapor, et que le second est de travail purement grec.

Quelque respect que nous ayons pour la mémoire du zélé voyageur, dont les actives recherches ont enrichi la numismatique de tant de précieux monuments, nous ne pourrons admettre ni l’une ni l’autre de ces propositions. La plus ancienne des deux coupes, achetée des Mirs de BadaLhschan, qui prétendent descendre d’Alexandre le Grand, et qui conservaient ce vase comme un héritage de famille, présente certains caractères auxquels on ne peut méconnaître un ouvrage oriental. L’une des deux femmes qui traînent le char a la tète nimbée; les génies ailés qui accompagnent le dieu, ontaux jambes ces anneaux que les Persans et les Arabes nomment khalkltal ; enfin, la forme du cep de vigne et des arbustes à grandes fleurs qui entourent la panthère buvant dans un vase, n’a rien qui rappelle l’art grec. Si cette coupe n’a pas été fabriquée en Perse, sous les derniers Arsacides, elle a dit être faite dans la Bactriane, à Badakschan même, à l imitation de ces ouvrages d’argent que le commerce apportait de l’Occident (4).

(2) Journal of the Asiatic socitty r>f Bengal , 1841 , n n CXV, p. 570, Cette coupe a onze pouces anglais de diamètre.

(3) Jbid. f 1838, p. 1049. Cette coupe a neuf pouces anglais de diamètre; elle est percée en deux endroits, et la dorure ru est fortement euduntmager.

(4) Arrian.? Peripl. Mar. Erjthr. Des sept houilles de l'Indus une seule est nari»

gable , à l’entrée de laquelle est un port , en face duquel est une petite lie. Mus loin dans les terres, se trouve la capitale de la Scjrthie , Minnagara ; elle est soumise aux Partîtes qui s’en chassent tour à tour avec ardeur : xat xxrà viôrou (uoéy&'.o;, pTjTpOTïoXtç avrifc rîj; ExvQia; («), Mcwayapa’ {JatnXrjeTOtt oi Crrni IlâfOwv, àXXrçXoi; ixSiw-

xdvrwv. Les vaisseaux abordent an port Barbarique, et les marchandises remontant le

(«) Notre uvsnt helléniste, M. Lrtrunnr , a bien voulu enrichir mon travail de la note caivanta que je m'rmprnar de faire connaître aux |,tnlo[.igue* .

• La 5crrâi* n'a rira a faire arec le* boucl a* de l'Indns. Ce mol ExvQtX, qui se trouve trois fois dam

• le périple, doit être, je prose, changé rn ïtvOtX, nom formé de orthographe do périple, pour

• indiquer un de* lira» U* l'Indu*. •

d'une coupe sassaniiie. 1!)

Quant à celle qui représente un roi tuant un lion , elle est sûrement sassanide ; mais le prince qu'elle représente n'est pas connu, et n'est certainement aucun de ceux dont les monnaies perses nousont rendu la physionomie familière. Il nous semble qu'il faut y voir le portrait d'un de ces rois sassanides établis dans l'Inde, et qui battaient des monnaies dont le type est précisément un cavalier perçant unlion de sa lance(i). Les légendes deces monnaies sont extrêmement frustes, et , de même que la courte inscription en caractères pehlvis gravée au revers de la coupe indo-sassanide du docteur Lord, elles ne fournissent aucun secours pour fixer l'âge positif de ces monuments. Nous devons donc attendre du soin et de l'ardeur des archéologues de l'Inde, des documents nouveaux, en l'absence desquels il serait imprudent de prononcer définitivement.

P. S. M. le duc de Luynes vient de faire don à la Bibliothèque royale de la coupe du roi Firouz, qui devient, par » cette libéralité, un des plus précieux ornements de notre cabi-

net des antiques.

fleuve, vont trouver le roi dan* sa capitale : tà & çoprta ïtàvta , tt; urçv pTjTpOKO/iv àviçsMTit 2ià TOÛ irorapoO ftji paat/sï. Le» principaux objet* étaient de* étoffe* rayée» , du corail , des parfums , des vases de verre, de l'argenterie et des monnaie» : 7 coàv|iito xai xopôXÀt ©v , xal trrûçaÊ, xal )i6ovoç , xai OoXâaxcvv}, xal âpruptopaTa, xai

Un peu plus loin le même auteur ajoute: La capitale de tout le pays est Minnagara; dan» ce» lieux on voit encore aujourd’hui de* trace* de l’armée d’Alexandre : prjrpôisoXk oè rfa /topa;, Mtvvxyap» : ... courrai Zi luxai vùv rffi ’AXt&vâpw orpauxç Trjpeîa raçi toù; tôkouç, lip-i rc ip/aîa, xal Oip&tot «apep6o)tôv, xai çp&xra (xffitrta. Dans b ville d'Ozone, assez voisine de Barygaza et par conséquent de Miunagara , on envoyait au roi de* vase* précieux d’argent, des instruments de musique, de* e»clave* icmellc» , etc. : xtô Zï (taoiXu xar' èxcivot; toi; xatpoi; eùjpepôpeva , fiapvupa dfyvptûpara x. t. X.

(I) Voy. Journal ofthe As. me. of Bengal ., 1837, pl. 14, fig. I, et 1841, pl. annexée a la page J70.

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