‹ Explication de ésaie xlii, 1-7 et xlix, 1-9Chapitre 1 sur 8 · Le serviteur de Jéhovah dans És. XLII, 1-7; XLIX · texte numérisé non relu

Le serviteur de Jéhovah dans És. XLII, 1-7; XLIX

Jéhovah avait conclu avec la nation israélite au pied du mont Sinaï une alliance, par laquelle celle-ci promettait d'observer tous ses commandements et de faire en sorte qu'elle présenterait le spectacle d’un peuple vraiment saint et adorant, craignant et aimant Dieu de toutes les forces de son âme. Mais elle n’a pas été fidèle à sa promesse, elle à abandonné Jéhovah, elle a adoré des dieux étrangers en dehors de son Dieu légitime, des idoles de bois et des images de pierre. En un mot, elle a rompu l’alhance sainte; elle est déchue du haut rang où Jéhovah dans sa faveur toute particulière l'avait mise : elle est aevenue indigne du nom de serviteur de Jéhovah et du titre de peuple de Dieu; car une nation qui a abandonné Jéhovah ne peut plus être considérée ni comme son peuple n1 comme son serviteur.

Mais si tel a été le spectacle de la nation prise dans son ensemble, depuis les premiers moments de son existence jusqu’à l’époque de notre prophète, qui est celle de l'exil babylonien touchant à sa fin, si Israël n’a cessé dès le commencement de montrer dans la presque totahté de ses membres un esprit rebelle et insoumis à l'égard de la volonté de son Maître céleste, dès le commencement aussi s’est développée dans son sein même une activité non interrompue pour faire triompher la cause de Jéhovah, pour faire respecter sa loi, pour empêcher ou combattre lidolâtrie, pour laquelle les [sraéliles ne cessaient en aucun temps de témoigner une inclination marquée,

À la tête de ce mouvement se trouvaient les prophètes, et le premier d’entre eux, Moïse, en forme comme le point de départ. Si nous considérons l'histoire religieuse de la nation, il y a des époques, comme celles des juges et des rois adonnés à l’idolâtrie, où ce mouvement se ralentit, s’affaiblit, semble s'étendre et n’est qu'un feu caché sous la centre, où le nombre des individus qui le provoquent ou le continuent est si petit qu’il disparaît dans la masse des pécheurs, où parmi une génération entièrement idolâtre et reniant Jéhovah, et au milieu des ténèbres les plus épaisses de la superstition ne s'élève plus que la voix d'un prophète isolé, qui préfère exposer sa vie à une mort imminente plutôt que de désobéir à Jéhovah, qui lui fait un devoir de protester avec véhémence contre le culte des faux dieux et contre le mensonge et les vices qui règnent parmi sa génération. À d’autres époques, durant la domination d'un Samuel, d’un David ou d’un Hiskias, cette activilé théocratique déployée au sein du peuple israélite pour faire dominer le culte de Jéhovah et provoquer une soumission absolue à sa loi, en embrase une poron plus considérable de son feu sacré et semble même avoir le dessus pour un court espace de temps.

D'après ces considérations, Israël peut être envisagé sous deux points de vue fort distincts Pun de l'autre:

a) I peut être considéré du côté de sa désobéissance à la loi, de ses péchés et de son idolâtrie. Ce point de vue se retrouve le plus souvent chez notre prophète, et cela s'explique: pour quiconque jetait un coup d'œil général sur le peuple, il devait nécessairement lui apparaître sous l'aspect d’une nation perverse et idolâtre, le petit nombre de gens pieux et religieux disparaissant

complétement parmi le grand nombre de ceux qui refusaient d’appartenir et d’obéir à Jéhovah.

b) D’après le second point de vue, Israël est à envisager uniquement du côté de son activité théocratique pour faire triompher auprès de ses membres la cause | du nom de Jéhovah et pour leur faire craindre, aimer et adorer de cœur et d'âme ce Maître céleste. Gette manière d'envisager [sraël devra nous occuper de préférence, puisque c’est elle précisément qui domine dans les textes que nous avons à interpréter. Mais ce n’est pas l'activité théocratique développée au sem d'Israël dans les temps antérieurs à notre prophète, ou celle qui se manifesta à son époque sous ses yeux qu'il a proprement en vue de décrire dans És. XLIL, 1-7; XLIX, 1-9. 11 s’attache plutôt à la dépeindre dans le développement qu’elle atteindra dans les temps à venir, où elle ne consistera plus simplement à combattre le vice ou l’idolâtrie parmi la nation, mais où elle gagnera une étendue extraordinaire et embrassera d’un même coup une triple mission, à savoir: 4° de faire adopter la loi et le culte de Jéhovah aux nations païennes; 2° d'amener Israël à se repentir de ses péchés, de le conduire hors du pays de sa captivité et de le rétablir sur le sel de la patrie; 3° de fomenter une nouvelle allance entre lui et Jéhovah, et de lui faire obtenir de la part de ce Dieu offensé le pardon de ses iniquités.

La définition à donner du serviteur de Jéhovah dans nos deux morceaux prophétiques pourra donc être formulée ainsi : Israël envisagé sous le point de vue de son activité théocratique.

En portant sa réflexion sur le fait que ce n’est pas Israël dans la Lotalité de ses membres, mais seulement

un nombre fort restreint de ces derniers, voire même à certaines époques des individus isolés qui ont exercé cetle activité, on pourrait être tenté d'entendre sous le serviteur «la représentation concrèle de l’activité théocratique déployée au sein du peuple israélite, » ou «l’ensemble des individus qui y ont pris part et qui y prendront part,» ou même, s’il y a lieu, «l'individu isolé qui s’en est chargé ou qui s’en chargera. » Mais, comme nous verrons par l'explication détaillée des textes, le point de vue du prophète qui dans nos deux morceaux ne cesse jamais d'être général et d'embrasser tout Israël, n'autorise pas une définition qui rend la pensée de notre écrivain sacré avec plus de précision et de netteté qu’elle n’a en réalité. Si nous voulons être l'interprète fidèle de cette pensée, notre tâche et notre devoir sera de lui laisser le vague avec lequel il à plû à son auteur de la présenter.

2. Israël envisagé sous le point de vue de son activité théocratique (Israël théocratique).

a) XLIT, 4-7.

Comme le prophète se contente de désigner le sujet dont il s'apprête à peindre les traits par l’expression «mon serviteur » (v. {), désignation d’un sens fort vaoue , puisque les sujets les plus divers pouvaient être appelés serviteur de Jéhovah, 1 suppose évidemment que le serviteur dont il veut parler, est connu d'avance de ses lecteurs, de sorte que même en se servant d'un langage si peu précis, il n’a pas à craindre une méprise de leur part. En effet, comme il les a entretenus au chapitre précédent (XLE, 8 et suiv.) du peuple

israélite en lui donnant le nom de serviteur de Jéhovah, ils sont préparés jusqu'à un cerlaint point à entendre nommer ainsi leur nation , et dès lors ils se trouveront sous le coup de la prévention que c’est de cette der-+ nière qu'il est question en nôtre endroit.

Le v. 19 de notre chapitre? confirme d’une façon indubitable que notre discours traite du peuple israélite, car il y est désigné d’une manière trop frappante du nom de serviteur de Jéhovah, pour que nous ne soyons pas amenés à croire que le prophète y emploie celle dénomination en vue des paroles qui se trouvent à la tête du chapitre.

Mais remarquons une particularité dans les deux passages XL,, 8 et suiv. et XLII, 19 qui nous induisent à considérer le serviteur (XLII, 1 7) comme étant la nation israélite. C’est que dans pas un de ces deux passages le titre de serviteur de Jéhovah n’est donné à Israël tout à fait sérieusement, c’est-à-dire pour désigner son véritable être. Ce titre lui est donné (XLI, 8 et suiv.) dans le simple but de le consoler dans son affliction et de le rassurer en présence des grands événements politiques qui se préparent au cœur de l'Asie

® Si notre auteur avait eu réellement intention de dépeindre le Messie ou Fils de David que les prophètes antérieurs avaient annoncé à la nation, son langage serait très obscur, sinon incompréhensible : car comment ses ‘compatriotes, en n’entendant qu’une désignation aussi vague et aussi indéterminée que celle de «serviteur de Jéhovah, » auraient-ils pu le comprendre et démêler de qui il leur parle si inopinément ?

2 XLII, 19: «Qui est aveugle, si ce n’est mon serviteur ? qui est sourd comme mon messager que j’enverrai? Qui est aveugle comme

celui qui est l’objet de ma faveur, et qui est aveugle comme le seryiteur de Jéhovah ? »

par suite des progrès rapides de Cyrus et qui lui inspirent de fortes craintes. Dans le passage XLIT, 49, le nom de serviteur de Jéhovah doit uniquement rappeler à Israël ce qu’il devrait être, mais ce qu'il n’a jamais été et lui faire comprendre qu’au moment présent il n’est serviteur que de nom et nullement en vérité et de fait. (Malgré le ton de reproche et de réprobation qui domine en ce passage, il faut néanmoins reconnaître dans la dénomination de serviteur de Jéhovah et notamment dans celle de mon messager que j'enverrai une allusion à une tâche réservée à Israël pour un temps à venir, à une mission qui lui sera départie et qu'il devra remplir un jour.)

Mais XLIT, 1-7 Israël est nommé serviteur de Jéhovah pour tout de bon, et ce titre y désigne son véritable être. Il y est dépeint comme un serviteur de Jéhovah en toute réalité et en toute vérité et menant à bonne fin, à une époque que le prophète semble se représenter comme rapprochée de la sienne, une grande œuvre de salut concernant et les nations païennes et la nation israélite. Puisque l’œuvre du serviteur concernera aussi la nation israélite, il devra en être distinct en quelque sorte. En effet, la nation israélite, à la prospérité spirituelle et temporelle de laquelle 1l consacrera ses travaux. est celle même que le prophète a présentement sous les yeux, la nation qui a rompu l’ancienne alliance par sa désobéissance à la loi divine et qui a été cruellement affligée par les maux de lexil et de la captivité, fruit et châtiment de sesaniquités. Cest donc la nation israélite envisagée du côté de son

idolâtrie et de ses péchés qui sera l’objet des travaux

entrepris par le serviteur de Jéhovah. Ce dernier sera

donc Israël, envisagé sous le second des points de vue décrits ci-dessus, sous le point de vue de son activité théocratique ou bien Israël théocratique.

NET Voici mon serviteur que je soutiendrai, mon élu que mon âme a pris en affection. J'ai mis mon esprit sur lui: il transmettra le droit aux nations.

Moyennant le don de l'esprit divin, Israël théocratique sera doué de toutes les qualités et capacités requises pour bien s'acquitter de sa mission, qui en partie consistera à «transmettre aux nations paiennes le droit, » c’est-à-dire la loi ; avec la connaisssance de la loï il introduira parmi elles, comme il s'entend, le culte et l’adoration de Jéhovah. Enfin se réalisera Ja promesse faite et réitérée à plusieurs reprises aux patriarches Abraham , Isaac et Jacob que «par leur se-

mence Seront bénis tous les peuples de la terre. »

V7 lue criera point; il n'élèvera point sa voix et ne la fera point entendre dans les rues.

Israël théocratique ne se présentera pas devant les nalions païennes accompagné de l’appareil imposant du conquérant; ce ne sera pas par le eri de guerre, par le bruit des armes, par le tumulte des combats qu'il les convértira au culte de Jéhovah. Il convient au serviteur de Dieu d'annoncer simplement, modestement la vérité divine, de lui laisser exercer par elle-même sa puissance sur les âmes. [1 nous est difficile de penser

que ce passage ne renferme que la remarque : le serviteur ne prêchera pas» (cf. Hahn). (Continuation du commentaire de Drechsler.) Si nous pressons ainsi la “signification des mots, nous arriverons à la fin à nous représenter le serviteur de Jéhovah se tenant tout coi et n’osant souffler mot, ce qui serait un trait par trop bizarre. Notre verset à lui seul suffirait pour démontrer que le serviteur de Jéhovah n’est pas Cyrus, dont il est fait mention vers la fin du chapitre précédent (XLI, 95). Car, même en n’insistant pas sur la circonstance que le conquérant venu du fond de PAsie n’a pas reçu jusque-là la dénomination de serviteur de Jéhovah et qu'il n'y aurait rien de plus étrange que de voir passer à lui, personnage païen, la mission particulièrement attachée au peuple israélite de porter le bonheur et le salut aux nations , il nous faudra toujours reconnaître l’impossibilité de concilier les traits sous lesquels est dépeint le guerrier aux armes irrésistibles, qui foule aux pieds peuples et souverains, avec le caractère doux et plein de mansuétude qui distingue le serviteur de Jéhovah.

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