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C'est moi Jéhovah qui l'ai appelé pour témoigner ma sincérité. Je le prendrai par la main et je te garde-
rai. Je ferai de toi l'alliance du peuple, la lumière des nations.
Le terme P7X signifie dans son acception première el originale: conformité avec la parole divine, soit avec la loi, soit avec les prophéties. Appliqué à Dieu, ce terme désigne ou bien sa justice, en tant qu'il se règle sur sa loi pour juger les hommes, pour récompenser les pieux el punir les méchants, ou bien sa droiture et sa sincérité, en tant qu'il ne manque jamais d'accomplir les
= 15 promesses el les menaces sorties immédiatement de sa bouche ou annoncées en son nom par les prophètes. Appliqué aux hommes, le mot désigne /a justice humaine, c'est-à-dire une vie entièrement conforme aux règlements contenus dans la loi, ou bien Ze salut, un état prospère quelconque dans lequel Jéhovah place, conformément aux déterminalions de la loi ou à celles contenues dans les prophéties, les hommes justes et ses serviteurs en général (par exemple Cyrus, XLI, 2). Mais la dernière signification de salut ou prospérité se rencontre aussi dans un sens tout à fait général, où il est difficile, sinon impossible, de démêler que cet état prospère repose sur les déterminations de la loi mosaique ou sur des prophéties.
En notre passage il est faux de traduire: « Je l'ai appelé & cause de ma justice, » pour témoigner ma Justice, parce que l’œuvre d'Israël théocralique est une manifestation non pas de la justice de Jéhovah, mais de sa miséricorde. De nos jours on traduit généralement ainsi qu'il suit : « Je l'ai appelé (de manière que tu te trouves) dans un état de prospérité, de réussite, de salut; » en appelant à l'accomplissement de La tâche, je Le prépare un succès complet. Il n'y aurait rien à redire à celte explication, n’était la difficulté, et l'embarras de rendre la préposition 2. Cet embarras n'existe pas, dès que nous entendons le mot PTX dans le sens de « sincérité ou droiture divine » el que nous traduisons ainsi: «je Lai appelé à cause de la sincérité divine,» ce qui revient à dire: «à cause de ma sincérité, pour témoigner ma sincérité » dans laccomplissement de mes promesses. Les prophéties auxquelles il est fait allusion et qui trouveront leur réalisation
dans l’œuvre d'Israël théocratique, sont en premier lieu l’antique promesse divine faite aux patriarches que « par leur descendance seront bénies toutes les nations de la terre» (Gen. XII, 3; 22, 18 etc.), et en second lieu les discours des prophètes qui traitent de la conversion des nations païennes dans les temps messianiques et d’un retour en grâce du peuple israélite auprès de Jéhovah après les temps de châtiment et d’expiation (par exemple, És. XI, 10; XIX, 23, 95).
Deux considérations doivent relever le courage et la confiance d'Israël théocratique dans sa tâche étendue et difficile. Tout d’abord ce n’est pas un roi humain, un chétif mortel portant une couronne terrestre, mais bien le Dieu même de l'éternité qui l’a pris à son service («C’est moi Jéhovah qui. »), et en second lieu cest sur la sincérité de ce même Dieu que repose l’accomplissement des promesses divines touchant le salut lant du genre humain en général que de la nation israélile en particulier («pour témoigner ma sincérité »).
Le serviteur est appelé à être « l'alliance du peuple. » Il est ici de la plus haute importance de déterminer exactement la siguificalion du mot 2). Le lecteur pourrait être tenté de prendre ce terme dans le sens qu'il a v. D, où il désigne le genre humain tout entier, le peuple israélite aussi bien que les nations païennes. Mais plusieurs raisons s'opposent à cette interprétation et nous obligent de voir dans « le peuple » dont le serviteur est appelé à être « l'alliance, » le peuple israélite :
&) Le mot 9}, comme désignant d'habitude un peuple avec lequel Dieu se trouve en rapport, pouvait être em-
ployé v. 4 pour désigner le genre humain tout entier, parce que tous les hommes, même les païens idolâtres, se trouvent en rapport avec Dieu, en tant qu'ils sont ses créatures et qu’ils ont reçu l'existence de ses mains. Mais en notre passage le point de vue de la création est entièrement écarté, et hors du point de vue de la créalion, les nations de la terre sont généralement considérées dans l’Ancien Testament cemme des D”, c’està-dire des nations abandonnées et rejetées à cause de leur idolâtrie par le vrai Dieu et n’ayant aucun rapport avec lui. Il n’y a d'exception que la seule nation israélite, qui a été depuis les premiers moments de son existence un 2Ÿ, un peuple en relation avec Dieu, pratiquant le culte et l’adoration de Jéhovah, et l’usage a si bien consacré cette dénomination en sa faveur, que notre prophète l’emploie en notre passage, quoique la nation israélite, exilée par suite du châtiment divin sur une terre étrangère, ne soit plus à vrai dire un DŸ, un peuple avec lequel Dieu entretient des rapports.
b) Notre explication du terme Y se trouve confirmée par les paroles XLIX, 8 et suiv. : «Je ferai de toi l'alliance du peuple, afin que tu relèves le pays... que tu dises aux captifs : Sortez! »
En cet endroit il est évidemment question du peuple israélite que le serviteur a pour tâche de ramener de la terre de lexil et de rétablir dans le pays où ont vécu ses pères. Îl n’est pas admissible que la dénomination alliance du peuple soit employée dans une autre signification au XLIX® chapitre qu’au XLIT°, parce que uous rencontrons également dans le XLIX° chapitre (v. 6) le second titre du serviteur, celui de lumière des nations (cf. XLIT, 6). Cette double dénomination de
alhance du peuple et de lumière des nations est une preuve presque suffisante que le prophète, en écrivant le XLIX® chapitre, a eu en vue le XLIL, el que dans lun et dans l’autre il ne parle pas de deux serviteurs de Jéhovah distincts, mais d’un seul et même serviteur.