‹ Explication de ésaie xlii, 1-7 et xlix, 1-9Chapitre 5 sur 8 · VS · texte numérisé non relu

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Afin que tu ouvres les yeux des aveugles, que tu conduises hors du lieu de sa détention le captif, et hors de la prison ceux qui habitent dans les ténèbres.

Ce verset explique dans la première partie la dénomination de lumière des nations (v. 6) et dans la seconde partie la dénomination de alliance du peuple (cbid.). Le serviteur sera la lumière des nations païennes en tant qu'il ouvrira leurs yeux obseurcis par les ténèbres de lidolätrie à la lumière de la connaissance du vrai Dieu et de sa loi. Il sera l'alliance du peuple, en tant qu'à l’exemple de Moïse, qui reconduisit autrefois la nation israélite hors de l'Égypte, où elle souffrait l'oppression, Israël théocratique la ramènera hors des terres de l'empire babylonien, où elle vit en ce moment dans lexil et dans l’asservissement.

Il ne peut pas être question en notre verset de la guérison de véritables aveugles, puisqu’aux vv. 46, 48, 19 le mot aveugle marque indubitablement une disposiUon morale vicieuse et aucunement la perte de la vue proprement dite. Par contre «la prison » et les « ténébres » ne désignent pas une infirmité morale, puisque partout ailleurs chez notre prophète ces expressions font allusion à l'exil babylonien (cf. v. 22; XLIX, 8-Ÿ).

I ne faut cependant pas les entendre dans leur sens

le plus exact, car selon les données historiques que nous fournit entre autres le prophète Ézéchiel, les Israëélites exilés en Mésopotamie vivaient réunis en communautés et jouissaient d’une liberté restreinte; ce qui d’ailleurs n'exclut pas qu’ils aient eu pleine raison de considérer comme une vie dans les fers et au fond des cachots les jours qu'ils étaient contraints de passer sur la terre étrangère, et que leur situätion ne füt fort triste, fort malheureuse et pleine d’amertume pour les hommes d’une nation aussi vivement attachée à son indépendance nationale et remplie d’un aussi grand amour pour le pays où avaient vécu ses ancêtres et où s’élevait, sur la colline de Sion, Jérusalem, la cité sainte (ch'Ps-4#87).

b) XLIX, 1-9.

Comme nous n'avons aucun indice qui nous permette de conclure que le prophète veuille rapporter les paroles d’un autre , nous devons admettre que c’est luimême qui parle en cet endroit.

Les quelques exégètes qui y voient encore un discours mis dans la bouche du Messie, se trouvent dans l'impossibilité de donner une explication satisfaisante de la forme dans laquelle est composé notre morceau, où, avec leur hypothèse, le sujet parlant (le Messie), sans avoir été annoncé ou introduit d'aucune manière par l’auteur, prendrait subitement la parole de la façon dont proprement l’auteur seul peut la prendre et dont le lecteur croira nécessairement que c’est l’auteur qui l'a prise. [ls sont obligés d'admettre en faveur de notre discours une forme de composition sans exemple dans PAncien Testament, une sorte de disposition dramatique fort invraisemblable ct de plus très-nuisible à la

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clarté du discours, puisque le lecteur est forcément induit à croire qu’il a des paroles du prophète sous les yeux et qu'il doit pourtant deviner qu'elles ne sont pas du prophète, mais du Messie. Ge serait une énigme impossible à résoudre.

Mais si nous admettons que l’auteur prononce ce discours en son propre nom , et qu’il y donne un exposé de sa vocation particulière de prophète, nous découvrous des inconvénients qui nous embarrassent Considérablement :

La mission individuelle de notre prophète est certes belle et glorieuse; elle consiste «à savoir relever par ses discours celui qui est abattu » (L, 4), à annoncer de la part de Jéhovah à ses compatriotes bannis et exilés la fin prochaine de leur captivité, et à changer ainsi l’affliction et la tristesse qui les accable en ravissement et en allégresse (LXI, 4-3). De plus, sa conduite admirable jette en ces temps sombres le plus pur éclat: en se reposant complétement sur le Maître qui l'envoie, il continue son œuvre de consolation au milieu des trattements les plus injurieux, et opprobres, soufrances, douleurs ne le déconcertent pas (L, 5-9; LVIT, 4). Sa confiance en Jéhovah est si grande qu’il s'offre comme garant de la vérité des prédictions faites sur l'ordre et au nom de ce Maître céleste et qu’il est prêt à en subir la peine , si les événements devaient dévoiler et mettre à nu la fausseté de ses paroles (KLVIIE, 16); mais il porte en lui la conviction certaine que tout ce que le Tout-Puissant promet, il sait aussi le mener glorieusement à sa fin (XLIV, 26)!.

1 (Lui (Jéhovah) qui accomplit la parole de son serviteur, et qui mettra à exécution le conseil de ses messagers.» «Son serviteur »

Dans tous ces passages, ce que le prophète affirme de lui-même est simple, clair, naturel : pourquoi en notre morceau, s'il y parlait également en son propre nom, en devrait-il être autrement et aurions-nous sous les yeux un discours respirant l’emphase et l’exagération ? Car si notre auteur parlait ici en son propre nom, il semblerait vouloir opérer à lui seul la conversion morale (v. 5) et le rétablissement temporel (v. 6, 8, 9) du peuple israélite et à lui seul vouloir faire adopter le culte de Jéhovah aux nations païennes, même à celles qui habitent aux confins extrêmes de la terre (v. 6). Et cependant il existe encore d’autres prophètes qui, comme lui, reçoivent des messages et des révélations de Jéhovah pour les annoncer ensuite à leurs compatriotes (XLIV, 26) et qui certes ne seront pas moins fidèles que lui ni moins zélés pour la cause de leur divin Maître. Ensuite, sans parler de la dénomination de : Israël (v. 3), qui étant donnée au prophète serait franchement inexplicable, il semblerait attendre pour sa personne, à l’exclusion des autres prophètes qui ont cependant même charge et même rang que lui, qu'un jour les rois et les princes se prosternassent à ses pieds et lui prêtassent hommage comme à leur souverain (v. 7). En un mot le rôle que notre auteur se serait at-

est notre prophète, «ses messagers» sont les autres prophètes contemporains. Pour se convaincre de la justesse de cette explication, on n’a qu’à rapprocher de ce verset les deux précédents (v. 24-25), et l’on remarquera aussitôt que l’auteur compare les faux prophètes sous le nom de «menteurs, devins, sages» avec les vrais prophètes («ses serviteurs, ses messagers ») : La marche des événements, qui se trouve entre les mains de Jéhovah, couvrira de confusion les premiers, puisque ja fausseté de leurs discours sera étalée aux yeux du monde entier; mais les paroles des vrais prophètes se trouveront confirmées d’une façon admirable.

tribué jurerait au plus possible avec la vocation d’un simple prophète, qui n’a de tout temps consisté qu'à être l’humble interprète de la volonté et des desseins de Jéhovah auprès de la génération contemporaine.

Comme ce sont donc des difficultés très-grandes qui s’opposent à ce que le prophète parle en son propre nom ou de lui-même en particulier, nous dirons qu’il parle au nom et à la place du peuple israëlite. Ge qui nous fait penser au peuple israélite, est la dénomination de «Israël» donnée au sujet qui prononce notre discours et la circonstance qu’il porte trois titres employés déjà pour désigner le sujet du morceau XLIF, 4-7, que nous avons reconnu être précisément le peuple israélite, savoir: «serviteur de Jéhovah, lumière des nations, alliance du peuple.» A l'appui de notre assertion viennent s’ajouter les épithètes données à Jéhovah de «rédempteur d'Israël» et de «saint d’Asraël (1.7), el une foule de passages répandus dans tout le livre de notre prophète, qui se rapportent le plus clairement au peuple 1israélhte et contiennent des traits analogues à ceux qui, en notre morceau, servent à dépeindre le serviteur. Ges traits sont: l'élection de la nation par Jéhovah dès le premier moment de son existence, son état actuel d’opprobres et de souffrances, son élévation future au-dessus des rois et des peuples de la terre. Mais puisque le serviteur de Jéhovah est dépeint comme ayant fait dans les temps passés de grands efforts pour transformer la nalion israélite en un peuple saint et dévoué entièrement à son Souverain céleste, et qu'il doit mener à bout dans les temps à venir en faveur de à nation une grande œuvre de salut et de délivrance, comme par conséquent le serviteur représente le mou-

vement théocratique qui s'est manifesté dans les temps passés au sein d'Israël d’une manière non interrompue, et qui se prolongera dans une mesure beaucoup plus vaste à une époque future, nous admettons qu'il est entièrement identique avec le serviteur, XLIT, 1-7, c’està-dire, le peuple israélite envisagé sous le point de vue de son activité théocratique. I nous semble que si l’on adopte ce mode d’interprélation, notre discours s’explique le plus commodément, et que les difficultés qu'il présente, s’aplanissent avec le moins de peine.

C'est d’ailleurs à juste titre que le prophète prend la parole au nom ou à la place d'Israël, considéré du côté de ses travaux théocratiques, et qu’il s’identifie avec lui, car il en fait partie, il est un des individus qui le composent, et ce qui touche et intéresse le tout ou l’ensemble, touche et intéresse également les individus. Si le prophète n'accomplit pas lui-même la mission d'Israël théocratique dans toute son étendue (convertir, ramener, rétablir le peuple israélite, fomenter une alliance entre Jui et Jéhovah, apporter la lumière, la vérité, le bonheur, le salut à toutes les nations de la terre, même aux plus éloignées), il en accomplit du moins la part restreinte que Jéhovah lui à assignée ; s’il n'a pas été envoyé auprès des nations paiennes pour leur faire connaître le vrai Dieu qui a nom Jéhovah, il travaille du moins avec les autres prophètes contemporains à consoler et à ramener sur le droit chemin ses compatriotes malheureux et néanmoins rebelles à leur Dieu, et à les préparer à la grande époque de salut qui s'annonce. [l ne cherche pas à échapper aux souffrances, injures et ignominies qui accablent de leur poids fsraël théocratique : il en prend et il en subit

courageusement et patiemment, comme nous l'avons vu plus haut, le lot qui lui revient. Les sentiments de confiance en Jéhovah qui animent Israël théocratique (v. 4) se rencontrent dans toute leur vivacité chez notre prophète, et quant à l'élévation future d'Israël théocratique au-dessus des rois et des princes, le prophète en devra-t-1l être exclu? ne pourra-t-il pas aussi se l’attribuer et l’espérer, non pas d’une manière exclusive pour Jui seul et dans toute son étendue et tout son éclat, mais selon la modeste part qui lui en est due ? C’est ainsi que nous nous expliquons comment le prophète peut parler à la place et au nom d'Israël théocratique, et s'identifier avec lui. Cette manière d’écrire est à peu près étrangère à notre littérature occidentale, plus rassise et moins sujette aux coups d’une imagination ardente que la liltérature orientale; elle est, il faut le dire, même rare dans les écrits de l'Ancien Testament; cependant elle se rencontre une seconde fois chez notre auteur, au passage LXI, 10, où c’est encore le prophète qui s’identifie avec le peuple israélite, et qui proclame en sa place les louanges qu'Israël est censé adresser à Jéhovah au jour de sa délivrance et de son relèvement : «Je me réjouis en Jéhovah; mon âme s’égaie en mon Dieu, car il me revêt des vêtements du salut, il me couvre du manteau de la prospérité etc. »

AE E Les, écoutez-moi, et vous, peuples éloignés, soyez atlentifs. dénovalh m'a appelé dès ma naissance, dès Le ventre de ma mère il à prononcé mon nom.

Le moment étant rapproché où le peuple israélite ne renfermera plus dans sa sphère particulière d’une ma-

nière exclusive ses travaux pour faire reconnaître Jéhovah et sa loi, où il ne les dirigera plus uniquement du côté de ses propres membres, mais où il les étendra sur l'humanité entière jusqu'aux nations les plus éloignées («les îles»), où en un mot se réalisera la promesse divine tant de fois réitérée aux patriarches que «par leur semence seront bénis tous les peuples de la terre,» c’est en présence des derniers qu’[sraël élève là voix pour se faire connaître à eux comme la nation élue par Jéhovah, et prise à son service dès le premier moment de son existence. Cette qualité de serviteur de Jéhovah «dès sa naissance,» Israël la fait valoir dans notre fiction comme une prérogative de poids qui lui donne un certain droit sur les nations, et qui l’autorise à réclamer d'elles une attention respectueuse pour les paroles qu’il leur va dire.

Des expressions analogues aux nôtres, et servant à rappeler le choix que fit Jéhovah du peuple israélite, se rencontrent assez souvent chez notre auteur, cf. XLI, 8-9 : «Israël, mon serviteur... que j'ai élu, je Vai appelé des confins de la terre ;» XLITT, 10: «mon serviteur que j'aiélu;» XLIV, 2 : «Ainsi a dit Jéhovah, qui La fait et qui l’a formé dès ta naissance etc. »

N2, Il a fait de ma bouche une épée aiguë : 1l m'a couvert de l'ombre de sa main. Et il a fait de moi une flèche bien polie : il m'a tenu serré dans son carquois.

Par la connaissance du Dieu véritable et de sa loi, que le peuple israélite a reçue au temps de son élection comme un dépôt sacré, Jéhovah l'a rendu apte à

convertir les peuples païens et à les ramener à son adoration. Gelte conversion des peuples, l’auteur se la représente comme un combat spirituel que leur livrera Jéhovah et où Israël sera le glaive au moyen duquel il vaincra Ceux qui ne reconnaissent pas encore sa souverainelé et la flèche qu’il décochera contre ceux qu’il veut réduire à son obéissance. Ce qui, en d’autres termes et en remarquant que le prophète insiste particuliérement sur la bonté de l'arme maniée par Jéhovah, signifie qu’au jour où Israël exécutera le rôle qui lui est confié de convertir les païens, il y réussira pleinement. Mais jusqu’au temps de notre prophète, Dieu la pour ainsi dire tenu en réserve et dans l'ombre, et ne lui a pas permis d’entrer en lice dans ce genre de combat nouveau avec les nations. En effet, jusqu’à l’époque de l'exil babylonien, l’histoire ne fait aucune mention d'essais où d'efforts qu’aurait faits la nation israélite Pour convertir et pour ramener au culte de Jéhovah les peuples étrangers.

Nous rencontrons des paroles d’une ressemblance frappante d'avec les nôtres, LI, 16: «J'ai mis mes paroles dans ta bouche et je t'ai couvert de l'ombre de ma main, afin que j'élablisse les cieux et que Je fonde la terre et que je dise à Sion : C’est toi qui es mon peuple.» On n’a qu’à relire les versets précédents, qui traitent du peuple israélite, pour se convaincre qu'il en est également traité dans ces paroles que nous comprenons ainsi qu'il suit: « Je t'ai confié, ô mon peuple, ma loi; je t'ai révélé ma volonté et mes desseins, afin que tu les proclames à la face des peuples; je t'ai conservé et prolégé jusqu’à ce Jour, afin que tu accomplisses au temps marqué ta mission de prédicateur

des nations et qu’ainsi, après que par la prédication humanité entière aura été préparée aux temps de salut futurs, je puisse mettre le sceau à ton œuvre, en établissant définitivement mon règne parmi les hommes, en créant une nouvelle terre, un nouveau ciel, en me manifestant à mon peuple élu comme son roi et en m'unissant à lui visiblement et pour toute éternité. » Selon LIX , 21, le peuple israélite dans l'ère de prospérité future sera appelé, comme à une charge distinctive et permanente, à enseigner aux peuples la loi et la connaissance de Jéhovah : «Et pour moi, voici mon allance avec eux, a dit Jéhovah : (Elle consistera en) mon esprit qui est sur toi et (en) mes paroles que j'ai mises dans ta bouche et qui ne sortiront point de ta bouche ni de Ja bouche de ta postérité... dès maintenant et en toute éternité. »

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Etil m'a dit: Tu es mon serviteur, toi Israël, en qui je me glorifierai.

Évidemment ces paroles sont une allusion à la formation de l’ancienne alliance au pied du mont Sinaï. C’est en ce jour solennel que Jéhovah adopta le peuple israélite comme son serviteur et qu'il le destina à rehausser la gloire de son nom. Israël pouvait servir à la gloire de Jéhovah, ou bien en ce que, quand des dangers le menaçaient ou que des malheurs le frappaient, il lui fournissait l’occasion de se manifester dans sa gloire et dans sa puissance, ou bien en ce que le peuple lui-même travaillät à observer pieusement les commandements divins et à offrir le spectacle d’une nation

sainte et entièrement dévouée à son Dieu. C’est dans ce second sens d’une glorification de Jéhovah, résultant d’une obéissance active à la loi divine de la part du peuple israélite, qu'il faut intérpréter de préférence nos paroles, à cause du contexte qui présente pour ainsi dire le tableau de l’activité théocratique de la nation et des travaux qu’elle a exécutés et qu’elle est appelée à exécuter dans la suite au service de son Souverain céleste. C’est par contre la première acception d’après laquelle Israël peut contribuer passivement à la glorification de Jéhovah, en ce qu'il lui fournit simplement les occasions de dévoiler la puissance de son bras, qui prédomine, XLIV, 93 : « Cieux, réjouissez-vous.. car Jéhovah délivre Jacob et t! se glorifie en Israël.»

Et moi j'ai dit : Vainement je me suis fatiqué, sans fruit et inutilement j'ai épuisé ma force; quoi qu'il advienne, mon droit est auprès de Jéhovah, et mon salaire est auprès de mon Dieu.

Mais, après un si long temps écoulé depuis la conclusion de l'alliance entre Jéhovah et son peuple, celuiel est contraint d’avouer qu'il n’a aucunement répondu à ce que son Roi céleste attendait et demandait de lui: il a, il est vrai, fait tous les efforts pour rappeler à Jéhovah ses membres perdus sur le chemin du péché et de l'idolätrie, mais sans parvenir à opérer leur conversion et à remplir leur âme d’un zèle vivace à glorifier Dieu par leur conduite. Il s’est fatigué à faire observer dans son sein les commandements divins et à se

transformer en nation véritablement sainte et servant son Dieu de cœur et d’âme : ses travaux dans cette direction n'ont obtenu aucun résultat , et à l’heure qu'il est, Israël! est plus éloigné que jamais de présenter le spectacle d’un peuple entièrement dévoué à son divin Maitre, et plus que jamais l’idolâtrie et les vices de toutes sortes et tout ce qui est en horreur à Jéhovah infecte ses mœurs, sa conduite et ses actions. Le livre même de notre prophète fourmille de passages pouvant servir de preuves en faveur de cette assertion (cf. XLIT, 19 et suiv.). Selon XLVIHIT , 1-5, Israël «jure par le nom de Jéhovah,» et cependant il est tout disposé à affirmer que ses idoles ordonnent la suite des événements qui ont lieu, et les malheurs de l'exil n’ont pas abouti à le corriger (ibid. v.10). Une preuve indirecte qu'Israël a dû être plongé bien avant dans le culte des idoles, ce .sont les assurances à chaque instant renouvelées que Jéhovah est le créateur du monde et qu'il n'y a point de Dieu en dehors de lui (par exemple, LXVIIT, 42). Ces assertions ne sont nullement un simple ornement de langage, un embellissement oratoire chez notre prophète; au contraire, vis-à-vis d’auditeurs pour lesquels l'unité de Dieu était un point douteux, sinon même nié catégoriquement, elles gagnent de l'importance et paraissent faites fort à propos. LVI, 10-12 se trouve la peinture de la rapacité, de la négligence et des plaisirs honteux de ceux qui devaient veiller au bien-être de la nation, et il est dit LVII, 1-2, que les

1 Ne perdons pas de vue que ce n’est pas Israël couvert de péchés et adonné un culte des faux dieux qui a la parole en notre morceau, mais bien Israël en tant qu’il s'efforce de contribuer à la gloire du nom de Jéhovah.

hommes de bien ne trouvent d'asile contre les persécutions que dans leur tombe après qu’ils ont succombé ; et au même chapitre (v. 3 et suiv.) est décrite dans des termes non voilés lPidolâtrie des Israélites avec ses pratiques sanglantes et barbares, avec ses scènes voluptueuses et son fanatisme porté jusqu’à l’exaltation. Le prophète Ézéchiel rapporte également que les exilés établis sur les bords du fleuve Ghabor , en Mésopotamie, au milieu desquels il demeurait, adoraient les dieux de Babylone et même leur sacrifiaient leurs propres enfants (XX , 30 et suiv.). Israël théocralique ne peut donc que confesser humblement en notre passage que tous ses efforts à rendre le nom de Jéhovah glorieux et adorable n’ont abouti à rien. Mais néanmoins il vit dans la confiance pleine et entière que Jéhovah lui tiendra compte de ses efforts, quoiqu'ils aient été sans résultat, et qu'ilne manquera pasde l’en récompenser («mon droit» est synonyme de «mon salaire »). Cette confiance iné- Lranlable en Dieu au sein du peuple israélite se retrouve dans les écrits de tous les prophètes, et les prophètes ne sont-ils pas le noyau d'Israël théocratique, les principaux représentants de ses travaux entrepris pour la gloire du nom de Jéhovah ?

Et maintenant a dit Jéhovah, qui m'a formé dès ma naissance à son serviteur pour ramener Jacob auprès de lui et Israël quine doit pas être emporté, et je suis fort estimé aux yeux de Jéhovah et mon Dieu est ma force, — v. 6 il a dit : C'est trop peu que tu ne sois que mon serviteur pour rétablir les tribus de Jacob et pour ramener les restes d'Israël : j'ai fait de toi La lumière des nations, pour que tu sois mon salut jusqu'au bout de la terre.

Jusqu'à « maintenant!» c’est-à-dire jusqu’à l’époque de notre prophète, la tâche d'Israël théocratique a uniquement consisté à convertir et à rappeler sur le droit chemin la nation perdue sur les sentiers du péché et adonnée à l'idolâtrie. En outre, il est appelé au moment présent à la ramener dans son pays et à ly rétablir. Mais sous peu il 1ra étendre les travaux entrepris pour la gloire de Jéhovah hors de la sphère restreinte de la nation israélite sur tous les peuples de la terre: 1l leur apportera de la part de Jéhovah «le salut; » en les amenant à abandonner le culte des faux dieux pour pratiquer celui du Dieu véritable, 1l les sauvera du jugement que Jéhovah est en mesure d'exercer contre les idoles et leurs adorateurs. À travers tout son livre, notre prophète ne cesse de répéter que ceux qui placent leur confiance dans les idoles seront couverts de confusion et périront par l'effet de la colère divine, et que ceux qui se convertiront seront sauvés du coup du châtiment

11] est à peu près impossible, si lon voit dans le serviteur de

Jéhovah le Messie, de donner de ce terme «maintenant» une explication suffisante,

qui les frapperait immanquablement, ef. XLV, 22: «Regardez vers moi (c’est-à-dire convertissez-vous à moi) el laissez-vous sauver, tous les bouts de la terre, car moi je suis Dieu, et il n’y en a point d'autre.»

Selon v. 5 la tâche du serviteur auprès du peuple israélite consiste « à le ramener auprès de Jéhovah »> ou à le convertir, à opérer en lui un changement moral, Selon v. 6, au contraire, il a pour tâche de «rétablir les tribus de Jacob et de ramener les restes d'Israël, » ce qui ne constitue plus une conversion morale, mais un changement de l’état temporel ou matériel de la nation. Cependant ces deux idées d’une conversion morale et d’un rétablissement temporel du peuple israélite par le moyen du serviteur ne s’excluent et ne se contredisent point, mais elles se complètent réciproquement. La cause qui a fait perdre au peuple le sol de la patrie et la liberté a été sa désobéissance aux commandements divins, ses nombreux péchés, son idolâtrie; tant que celle cause dure, lant que le peuplé persiste dans ses iniquilés, les effets, les malheurs de la servitude et de la captivité dureront. Mais qu’Israël se repente de ses péchés et revienne à l’obéissance à son divin Maître, et incontinent les portes de la captivité s’ouvriront et tout obstacle au retour dans sa patrie sera enlevé. Le serviteur ne peut donc pas convertir le peuple, sans lui procurer en même temps la liberté ou la faculté de r'etourner dans son pays, et il ne peut pas le ramener sans avoir d’abord obtenu sa conversion. La conversion sera la condition nécessaire du retour, et ce retour sera la suite certaine de la conversion.

! Grand et sublime conflit qui a lieu dans la pensée du prophète entre les deux puissances représentées par les idées d'Israël théocra

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