L ACTION DE GRÂCES
Chap. I, V. 3-14.
3. Béni soii le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus- Christ, qui nous a bénisy de toute bénédiction spirituelle^ dans lescieuxcélestes^en Christ; 4. selon qu il nous avait élus en Im, avant la fondation du monde, afin que nous fussions saints et irrépréhensibles devant lui, dans Vor mour; 5. nous ayant prédestinés à l'adoption^ par Jésus- Christ , pour soi-^mémej selon le bon plaisir de sa volonté; 6. à la louange de la gloire de sa grâce, par laquelle il nous a reçus en grâce dans le bien-aimé ; 7 . en qui nous avons la rédemption par son sang, la rémission des offenses j selon les richesses de sa grâce; 8. laquelle il a fait abonder en nous, en Umte sagesse et intelligence; 9. nous ayant donné à connaitre le mystère de sa volonté [selon son bon plaisir y qu'il s'était proposé en soi - même , 10. pour la dispensation de la plénitude des temps)y sa-» voir de réunir toutes choses en Christ^ et celles qui sont dans les eieux et celles qui sont 9ur la terre; i\. en lui y
10 l'action de GRA.GBS. CH. I, 3-40.
m qui aussi nous avons été faits héritiers, ayant étépré-destinés, selon le dessein arrêté de Celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté^ 12. pour que nous fussions à la louange de sa gloire, ceux qui ont auparavant espéré en Christ; 13. e^i qui vous êtes aussi, ayant entendu la parole de la vérité^ Vévangile de votre salut ; m qui aussi, ayant cru, vous avez été scellés par le Saint- Esprit de la promesse^ 14. qui est ïarrhe de notre héritagcy pour la rédemption de V acquisition, à la louange de sa gloire.
i* Uaetion de grâces pour les élus en général. 1, 9A0.
Bini êoii Dieu. G'eftt en luttant Dieu que saint Paul commenoe toutes ses épitres^ à l'exception de Galatei^, 1 Timothéé» et Tite^ où tin objet spécial, préoccupant la pensée de TÂpôtre, a pris la place qu'il réserve habituellement à l'action de grâces. Quoi que nous entreprenions 9 commençons->le aussi par l'action de grâces* N'attendons pas qu'elle soit provoquée par quelque bienfait particulier : le don permanent de la vie éternelle ne nous sufTit^il pas? « Grâces à Dieu € pour son doil ineffable 1 > (2 Cor* IX, 15*) < Béai c ioit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésum < Christ qui nous a bénis; y saint Jean dit dans le même esprit : « Nous l'aimons, parce qu'il nous a t àiniés le premier. >
Le Dieu et Pire de notre Seigneur Jéêm^Chrità. On
Gfl. t^ 3-iO. l'action de 6RAG£S. H
peut traduire aussi : « Dieu, qui est le Père, etc. > ainsi que l'ont fait nos versions. Mais la traduction que nous ayons suivie» avec la version de Lausanne 1839, nous parhit préférable tant ici que dans Rom. XY,6; 2Gor« XI, 81; 1 Pierre I» 3, etc. Dieu n'est pas seu« lèment le Père de Jésus^Ghrist, il est en même temps son Dieui qui Ta envoyé, qui Ta conduit, qui l'a exaucé, qai l'a ressuscité, qui l'a fait asseoir à sa di^ite« € Je monte vers mon Père et votre Père^ et c vers ïnon Dieu et votre Dieu ^ (Jé&n XX» 17)« Ge rapport du Père au Fils est important à considérer pour nous. Gar, Jésus^-Christ étant le représentant et la tète de l'Eglise, c'est parce que Dieu est le Dieu de JésUs-Ghrist qu'il est aussi notre Dieu, comme c'est parce qu'il est le Père de Jésufr>Ghrist qu'il est aussi notre Père. Que si l'on demande comment Dieu peut être le Dieu de Jésus^Ghrist, qui est Dieu lui'-méme» nous pourrions répondre qUe Jésus^-Ghrist est consi*déré alors dans sa nature humaine ; mais nous aimons mieux répondre que c'est là c le mystère de piété; > mystère rappelé^ mais non expliqué^ dans Ps. XLV, 8 (cité par saint Paul, Héb. I, 9) : < Dieu, ton Dieu « t'a oint d'une huile de joie au^^essusdetes sembla^ € bles ; > ce qui n'est pas plus étonnant que 2 Tim, I, 18 : c Le Seigneur lui fasse trouver miséricorde au^ t près du Seigneur, > ouDan.IX, 17*-19etPs. GX, 1. Dan$ hi lieuco dlesus en Chrisi. Dieu nous a bénis en Christ^ élus en Chrilt^ sauvés en Christ;
i2 l'action de GRACES. CH. I, 3-10.
ce n'est pas seulement par Christ, c'est en Christ, en la personne duquel Dieu nous contemple, comme des membres de son corps, faisant partie de son être, et revêtus de sa justice. Aussi saint Paul souhaite « d'être trouvé en Christ » (PhiL II, 9). Ceci nous . explique comment nous pouvons être bénis € dans les lieux célestes, > bien que nous ne soyons pas au ciel. Christ y est, et cela suffit. Que dis-je? Nous y sommes, dans sa personne : t II nous a fait « revivre avec le Christ, et il nous a ressuscites et fait € asseoir dans les lieux célestes en Jésus-Christ » (Voy. II, 5, 6 rapproché de I, 20). C'est également parce que nous avons été < élus en Christ » que nous avons pu l'être « avant la fondation du monde, > bien qu'alors nous né vécussions pas. Christ vivait, et cela suffit. Aussi bien ni cette difficulté de lieu, ni cette difficulté de temps, n'égale la difficulté de principe, la difficulté essentielle de notre salut, celle qui tient à ce que les hommes à qui Dieu veut donner la vie éternelle sont des pécheurs qui en sont indignes par leurs œuvres. Comment pouvons-nous être justes devant Dieu, n'ayant pas fait les œuvres? même réponse : c'est que nous sommes justes en Christ. Nous n'avons pas fait les œuvres; mais Christ les a faites, et cela suffit. C'est la doctrine de notre apôtre, Rom. X, 5-8 : notre salut, impraticable selon la loi, parce que nous en serions alors chargés nous-mêmes, est praticable selon ladfoi, parce que c'est Christ alors
CH. I, 3-10. l'action de GRACES. 13
qui l'accomplit. Tout cela est réuni dans 2 Tim.I, 9*. Pour être {ou à élre) saints et irrépréhensibles devant It4t, dans ïamour. Ces mots peuvent se rapporter à notre sanctification, ou à notre justification. Dans le premier cas, l'amour dont il est ici question, c'est Tamour dans l'homme, et la pensée de l'Apôtre serait celle-ci : Pour que nous marchions devant Dieu dans cette vie sainte dont l'amour est le principe ; dans le second, c'est Tamour en Dtew, et la pensée est alors : Pour que nous soyons réputés saints, aux yeux de Dieu, par un effet de son amour. La première de ces interprétations, ne serait pas , selon Harless, dans l'esprit du Nouveau Testament : « On n'y trouve pas un seul endroit, dit-il, où une sainteté sans tache devant Dieu soit représentée comme le but de Yélection. i» Quoi qu'il en soit, nous nous décidons pour la seconde, soit parce qu'elle s'accorde mieux avec la pensée générale de notre texte, où l'Apôtre s'est proposé de relever la grâce de Dieu, et non la sainteté personnelle du croyant ; soit parce qu'elle convient seule au passage correspondant de l'épître aux Colossiens, I, 22. Les mots dans V amour sont employés d'une manière semblable dans Éphésiens ni, 18, expliqué par le verset suivant.
* Nous recommandons aux lecteurs de chercher les endroits des Ecritures indiqués dans notre commentaire ; de notre côté, nous nous souviendrons que ce qui importe, c'est de choisir les citations, et non de les multipUer.
14 l'action BE GRACES. CH. I^ 3-iO.
Par Jé»m-Christ^ pour soum4me, ou en vue de soi-même. Dans toute l'œuvre du salut, Dieu est le but, et Jésus-Christ le chemin. Nous allons au Père par le Fils (Jean XIV, 6; 1 Cor. VIII, 6 : traduisez duquel sont toutes choses, et nous pour lui).
Selon le bon plaiêir 4e sa voUmté. Le mot que nous rendons par < bon plaisir, » peut indiquer soit la souveraine liberté, soit la bienveillance, soit enfin l'une et l'autre à la fois, ces deux choses étant étroitement unies en Dieu, qui c est amour. > C^est de eette dernière manière que nous l'entendons, tant ici que danp Philippi«ns II, 13.
// nou$ « 9^u3 0n ffrA$$ dam le bien^aimé. Autre est l'amour que Dieu a pour son Fils, autrç celui qu'il a pour nous. Lui, seul aimable en soi, est essentiels lement le bienraimé; nous, haïssables en nous-^mémes, nous sommes reçus en grâce ^ cause du bieunaimé, et dans le bien-aimé ; et si noua sommes appelés bien-aimés à notre tour (Éph. V, 1, etc.) c'est parce que Dieu nous voit en son Fils. Le mot que nous tra*-. dtisons € reçus en grâce, » est le même dont l'ange se sert en saluant Marie (Luc I, 28).
En toute sagesse et inielliffence. Il s'agit ici, non d$ k sagesse et de l'intelligence que Dieu ait p^iraître, mais de la sagesse et de l'intelligence qu'il communique à ses enfants. On peut s'en assurer pç!.r Colossiens I, 9, outre que le mot rendu par inielUgenee aurait quelque chose d'étrange, appliqué à Dieu. La
Qp. i, 3-10. l'action de gmcu* 45
sagesse diffère de rintelligeace, en ce que la première ept plu8 étepdye, la seconde plus restreinte ; la pre-* mière est plus spécialement une qualité du cœur, la ^pconde une faculté de l'esprit. La premièrQ s< montre surtout dans la conduite, la seconde dans les diicours. Rapprochez Luc II, 40 de 47, où il faut traduire m de son intelligenc9 et de ses réponses, » c'est-'à-dire de Tintelligence qui paraissait dans ses réponses.
Siflen sm bon plaiw qu'il sélaiipropoié en m-^même pmr to disfifnt^im ds la plénUuêê de$ temps ; c'est-^dîre, selon la résolution que Dieu avait formée, par devers soi, en vue de la dispensation évaiigélique, qui devait avoir lieu quand les temps seraient accomplis« La même pensée e^t exprimée, et en partie dans les mêmes termes, Galates IV, 2-5 , avec cette' légère difôrence que U temps, dans Tépitre aux Galates, marque le cours des temps, qui s'achève par le nombre des anné^, tandis que le$ tm^i^s dans notre épitre (plus exactement les oecastons^ car le mot grec n'est pas le même dans l^s deux cas) marquent les époques successives par lesquelles se développe le plan divin, et qui lui servent de points d^arrêt ou de degrés* Ces époques avaient été indiquées par les prophètes de T Ancien Testament ; et 11 fallait que la partii^e de la piY)phétie qui appartenait à Tancienne économie eût é^té accomplie^ avant que le Fils de Dieu pût venir au monde et fonder la dispensation
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évangélique. — Mais quel était l'objet de cette dispensation nouvelle, et « ce mystère de la volonté » de Dieu, c'est-à-dire cette volonté qu'il avait tenue cachée jusqu'au temps marqué? Le voici expliqué dans la suite de notre verset: .
Réunir tovUes choses en Christ^ et celles qui sont dans les deux et celles qui sont sur la terre. Le terme de l'original que nous rendons par réunir, signifie littéralement récapituler, ou rassembler sous une même tète. Dieu veut rassembler sous Christ, comme sous une tête commune, nonnseulemeni toutes les choses qui sont sur la terre, mais encore toutes celles qui sont dans le cieL Ce n'est pas assez que le Fils de Dieu glorifié reçoive « pour son héritage les na- < tiens, et pour sa possession les bouts de la terre » •(Ps. 11,8); il faut qu'il domine sur l'univers tout entier. « Toute puissance lui est donnée dans le ciel, et « sur la terre » (Matth. XXVIII, 18), et « toutes choses « doivent lui être assujetties, > jusqu'à ce que vienne la fin des temps où « le Fils lui-même doit être assu- « jetti à celui qui lui a assujetti toutes choses, afin que « Dieu soit tout en tous » (1 Cor. XV, 28). Aussi Jésus- Christ, qui ne reçoit ordinairement le nom de tête que par rapport « à l'Église qui est son corps > (Éph. I, 22), est-il appelé une fois aussi « la tête de toute « principauté et puissance, » et cela dans cette épître aux Colossiens qui a tant de points communs avec la nôtre. (Col. II, 10; voyez encore 1, 16-18.)
CH. I, 3-JO. l'action de GRACES. 17
Mais il y a une autre pensée dans notre texte, et une pensée bien intéressante, mais que l'Écriture ne fait qu'indiquer; imitons sa réserve. C'est comme Rédempteur que Jésus-Christ apparaît ici ; c'est aussi comme Rédempteur qu'il doit voir toutes les choses de l'univers rassemblées sous sa puissance. Les effets de la rédemption ne sont donc pas bornés à notre petit globe; elle doit exercer sur tout l'univers une influence immense et mystérieuse, que nous découvrons, sans pouvoir la définir exactement, dans un petit nombre de passages de l'Écriture. J'en citerai trois, presque sans réflexions. Le premier est celui qui répond à notre texte dans l'épître aux Colossiens : c En lui toute la plénitude a bien voulu habiter, et « par lui réconcilier toutes choses à soi, ayant fait la € paix par le sang de sa croix, tant les choses qui sont
< sur la terre, que celles qui sont au ciel » (Col. I, 19, 20); où nous voyons l'œuvre de réconciliation opérée par Jésus-Christ entre Dieu et nous, étendre ses bien* faits à tout le monde, et rétablir entre les diverses parties de la création, jusqu'alors dispersées, une har^ monie nouvelle dont le centre et l'âme sont en Jésus* Christ. Nous tirons notre seconde citation de Romains VIII, 19-21 : « Car le vif désir de la création attend « la révélation du Fils de Dieu. Caria création fut sou- « mise à la vanité, non volontairement, mais à cause
< de celui qui l'y soumit, avec l'espérance que la créa- « tion elle-même sera aussi libérée de l'esclavage de la
18 l'action de GRACES. GH. I, 3-iO.
€ corruption, pour avoir part à la liberté des enfants c de Dieu, Car nous savons que toute la création à la <r fois soupire, et qu'elle est en travail jusqu'à mainte* <c nant. » Là toute la création nous est représentée comme intéressée à la rédemption, et en devant à la fin recueillir le fruit. Enfin, dans le songe de Jacob, rapporté dans Genèse XXVIII, 12, et expliqué par Jésus-Christ, Jean I, 51, le Seigneur est figuré sous Temblèrae d'une échelle qui touche à la terre par le pied et au ciel par le sommet, et qui forme de l'une à l'autre un chemin nouveau par lequel montent et descendent les anges de Dieu* La communication en* tre le ciel et la terre^ rompue par le péché, est rétablie en Jésus-Christ, et les saints anges s'approchent maintenant avec amour des enfants de Dieu, et « ser-
< vent en leur faveur » (Héb. I, 14), tandis que nous ne leur eussions offert qu'un spectacle repoussant, si Jésus-Christ n'eût « ôté le péché du monde. «N'allons pas plus loin ; craignons d'être plus clairs que l'Écriture. Mais que cette échappée qu'elle nous laisse entrevoir de ce grand mystère, nous fasse mieux comprendre la place qui appartient à l'incarnation du Fils de Dieu, et à son œuvre expiatoire, non-seulement dans les destinées de l'humanité, mais dans tout l'ordre de cet univers. Tout y a participé aux suites de notre chute ; tout aussi doit participer à celles de notre rétablissement, auquel se rattache € un réta-
< blissement de toutes choses y> (Àct. III, 21) ea Jésus-
CM» h il-i4. L^AGTION DE ORAGSS. 19
« Christ. Parce qu'il « s'est abaissé lui-même et s'est € rendu obéissant jusqu'à la mort et à la mort de la
< croix, Dieu Ta souverainôment élevé, et lui a donné
< un nom qui est au-dessus de tout nom ; afin qu'au « nom de Jésus tout genou se ploie, tant de ceux qui
< sont aux cieux, que de ceux qui sont sur la terre et « au-dessous de la terre ; et que toute langue confesse
< que Jésu&-Ghrist est le Seigneur, à la gloire de € Dieu le Père »(Phil.U, 8-11 )•
2° L'action de grâces pour chacune des deux famiUes d'élus en particulier. I, 11-14.
En lui, en qui aussi nous avons été faits héritiers^ ayant été prédestinés^ selon le dessein arrêté de celui qui opère toutes choses selon le conseil de sa volonté. Jusqu'ici l'Apôtre a parlé au nom de tous les chrétiens, qu'ils eussent été juifs ou gentils avant leur conversion. Mais le voici qui nous fait démêler dans ce peuple élu, deux peuples d'abord distincts, et qui, bien qu'unis maintenant de foi en celui qui est « leur
< paix > (Éph.II, 14), diffèrent cependant d'origine et de position : les chrétiens qui avaient commencé par être juifs, et ceux qui avaient commencé par être gentils. Tandis que le nous de saint Paul, jusqu'au verset 11, est un nous général, qui les renferme les uns et les autres, il réserve, à partir de ce verset, le nous imir les anciens Juifs, auxquels il appartient lui^