UNIVERSITY OF ILLINOIS LIBRARY AT URBANA-CHAMPAIGN
Celle d’Anneberg (haute-Saxe), peinte en 1525 {Voy. Fabricius );
Celle de Leipsick ;
Celle de Berne, peinte par Nicolas Manuel vers 1515, dans le couvent des Dominicains,, et dont il existe plusieurs éditions ;
Celle du couvent des Auguslins d’Erfurt(l);
Celle du Pont-des-Moulinsà Lucerne, peinte par Méglinger(ily en a plusieurs éditions) (2);
Celle qui se trouvait dans l’église des Jésuites de la même ville, et non dans le cimetière de l’église paroissiale (3);
Celle de la cathédrale d’Amiens (4);
Celle de St-Maclou de Rouen, qui était sculptée ; enfin celle du Temple-Neuf, à Strasbourg , retrouvée en 1824 sous une couche de badigeon, et dont les personnages sont do grandeur naturelle.
Telle est la nomenclature des danses des morts donnée par M. Peignot dans ses recherches; mais il en existe, et surtout il en a existé un bien plus grand nombre, tant en France que dans les autres contrées européennes. C’est ainsi, par exemple, qu’on pourrait citer pour "l’Angleterre celle qui, selon M. Francis Douce (5), exista jadis dans la vieille
(1) Ceci est la version de M. Peignot qui dit que cette danse était peinte sur les panneaux , entre les fenêtres de la cellule qu’habila Luther; mais M. Douce fait observer avec raison que Nicolaï Karamsin, qui en a donné une description, la place sur l’aile latérale de la maison des orphelins.
(2) Voici, à propos de la danse duPont-des-Moulins, à Lucerne, un rapprochement curieux fait par un de nos critiques' les plus distingués, M. Saint-Marc Girardin, dans le Journal des Débals du 13 février 1835 : « Jeconnais deux danses des morts, l’une à Dresde, dans le cimetière, au-delà de l’Elbe, l’autre en Auvergne, dans l’admirable église de la Chaise-Dieu. Cette dernière est une fresque que l'humidité ronge chaque jour. Dans ces deux danses la mort est en tête d’un chœur d’hommes d’âges et d’états divers. Il y a le roi, le mendiant, le vieillard et le jeune homme; la mort les entraîne tous après elle. .. La danse d'Holbein n’est pas, comme celle de Dresde et de la Chaise- Dieu, une chaîne continue de danseurs menés parla mort ; chaque danseur a sa mort costumée d’une façon différente,, selonl’élat du mourant... Holbein avait ajouté à l’idée populaire delà danse des morts. Le peintre inconnu du pont de Lucerne a ajouté aussi à la danse d’Holbein. Ce ne sont pas des peintures de prix que les peintures de Lucerne; mais elles ont un mérite d’invention fort remarquable. Le peintre a représenté dans les triangles que forment les poutres qui soutiennent le toit du pont, les scènes ordinaires delà vie, et comment la mort les interrompt brusquement... Au pont de Lucerne, la mort rit avec nous. Faisons-nous une partie de campagne? elle s’habille en cocher, et fait claquer son fouet. Les enfans rieut et pétillent : la mère seule se plaint que la voiture va trop vite. Que voulez-vous? c’est la mort qui conduit : elle a hâte d’arriver. Allez-vous au bal ? voici la mort qui entre en coiffeur , le peigne à la main... Le pont deLucerne nous montre la mort à nos côtés et partout : à table, où elle a la serviette autour du cou, le verre à la main et porte des santés... ; dans la boutique, où, en garçon marchand, assise sur des ballots d’étoffe, elle a l’air engageant et appelle les pratiques; au barreau, où, vêtue eu avocat, elle prend des conclusions, « le seul avocat, ditla légende en mauvais vers allemands placé au bas de chaque tableau, qui aille vite et qui gagne toutes ses causes. »
« Avec ces peintures le moyen âge ridiculisait l’humanité tout entière; il raillait sa faiblesse, son insouciance, sa vanité. Aujourd’hui nos caricatures frappent sur les individus au lieu de frapper sur l’homme. Elles apprennent à l’un qu’il est trop maigre, à celui-ci qu’il est trop gros, à l’autre qu’il est trop petit. Ce ne sont guères là de grandes découvertes de satire; mais, lieux communs pour lieux communs, je ne sais si je ne préfère point ceux du moyen âge : ils indiquent tout au moins une époque plus sérieuse et plus grave, un génie qui voit de plus haut les choses et les hommes, et une imagination qui garde un profond sentiment de peine dans ses gaîtés mêmes et dans scs caprices. »
(3) Ce qui a donné lieu à cette erreur, c’est que dans ce cimetière il y a le tombeau d’un chanoine. Au-dessus, ce vénérable personnage est représenté dans son appariement, la tète appuyée sur une main que soutient le coude et lisant. La mort enlr’ouvre la porte; elle lient un violon à la main et prélude au fatal appel. Le chanoine étonné lève les yeux, regarde la funèbre divinité, et, rassuré par sa conscience, il se dispose tranquillemenlàsuivre son guide fatal..
(4) Le cloître où elle se trouvait fut détruit en 1817. M. Maurice Rivoire (description de la cathédrale d’Amiens) a cité quelques uns des vers qui accompagnaient la peinture.
(5) Voy. son intéressant ouvrage intitulé : The dance of Dealh, etc. London, William Pickering, 1833, in-S».
église de Saint-Paul, autour d’une galerie, et qu’on appelait indifféremment danse de Machabraj ou danse deSaint-Paul (1). On commença à la détruire avec la galerie elle-même le 10 avril 1549.
On croit qu’il exista aussi une danse macabre dans la cathédrale de Salisbury. « On vit du moins longtemps , dit M. Francis Douce , dans la chapelle Hungerford de cette église, une figure (la seule qui restât) qu’on appelait la mort et le jeune homme. En 1748 on publia un dessin de cette danse. La destruction de ce monument est d’autant plus regrettable qu’il remontait à 1460, et que les vêtements du temps y étaient fidèlement représentés.
«Dans la chapelle à Wortley-Hall , dans le comté de Glocester, il y avait, écrite et très-probablement peinte, une danse des morts de tous états et conditions. Les inscriptions étaient les mémos que celles de Lydgate. (Voy. note 1 delà présente page.) D’après une note manuscrite de John Stowe dans sa copie de l’itinéraire de Leland, il paraît qu’il y avait aussi une danse des morts dans l’église de Stratford-sur-Avon.
« Dans la partie supérieure du parvis qui est à l’entrée du chœur de l’église de Hexham, dans le Northumberland, il y a des restes peints d’une danse des morts. Ils consistent dans les figures d’un pape , d’un cardinal et d’un roi.
« Enfin, à Croydon, sur les murs de la grande salle du palais archi- épiscopal , il existait, il n’y a pas encore très-longtemps, des vestiges d’une danse macabre, mais presqu’entièrement effacés. Il n’y eut pas jusqu’aux tapisseries qui ne reproduisissent ce lugubre spectacle. La tour de Londres en contenait une de ce genre. »
L’Allemagne, outre les danses que nous avons déjà citées, en offre encore un grand nombre. Ainsi, M. Douce croit qu’il y en avait une jadis à Nuremberg, une autre à Berlin, une troisième à Vienne, dans le monastère des Augustins. Un groupe de cette danse des morts, selon lui, ou plutôt selon Bruckmann ( Epistolœ itinerariœ , vol. V, épit. 32), représentait la mort entrant par une fenêtre avec une échelle. Il parle également d’une autre chapelle du même monastère où l’on voyait la mort emportant un écolier, Arlequin faisant des grimaces à l’inévitable déesse, enfin celle-ci brisant toutes les fioles d’un apothicaire, etc. Ici, du moins, l’intention comique était évidente.
Nous avons parlé plus haut de l’Espagne , et nous avons dit qu’il n’y existait aucune danse Macabre. lien est de même pour l’Italie (2).
La Hollande n’offrequ’unseul exemple de danses des morts. Celte peinture se trouve dans un château, appartenant au prince d’Orange, près de la Hague. La mort y est représentée armée de flèches dont elle perce l’humanité.
Mais la France eut encore plusieurs danses macabres autres que celles que nous avons
(!) “ Fne semblable danse, dit M. Francis Douce, était peinte autour de l’enceinte des SS. Innocents à Paris. Les vers qui l’accompagnaient furent traduits du français en anglais par John Lydgate, moine de Bury , sous le règne de Henri VI. Les versdeLydgatefurent d’abord imprimés à la fin de l’édilionde Tollell dans sa traduction delà mort des princes de Boccace (1554, in-fol.), et eusuite dans l'histoire de la cathédrale de Saint-Paul de sir Dugdale. »
(~) M. Douce nous apprend, d’après Blainville, que l’église de Saint-Pierre le martyr, à Naples, contient une singulière représentation de lamort, sculptée sur un marbre. La mort a deux couronnes sur la tète et un faucon sur le poing. Elle parait prête à partir pour la chasse. Sous ses pieds sont abattus un grand nombre de personnages des deux sexes et de tout âge, auxquels elle adresse la parole. Vis-â-vis la figure de lamort est celle d’un homme velu en artisan ou en marchand, qui jette un sac de monnaie sur une table en disant :
Tutli ti volio dare Se mi tasci scampare, etc.
mentionnées. Ainsi l’église de Fécamp en offrait une sculptée sur un pilier, et l’on croit que jadis il y en avait une aussi au château de Blois. Depuis quelques années , si nous ne nous trompons, on en a découvert une à Angers, sous une couche de badigeon. Nous ne doutons pas qu’il en ait existé et qu’il en existe encore quelques autres qu’on retrouvera plus tard. Ce sujet avait fini, en effet, par être si populaire que les représentations en furent multipliées à l’excès.
Quoiqu’il en soit, nous avons à parler ici exclusivement de la danse qui se trouve dans l’église de la Chaise-Dieu, en Auvergne, et que personne n’avait encore nommée. Nous nous trompons : il en existe une mention anlérieure à la nôtre dans le tome V de la magnifique collection publiée par M. le baron Taylor et intitulée : Voyages pittoresques dans l'ancienne France. M. Taylor a même reproduit, dans une des planches de son livre, quelques- uns des principaux personnages de cette danse, afin de donner a ses lecteurs une idée du monument original. Voici les paroles dont il a accompagné ce dessin : « Un objet non moins curieux et assez rare maintenant, ce sont les peintures que renferme le chœur de l’église de la Chaise-Dieu, et qui représentent la danse macabre. C’est la première fois que nous avons trouvé à copier ce poème bizarre, qui était devenu, du quatorzième au seizième siècle, une espèce de sujet de mode qui jouit d’une grande célébrité dans le nord de l’Europe. On ignore pourquoi cette danse s’appelle Macabre. La pensée du premier qui traita ce sujet fut profonde; celle du dernier fut peut-être une cruelle moquerie.
«■ On ne trouve plus ce sujet, en France, que dans les bibliothèques des amateurs de vieux livres, où les caprices du sublime bouffon se reproduisent dans une série innombrable de précieux bouquins , depuis 1â95 jusqu’à 1790, en passant par Debrv , Callot et Mérian, pour arriverjusqu'à Dollar. 11 a été détruit dans presque tonales monuments. Les peintures de la Chaise-Dieu en offrent peut-être le dernier exemple, et probablement il ne tardera pas à s’en effacer. La moitié de la tâche est déjà remplie : à la droite extérieure du chœur , une couche de badigeon a fait disparaître les costumes pittoresques du quinzième siècle, et de ce curieux vestige des temps passés, comme de beaucoup d'autres , il ne restera bientôt plus que nos faibles dessins. »
M. le baron Taylor avait raison: encore quelques années, et cette fresque fantastique, qui s’écaille chaque jour sous le doigt des siècles, aura disparu. Nous pouvons donc nous féliciter à bon droit de ce que des circonstances particulières nous ont permis d’en faire exécuter un dessin complet; car à présent la vieille peinture du quinzième siècle, qui rappelait sans cesse aux moines de la Chaise-Dieu qu’ils n’étaient que poussière et que cendre, ne périra pas : elle revit toute entière dans notre gravure. (1)
Voici ce qui nous amena à la donner au public.
Ce fut en faisant dessiner pour notre grand ouvrage (les Anciennes Tapisseries historiées) (2) les magnifiques et belles tentures données à 1 abbaye de la Chaise-Dieu , en 1518, par Jacques deSaint-NectaireouSennectère, trente-sixième et dernier abbé régulier,
(1) Il ne faut pas confondre cette gravure avec celle des trois personnages qui sont eu tête de la présente Explication. La première forme un rouleau collé sur toile d’environ 10 pieds de longueur, accompagné d’un fac stmile de la peinture originale. Les seconds ont été placés avant ce texte pour indiquer uniquement ce que c’est que notre grande gravure.
(2) 2 vol. in-fol. avec texte illustré et 123 planches, à Paris , chez Challamel et Cie, rue de l’abbaye, n. 4. Les tapisseries de la Chaise-Dieu forment à elles seules 32 planches. On peut se les procurer à part, ainsi que tous les autres monuments du livre.
que l’idée nous vint de faire copier par notre habile collaborateur , M. de Planhol , afin de sauver de la destruction un monument de plus, la danse des morts qui nous occupe. La chose n était pas facile : placée dans le bas côté nord de la Basilique, sur le mur qui sert de clôture au chœur, c’est-à-dire dans un endroit humide et obscur, cette peinture était à peine visible (1). La plupart de ses contours semblaient effacés; et, en voulant les faire revivre pour un instant, on pouvait craindre de les voir complètement disparaître. C’est ce qui obligea M. de Planhol à. prendre, en enlevant du mur la poussière qui le couvrait, des soins minutieux qu’il serait inutile de décrire ici, mais grâce auxquels, au lieu d’une vingtaine de personnages qu’on apercevait antérieurement, nous avons pu en retrouver plus de soixante (2).
La danse des morts de la Chaise-Dieu est peinte, à sept pieds du sol, sur une longueur totale de vingt-six mètres environ, y compris le développement des piliers qui coupent par intervalle la surface plane du mur sur lequel elle est tracée. Les personnages ont plus de trois pieds de hauteur, et il n’y a de légendes au-dessous ni au-dessus d aucune figure.
Cette danse a été dessinée sur une couche de plâtre, à l’exception des personnages qui se trouvent sur les piliers et qui y sont peints sur la pierre brute; ce sont les plus détériorés. Les figures sont ébauchées au pinceau, à grands traits qui se croisent souvent avec hardiesse. 11 n’y a nulle part plus d’ombre qu’on n’en voit dans notre gravure. Quant aux couleurs , elles sont très simples; le fonds en est uni et d’un rouge-jaune. Le personnage de la mort est partout d’un gris sale, ainsi que les draperies qui le couvrent. Les figures disloquées et incomplètes dans le dessin que nous donnons sont celles qui se trouvent sur les piliers, et l’encadrement resté vide qu’on voit en un endroit de la danse est occupé par l’escalier de la chaire. Il est probable que cet escalier couvre encore son personnage ; il n'y a pas plus de quarante ans, du moins, qu’on l’y voyait , car la chaire n’était pas alors construite.
La danse des morts de la Chaise-Dieu ne contenant aucune date et n’offrant aucune inscription, nous sommes obligés, pour fixer l’époque de sa confection, de nous en rapporter aux costumes. Or, dès le premier coup d’œil jeté sur ce monument, il est facile de voir
(1 ) Pour bien faire comprendre la place qu’occupe celle daDse des morts , il faut dire que le chœur de l’église de la Chaise-Dieu, l’undes plus vastes et desplusbeaux de France, est entouréde stalles admirables. Afin de les soutenir ou a construit derrière elles, entre les piliers, un mur qui s’élève à douze pieds environ du sol. C’est sur ce mur, du côté opposé aux stalles et qui regarde par conséquent la nef latérale, qu’est peinte notre danse macabre. Les piliers viennent la couper, mais ne l’interrompeut pas. Elle se déroule sur eux-mêmes.
(2) Voici sur l’abbaye de la Chaise-Dieu quelques détails qui ne sont pas ici hors de propos, et qui peuvent intéresser nos lecteurs. Nous les tirons de notre ouvrage sur les anciennes tapisseries historiées. L’abbaye de la Chaise- Dieu ( Casa Dei) fut fondée en 1046 par Robert , qu’Alexandre II canonisa plus tard, en 1070, et elle finit par devenir presque héréditaire dans la famille des Rohan. Ce fut entre ses murailles que mourut le célèbre janséniste Soannen, qui s’appelait lui-même le prisonnier de Jésus-Christ, et ce fui lâ aussi qu’après l’affaire du collierde la reine, le prince de Rohan Guemenée fut exilé de la cour. Jetée sur le penchant d’une montagne , l’église de la Chaise-Dieu s’ouvre par deux superbes perrons ayant ensemble trente-huit marches, eldontl’elfel est majestueux. (Voy. la gravure, à la fin de notre texte). lTne des tours de l’église, dont le rez-de-chaussée sert de sacristie, et qui porte le nom de Clément VI, servit d’abri en 1581 aux moines et aux habilans contre la fureur de Blacon, lieutenant du baron des Adrets» qui mil le couvent à feu et à sang. Les stalles du chœur, au nombre de 72, sont magnifiques; elles ont malheureusement été mutilées pendant la révolution, ainsi que les statues, les bas-reliefs, le cloître et les flèches de l’église. Au milieu du chœur se trouve le mausolée de Clément VI, en marbre noir; et au-dessus de la boiserie des stalles on voil appendues douze des quatorze tapisseries que nous avons reproduites. Ces belles tentures, composées de laine, de soie, de fils d'or et d'argent, sont, à ce que nous croyons, sorties des fabriques de Venise ou de Florence, et leur exécution est d’une très grande finesse. Il est à regretter que, selon le vœu de M. Maurice de Bonald , aujourd’hui archevêque de Lyon, et ancien évêque du Puy, l’église de la Chaise-Dieu n’ait pas été déclarée monument national, et, à ce titre , comprise dans les édifices à réparer et à entretenir.
qu’il remonte environ à la moitié ou tout au moins aux dernières années du XVe siècle. En effet, le chevalier, qui a une épée à ses pieds, porte à la fois le gorgerin et quelques pièces de fer plaquées aux genoux et aux bras; mais il n’a pas l’armure complète. Or ce vêtement est celui qu’on rencontre immédiatement avant le XVIe siècle, époque durant laquelle les perfectionnements ajoutés aux armes à feu forcèrent promptement les gens de guerre à se couvrir de fer. 11 est vrai qu’on peut objecter que le personnage dont nous parlons est en habit de cour plutôt que de combat , puisqu’il porte une toque garnie d’une aigrette au lieu d’un heaume d’acier ; mais on devra remarquer qu’il est, ainsi que tous les autres personnages, y compris la mort, chaussé de souliers à la poulaine. qu’on ne rencontre plus sousFrançois Ier. Quelques autres circonstances d’ailleurs viennent encore confirmer notre hypothèse. Qu’on regarde, par exemple, le jeune homme plein d’élégance qui tient des fleurs à la main, et dont le chapeau en est également couronné. Ces longues manches qui tombent jusqu’à terre en formant des plis gracieux n’ont jamais paru au XVIe siècle, tandis qu’on les trouve fréquemment au XVe. La fresque de la Chaise-Dieu n’est donc pas , selon nous, de la même époque que les tapisseries qui ornent le chœur de cette église. Elle nous semble plus ancienne. Quant à l’abbé ou au donateur laïque auquel on doit cette danse des morts, les chroniqueurs locaux n’en parlent pas ; ils gardent aussi le silence sur le monument lui-même; de sorte que ce n’est que de nos jours, pour ainsi dire, qu’il paraît avoir été aperçu. (1)
Nous n’entrerons pas dans plus de détails relativement à la danse des morts de la Chaise-Dieu. La meilleure description de toutes en existe dans notre dessin, qui a été rendu par la gravure sur pierre aussi fidèlement qu’il reproduisait lui-même l’original. Nous dirons seulement que cette danse , comme toutes les autres , représente invariablement la mort conduisant par la main le pape coiffé de sa triple couronne et tenant la clef de saint Pierre, l’empereur chargé du globe impérial, le cardinal, le comte, le chevalier, le page, le bourgeois, le musicien, etc. On remarquera les différentes et bouffonnes postures de la mort. Il est vraiment difficile de concevoir comment, avec un sujet toujours et aussi tristement le même (un squelette ), les Apelles inconnus du moyen âge ont pu retracer le rire, l’étonnement, la moquerie , la colère, etc. C’est pourtant ce qui a eu lieu dans leurs danses macabres, et spécialement dans la nôtre.
Le monument de la Chaise-Dieu n’est pas seulement une danse des morts des hommes , comme ondisait : c’est encore une danse des morts des femmes. On voit du moins, parmi les personnages qui le composent, la nonne et la bourgeoise, tandis que dans quelques monuments, par exemple dans le beau manuscrit de la Bibliothèque royale, n° 7310, les hommes sont séparés des personnages de l’autre sexe.
Une particularité distingue encore notre danse : elle consiste dans les personnages d’Adam et d’Ève placés en tête de la ronde, et entre lesquels on aperçoit le serpent.
Nous avons déjà remarqué ailleurs, [explication des tapisseries de la Chaise-Dieu) que les artistes du moyen âge ont été fort ingénieux dans leur manière de représenter le serpent. Ici , pour rappeler que c’est à lui que nos premiers parents doivent d avoir perdu l éternité, ils lui ont donné une tête de mort : dans les tapisseries de Jacques de Sennectère*
(1 ) Une singularité de celte danse que m’a fait remarquer M. Charles Maguin, c’est que la mort s y montre par tout, non pas à l’état de squelette, comme dans les danses du moyen âge, mais revêtue de chair ■ monuments de l'antiquité. Malgré cette anomalie, il est impossible, en présence des co*lu“®s ® é* de la Chaise-Dieu, d’assiguer à celle fresque une date plus reculée que celle que nous lui avo
pour bien indiquer comment le serpent fit pécher Adam, ils l’ont généreusement doté d’une tête de femme.
Le personnage du docteur qu’on voit gravement assis dans sa chaire après Adam et Eve est le moraliste de la pièce. C’est lui qui est chargé de faire en quelques mots l’oraison funèbre de chacun des personnages de la danse qui semblent tous défiler devant lui. Les moralités de la danse macabre étaient ordinairement en vers, et presque toujours on les traçait au-dessous ou au-dessus des personnages. Elles manquent , comme nous l’avons dit, dans notre monument. Mais pour en donner un exemple, voici quelques passages du livre intitulé : Le il faut mourir , et les excuses inutiles que Von apporte à cette nécessité , le tout en vers burlesques , par maître Jacques, chanoine créé de l’église métropolitaine d’Embrun. C’est la mort qui remplit le rôle de docteur. Voici comment elle s’exprime :
Que ces disputes sont frivoles Qu’on agite dans les écoles,
Pour sçavoir quel est le plus fort,
Du vin, de l’amour ou la mort!
Je croy qu’il faut faire liltière Du débat de cette matière;
C’est un conte à dormir debout
Je parcours toute la Syrie,
Je vay traverser l’Arabie,
Et là je frappe quand je veux Ces nègres qu’on appelle heureux.
De là passant dedans la Perse,
D’un coup de javelot je perce Ce grand saphi remply d’orgueil.
Et luy fait voir dans le cercueil Que ma puissance est sans seconde.....
Je fais voir mes forces égales Dans les Indes Orienlalles;
Je traite le roi de Pégu
Ne plus ne moins qu’un gueu tout nu ...
Pour le grand duc de Moscovie,
Je le réduits au petit point,
Quand du moule de son pourpoint,
J'en fais un horrible squelette, e le.
Cette énumération dure encore longtemps. Enfin la mort s'adressant au pape, lui dit :
A vous, teste à triple couronne,
C’est à vous, dis-je, que j’ordonne Que sans aucun retardement,
Vous vous rendiez présentement Devant le Dieu qui seul dispose Sans compagnon de toute chose.
Le pape répond. Puis la mort s’adresse à une demoiselle, à un forçat, etc. Le tout est divisé en deux parties, et contient plusieurs mille vers.
D ordinaire, dans les danses macabres imprimées, soit françaises soit allemandes, ces légendes sont, comme on le pense bien , infiniment plus courtes. Elles consistent
seulement pour chaque personnage en six ou huit vers. Voici quelques-unes de celles du manuscrit du roi, n„ 7310, anciennement au fonds Colbert sous le n° 1849. Cet admirable manuscrit du xve siècle,, a appartenu à la famille de Rocbefort Bruille. 11 offre autant de miniatures que de pages, et chaque page est encadrée avec un goût exquis. Il contient la danse des hommes en trente-quatre personnages , et la danse des femmes en quarantedeux. Les deux danses sont liées entre elles par le fabliau des trois morts et des trois vifs, que retracent trois miniatures, suivies d’une quatrième représentant la mort à cheval, portant une bière sous son bras gauche, et faisant sortir de terre, pour les envoyer au jugement dernier, le pape, l’empereur, le cardinal et un autre personnage dont rien ne désigne la qualité.
En tête de la danse, nous voyons d’abord le docteur assis et ayant devant lui un pupitre chargé d’un livre. Il dit:
O créature raisonnable.
Qui désire vivre éternelle,
Tu as cy doctrine notable Pour bien fïner vie mortelle.
La dance Macabre s’appelle Que chascun à dancer aprent.
A homme et femme est naturelle:
Mort n’espargne petit ni grant.
En ce miroer chascun peut lire,
Qui le convient ainsi dancer.
Saige est celluy qui bien s’y mire :
Le mort le vif fait avancer.
Tu vois les plus grans eommancer,
Car il n’est nul que mort ne lière.
C’est pileuse chose y penser :
Tout est forgé d’une matière.
Vient ensuite la mort, portant une bière sur son épaule, et entraînant le pape par la main. Elle lui dit :
Vous qui vivez, certainement Que qu’il tarde ainsi danserés ;
Mais quant, Dieu le scet seulement;
Avisés comme vous serés;
Dam pape, vous commencerés;
Comme le plus digne seigneur.
En ce point honnoré serés ;
Au grant maistre est déu l’honneur.
Le pape répond :
Me faul-il que la dance mené Le premier qui suis Dieu en terre!
J’ay eu dignité souverainne En l’église comme Saint-Pierre,
Et comme aultre mort me vient querre,
Encor poinct mourir ne cuidasse;
Mais la mort à tous maine guerre :
Peu vault honneur qui si tôt passe.
Suivent l’empereur, tenant d’une main l’épée impériale et de l’autre le globe, le cardinal en grand costume, le roi couronne en tête et sceptre en main, le patriarche, etc. La mort
conduit ces personnages; elle leur fait à chacun une moralité de huit vers, et chacun d’eux lui répond de la même façon.
La danse des femmes commence par deux miniatures représentant, la première, deux morts dont l’une joue de la flûte et l’autre du rebec; la seconde, deux autres morts dont l’une joue de la vielle et l’autre frappe du tambourin. Ces morts appellent à leur bal toute lagent féminine. On voit ensuite facteur, puis la reine que la mort entraîne par la main ; la duchesse qu’elle tire par le bas de sa robe; la régente quelle conduit par le cordon de sa ceinture, etc. Le tout se termine par ces paroles de l’acteur:
Vous seigneurs et vous aussi dames,
Qui contemplés cesle paincture,
Plaise vous prier pour les âmes De ceulx qui sont en sépulture.
De mort n’eschappe créature :
Allez, venez, après mourrez.
Cesle vie qu’un bien peu ne dure ;
Faictes bien, vous le trouverez.
Jadis furent comme vous estes Qui ainsi dancent en façon telle,
Allans, venans comme vous faictes ;
De gens mors il n’est plus nouvelle,
Ne il n’en ehault d’une senelle Aux hoirs ne amis des trépassés,
Mais qu’ilz ayent argent et vaisselle :
Ayez d’eulx pitié ; c’est assez.
La Bibliothèque royale contient encore plusieurs autres manuscrits qui reproduisent des textes delà danse des morts ; mais aucun n’a de miniatures. Tel est le manuscrit coté supplément C32 , et où le docteur est appelé Machabre ; le manuscrit 543 du fonds Saint-Victor , où le docteur est nommé un maistre qui est au bout de la dance ; enfin le manuscrit 7398, anciennement 394 du fonds de Bouhier, où l’on trouve à la fin un fragment intitulé : Cy après s'ensuit la danse macabre aux hommes. Ce texte est le même que celui du manuscrit 7310.
Nous aurions beaucoup à dire maintenant, sous le rapport bibliographique, relativement aux danses des morts imprimées; mais ce ne serait peut-être pas ici le lieu , notre intention ayant été seulement, dans cette esquisse rapide , de faire connaître la fresque de l’église de la Chaise-Dieu, d’indiquer les danses macabres existantes ou qui ont. existé jadis, enfin de résumer les principales opinions énoncées jusqu’ici au sujet de l’origine de ces monumens, opinions dont nous ne sommes pas satisfaits complètement, sans pouvoir toutefois les remplacer par une nouvelle.
Nous terminerons en disantqueles éditions imprimées de la danse macabre plus anciennes que celles qui ont été faites de la danse de Bâle etdes dessins de Holbein, sont fort nombreuses. La première est celle de 1485, si bien décrite par M. Champollion, et dont le format est in-folio gothique ; la seconde celle de 1486 suivie du fabliau des trois morts et des trois vifs , in-folio gothique; la troisième est la danse macabre des femmes, également de 1486, in-folio gothique, Paris, chez GuyotMarchant, suivie du débat de T âme et du corps; la quatrième est celle qui est intitulée: Chorea ab eximio Macabro versibus Alemanicis édita , et a Petro Desrey emendata, Paris 1490, in-folio gothique, etc. On peut du reste
consulter à ce sujet pour plus de détails le livre de M. Peignot, l’ouvrage anglais de M. Douce, et la Bibliographie de la France. Nous espérons surtout que le travail encore inédit de feu Langlois, continué par le savant bibliothécaire de la ville de Rouen, M. Potier, jettera d importantes lumières sur la question des danses des morts que nous n’avons fait qu’effleurer.
consulter à ce sujet pour plus de détails le livre de M. Peignot, l’ouvrage anglais de M. Douce , et la Bibliographie de la France. Nous espérons surtout que le travail encore inédit de feu Langlois, continué par le savant bibliothécaire de la ville de Rouen, M. Potier, jettera d importantes lumières sur la question des danses des morts que nous n’avons fait qu’effleurer.
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sur papier de Chine, à 40 fr. la livr. . . 880
coloriées, à 70 fr. la livraison 1,540
Chacun des monuments compris dans les Anciennes Tapisseries historiées a été tiré séparément à cent exemplaires, qui se vendent en dehors de l’édition générale , au prix de, savoir : tapisserie de B.iyeux, en noir 70 f., coloriée 290 f. ; tapisserie de Nancy, en noir 15 f., coloriée 70 fr.; id. de Bayard et de Dijon, réunies, en noir 15 f., col. 70 f.; id. de Valenciennes, d’IIaroué et de M. Dusommerard, réunies, en noir 15 f., col. 70 f.; id. de la Chaise-Dieu, 80 f., col. 350 f.; id. de Beauvais, 30 f., col. 140 f.; id. d’Aix et d’Aulhac, en noir 30 f., col. 140 f. ; id. de Berne, en noir 30 f., col. 140 f. ; id. de Reims, en noir 30 f. , col. 140 f. La reliure n’est pas comprise dans ces divers prix. La Armeria réal , ou Collection des principales pièces de la Galerie royale des Armes anciennes de Madrid; 2 vol. in-folio, texte illustré, avec 83 planches lithographiées et gravées, représentant les armes de toute l’Espagne célèbre, depuis le Cid jusqu’à Charles-Quint; l’ouvrage se termine par un Aperçu sur l’histoire des armes depuis l’antiquité jusqu’au seizième siècle.
Prix : en noir, pour 21 livraisons , à 5 fr. . . 105 fr.
sur papier de Chine, à 7 fr. 50 c. la liv. .157 50 c.
coloriées , à 10 fr. la livraison 210
f'Non compris la reliure. )
OEuvres complètes de Rutebeuf, trouvère du treizième siècle, composées de près de quatre-vingts pièces inédites touchant les croisades , les moines, les couvents , les métiers , le pape, l’université, Saint-Louis, ses frères, ses seigneurs, etc., publiées pour la première fois d’après les manuscrits de la Bibliothèque du roi. 2 vol. in-8. Prix : 1 1 fr. ; sur papier de Hollande , 40 fr.
Cet ouvrage a obtenu , en 1839 , à l’Académie des inscriptions , la seule mention honorable qui ait été donnée cette année , avec regrets qu’il n’y ait pas de médaille pour les travaux de ce genre.
Mystères inédits du quinzième siècle , avec deux fac simile sur papier de Chine , représentant le stultus stultorum , et un fragment d’écriture ; suivis de plusieurs petits poèmes inédits des treizième et quatorzième siècles. Les mystères sont au nombre de vingt-un, parmi lesquels on distingue ceux de saint Denis, saint Pierre, saint Fiacre, sainte Geneviève. 2 vol. in-8. Prix : 11 fr.; sur papier de Hollande , 40 francs.
Jongleurs et Trouvères , ou choix de Satires , Epîtres , Rêveries et autres pièces inédites des treizième et quatorzième siècles. Prix : 7 f. 50 c.; sur pap. de Hollande, 15 fr. ; sur pap. de Chine, 20 fr.
Nouveau Recueil de Contes, Fabliaux, etc., pour faire suite aux collections publiées par Legrand d’Aussy, Barbezan et Méon. 1 vol. in-8. Prix : 7 fr. 50 c.; sur pap. de Hollande, 20 fr.