‹ Explication des douze derniers livres prophétiques de l'Ancien Testament [microform]Chapitre 20 sur 49 · LES TEMPS MESSIANIQUES · texte numérisé non relu

LES TEMPS MESSIANIQUES

Jerusalem sera done detruite, Juda aura le sort de ses ennemis et de tous les etats pa'iens. S'il en est ainsi, quelle esperance peut-ii rester encore au prophete et aux vrais serviteurs de Dieu? Abandonneront-ils leur foi en la promesse d'un temps de salut, de saintete et de paix? Que doivent-ils attendre? m, 8.

Attendez-moi , dit 1'Eternel.

Mais quand viendra 1'Eternel?

Au jour que je me leverai pour verser ma colere sur les Gentils et pour consumer la terre entiere* (Ez. xxxvm, xxxix ; Apoc. xix, 13-21; xx, 8).

Mais au milieu de ces jugemens exerces contre toute la terre , et de cette ruine universelle de tous les royaumes du monde, le prophete voit apparaitre un peuple nouveau dont il decrit tous les caracteres.

Et d'abord, ce n'est plus un peuple unique qui adorera 1'Eternel, ce scront plusieurs peuples. m, 9. Des gentils seront done appeles dans le royaume de Dieu. n, 11. Si d'une part les Israelites epars dans les contrees les plus eloignees doivent revenir alors dans leur patrie HI, 10. 18-20. (Osee xi, 10. 11, etc.), d'autre part, tous les Israelites ne feront pas partie de ce nouveau peuple , les or gueilleux, ceux qui s'appuieraient charnellement sur les promesses, seront exclus, et il nerestera que les gens humbles et doux. in, 11-15.

Ces peuples adoreront Dieu avec des levres purifiees et le seryiront d'un me'me mouvement (d'une meme epaule, cornine deux hommes qui , portant un fardeau , marchent d'un mme pas), m, 9. II y aura pardon et oubti des peches passes, 11; saintete et verite, 15; paix et joie, absence de toute soulfrance, 15-16; guerison de tous maux, 19; honneur et gloire pour Israel qui avait yecu dans 1'opprobre parmi les nations, 18-20.

L'Eternel lui-meme sera au milieu d'Israel, 15. 17 (Emmanuel, Es. vn, vm; Osee xi, 9; xiv, 8). II se rejouira en son peuple d'une grande joie, 1'aimera d'un tel amour qu'il se taira sur tous ses peches (Mich, vn, 19), il tressaillera d'allegresse sur lui , 17 (Oseen, 19. 20; xiv, 4; Es. LXII, 5). Quelles douces et ravissantes paroles! et que le fidele est heureux d' avoir un Dieu qui sait aimer!

On le voit, il ne manque a la prophetic messianique de Sophonie ni le rappel des Hebreux , aussi bien d'Israel que

de Juda, ni les jugemens de Dieu sur ses ennemis , ni la vocation des gentils, ni le pardon des peches et la saintete, ni la paix et la felicite , ni la personne du Sauveur qui apparait ici en sa qualite de Dieu, et qui est Jehova lui-meme.

Cette prophetic a eu un commencement d'accomplissement dans la venue du Messie et Tetablissement du christianisme ; mais elle attend encore son entiere realisation. . Elle avait attire 1'attention des Juifs, comme nous 1'apprend Jer6me dans son commentaire. Us avaient conclu du verset 8 que, a la venue du Messie, toutes les nations seraient reunies, que la colere de Dieu se verserait sur elles, et que la terre entiere serait consumee par le feu ; du verset 9 que tous les peuples ne parleraient plus qu'une seule langue comme ils le faisaient au commencement (Gen. xi), et que cette langue serait 1'hebreu.

Les versets 8-20 que nous venons d'analyser, se divisent en deux strophes : 8-15, 1'annoncedes temps messianiques et la description du nouveau peuple elu; 14-20, la joie de tout Israel et sa gloire a cette epoque oil Dieu sera aupres de lui.

C'est ainsi que le prophete , qui n'entend tout autour de lui que le bruit des royaumes qui s'ecroulent , s'eleve avec calme du sein de ces ruines , et se transporte en esprit a cette epoque de 1'avenir ou Dieu rendra victorious les humbles, fera triompher la purete de cceur, plongeradansl'oubli les peches de ses serviteurs, et se creera un peuple qu'il puisse aimer selon son coeur. Or c'est la la clef de toute 1'histoire de Fhumanite : les mechans perissent malgre toute leur puissance , les justes triomphent malgre toute leur faiblesse , et toutes les gloires du monde s'evanouiront un jour pour ne laisser subsister que celle de cette eglise de Christ qui est toujours meconnue et souvent persecutee , mais a qui seule appartiennent les promesses de Teternite.

Ce sont ces vues generates sur la justice et Tamour du Dieu tout puissant, dont les serviteurs doivent rester maitres du champ de bataille dans le redoutable et sublime combat que se livrent sur notre terre le bien et le mal , la lumiere et les tenebres, 1'eglise et le monde, Jesus-Christ et Satan ; ce sont , dis-je , ces vues generates qui forment la base de toute la prophetic juive et chretienne. En isoler les predictions speciales, c'est 6ter a celles-ci leur grandeur, c'est faire du prophete un devin , et de 1'accomplissement de ses paroles un heureux hasard ; c'est ne voir dans un tableau que les details , qui sont bien executes , mais qui ne prou vent que du talent , et ne pas saisir la pensee generate ou seule se manifesto le genie. Les prophetes hebreux , avant que d'etre prophetes , sont de pieux Israelites qui connaissent le vrai Dieu par ses revelations anterieures , et qui n'ignorent point les principes generaux de son gouverne ment du monde; et 1'Esprit saint, qui les sauve et les sane tifie , ne fait dans un certain sens que leur montrer 1'appli cation de regies bien connues aux evenemens de i'avenir. Mais ces vues generates ne seraient que des propheties tres incompletes et vraiment indignes d'un Dieu qui ne fait rien a demi, si elles n'etaient vraies qu'en gros, et que les details en fussent inexacts et faux , et c'est la precisement ce qui met dans tout son jour la difference radicate qu'il y a entre les plus heureux pressentimens du genie et la prediction biblique. L'Esprit saint ne se borne pas a mettre au cceur du prophete de pieuses esperances , de sublimes pensees , il place devant les yeux de son esprit de vivans tableaux de 1'avenir, qui ont parfois meme 1'exactitude de 1'histoire, et qui sont des evangiles anticipes. Chaque detail de la prophetic est aussi completement vrai que les pensees meres; jusques a un seul iota, tout ce qui a ele annonc6 doit s'accomplir. Et ici le passe est le garant de I'avenir, et les predictions realisees nous enseignent 1'interpretation de

celles qui ne le sont pas encore. Ainsi les soixante-dix semaines d'annees de Daniel, dont 1'histoire nous fait connaitre la litterale exactitude , nous obligent a prendre au serieux les chiffres des reyelations de saint Jean. La prophetic est Traiment divine , parce qu'elle reunit a la parfaite verite des vues d'ensemble, la parfaite verite des details : sans les details , elle pourrait passer pour de pieux pressentimens, et sans les vastes apercus, elle ressemblerait a de la divination.

Sophonie , qui prouve son inspiration par des TUCS morales et historiques entierement etrangeres aux plus sages des pa'iens, le fait egalement par la precision avec laquelle il annonce, par exemple, le sort futur de chaque yille des Philistins , ou par ce qu'il dit des Japhetites (et non des Camites) adorant TEternel , chaque peuple en son lieu ; et cet accomplissement litteral de ces propheties qui concernent le passe , nous dit assez comment nous devons entendre les predictions messianiques qui terminent le livre. Jerusalem doit etre habitee par un peuple saint; Israel aujourd'hui disperse, captif, meprise, sera une nation glorieuse parmi toutes les autres, et il reviendra, meme d'au dela des fleuves de Cus, dans son antique patrie.

La Bible ne nous fait connaitre ni la patrie de ce prophete , ni la tribu a laquelle il appartenait , ni le pays et le temps oii il a exerce son ministere.

Nous ne parlons pas de la legende juive qui se trouve dans les Apocryphes, d'apres laquelle Habacuc, fils de Jesus , de la tribu de Levi , aurait ete enleve de Judee par un ange dans un tourbillon , et transporte , avec le diner qu'il preparait, a Babylone aupres de Daniel, qui etait depuis sept jours dans la fosse aux lions. Cette fable rabbinique , qui ressemble a une foule d'autres du Talmud, non seulement ajoute au texte sacre un etrange et inutile miracle , mais denature le recit inspire, en allere la simplicite ou le conlredit ouvertement. Ainsi , la cause qui fit jeter Daniel dans la fosse aux lions (Dan. vi), est racontee tout autrement dans YHistoire de Bel , et le seul jour que le prophete a passe au milieu de ces betes feroces , se change dans la legende en une semaine.

L'epoque du ministere d'Habacuc doit se deduire de son livre. Au ch. i, V s 5. 6, le prophete parle des Ghaldeens comme d'un peuple nouveau , qui approche de la Judee , mais qui ne 1'a point encore envahie , et que les Hebreux n'avaient point encore appris a connaitre de leurs propres

yeux. Or, les Chaldeens apparaissent pour la premiere fois dans 1'histoire juive , sous Jehojakim , fils de Josias. (')

Environ 18 ans apres leur premiere apparition en Judee et 21 ans apres la mort de Josias, les Chaldeens avaientmis fin au royaume de Jerusalem.

Les yingt dernieres annees du royaume de Juda sont une epoque de troubles , d'agitation et d'angoisse , qui ressemble peu au regne du paisible Josias. Jehojachaz son fils fut appele par le peuple a la royaute ; c'etait un jeune homnie de 25 ans . qui n'etait point anime du meme esprit que son pere. II ne regna que trois mois ; il deplut , pour

(*) Nous suivons ici Preiswerk et la plupart des commentaleurs. Toutefois ces deux versets 5 et 6 , qui represented les Chaldeens comme une nation que Dieu est presentement occupe a susciter, et leurs conquetes comme un evenement que Dieu prepare, nous semblent s'appliquer mal a uu temps ou Nahopolassar, le fondateur de la puissance chaldeenne, etait deja mort, et ou Nebucadnesar avait fait une partie de ses conquetes a la tele des Chaldeens. Ces evenemens ne pouvaient etre restes ignores des Hebreux , au point que sous Jehojakim, un prophete put leur en parler comme de quelque chose de tout nouveau. Cette consideration, jointe a la place que le livre d'Habacuc occupe dans le canon avant Sophonie et apres Nahum , et au caractere eminemment poetique de ce livre, nous ferait supposer qu'Habacuc etait un peu plus jeune que Sophonie, et qu'il a vecu sous Manasse et Josias. Sa prophetic nous transporte au temps ou le royaume d'Assyrie s'ecroule , et ou celui de Babylone passe aux mains des Chaldeens, qui etendent de toutes parts leurs conquetes. Au milieu de cetle grande revolution , le prophele voit que la nouvelle puissance qui s'eleve sera autant et plus nuisible a Juda que 1'etaient celles qui viennent de disparaitre; et a la vue de la ruine qu'il decouvre dans 1'avenir, son ame , un moment ebranlee , se raffermit en regardant a Dieu et apprend ce que c'est que vivre par la foi.

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des causes qui ne nous sont pas diles , au roi d'Egypte Necho, le vainqueur de Megiddo, qui le fit prisonnier et 1'emmena en Egypte ou il finit ses jours. Necho lui donna pour successeur son frere Jehojakim, qui fit, ainsi que lui , ce qui est mauvais devant TEternel. Mais bient6t arrive de 1'orient Nebucadnesar, qui etait a la tete des armees du roi son pere, et trois ans apres la bataille de Megiddo, il repousse d'Asie les Egyptiens, monte a Jerusalem qui leur etait tributaire, s'empare des tresors du temple et emmene en 6tage un certain nombre de jeunes gens des premieres families du royaume, parmi lesquels se trouvait le prophete Daniel. C'etait la premiere fois que les Ghaldeens paraissaient a Jerusalem. A dater de cette epoque, la politique de Juda hesite entre 1'alliance de i'Egypte et la soumission aux Chaldeens. On redoutait ces derniers, et Ton fermait 1'oreille aux avertissemens des prophetes qui s'opposaient a toule alliance avec I'Egypte. Les rois, les princes et les chefs d'lsrael meconnaissaient la vraie position d'Israel au milieu des gentils , celle d'une neutralite theocratique qui respecterait les droits de tous et ne prendrait aucune part aux debats et aux guerres des etrangers. Mais il cut fallu pour cela une foi calme et ferme , qui manquait ; on ne pouvait croire que 1'Eternel protegerait son peuple , et Ton cherchait a se proteger soi-meme , et plus grandissait la puissance de Nebucadnesar, plus on se hatait de recourir a I'Egypte, ce roseau brise qui percait loute main qui s'appuyait sur elle (Es. xxxvi, 6).

Jehojakim resta trois ans (606-605) assujeiti a son mailre Nebucadnesar; mais ensuite il changea d'avis, se revolta et fit alliance avec I'Egypte. Pharaon devait promettre sans peine son secours a un roi qu'il avail mis sur le tr6ne , et Juda craignait moins le peuple du Nil qui n' etait pas belliqueux et conquerant , que les peuples de 1'Euphrate et du Tigre, et surtout que les Ghaldeens. Nebucadnesar elait

alors occupe a des guerres lointaines a 1'orient de son empire , et il ne marcha qu'en 599 centre Juda. Le secours promis par 1'Egypte ne vint point. Sur ces entrefaites, Jehojakim mourut apres un regne de onze ans , et il eut pour successeur son fils Jehojachin , jeune homme inconsidere , age de 18 ans. Jerusalem fut assiegee, et se rendit bientot. Le roi fut emmene captif a Babylone , et avec lui les priivcipaux du pays , les guerriers et les artisans, ainsi que tout ce qui restait des tresors du temple. Ezechiel fit parlie de cette emigration , et il dut aller entretenir dans les tenebres du paganisme, parmi les exiles, la connaissance du Dieu d'Israel et la foi aux promesses messianiques.

Nebucadnesar etablit pour roi sur la Judee desolee et humiliee, Sedecias (199-188), oncle du dernier roi et troisieme fils du pieux Josias. Son caractere etait la fidele empreinte de celui de son epoque. II y avait en lui une etincelle de bonne volonte , mais aucune energie ni fermete , aucune foi veritable. Pendant quelques annees il suivit la politique que lui imposait la necessile, et fut soumis aux Chaldeens. Mais ensuite il prela I'oreille, et aux instances de 1'Egypte pour qui Juda etait un ayant-poste et un boulevard centre les puissances de 1'Euphrate, et aux seductions de 1'orgueil et d'un faux patriotisme qui faisait que les grands de sa com* ne pouvaient supporter de voir Jerusalem prosternee devant Babel , et aux trompeuses paroles des soi-disant prophetes et des prctres qui flaltaient les desirs des grands et qui assuraient que le Seigneur ne livrerait point Sion entre les mains des infideles. C'etait s'appuyer sur 1'Eternel sans croire vraiment en lui , avoir son nom sur les levres et ne point 1'avoir dans le coaur, faire semblant de regarder a lui tout en ne regardant qu'a 1'Egypte; c' etait imiter les Israelites du temps d'Heli, quipensaient contraindre Dieu a leur donner la vicloire en apportant sur le champ-de-bataille 1'arche de 1'alliance.

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Sedecias se revolta contre Nebucadnesar, qui marcha vers la Judee avec sa redoutable armee. L'Egypte fit quelques demonstrations hostiles, qui ne servirent qu'a prolonger d'une annee cette lutte inegale. Qaand tout espoir de deli- Yrance fut perdu dans la ville assiegee , Sedecias en sortit secretement et chercha a se sauver par la fuite , mais il tomba entre les mains des Chaldeens. Jerusalem et le temple furent brules , la nation perdit son existence politique et fut en grande partie emmenee a Babylone.

Mais qui sont ces Chaldeens que Dieu avait charges d'executer ses jugemens sur Jerusalem?

L'histoire de ce peuple est Tun des points les plus controverses de 1'archeologie biblique ; et les passages des livres saints qui s'y rapportent, semblent au premier abord se contredire. Voici la solution qui se presente a nous comme la plus probable.

Les Chaldeens nous apparaissent, pour la premiere fois, habitant dans la Mesopotamie, vers les avant-monts meridionaux du plateau Armenien (Gen. xi , 31). Peut-etre sont-ils reellement les descendans d'Arphacsad, comme plusieurs le supposent ; au moins est-il certain qu'ils sont un peuple semilique. C'est la nation ancienne des Chaldeens dont parle Jeremie , v, 15.

A cette epoque reculee , la Babylonie etait occupee par un peuple cuschite (Gen. x, 8-10), qui a fonde le plus ancien empire de la terre.

Plus tard , les Chaldeens doivent avoir envahi la Babylonie, repousse au dela du Tigre une parlie des Cuschites, qui ont forme dans la Susiane le peuple des Cissiens, et fonde cet ancien royaume chaldeen de Babylone , dont Be-

rose nous a conserve le souvenir. Ainsi s'expliquerait comment le seul peuple babylonien que connaissent IPS ecrits prophetiques et les livres des Rois et des Croniques, est toujours nomme Chaldeen et parle une langue semitique , et de la encore cette antique caste de pr6tres et de savans , que la Bible et les auteurs profanes connaissent a Babylone sous le merne nom de Chaldeens.

Cependant le gros du peuple chaldeen n'avait point abandonne sa premiere, patrie, et il parait s'etre etendu au loin vers le nord, dans les montagnes de I'Armenie et de 1'Assyrie, dans ces memes contrees ou habitent maintenant les Gourdes, et peut-etre meme jusque sur le versant nordouest du plateau Armenien , vers le Pont-Euxin , ou nous voyons 1'ancien peuple des Chalybes prendre le nom nouveau de Chaldeens.

Les Chaldeens des plaines desertes de la Mesopotamie et des montagnes ardues de i'Armenie conserverent leurs mo3urs primitives , tandis que depuis nombre de siecles les tribus de leur nation qui avaient envahi les riches plaines de la Babylonie , s'etaient amollies et enervees par leur melange avec la population cuschite , et ils apparaissent subi tement dans 1'histoire comme un peuple nouveau (Es. xxm, i5. 14), qui a la rudesse et le genre devie de tous les peuples nomades de 1'Asie moyenne, des Scythes et des Cardouches, des Turcs et des Gourdes.

Ce peuple , ancien et nouveau a la fois , reprend le che min de Babylone , s'en empare par iine revolution qui nous est inconnue , et bientdt deborde de toutes parts sur les contrees voisines.

Les Chaldeens sont les fondateurs de la premiere des quatre grandes monarchies dont parle Daniel. Ils n'ont pas tarde a prendre les moeurs, la civilisation, la langue et sans doute la religion des Babyloniens au milieu desquels ils s'etaient etablis. Mais Habacuc , au moins dans son premier

chapitre, les depeint tels qu'ils etaient au moment de leur invasion , et la verite du tableau qu'il trace d'eux , frappe d'autant plus qu'on 1'examine plus attentivement.

Comparons les Assyriens de Nahum aux Chaldeens d'Habacuc. Yoila deux peuples conquerans , et parmi les reproches que leur adressent ces prophetes , il doit y en avoir plusieurs qui les concernent egalement , tels ceux de violences et de meurtres, de rapines et d'injustices. Mais Habacuc reprocherait-il aux Chaldeens, comme Nahum le fait a Ninive, d'avoir forme des complots centre I'Eternel? Non; ces hordes de nomades a demi-sauvages devastaient la terre entiere sans distinguer les etats qu'ils renversaient, ils devoraient, sans se donner la peine de les examiner, tous les poissons qui se trouvaient pris dans leurs filets; ils foulaient aux pieds la Judee sans soupconner que ce fut une terre sainte, sans s'enquerir du Dieu qui y etait adore. Assur connaissait au contraire les Israelites et leur Dieu par Jonas, par la destruction de 1'armee de Sennacherib devant Jerusalem , par tous les recits qui se faisaient en Orient des miracles operes en Judee , par les Ephraimites emmenes captifs vers le Tigre.

Un second caractere des Chaldeens, qui ne se retrouve pas dans Assur, c'est leur insolente confiance en leurs forces , leur joie na'ivement brutale a la vue de leurs succes (i, 18), leur mepris pour ce que les peuples civilises reverent (10), le sommeil profond de leur conscience, leur incredulite pratique , leur impiete irreflechie. Ils amassent des prisonniers comme le samoun enleve le sable du desert (9) ; ils ont le sentiment que leur pouvoir et leurs succes precedent d'eux; aussi leur force est-elle leur Dieu, et ils encensent leur propre puissance (7. 11. 16).

De tels conquerans ne sortent pas d'une terre civilisee et n'habitent pas les cites. Ce sont des fils du desert, des enfans des steppes , des peuples a cheval , intrepides , durs ,

fl

feroces. II y avail dans les conquetes d'Assur, dans ses injustices , dans ses rapines , une certaine dignite royale , quelque chose du lion (Nahum H, 41-15) ; les Chaldeens ne sont que des essaims de loups qui se repandent le soir dans les campagncs (Hab. i, 8).

Le livre d'Habacuc se distingue d'entre tous les ecrits prophetiques , par la grande place quel'auteur me'mey occupe ; nous y lisons ses tristesses, ses plainles , ses doules , ses esperances , ses joies ; nous le voyons chercher le pourquoi des dispensations proYidentielles , ne pasle trouver, le demander a Dieu et recevoir la reponse d'en haut ; il nous met dans la confidence des impressions secretes qu'ont produites sur lui les revelations qu'il a recues; en un mot, il nous fait lire dans le coeur d'un prophete.

Telle n'est point la maniere ordinaire des prophetes. Et en effet , ils sont des ambassadeurs de Dieu aupres de son peuple , ils viennent au nom de 1'Eternel transmettre aux hommes un message; que nous importent les dispositions dans lesquelles ils sont en s'acquittant aupres de nous de leur commission ? ce que nous leur demandons , ce sont les paroles de Dieu, et en nous les revelant, ils s'oublient euxm&mes comme nous les oublions aussi , et nous trouverions etrange qu'ils voulussent atlirer notre attention sur eux et en detourner une partie de Dieu vers rhomme. Mais s'il en est ainsi , comment s'expliquer le caractere distinctif d'Habacuc ? Faudrait-il y yoir un signe des temps de decadence dans lesquels il vivait, un repliement maladif sur soim6me que n'aurait pu yaincre la puissance de TEspritdivin qui I'inspirait?

On ne peut citer pour le justifier les auteurs des psaumes, qui ne sont point prophetes, et qui, loin de parler de la

part de Dieu aux hommes, ont au contraire recu la mission de parler a Dieu au nom de tous les fideles , et de lui exprimer tous les sentimens de crainte et d'amour dont ses diverses revelations remplissent les cceurs qui les acceptent. Sans les psaumes , la Bible aurait ete incomplete : il ne suffit pas a 1'eglise de connaltre les volontes divines et les ve~ rites eternelles , il faut qu'etle sache encore quels effets la vraie foi en Dieu produit dans les ames, et qu'elle ait une regie infaillible a laquelle elle puisse se connaitre ellem6me , juger de sa vie spirituelle , se tenir en garde centre les ecueils de la tiedeur et de I'exaltation ; et en lisant les psaumes qui lui servent comme de diapazon, elle entend bienttit si ses chants sont justes ou faux. Autant done il etait necessaire que le psalmiste nous revelat les mouvemens les plus in times de son ame, autant il semble peu convenable a un prophete de parler d'un autre que de Dieu. On nous objectera que plusieurs psaumes sont prophetiques. Gela est vrai, mais la prophetic a chez David un autre caractere que chez Esa'ie ou Daniel ; le premier n'a pas de vision , ni de revelation speciale qui lui serait pour ainsi dire communiquee du dehors , c'est en parlant de luimeme qu'il predit le Messie , c'est lui-meme et son histoire qui deviennent une prophetic, sans que peut-elre il la comprenne en plein; c'est parce qu'il est lui-m^me juste et saint, que ses sentimens deviennent ceux du seul vraiment Juste et Saint ; il est le membre d'un corps dont la tele est le Christ, et les impressions des membres ne peuvent etrc autres que celles de la tete qui vivifie le corps entier ct seul 1'anime. Le prophele proprement dit, au contraire, recoit des revelations qu'il distingue parfaitement de ce qui se passe dans sa vie intime , el qui agissent sur lui comme des evenemens historiques dont il serait le simple spectateur; c'est ce dont nous donne en particulier un exemple , Haba-

12 IIABACUC.

cue, qui ne comprend pas les paroles deDieu et lui en demande 1'explication.

On pourrait dire sans doute, pour rendre compte du caractere lyrique de la prophetic d'Habacuc, que lorsqu'il donne essor a ses sentimens individuels, il se sait, autant et plus que le psalmiste, un avec toute Passemblee des justes, avec toute la veritable eglise. En eflet, il lui arrive de parler de lui au pluriel : Nous ne mourrons point (i, 12), tandis qu'ailleurs (in, 14) c'etait lui, Habacuc, qui etait assail li au passage de la mer Rouge par les Egyptiens ; et c'est dans le sentiment de sa communion avec tous les fideles, qu'il a compose sa priere, au chapitre m, pour etre chantee dans les fetes du culte public.

On pourrait ajouter qu'il peut y avoir des cas ou Pambassadeur est charge par son maitre rneme, de faire connaitre a ceux vers qui il est envoye , la peine qu'il a eprouvee a bien comprendre toute la porlee de son message ; car ce peut elre un moyen de leur en faciliter Intelligence et de les engager par Pexemple d'autrui a Paccepter.

Toutefois ces explications ne nous satisfont pas entierement, et elles ne font que nous amener a la vraie solution. La forme du livre correspond fidelement a son contenu. Habacuc ramene 1'altention des Israelites, des faits exterieurs a un fait interieur, a la foi, et des promesses qu'a recues le peuple elu, aux promesses individuelles , au salut des justes par la foi. II prophetise non pas tant centre les Ghaldeens , que contre les mechans de toute nation , il annonce la delivrance non point au peuple d'Israel, mais a tout homme juste, et il parle beaucoup de ce qu'il eprouve,parce que il a precisement pour but principal d'etablir le grand principe du salut par la foi individuelle , et de donner lui-meme un exemple de 1'inebranlable fermete et de la joie sereine que le juste puise dans sa foi quand tout s'ecroule autour de lui. D'autres prophetes, tel qu'Osee, ne

lisent dans 1'avenir que le retablissement de la nation juive, que Dieu semblait livrer a une destruction complete; Habacuc, au contraire, n'annonce point a la nation des temps futurs de joie et de gloire, il promet la vie au juste qui croit, et ainsi il explique et complete toutes les autres propheties.

c L'ame du mediant s'enfle et n'est point droite en lui, mais le juste vivra dans sa foi. i Telle est la pensee capitale et le theme de tout le b'vre d'Habacuc. Et c'est la aussi tout ce qu'il contient de propheties messianiques. II pose au sein de 1'ancienne alliance qui concernait toute une nation , le principe de la nouvelle alliance qui ne concerne que des individus, et il etablit, sous la loi, que 1' unique justice qui fait vivre est celle du croyant. II prophetise en annoncant TEvangile avant la venue du Messie. Cette parole : le juste vit de sa foi, est devenue pour Vapotre Paul le texte sur laquelle il a etabli la doctrine de la justification graluite sans les O3uvres de la loi; pour le pere de I'eglise Auguslin, la perle de grand prix qui 1'a rendu riche en Dieu , et pour Luther, demandant en vain le salut a tous les aulels et a toutes les images de I'eglise romaine , 1'aurore qui dissipa ses tenebres et qui bientOt eclaira plusieurs nations.

Le malheur et la mort des mechans , la vie et la felicite des justes , sont sans doute des pensees qui se trouvent a chaque page des livres de 1'Ancien Testament anterieurs a Habacuc, et en particulier Abraham, le pere des croyans, connaissait deja la justice de la foi. Mais jamais avanl notre prophete, ces verites n'avaient ele presentees comme le resume de toutes les revelations divines et comme la clef de toutes les enigmes de 1'histoire ; jamais non plus elles n'avaient ete appliquees de maniere a faire disparailre de devant le prophete la nation elue , pour ne laisser subsisler que des individus, que le petit troupeau des croyans.

14 IUBACUC.

Nous disons que Habacuc trouve dans ces vcrites la clef de 1'histoire. En effet, la grande question qu'il debat avec Dieu est celle de la prosperite des mechans; Job 1'avait resolue par la soumission aux decrets d'un Dieu tout puissant, et Asaph en avail donne la vraie reponse pour les individus; mais I'enigme restait entiere pour les nations, et c'est Habacuc qui la resout par la revelation que lui donne 1'Eternel.

La solution est que le temps entraine avec lui dans ses flots tout ce'qui n'est pas justice et foi, que le peuple de la foi survivra non seulement aux Chaldeens, mais aux Perses, aux Grecs , aux Romains et a tous les royaumes du monde chretien, et que 1'eglise des crojans est le seul rocher inebranlable au sein de I'immense ocean de 1'humanite, laseule lumiere qui brille dans les tenebres de la terre et qu'aucune tempete ne peut eteindre. Le juste mt de sa foi, et sa vie depasse meme ie temps et se prolonge dans 1'eternite.

La grandeur de la question , la sublime simplicite de la reponse , la diversite des sentimens par lesquels passe Habacuc, la variete des tons, la vivacite des images, 1'originalite de la conception generate , tout concourt a faire de ce livre, a la fois lyrique et propbetique , un des ecrits bibliques les plus remarquables au point de vue litteraire.

Le plan d'Habacuc est fort simple. Le chapitre l er conlient l'enigme, le cbapitre 2 e la solution, et le 5 e un cantique du prophete.

Le livre s'ouvre par des paroles de plaintes et de reproches que le prophete adresse a son Dieu au sujet de la corruption qui regne chez son peuple, et de 1' oppression qu'eprouvent de la part des mechans les justes, les vrais Israelites , ceux avec lesquels il s'identifie completement et au nom desquels il parle. Jusques a quand , 6 Eternel, appellerai-je au secours ? et tu n'ecoutes pas. Je crie a toi :

violence , et tu ne delivres pas les liens, tu ne reprimes ni ne chaties les mechans. Pourquoi me fais-tu voir, en aiguisant ma vue spirituelle, des iniquites et des souf (ranees que d'autres ne voient pas, si tu ne yeux pas exaucer les prieres que tous ces maux me font elever a toi? La mine et la violence m'entourent de toutes parts, etc. i, 2-4.

A celte plainte, 1'Eternel respond en annongant et decrivant la venue des Chaldeens qui renversent tout sur leur passage et elendenl leur empire au loin, qui passent sur les peuples comme le vent d'orient sur le desert et emportent des prisonniers comme du sable. Apres ces conquetes, apres toutes ces cruautes et ces violences, qui ne sont en quelque sorte que les actes d'une force brutale , aveugle , physique , leurs cceurs s'eleveront , s'enorgueilliront , Us depasseront les dernieres limites du droit et de la moderation, ilspecheront, ils so demanderont d'ou leur viennent leurs succes , et ils repondront que leur force est leur Dieu. I, 5-11. Cette description des conquetes des Chaldeens est moins remarquable encore par sa beaute poetique , que par la distinction qui y est faite entre un peuple barbare qui fait le mal sans reflexion, el ce meme peuple se livrant volontairement a, ses pensees mauvaises , et commettant de vrais peches. Le commentaire dogmatique de ce passage fort remarquable , se trouve dans les paroles de Jesus-Christ : Si YOUS etiez aveugles , YOUS n'auriez point de peche (Jean ix , 59-41 ; xv, 22-24), et le commenlaire historique, dans le livre de Daniel, ou nous voyons le roi chaldeen Nebucadnesar, seduil par la voix inlerieure de 1'orgueil, s' eerier : N'est-ce pas ici la grande Babylone que j'ai batie par ma force? > pecher el subir immedialement la peine de son peche (Dan. iv).

Mais que signifie cette reponse que fait 1'Eternel au prophele qui demandait la delivrance des justes en Israel Men plus que le chatiment des mechans , et a qui il est dit sim-

plemcnt que nombre de pays yont 6tre devastes par une nation barbare? Ecoutons Habacuc qui reprend la parole.

i Eternel, n'es-tupasde toute eternite, mon Dieu, mon saint ? Tu me protegeras dans cette ruine universelle ; en chatiant les pecheurs, tu te souviendras des justes ; toi qui es le saint , tu aimes les saints, et nous , les vrais Israelites , nous ne mourrons pas, le Chaldeen ne detruira pas ton eglise. Tu I'as etabli pour exercer les jugemens sur tes ennemis; toi qui es notre rocher et notre haute retraite, tu I'as prepare pour chatter les coupables. Ainsi le prophete a recu une reponse pleinement salisfaisante a ses premieres plaintes ; les opprimes en Israel seront delivres des mains de leurs freres , et epargnes quand le chatiment fondra sur les coupables. Mais une nouvelle difficulte se presente a son esprit : les Chaldeens que Dieu a preposes pour ce chatiment, sont aulant et plus coupables que les Hebreux qu'ils veulent chatier, la description meme que 1'Eternel yient de faire d'eux , met dans tout son jour leur cruaute , leur insolente presomption , leur orgueil impie. Dieu ne sait-il done mettre fin a un mal que par un mal plus grand encore? Toi, 6 Dieu, dont les yeuoc sont trop purs pour voir le mal et qui ne peux prendre plaisir a la violence, pourquoi verraistu toujours les impies remplir la terre de douleurs , et te tairais-tu quand le mechant devore de plus justes que lui ? > Habacuc considere en esprit ces Chaldeens parcourant la terre en la ravageant, et s'emparant des nations comme si elles n'avaient point de maitres pour les defendre : As-tu done fait les hommes comme les poissons de la mer et comme les reptiles qui n'ont point de chefs? Le Chaldeen les tire tous avec son hamecon,... il triomphe de ses succes et il s'encense lui-meme. ... 3 i , 12-1 7.

I/Eternel se tait pour un temps a ces nouvelles plaintes de son prophete qui attend sa reponse, Tesprit au guet, tel qu'une sentinelle sur sa tour. n, 1.

Et Ment6t 1'Eternel donne la reponse desiree, et revele la chute des Chaldeens dans une vision, qu'Habacuc recoit Fordre d'ecrire en lettres distinctes sur des tableltes, et dont raccomplissement tardera peut-etre , mais viendra certainement.

Cette prophetic commence par cette sentence d'une immense portee , d'une application universelle , qui contient la solution de tons les problemes du monde moral :

VOILA ! ELLE S'EST ENFLEE , ELLE N'EST POI1VT DROITE , SON AME , AU DEDANS DE LUI , MAIS LE JUSTE DANS SA FOI VIVRA.

Cette sentence est concue a dessein en termes generaux : 1'ame qui s'eleve est celle du Chaldeen (i, 11), mais c'est aussi celle de quiconque peche comme le Chaldeen. II n'y est point dit quelle sera la deslinee du mechant , mais elle se deduit de celle du juste qui seul a la vie , et elle ne peut etre que la mort. II faut d'ailleurs saisir dans toute sa plenitude le sens des mots : elle s'est enflee , elle n'est pas droite ; il s'agit ici de ce degre dans le mal ou Ton s'eleve conlre Dieu et ou Ton entre dans des voies decidement mauvaises, ou Ton s'enorgueillit et se pervertit, comme 1'a fait le Chaldeen apres ses conquetes.

La sentence generale est appliquee au cas particulier dans le reste du chapitre : Oui, I'ivresse (d'orgueil comme devin) rend insolent, etc. > Le Ghaldeen perira ; dejam6me, aux yeux du prophete , il est chasse de son lieu , et voici toutes les nations qu'il a foulees aux pieds , qui se reunissent autour de lui pour lui crier : Malheur ! et pour lui reprocher ses crimes.

Ce chant de maledictions se divise en cinq strophes.

La premiere (6-8) rappelle les injustes et sanglantes conqu^tes des Chaldeens, qui, Men loin d'acquerir ainsi de la gloire et de 1'eclat , n'ont fait que se couvrir eux-memes comme d'une bone epaisse qui les souilie et les defigure.

La seconde strophe (9-11), reproche aux Chaldeens leur avidite et leurs richesses mal acquises , avec lesquelles ils se croient a 1'abri des coups de la fortune. Mais les pierres de leurs palais leur orient. : Tu as bati ces murailles avec le fruit de tes rapines , et du milieu de la charpente la poutre repond : Tu nous as derobee.

Dans la troisieme strophe (12-14), il est question de Babylone que les Chaldeens ont agrandie et comme fondee; ils y ont fait travailler les peuples conquis , mais tous ces edifices qui reposent sur I'iniquite , sont voues au feu (qui les consumera sous Cyrus) et au neant. Et tous travaux semblables auront un sort semblable, jusqu'a ce qu'enfin tous les hommes rendent gloire a I'Eternel. (Le verset 14 est souvent cite dans un sens qu'il n'a pas ; il s'agit ici non point de la connaissance de I'Eternel, de la foi au yraiDieu, mais simplement de la connaissance de la gloire de I'Eternel, qui doit remplir la terre comme les eaux recouvrent le fond des mers; et en effet les propheties nous parlent bien d'un regne universel du Christ sur toute Fhumanite , mais non d'une conversion de tous les hommes au Seigneur.)

La quatrieme strophe (15-17) depeint le mal moral que Babylone fera aux nations soumises a ses lois (Jer. LI, 7) , qu'elle enivrera avec ce secret et odieux plaisir que le mechant trouve a nuire a ses semblables ; mais elle en sera punie selon son peche (Jer. xxv, 27; Lam. iv, 21). Et le prophete lui rappelle ici que son plus grand crime est la maniere en laquelle elle a devaste la Terre sainte , le Liban (Ez. XVH, 5; Deut. in, 25).

La cinquieme strophe, qui est comme les precedentes de trois versets , mais qui en differe a plusieurs egards , est prononcee par le prophete , qui reprend la parole apres les nations pour completer leurs accusations en y ajoutant le reproche d'idolatrie , et qui reclame de tous les peuples le silence devant I'Eternel des armees.

Ce dernier verset (n , 20) prepare le lecteur an cantique du ch. in. A 1'oui'e des revelations que Dieu a mises sur les levres de son prophete , celui-ci s'est recueilli et a eleve son ame vers 1'Eternel ; la puissance de celui qui d'un mot peut renverser les empires les plus puissans, 1'a rempli de crainte, et il a senti la folie de ses plaintes. Eternel, accomplis tes jugemens dans le cows des annees (et non lorsqu'il n'y aura plus de temps , dans I'eternite) ; mais dans ta colere centre les peuples coupables , n'oublie pas tes faibles serviteurs. >

Le cantique qui suit (m, 5-19) est un des plus beaux morceaux de la poesie sacree , mais il est presque inintelligible dans nos versions franchises, et jamais traduction n'en reproduira 1'energie et la grandeur.

Les scenes du Sinai , le passage de la mer Rouge et du Jourdain, les ruisseaux sortant du rocher a la voix de Moi'se, le soleil et la lane s'arretant dans leurs demeures a la parole de Josue , sont rappelees dans la premiere partie de ce cantique (3-15), qui exalte la toute-puissance de Dieu detruisant les ennemis des justes (14), et delivrant son peuple, c'est-a-dire son peuple pour autant qu'il est oint (15 ; Ps. cv, 15). Le prophete a d'ailleurs devant les yeux le commencement de la derniere benediction de Moi'se (Deuter. xxxm, 2), le psaumexvm, le LXXVII, etc. t Dieu s'avance dans une tempete qui couvre le ciel entier, il est enveloppe d'un nuage tenebreux qui renferme dans son sein un feu brillant comme le soleil, et duquel partent mille foudres ; il s'arr^te et mesure la terre pour trouver le chemin par lequel il fera sortir son peuple du milieu des nations qui I'oppriment; les peuples sont saisis d'epouvante, toute la nature se bouleverse, 1'Eternel descend sur son char de victoire , Jes flots se partagent , les montagnes s'ecroulent, 1'abime crie, la mer eleve ses vagues vers les cieux comme des mains suppliantes, la terre s'ouvre et fait

jaillir des torrens, les astres suspendent leur cours, et au milieu des tonnerres et des eclairs et de tous ces prodiges etranges , les Israelites s'avancent, humbles et joyeux, vers la terre qui. leur est destinee- > Lecteurs, quipeut-etre mettez en doute la verite de 1'histoire juive , est-ce ainsi que 1'homme invente, et avez-vousjamais trouve parmiles fictions des poetes , rien qui egalat en sublimile ce tableau tout historique des miracles du desert?

Centre qui 1'Eternel marche-t-il? C'est centre tous ses ennemis. Mais parmi ses ennemis s'est range Israel luimeme, qui opprime les justes et les croyans (i, 2-4). A cette pensee, le cceur du prophete se deehire ; 1'amour qu'il a pour son peuple, fait que ses os sont ranges de douleur. II sait qu'il doit vivrejusques aujour oil Dieu montera contre le peuple (dans le texte am et non go'i) hebreu pour k 6riser. 16.

Mais si Dieu detruit les Hebreux , c'est parce qu'ils sont semblables au figuier sterile et qu'ils ne produisent aucun fruit. Aussi le pays sera-t-il entierement depeuple. 17.

Mais les Hebreux ne sont pas les justes , 1'Israel selon la chair n'est point I'lsrael spirituel. Les pecheurs impenitens de Juda sont ce que sont tous les pa'iens : des etrangers au royaume des Cieux. Leur ruine n'est pas la n6lre; ils sont du monde et nous sommes a Dieu. Moi, en 1'Eternel je me rejouirai , je tressaillirai de joie au Dieu qui me deliyrera (moi et tous ceux qui avec moi sont membres du corps de Christ). L'Eternel est ma force, etc. (18. 19.) C'est ainsi que le prophete de la foi viviflante , se recueillant devant Dieu et imposant silence a ses affections et a ses pensees charnelles , pousse en finissant un cri de joie et de reconnaissance , qui domine le fracas des royaumes qui s'ecroulent tout autour de lui.

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