SUR
La periode de 1'histoire sacree qui offre sans contredit les plus grandes difficulles, est celle qui commence a Samuel, fondateur des ecoles de prophetes, et que termine Malachie, le dernier des prophetes. En effet, quoique dans 1'epoque des Juges , en particulier, la chronologic soit difficile a etablir d'une maniere pleinement satisfaisante , 1'histoire des Israelites avant Samuel offre neanmoins , sous le rapport de la clarte, ce double avantage : d'une part, elle est beaucoup moms entremelee avec les destinees des peuples etrangers et idolatres, et surtout le regne de : Dieu n'y apparait point en lutle avec de grandes puissances terrestres , telles que 1'Egypte ou Babylone; d'autre part, en Israel me'me, les choses se passent d'une maniere plus simple, et Ton n'y Irouve pas encore , comme dans la periode que nous nous
proposons maintenant d'etudier, deux pouvoirs diflerens , celui de la parole prophetique et celui des chefs politiques , subsistant Tun a cote de I'autre, et tendant constamment a empieter 1'un sur I'autre.
L'entreprise de tracer un tableau complet et regulier de la periode des Prophetes depuis Samuel jusques a Malachie, d'en determiner exactement le cours, d'en fixer la chronologic d'une maniere certaine, d'etablir clairement les relations du peuple d'Israel avec les nations voisines pendant ce laps de temps, cette entreprise presente de graves difficulles dont Yoici les principales.
Et d'abord il n'est pas facile de determiner d'une maniere precise 1'epoque dans laquelle chaque prophete a vecu. Plusieurs d'entre eux (*) ne 1'indiquent nullement dans leurs ecrits , et , faute de certitude historique , on est reduit a se contenter de probabilites.
En second lieu , les livres historiques de la Bible donnent bien d'une maniere exacte la succession des rois , tant du royaume de Juda que du royaume d'Ephraim, ainsi quo la duree de leurs regnes ; neanmoins ce n'est pas une chose aisee que de faire concorder tous ces nombres d'annees , et d'etablir entre eux une harmonic satisfaisante ; et memo les chronologistes sont-ils frequemment en disaccord. Aussi doit-on renoncer, a cet egard, a obtenir une certitude incontestable jusque dans les plus petits details.
Les difficultes sont beaucoup plus grandes encore , lorsqu'ii est question des nations etrangeres a Israel. Leur histoire authentique ne commence qu'avec les Perses. Les Babyloniens et les Ghaldeens , les Assyriens et les Medes , ne nous apparaissent , faute de notions historiques liees et certaines, que comme dans un lointain nuageux, qui nous laisse bien voir certains details , mais non un ensemble clair
(*) Jonas, Joel, Nahum, Habacuc, Abdias, Malachie.
ct precis. Ces peuples antiques et Icurs noras fameux apparaissent a notre esprit avec ces formes vagues et trompeuses que presentent aux regards des navigateurs , des cdtes lointames dont les montagnes sont enveloppees de nuages qui changent constamment de formes : du bord de leur navire, ils peuvent reconnaitre les formes generates des contrees qu'ils observent, il est des details qu'ils peuvent determiner avec certitude; mais il leur serait impossible de tracer de ces c6tes une . carte qui repondit aux exigences de la geographic. Et de meme que sur les meilieures cartes que nous ayons des regions polaires ou de 1'interieur de 1'Afrique, la direction de certaines c6tes , ou de tel ou tel cours d'eau , n'est marquee que par des points hypothetiques ; ainsi nous ne ppuvons donner a certaines parties de Thistoire des Assyriens et des Medes que des contours ponctues.
Mais en avouant a 1'avance tout ce que notre travail laisse a desirer, nous pouvons aussi affirmer que nous avons consulte consciencieusement les meilieures sources , profite des recherches les plus recentes ; et nous osons esperer que les lecteurs de la Bible nous sauront gre de leur donner une de ces tables cbronologiques qui sont aussi utiles pour 1'etude d'une periode historique, que les cartes geographiques le sont pour celle des diverses contrees du globe.
Le temps des prophetes, ou les sept siecles qui separent Samuel de Malachie, est, sous le rapport religieux, la periode ou la parole vivante a complete la parole ecrite, etl'a animee d'une vie nouvelle. Les prophetes donnerent de vive voix le commentaire pratique de la lettre de la loi. Mais leur parole vivante a fait plus : elle a dit ce que la loi n'avait pu qu'indiquer ; elle a leve Tun apres 1'autre les voiles que les formes symboliques avaient jetes sur la loi ; elle a exprime clairement la moe'lle spirituelle des revelations ante-
rieures, et a montre, dans un avenir eloigne, mais eclaire par la foi, le grand but auquel Dieu conduisait son peuple, et dont le sens se cachait sous les symboles du culte mosai'que.
Cette periode prophetique contraste d'une maniere frappante avec les temps qui 1'ont precedee et suivie : la periode anterieure avail eu un caractere tout legal , qui fut pareillement celui de 1'epoque posterieure. Apres Malachie , 1'esprit prophefique cesse, la yie spirituelle languit, et Ton voit les Juifs se rattacher a la lettre de la loi, et entrer dans cette 1 direction qui se revele. a son plus tiaut degre dans le pharisa'isme du Nouyeau Testament , et qui s'est conservee jusqu'a ce jour dans le juda'isme rabbinique.
Placee entre deux periodes obscures , comme une lampe dont la lumiere vivifiante a brille pendant sept siecles pour les Hebreux , et resplendit encore aujourd'hui dans 1'Ecritare aux yeux de 1'eglise entiere, cette suite de prophetes etait en Israel une puissance spirituelle qui luttait contre le pouvoir politique ou royal. D'apres la constitution mosa'ique, 1'autorite royale deyait etre reunie dans un meme individu avec le pouvoir sacerdotal, et ce pretre-roi et sacrificateur-souvcrain devait annoncer a son peuple le conseil de Dieu par TUrim et le Thummim { J } , et reunir aussi en
(*) II est difficile de dire ce qu'etait VUrim et le Thummim , mots que Luther a rendus par Lie/it und Recht (lumiere et justice). II est vraisemblable , d'apres les passages Exod. XXVHI, 50, et Levit. vm, 8, que 1'Urim et Thummim se trouvaient en dedans du pectoral , derriere les rangees de pierres precieuses dont le pectoral etait orne. D'autres passages, tels que Nombr. xxvn, 21 , montrent que c'etait par le moyen de cet Urim que le souverain sacrificateur recevait les reponses aux questions qu'il presentait a Dieu. C'est ce qu'on voit aussi par 1. Sam. xxiii, 9 et 11 , et xxvni, 6. Chaque nouveau pas que nous ferions dans cette recherche nous introduirait dans le champ des conjectures , et ce n'est pas ici le lieu de nous y lancer.
sa personne 1'office de prophete. Le souYerain sacrificateur v6tu du pectoral sacre, a la fois pontife, roi et prophete, possedait done egalement 1'autorite judiciaire et royale, 1'autorile ecclesiastique et sacerdotale , et I'autorite prophetique. Mais il en a ete a cet egard comme de la plus grande partie de ce que Moise a ecrit dans la loi : c'etait plutdt un temoignage, un type de ce que, d'apres le eonseil de Dieu , le peuple devait e 1 tre et deyenir, que ce n'etait une loi qui dut etre executee. Toute la revelation de Dieu a Mo'ise, toutes ses ordonnances et prescriptions n'ont ete, en realite, que tres imparfaitement mises a execution, et c'est m&ne dans les siecles qui ont suiyi immediatement la promulgation de la loi, que nous trouvons le moins de zele pour 1'observation de ces ordonnances , et que les injonetions les plus graves ont ete le plus meprisees. Ainsi le souyerain sacrificateur n'a jamais occupe dans toute son etendue la place qui lui etait destinee. La consequence de cette inobseryation de la loi a ete celle de tout oubli et de toute negligence des commandemens de Dieu , la mine du peuple. Les benedictions qu'Israel deyait recevoir au moyen des ordonnances transmises par Mo'ise , il ne les a pas obtenues, et au lieu de marcher yers la prosperite, ils'est precipite a sa ruine.
Mais lorsque , sous la conduite de Samuel , qui exerca en Israel , en vertu de la vocation immediate de Dieu , le triple office de juge supreme , de sacrificateur et de prophete , le peuple se vit parvenu a un degre jusqu'alors inconnu de grandeur et de puissance, son sens charnel et son orgueil lui firent substituer a Tinstitution divine une institution humaine ; il voulut voir a sa tete , non plus le serviteur de Dieu, mais un roi terrestre. Saiil fut choisi pour repondre a ce yo3u. Et ce qui, dans les desseins de 1'Eternel, devait etre reuni sur une seule tete , se scinda en trois directions differentcs. La puissance politigue s'assit sur le tr6ne et prit
le sceptre en sa main ; 1'autorile sac&rdotale, de plus en plus privee de la lumiere prophetique communiquee par 1'Urim et le Thummim , se subordonna a la preponderance du pouvoir politique et a I'influence de 1'esprit du temps, tandis que la puissance prophetique, disseminee dans des individus isoles que Dieu appelait d'une maniere immediate et extraordinaire , luttait par intervalles contre ies envahissemens de la royaute et la langueur indiflerente du sacerdoce.
Le pouvoir civil et 1'autorite prophetique , ainsi separes , ' agirent Tun a c6le de 1'autre , et trop souvent Tun contre 1'autre, pendant la periode de sept siecles, dont nous nous proposons maintenant d'esquisser Ies principaux contours. La puissance politique commenca tres promptement a s'affaiblir, parce qu'elle etait dans le regne de Dieu une chose anormale. Le royaume d'Israe'l se scinda en deux royaumes, celui de Juda et celui d'Ephra'im. Et non seulement ils ne furent plus reunis , mais la division s'accrut sans cesse jusques a la destruction totale des deux royaumes. Cependant, plus 1'etat politique etait en proie au trouble et a la tourmente, et le danger d'une ruine entiere imminent, plus aussi brillait avec eclat le flambeau de la parole prophetique ; et lorsque Ies derniers coups, Ies coups destructeurs survinrent, on vit paraitre ici un Jeremie au milieu des ruines de Jerusalem , la un Daniel , sentinelle de Dieu en faveur dc son peuple aupres du tr6ne de Babylone , la un Ezechiel pour paitre Ies brebis du Tres-Haut, dispersees et captives aupres du fleuve Kebar. La puissance politique avait peri , mais la puissance prophetique n'etait pas morte avec elle.
Et aussi y eut-il pour Israel, en tant que peuple, comme une resurrection ; la prophetic , que ne pouvaient atteindre Ies coups des puissances terreslres ennemies, avait passe intacle a travers la fournaise de la ruine nationale. Israel n'eut plus dc roi, mais il cut encore des prophetes ; le sane-
tuaire detruit fut releye , et la parole prophetique montra encore une fois , ayant que de rentier dans le silence , le < Seigneur qui allait entrer dans son temple. Puis cette parole cessa aussi de se faire entendre ; car son autorite ne pouvait subsister par elle seule , independamment de 1'autorite judiciaire et de 1'autorite sacerdotale qui devaient lui 6tre unies et reposer avec elie sur une seule lte.
Pendant ces temps de decadence et de ruine , I'histoire d'Israel se mela a celle des grandes puissances de la terre ; et nous deyrons ainsi faire connaissance ayec les anciens royaumes de 1'Asie occidentale , qui se sont succedes dans les belles contrees de 1'Euphrate et duTigre, dans ceslieux ou I'humanite naissante s'est developpee , et d'ou elle a envoy e aux quatre vents des cieux ses nombreux essaims. A Torgueilleuse Ninwe , nous verrons succeder 1' arrogance de Babylone, la dominatrice des nations, jusqu'a ce que la puissance medo-perse descende des montagnes de 1' Orient dans les plaines de Sinhar, et impose a 1'Asie occidentale humiliee une loi nouvelle. C'est ainsi que, dansl'etude que nous allons faire , les evenemens les plus imporlans de Thistoire ancienne du monde s'entrelacent avec les faits les plus memorables de 1'histoire biblique de 1'Ancien Testament.
Pour achever ces preliminaires , disons quelques mots de la carte synchronistique que nous avons jointe a notre ecrit. La distance de droite a gauche designe le cours des siecles, qui sont indiques en nombres correspondans aux annees avant la naissance de Christ, par le moyen de lignes verti cales, yrais meridiens chronologiques qui rendent, pour la supputation des annees, le meme service que les degres de longitude sur les cartes de geographic. Notre table est divisee en plusieurs compartimens distingues par des couleurs diflerentes. Dans la partie superieure (coloriee en vert) , nous avons place les propheles, remarquables soit comme auteurs de Uyres bibliques, soit en raison de 1' influence qu'ils ont exer-
cee sur leur epoque. II nous a paru plus corn-enable de ne pas les introduire au milieu des rois sous lesquels ils ont vecu, afia d'eviter un entassement de noms qui aurait offert quelque embarras, et pour qu'on put saisir .d'un coup d'oeil la suite des prophetes Libliques.
Le compartiment suivant (colorie en jaune) est ccinsaere au rojaume A' Israel (*), lequel, des Fan 975, se divise en deux royaumes, Juda et Ephrdim. Geux-ci perdent leur couleur, lorsqu'ils passent 1'un apres 1'autre sous la domination des Assyriens'&t des Babyloniens, qui occupent, sur le tableau, la troisieme division (coloriee en gris). La puissance assyrienne, distincte de la puissance babylonienne , finit Tan 625 , et laisse le champ libre a cette derniere, qui s'accroit sans cesse , jusqu'a ce qu 'felle trouve aussi une
(*) Israel , surnom sacre ctu patriarche Jacob (Gen. xxxii, 28), est le nom du peuple cnticr qui est sorli de lui, du royaume dans son ensemble, et de toute la terre promise et donnee aux Israelites.. Apres le schisme, les dix tribus separees de la dynastic de David se considererent , a cause de leur population plus nombreuse, comme etant 1'e peuple et le royaume d'Israel, et n'envisagerent le royaume de Juda que comme une province detachee. De la 1'usage d'appeler le royaume des descendans de David , royaume de Juda, et celui que formaient les dix tribus, royaume d'Israel. Les livres historiques de 1'Ancien Testament, et meme les prophetes, font usage de ces locutions; cependant les derniers, pour eviter les meprises, donnent aussi souvent aux dix tribus le nom d'Ephra'im, parce que cette grande tribu, qui s'etait des lopg-temps montree jalouse de celle de Jnda, avait joue le role principal dans le schisme , et que les autres plus pelites s'etaient rangees aulour d'elle pour former le royaume d'Ephraim. Nous nous servirons de cette derniere designation , fournie par les prophetes, quand nous parlerons du royaume appele ordinairement royaume d'Israel, parce que le nom d'Israel, dans le langage historique, doit etre conserve pour designer le peuple dans son ensemble sous le point de vue theocratique, et ne doit pas servir a designer seulement une portion des dcseendans de Jacob. . .
borne dans la puissance reunie des Medes et des Perses. La case inferieure (coloriee en rose) est consaeree a cette derniere , qui , sous Cyrus , s'eleve a la domination du monde connu. Comme ce memo Cyrus rendit aux Israelites leur existence nationale, que le pays d'Israel, reduit en grande partie en desert sous la domination des Assyriens, recommenca a fleurir, et que Jerusalem et le Saint Lieu sortirent de leurs ruines sous son regne , nous avons fait reparaitre la case d'Israel avec la meme couleur, jusqu'a la fin de la periode dont nous nous occupons.
Quant aux dates speciales, il a ete possible, pourlesrois d'Israel, de designer la duree de chaque regne, au moyen de lignes qui en indiquent le commencement et la fin , et qui correspondent au siecle dans lequel ce regne a eu lieu. C'est ainsi, par exemple, que le chiffre 25, place a 1'une des extremites de la ligne traeee sous le nom d'Ezechias, a gauche de la ligne verticale du 7 e siecle , indique que ce roi est monte sur le tr6ne en Tan 725 ; tandis que le chiffre 96, place a 1'autre extremite de la ligne de son regne , monlre qu'il est mort en Fan 696.
Quant aux prophetes, on ne connait exactement, pour la plupart d'entre eux, ni 1'epoque de leur vie, ni la duree de leur carriere prophetique , et nous avons du nous contenter de placer, dans 1'espace de temps ou ils ont exerce leur ministere, leurs noms, le plus souvent sans aucune date , et parfois meme sans lignes qui indiquassent , mfime approximativement, le nombre des annees pendant lesquelles ils ont prophetise.
Nous avons suivi les memes principes a Tegard des rois etrangers. Determiner exactement la duree du regne des rois d'Assyrie, Phul ou Thiglath Pileser, est chose impossible, tandis qu'on peut le faire pour Cyrus ou Xerxes.
Enfin , les grandes epoqucs sont aussi indiquecs par des chiffres ; on volt au premier coup d'osil que le schisme, par
exemple, a cu lieu en Fan 975 , que le royaume d'Ephra'im a etc detruit en 721 , que le retablissement d'Israel tombe sur 1'an 556 , la chute du royaume d'Assyrie sur 1'an 625, et ainsi de suite.
Mais il est temps d'en venir a 1' explication du tableau.
Les trois premiers siecles qu'il nous presente , savoir de Fan 1100 environ a 1'an 800, ne mettent sous nos yeux que le peuple d'Israel , et il n'y est nuliement question encore des grands royaumes de i'Asie occidentale. C'est le temps de la grandeur politique d'Israel. A la te"te de cette epoque se trouve Samuel.
Deja dans Jeremie xv, 1 , Moise et Samuel sont mis, par la bouche du Seigneur, Tun a cdte de 1'autre, comme les deux fondateurs et protecteurs d'Israel. G'est a eux deux que ce peuple doit sa religion et la Tie religieuse sans laquelle il ne pouvait y avoir pour lui ni nationalite, ni prosperite nationale. Moi'se a donne les preceptes , Samuel en a amene la mise en pratique ; Moi'se a present les formes , Samuel a developpe 1' esprit, sans lequel les formes, abandonnees a elles-memes, ne conduisent qu'a la superstition. Car, dans la periode immediatement anterieure a Samuel , le respect pour le sanctuaire etait eteint chez la masse du peuple, ou du moins si celle-ci montre encore quelque foi aux institutions de Moi'se, ce n'est, de sa part, qu'une veneration superstitieuse pour 1'arche de Talliance ; ainsi les anciens d'Israel disaient dans le camp : Faisons venir de Scilo 1'arche de 1' alliance de TEternel ; qu'il vienne au milieu de nous, et qu'il nous delivre de la main de nos ennemis. (1 Sam. IV, 5)
Samuel apporta des remedes salutaires a tous les maux que Ton avail a deplorer au temps des Juges. Les divisions intestines , la separation des tribus en confederations distinctcs sans lien national, I'oubli du sanctuaire commun,
oubli qui eut pour effet de faire tomber les tribus eloignees du centre dans Fidolatrie des pa'iens , leurs voisins , Fignorance a Fegard des choses divines, Fetat encore grossier et peu civilise de la nation en general, Faflaiblissement poll tique sous Finfluence des peuples voisins ; tous ces maux disparurent par la main de Samuel.
II fonda les ecoles de prophetes et se mit a leur tete (1 Sam. xix, 20), et jusqu'a la fin de cette periode de sept siecles que nous avons sous les yeux, 1' esprit de prophetic une fois excite ne s'eteignit plus en Israel. Les eleves de Samuel et leurs successeurs les prophetes furent , des ce moment , pour le corps ecclesiastique et politique des Israelites, ce que sont, pour le corps humain, lesnerfs qui conduisent F esprit vital dans tous les membres. Us eveillerent et entretinrent en Israel la vie spirituelle, et cette vie fut aussi pour Israel la source de sa prosperite nationale et de sa civilisation ; c'est alors settlement qu'il se presenta comme compact, fort et digne de respect, et qu'il prit sa place coinme nation au milieu des peuples qui Tentouraient. Les malheurs du temps avaient evidemment atteint leur plus haut periode ; et , humainement parlant , sans Fapparition de Samuel, le peuple, foule par les puissans Philistins, se serait bient6t entierement dissous en quelques tribus opprimees qui h'auraient plus ete unies ensemble par aucunjien national ni religieux , et ces iribus auraient change centre le culte idolatre de leurs oppresseurs, la seule chose qui les distinguait, la foi en un seul Dieu. Le sort tragique de Samson est une preuve manifeste du decouragement qui s'etait empare de la nation ; toujours on le laisse seul ; le temps elait passe ou, comme du temps des premiers Juges, un seul homme, saisi de FEsprit de Dieu, pouvait devenir le sauveur de son epoque. Si une vie nouvelle, penetrante, profonde, intime et embrassant le peuple tout entier, n'avait pasreparu, c 1 en etait fait des csperances d'Israel. Le sa-
cee sur leur epoque. II nous a paru plus convenable de ne pas les introduire au milieu des rois sous lesquels ils ont vecu, afin d'eviter un entassement de noms qui aurait offert quelque embarras, et pour qu'on put saisir d'un coup d'oail la suite des prophetes bibliques.
Le compartiment suivant (colorie en jaune) est cdnsaere au rojaume d' Israel ('j, lequel, des Fan 975, se divise en deux royaumes, Juda et Ephra'im. Ceux-ci perdent leur couleur, lorsqu'ils passent 1'un apres 1'autre sous la domination des Assyriens et des Babyloniens , qui occupent , sur le tableau , la troisieme division (coloriee en gris) . La puissance assyrienne, distincte de la puissance babylonienne , finit 1'an 625 , et laisse le champ libre a cette derniere, qui s'accroit sans cesse, jusqu'a ce qu'ello trouve aussi une
(*) Israel , surnom sacre du patriarche Jacob (Gen. xxxii, 28), est le nom du peuple cnticr qui est sorti de lui, du royaume dans son ensemble , et de toute la terre promise et donnee aux Israelites. Apres le schisme, les dix tribus separees de la dynastic de David se considererent , a cause de leur population plus nombreuse, comme etant le peuple et le' royaume d'Israel, et n'envisagerent le royaume de Juda que comme une province detachee. De la 1'usage d'appeler le royaume des descendans de David, royaume de Juda, et celui que formaient les dix tribus, royaume d'Israel. Les livres historiques de TAncien Testament, et nieme les prophetes, font usage de ces locutions; cependant les derniers, pour eviter les meprises, donnent aussi souvent aux dix tribus le nom d'Ephraim , parce que cette grande tribu, qui s'etait des long-temps montree jalouse de celle de Juda , avail joue le role principal dans le schisme , et que les autres plus petites s'etaient rangees autour d'elle pour former le royaume d' Ephra'im. Nous nous servirons de cette derniere designation , fournie par les prophetes, quand nous parlerons du royaume appele ordinairement royaume d'Israel , parce que le nom d'Israel, dans le langage historique, doit etre conserve pour designer le peuple dans son ensemble sous le point de vue theocratiquc, et ne doit pas servir a designer settlement une portion des dcsceudans de Jacob.
borne dans la puissance reunie des Medes et des Perses. La case inferieure (coloriee en rose) est consacree a cette derniere , qui , sous Cyrus , s'eleve a la domination du monde connu. Comme ce memo Cyrus rendit aux Israelites leur existence nationale, que le pays d'Israel, reduit en grande partie en desert sous la domination des Assyriens, recoinmenca a fleurir, et que Jerusalem et le Saint Lieu sortirent de leurs ruines sous son regne , nous avons fait reparaitre la case d'Israel avec la meme couleur, jusqu'a la fin de la periode dont nous nous occupons.
Quant aux dates speciales, il a etc possible, pourlesrois d'Israel , de designer la duree de chaque regne , au moyen de lignes qui en indiquent le commencement et la fin , et qui correspondent au siecle dans lequel ce regne a eu lieu. C'est ainsi, par exemple, que le chiffre 25, place a 1'une des extremites de la ligne tracee sous le nom d'Ezechias, a gauche de la h'gne verticale du 7 e siecle , indique que ce roi est monte sur le tr6ne en Tan 725 ; tandis que le chiffre 96, place a 1'autre extremite de la ligne de son regne , montre qu'il est mort en Tan 696.
Quant aux prophetes , on ne connatt exactement , pour la plupart d'entre eux, ni 1'epoque de leur vie, ni la duree de leur carriere prophetique, et nous avons du nous contenter de placer, dans 1'espace de temps ou ils ont exerce leur ministere, leurs noms, le plus souvent sans aucune date, et parfois meme sans lignes qui indiquassent , meme approximativement, le nombre des annees pendant lesquelles ils ont prophetise.
Nous avons suivi les memes principes a 1'egard des rois etrangers. Determiner exactement la duree du regne des rois d'Assyrie, Phul ou Thiglalh Pileser, est chose impossible, tandis qu'on peut le faire pour Cyrus ou Xerxes.
Enfin , les grandes epoques sont aussi indiquees par des chilfres ; on yoit au premier coup d'oeil que le schisme, par
exemple, a eu lieu en 1'an 975 , que le royaume cTEphraim a etc detruit en 721, que le retablissement d'Israe'l tombe sur 1'an 556, la chute du royaume d'Assyrie sur 1'an 625, et ainsi de suite.
Mais il est temps d'en venir a 1'explication du tableau.
Les trois premiers siecles qu'il nous presente , sayoir de Fan 1100 environ a 1'an 800, ne mettent sous nos yeux que le peuple d'Israel , et il n'y est nullement question encore des grands royaumes de 1'Asie occidentale. C'est le temps de la grandeur politique d'Israel. A la tete de cette epoque se trouve Samuel.
Deja dans Jeremie xv, 1 , Moi'se et Samuel sont mis, par la bouche du Seigneur, Tun a cdte de 1'autre, comme les deux fondateurs et protecteurs d'Israel. C'est a eux deux que ce peuple doit sa religion et la vie religieuse sans laquelle il ne pouvait y avoir pour lui ni nationalite, ni prosperite nationale. Moi'se a donne les preceptes , Samuel en a amene la mise en pratique ; Mo'ise a prescrit les formes , Samuel a developpe 1'esprit, sans lequel les formes, abandonnees a elles-memes, ne conduisent qu'a la superstition. Car, dans la periode immediatement anterieure a Samuel , le respect pour le sanctuaire etait eteint chez la masse du peuple, ou du moms si celle-ci montre encore quelque foi aux institutions de Moi'se, ce n'est, de sa part, qu'une veneration superstitieuse pour 1'arche de 1'alliance ; ainsi les anciens d'Israel disaient dans le camp : Faisons venir de Scilo 1'arche de 1'alliance de 1'Eternel ; qu'il vienne au milieu de nous, et qu'il nous delivre de la main de nos ennemis. (1 Sam. IV, 5)
Samuel apporta des remedes salutaires a tous les maux que Ton avait a deplorer au temps des Juges. Les divisions intestines , la separation des tribus en confederations distinctcs sans lien national , 1'oubli du sanctuaire commun ,
oubli qui eut pour eflet de faire tomber les Iribus eloignees du centre dans 1'idolatrie des pai'ens , leurs voisins , 1'igno ranee a 1'egard des choses divines, Tetat encore grossier et peu civilise de la nation en general, 1'aflaiblissement poli tique sous Finfluence des peuples voisins ; tous ces maux disparurent par la main de Samuel.
II fonda les ecoles de prophetes et se mit a leur tete (1 Sam. xix, 20), et jusqu'a la fin de cette periode de sept siecles que nous avons sous les yeux, 1'esprit de prophetie une fois excite ne s'eteignit plus en Israel. Les eleves de Samuel et leurs successeurs les prophetes furent , des ce moment , pour le corps ecclesiastique et politique des Israelites, ce que sont, pour le corps humain, les nerfs qui conduisent 1'esprit vital dans tous les membres. Us eveillerent et entretinrent en Israel la vie spirituelle, et cette vie fut aussi pour Israel la source de sa prosperite nationale et de sa civilisation ; c'est alors seulement qu'il se presenta comme compact, fort et digne de respect, et qu'il prit sa place comme nation au milieu des peuples qui Tentouraient. Les malheurs du temps avaient evidemment atteint leur plus haut periode ; et , humainement parlant , sans Fapparition de Samuel, te peuple, foule par les puissans Philistins, se serait bient6t entierement dissous en quelques tribus opprimees qui n'auraient plus ete unies ensemble par aucun lien national ni religieux, et ces tribus auraient change centre le culte idolatre de leUrs oppresseurs, la seule chose qui les distinguait, la foi en un seul Dieu. Le sort tragique de Samson est une preuve manifeste du decouragement qui s'etait empare de la nation ; toujours on le laisse seul ; le temps ctait passe ou, comme du temps des premiers Juges, un seul homme, saisi de 1'Esprit de Dieu, pouvait devenir le sauveur de son epoque. Si une vie nouvelle, penelrante, profonde, intime et einbrassant le peuple tout entier, n'avait pasreparu, e'en etait fait des csperances d'Israel. Le sa-
cerdoce Iui-m6me , qui etait comme le foyer de la vie du peuple et son sanctuaire , avail ete atteint par le mal profond qui etendait sur tous les points ses ravages. En ces jours-la, 1'Eternel faisait rarement entendre sa voix, et les visions n'etaient pas frcquentes (1 Sam. in, 1). Heli, le souverain sacrificateur, aida mme a la ruine generate jusqu'au jour ou il encourut , lui et sa famille , quand 1'arche fut prise, le jugement qui commenca par la maison de Dieu.
Ce fut alors que le Seigneur suscita Samuel ; et les evenemens qui survinrent , ainsi que les travaux et les enseignemens de cet homme de Dieu , amenerent Israel a reconnaitre que le Dieu vivant qui habitait au milieu de son peuple, faisait sa demeure bien moins dans Farche construite par la main des hommes que dans les temoins vivans de sa parole. Le point de vue exterieur et plus ou moins superstitieux , sous lequel on avail en general considere jusqu'alors le culte symbolique de la loi, disparut et fit place a une communion vivante du peuple fidele avec son Dieu, fondee et entretenue par les prophetes.
Mais aussitOt que le peuple eut acquis le sentiment de la force a laquelle il etait parvenu , il desira d'avoir un roi , comme en avaient toutes les nations > (1 Sam. VIH, 5). Quoique ce desir fut en contradiction avec toute la constitution theocratique, et qu'il revelat bien peu de piete et de reconnaissance envers 1'Eternel chez un peuple qui avait ete protege d'une maniere si immediate et si merveilleuse , et qui avait fait tant de progres sous la conduite d'un homme de Dieu , on doit cependant reconnaitre que le peuple ne commenca a rexprimer que lorsque Samuel fut devenu vieux, et que la conduite de ses fils eut demontre qu'ils n'etaient nullement propres a remplaccr leur pere. La masse de la nation n'avait point la foi que Dieu n'abandonnerait pas son ceuvre et secourrail toujours son peuple ; mais
comme line pleine et entiere confiancc ne se commande pas, il leur fut donne, conformement a leur desir, un roi dans la personne de Saul.
Quoique Saiil portat le titre de roi et en exercat le pouyoir, son genre de vie etait plus semblable a celui des premiers juges qu'a celui des rois ses successeurs. Apres son election , noils le voyons encore livre a ses occupations or dinaires, etle message qui 1'appela a sa premiere campagne, le trouva revenant des champs derriere ses bceufs (1 Sam.^ xi, 5). Aussi continua-t-il , sa vie durant, a habiter sa ville natate de Guibha , dans la tribu de Benjamin , et nous ne lisons rien qui indique qu'il ait etabli une cour royale.
Mais Israel ne pouvait en m(3me temps avoir un roi comme les autres nations, et continuer, en (ant que peuple de Dieu, a etre gouverne theocratiquement par la parole prophelique. Gctte contradiction devint bienlot manifeste, et Saiil ne voulut pas consentir a subordonner sa propre autorite royale a 1'autorite divine qui lui parlait par la bouche de Samuel.
II fut rejete ainsi que sa famille; et avec son successeur Darnel commence la nouvelle race royale , a laquelle fut promise une duree eternelle. David connut et remplit la vocation de roi ftlsrael. II fut roi , mais , comme le prouvent ses psaumes, il fut aussi prophete, c'est-a-dire , il avait recu le don de comprendre et d'exprimer les inspirations de 1'Esprit de Dieu. Toutefois, chez lui, le roi 1'emportait sur le prophete ; tandis que chez le prophete Samuel , 1'autorite royale n'etait que celle d'un juge. Et comme durant toute sa vie David chercha avant tout la gloire du Seigneur et le bien de son peuple , et qu'il ecouta avec respect et soumission la parole des prophetes qui 1'entouraient , il devint le type du plus grand et du plus parfait des rois-prophetes, du Messie.. Les siecles qui suivirent regarderent a lui comme au vrai modele du roi israelite, et les prophetes de-
peignircnl Ic Mcssic qui devait venir, non seulcmcnl coinmc etant le fils de David quant a sa descendance eorporelle, mais aussi comme deyant montrer dans une realite parfaite ce que David n'avait etc qu'en type et dans un sens imparfait.
David regna de Fan 1055 a 1'an 1015. Sous son fils Salomon, qui occupa le tr6ne de 1'an 1015 a Tan 975, Israel jouit de la grandeur et de la puissance auxquelles David Favait eleve. Jamais, ni avant ni apres, le peuple israelite ne connut une telle epoque de paix el de prosperite , de richesses et de consideration. Le nom et le souvenir de Salomon se retrouvent encore aujourd'hui dans la bouche dcs Orientaux. Par les relations de commerce qu'il etablit, il mit son peuple en rapport etroit avec les Pheniciens et les Egyptiens, les nations les plus civilisees de 1' epoque; il fit de grandes constructions , tant a Jerusalem et dans les environs qu'aux frontieres duroyaume (vers le Liban, ct m6me dans le desert ou il fonda Tadmor) ; et par sa sagesse, dont la reputation penetra jusque dans les pays les plus eloignes, il exerca sur son peuple meme une influence puissante et heureuse. Neanmoins nous ne reconnaissons point en lui le caractere israelite proprement dit. II sut elever son peuple a un etat florissant et puissant au milieu des nations voisines ; mais il ne sut nullement lui conserver sa place en tant que peuple de Dieu. David connut la grande destination d'Israel, d'etre, au milieu des nations du monde, un royaume sacerdotal du Dieu vivant, et, autant qu'il fut en lui, il s'efforca d'amener son peuple a ce but; on n'en peut dire autant de Salomon. Sous son regne, et malheureusement aussi par son influence (*), Israel persevcra dans celte
(*) II suffit de rappelcr ici que Salomon s'allia avec Pharaon, roi d'Egyple, et prit pour femme la fille de Pharaon (1 Rois ni, 4), qu'il servit d'intermediaire au commerce de
direction mondaine qu'il avail deja prise au temps de Samuel , alors qu'il desirait de s'assimiler aux autres nations , en ayant un roi semblable aux leurs. David ayait retarde le developpement de cette tendance, il avait montre comment le zele pour Dieu et pour son regne n'est point incompatible avec un interet reel et actif pour le bien politique d'un peuple, et que meme Tun conduit a Tautre. Mais depuis Salomon , Israel meconnut egalement et son legitime souverain et sa vocation comme nation sainte, et nous le voyons s'avancer de plus en plus dans la voie ordinaire des autres etats. Les tristes fruits de ce manque de dispositions vraiment Israelites dans le gouvernement de Salomon se manifesterent immediatement apres sa mort. La majeure partie des Israelites s'etait insensiblement detachee de la maison de Dayid , et un nouveau tr6ne fut eleve dans le sein de la grande tribu d'Ephra'im.
Par la construction du magnifique temple de Jerusalem, Salomon avait , il est yrai , etabli un centre d'unite religieuse ; mais Dieu ayait deja donne a entendre a David ,
chevaux que le roi d'Egypte faisait avec le roi de Syrie , qu'il fit araas de charriots, de gens et de cheval , qu'il etablit une cour brillante efc cut un tres-grand nombre de femmes, etc. Sans parler des egaremens de sa vieillesse , lorsque ses femmes firent detourner son cffiur apres d 9 autres dieux, ensorte qu'il fit ce qui deplait a 1'Elernel, et ne persevera point a suivre I'Eternel, comme avait fait David son pere (1 Rois xi, 5 ct suiv.), on voit deja, par les entreprises qu'il fit dans la pleine vigueur de son age pour la gloire exterieure de son royaume, et, entre autres, par 1'association qu'il forma avec les Pheniciens pour executer de grands voyages vers le pays inconnu d'Ophir, on voit deja, disons-nous, par ces entreprises, qu'il contribua sans doute a civiliser son peuple , mais aussi a le detourner de la direction theocralique dans laquelle il avait marehe jusqu' alors. En comparant I Rois x, 44 et suivans avec Deuter. xvir, 1 et suiv., on reconnait combien la conduite de Salomon contrasta frappamment avec le type d'un roi israclilc.
son pere, par la Louche du prophete Nathan (2. Sam. vn), que ce n'etait pas dans un temple de pierres , mais dans la succession vivante de ses descendans , qu'il se revelerait et ferait sa demeure. Des lors les prophetes attendirent 1'aecomplissement de cette promesse dans la maison de David , et representerent les benedictions futures comme liees, non pas au magnifique temple eleve par Salomon, mais au fits de David. > La scission qui se fit dans 1'etat, apres la mort de Salomon, montra deja que le culte du temple ne pou^ vait ni ne devait maintenir 1'unite de foi en Israel , et que ce prince aurait agi plus efficacement pour 1'union spirituelle du peuple , s'il avait mieux compris ce que Dieu avait enseigne a son peuple au temps de Samuel et par ce prophete : que c'etait non a des ouvrages de pierre ou de metal precieux, mais a des cffiurs portant au dedans d'euxla parole de vie, et lui rendant ainsi temoignage, que se rattachaient les revelations du Dieu d'Israe'l.
Apres la mort de Salomon, Israel s'offre a nous divise en deux royaumes, celui de Juda et celui d'Ephraim. A la tete du premier, qui ne comprenait que la tribu de Juda et ses voisins les Benjamites, se trouve Rdboam, le fils de Salomon, qui regna de 975 a 958. Tout le reste d'Israe'l se rattacha a un usurpateur de la tribu d'Ephra'im, nomme Jeroboam (de 975 a 954) , qui s'appela roi d' Israel. ( J ) Jeroboam etablit sa demeure a Tirtsa, ville situee vraisemblablement a quelques lieues a I' orient de Samarie , et ou avait deja
(*) Nous avons fait preceder d'une aslerisque, sur notre lableau, les noms de ceux des rois d'Ephraim avec lesquels une nouvelle famille est montee sur le trone. Par ce moyen, on voit, des le premier coup d'oeil, combien de bouleversemens il y cut dans ce royaume illegalement fonde; on voil que le fondaleur lui-meme n'a pas pu transmeltre la couronne , meme a son petit-fils , que la maison de Jehu est la seule qui se soil maintenue jusqu'a la quatrieme generation, etc., etc.
regne precedemment un roi cananeen (Josue xn , 24) . Ses successeurs immediate conserverent celte residence jusqu'a ce que Homri eut fait batir la ville de Samarie , qui fut , jusqu'a la destruction du royaume , le sejour des rois d'Ephra'im.
Ce schisme politique eut pour premiere consequence Vaffaiblissement de la nation ainsi divisee, et de longues guerres civiles entre ces deux peuples freres qui perdirent et la consideration des peuples voisins et les forces necessaires pour lutter centre eux avec avantage. Mais ce schisme politique devint en outre un schisme feligieux; or, toute division nuit a la Tie religieuse, et les consequences de cette separation ne purent , a cet egard encore , qu'etre des plus funestes pour le peuple entier. Mais elles le furent surtout pour Ephra'im. Jeroboam eleva a Dan et a Bethel , au nord et au sud de son royaume , des veaux d'or, et attacha a ces sanctuaires profanes un sacerdoce de sa creation. Ces veaux ne devaient pas , a la verite, representer une fausse divinite , ils n'etaient qu'un symbole du yrai Dieu , comme cela avait lieu dans plusieurs cultes anciens , qui attribuaient au veau, au taureau , une signification mysterieuse. Mais le peuple , une fois detourne du sanctuaire de Jerusalem , apprit a reverer des images visibles ; il n'y avait plus qu'un pas jusqu'a 1'idolalrie proprement dite, et la puissance du mauvais exemple donne par Ephraim influa d une maniere pernicieuse meme sur Juda. Le culte des faux dieux s'etait, au reste, deja introduit, d'autre part , dans ce dernier pays, et il avait m6me penetre dans la famille royale par les femmes etrangeres de Salomon ; aussi Roboam lui-meme , ainsi que son fils et successeur Abijam (957-955), marcherent dans de mauvaises voies, et ce fut seulement Asa (955-914), petitfils de Roboam, qui travailla a revenir au bien. Son fils Jo~ saphat (914-889) persevera dans cette ligne de conduite. II prit David et Salomon pour modeles , et chercha a relever
Ie peuple par des ordonnances religieuses, par une meilleure administration, par une nouvelle vie donnee au commerce. Les guerres civiles cesserent , et au lieu d'entretenir et d'agrandir encore , comme 1'avaient fait ses predecesseurs , les plaies de son peuple par deslultes constantes avecEphraim, il s'occupa plutot a guerir les maux qui 1'avaient atteint, et chercha a rapprocher par des liens etroits les royaumes diyises et meme les maisons royales.
Cependant, le fils de Jeroboam, Nodal) (954-955), no porta la couronne que 1'espace de deux ans , et la ceda a 1'usurpateur Bahaspa (955-950) , qui extermina toute la famille de Jeroboam , mais qui , a son tour, ne transmit la couronne qu'a son fils Ela (950-929) , lequel, dans la seconde annee de son regne , fut detruit par Zimri (928) . Ce dernier ne conserva dans ses mains sanglantes le sceptre qu'il avait usurpe, que 1'espace d'une semaine ; car Tarmac etablit pour roi le general Homri (928-918), et Zimri, a son approche, termina sa vie par un suicide. Un autre parti
etablit, a la verite, un autre roi nomme Thibni (928 ),
qui ne put point se maintenir, et mourut peu de temps apres. Homri fat le fondateur d'une nouvelle maison royale , qui ne subsista toutefois que jusqu'a son troisieme successeur, et qui fut fatale a tout Israel. II fonda la ville de Samarie a environ seize lieues au nord de Jerusalem , sur une montagne qui avait une belle vue sur la contree, et il parait avoir ete un honime plein d'energie , qui chercha a clever et a afiermir son royaume ; c'est dans ce but qu'il maria son fils Achab (918-897) avec une princesse phenicienne. Jesabel ( l ) prit un ascendant decisif sur son mari, qui montra
(*) Elle etait fille d'Elhbaal, pretre d'Astarte, qui s'etait empare du pouvoir royal a Sidon. L'alliance de 1'illegale maison royale d'Ephrai'm avec la maison naissanle d'Elhbaal , etait une prudente combinaison politique. Quant a la parente de Jesabel avec Didon, la fondatrice de Carthage, dont Virgile a entre-
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un caractere plulot faible que mechant , et qui se serait probablement tout aussi bien laisse conduire au bien par une femme pieuse, qu'il s'est laisse en trainer, lui et son royaume, dans 1'egarement et dans le maiheur par Jesabel. On con siderait vraisemblablement 1'union avec une princesse d'un etat aussi riche et puissant que la Phenicie, comme un grand honneur pour Jesabel , et cette fausse estime favorisa les mesures fanatiques que prit Jesabel pour aneantir la foi au Dieu dlsrael , pour exterminer les ecoles de prophetes qui en etaient les soutiens , et pour rendre general dans le pays lecultedeBahal( 1 ).
mele 1'histoire avec les destinees de son Enee , Josephe (contr. Ap. cap. 18) donne, d'apres Menandre, les renseignemens genealogiques suivans :
Ethbaal, pretre et roi.
Badezorus. Jesabel. Achab.
Marge nus.
I" Pygmalion. Didon.
On comprend pourquoi Jesabel , fille d'un pretre d'Astarte, favorisa avec tanl de zele le culte des faux dieux; et en voyant, vingt-un ans apres Ethbaal, son arriere petite-fille Didon, soeur de Pygmalion, batir Carthage et fonder un etat celebre, on peut juger de 1'esprit qui animait les femnies de cette maison royale. On ne s'etonnera pas , en consequence, de voir Jesabel exercer un tel empire sur le royaume etsur le roi d'Ephraim, et de voir ensuite sa fille Athalie s'emparer du trone dans le royaume de Juda. Voyez Jahn Archseol. II, 1 p. 166.
( 4 ) Bahal signifie Seigneur, c'etait le nom de la divinite supreme chez la plupart des nations idolatres de 1'Asie occidentale. Chez les Babyloniens, il s'appelait Bel, et c'est en son honneur qu'avait etc elevee la grande tour. II parait avoir signifie la force generatrice de la nature. Le soleil et la planete Jupiter etaient, croit-on, ses symboles. Astarte, Aslharoth,
Alors parut le prophete Elie, avec une mesure de puissance spirituelle superieure a celle qu'a jamais recue avant ou apres lui aucun autre prophete. Lorsqu'il parle, c'est en sentences courtes et energiques qui sont de veritables jugemens du Tres-Haut. Les evenemens qu'il annonce, il ne les predit pas seulement , il les opere. A sa priere le ciel se ferme, et a sa priere la pluie revient ; le feu du ciel consume deux chefs militaires avec leurs compagnies, tandis que le fils de la veuve de Sarepta rouvre ses yeux fermes par la mort, et ressuscite. La misere du pays, causee par une secheresse de trois annees , avait fait sur le roi et sur le peuple une telle impression , qu'a la parole d'Elie , Achab rassembla , sur le promontoire du Garmel , tous les prtHres de Bahal et des bocages (d'Ascherah ou d'Astharoth) , ainsi que tout le peuple du pays; et la , dans celte grande assemblee nationale, qui fut unique en son genre, le peuple, somme par Elie de choisir entre Bahal et Jehova, vengea le sang des prophetes du Seigneur sur tous les pr^tres de Bahal, sans aucune opposition de la part du roi consterne. Mais cet enthousiasme fut de courte duree ; il ne se trouva personne en Israel, ni sur le trOne, ni parmi le peuple, pour proteger 1'homme de Dieu contre la vengeance de Jesabel; le pieux roi de Juda, Josaphat lui-meme , n'entreprit pas de le faire. Fuyant dans le desert, Elie dit a Celui qui Tavait envoye : Je suis demeure seul (1 Rois xix, 14) ; mais la meme il recut 1'ordre de faire trois onctions, et d' opposer en Ephraim trois champions au desordre : un nouyeau prophete, Elisee, qui sera son successeur; un nouveau roi, Jehu, comme successeur de la maison d' Achab, et un ennemi etranger, Hazael, roi de Syrie. Elisee, par des
Ascherah, qui est souvent nommee avec Baal, representait le principe feminin , la nature qui enfante et produit. Elie avait pour symbole la lune et la plane te Venus.
moyens spirituals; Jehu, dans 1'ordre politique; Hazae'l, enfin, par la souffrance, ce grand et dernier moyen d'amendement, devaient ramener Ephraim de son etatde perdition, et abolir le culte de Bahal (*). La suite de Fhistoire du royaume d'Ephraim nous montre en effet que le ministere prophetique d'Elisee, les mesures energiques de Jehu, et enfin les humiliations et les souffrances infligees par les yictoires d'Hazael, ont ete, entre les mains de Dieu, le moyen de preserver le royaume d'Ephraim du malheur d'cchanger la foi au Dieu d'Israel contre 1'adoration de Bahal.
Le contemporain d' Achab , Josaphat , qui saisissait tous les moyens de guerir les blessures causees a son royaume par le schisme , rechercha 1'aliiance d'Ephraim , et son fils Joram epousa Athalie, fille d' Achab. Or, cette princesse, qui avait les dispositions et le fanatisme de sa mere, introduisit la corruption d'Ephraim dans le royaume de Juda et dans la famille royale de David, qu'elle ameria par la au bord de la mine. Elle exerca sur Joram (889-885) la meme influence que sa mere Jesabel avait exercee sur Achab. Apres la mort prematuree de Joram, elle domina d'une maniere plus prononcee encore sur son fils Achazias, age de 22 ans ( 885-884 ) ; et apres la mort violente de ce jeune prince , elle s'assit , sous le nom de reine Athalie (884-878), sur le tr6ne de David.
Achab avait eu pour successeur son fils Achazias (897- 896 ) , dont la vie malheureuse fut de courte duree , et qui cut pour successeur son frere Joram (896-884). Joram chercha, a quelques egards, a rentrer dans de meilleures
( d ) La gradation entre la puissance de ces trois moyens est exprimee ainsi dans le langage prophetique : II arrivera que quiconque echappera de Tepee de Hazae'l, Jehu le fera rnourir; et quiconque echappera de 1'epee de Jehu , Elisee le fera mourir ({ Roisxix, 17).
voies, et accueillit parfois de boas conseils de la bouche ftElisee le prophete. Le jugement reserve a la maison de son pere tomba neanmoins sur sa tete , et il perit avec toute sa race et avec tous les pretres de Bahal , sous le glaive vengeur de Jehu (884-856) (*).
Athalie avait fait perir, a Jerusalem, toute la race de David , comme Jehu, en Ephrai'm, la maison d'Achab son pere. Mais elle ne jouit que pendant six ans des fruits de son crime ; un jeune prince , fils d* Achazias et petit-fils d'Athalie , que 1' affection d'une parente et la prevoyance du souverain sacrificateur avaient sauve du carnage et avaient tenu cache tout le temps necessaire , parut enfin , et Athalie trouva le salaire de ses O3uvres. A peine age de sept ans , Joas (878-858) s'assit sur le tr6ne de ses peres, protege par la meme fidelite et la melne sagesse qui 1'avaient sauve, eleve, et aide a reconquerir ses droits. Aussi long-temps qu'il cut a ses c6tes son ami , son sauveur, le souverain sacrificateur Jehojadah , il marcha dans la droiture , et s'efforca de remedier au mal que sa grand'mere Athalie avait attire sur le pays. Mais malgre tout le zele qu'il montra pour le retablissement du culte du vrai Dieu , les hauts lieux nc furent pas detruits ( 2 ). Apresla mort de Jehojadah, qui Favait as-
( d ) Pour faciliter 1'intelligence des rapports de famille existant entre les deux maisons souveraines , nous placerons ici une petite table genealogique, dans laquelle les successeurs de Josaphafc sont indiques en chiffres arabes, et ceux d'Achab en chiffres romains.