‹ Explication des douze derniers livres prophétiques de l'Ancien Testament [microform]Chapitre 6 sur 49 · Achazias · texte numérisé non relu

Achazias

\ 5. Joas.

( 2 ) La loi de Dieu ordonnait expressemenl que le culte se celebrut dans un seul lieu determine ; elle considerait comme un

siste comme son bon genie protecteur, il preta 1'oreille aux insinuations du parti idolatre, qui se releva et qui comptait des adherens parmi les grands de la nation , et il alia jusqu'a faire lapider le fils de cet ami (') qui lui avait tenu lieu depere; puis ii finit miserablement victime de la trahison. Remarquons, toutefois, que les jugemens que Dieu avait exerces sur la maison de David par la tyrannic sanguinaire d'Athalie, avaient porte de bons fruits et donne comme un nouyel essor a celte famille royale et, par elle, a tout le royaume de Juda. On yit se succeder sur le trdne toute une serie de princes vertueux ; et i'epoque la plus heureuse pour Juda , a en juger du moins d'apres les circonstances exterieures, parait avoir etc celle de Joas a Ezechias.

pas vers I'idolatrie, et meme comme un acte idolatre, toute offrande de victimes faites dans quelque lieu que les liommes auraient eux-memes choisi (Deut. xn). II parait, en effet, que le culte celebre sur les hauls lieux el sur les collines s'est de plus en plus eloigne du culte levitique celebre dans le temple , et qu'il s'en distinguait d'une maniere plus ou moins tranchee , tout en conservant 1'apparence et le nom de I'orthodoxie Israelite ; car il est parle de sacrificateurs des hauls - lieux, non seulement dans le royaume d'Ephrai'm (1 Rois xm, 33 ; 2 Rois xvn , 32) , mais aussi dans celui de Juda ( 2 Rois xxm , 9, 20). Sur ces hauts lieux se trouvaient des temples ou des chapelles, et, d'apres Ezech. xvi, 16, des tentes sacrees, imitant probablement le tabernacle. Dans ce dernier passage, il est question de hauls lieux de diverses couleurs. L' expression hauts lieux doit s' entendre ici , comme souvent , dans un sens etendu pour les hauts lieux et tout ce qui s'y passait , et la bigarrure des couleurs doit se rapporter a ces tentes ou tabernacles qui etaient eleves pour ces cultes particuliers.

( x ) Zacharie, fils de Jehojadah (2 Chron. xxiv, 20 etsuiv.). C'est peut-etre cet eveuement auquel il esl fail allusion dans Matth. xxm, 3S, quoiquc le Zacharie qui y est nomme, soit appele fils de Barechja ou Barachie ; il est a observer que la signification de cc dernier nom se rapproche beaucoup de celle de Jehojadah.

Amasias ( 858-809 ) fils et successeur de Joas , puis son fils Hosias (') (809-758) et son petit-fils Jotham (758-741) travaillerent , soit a I'exterieur, soit a Finterieur, a 1'affermissement du royaume ; c'est sous le dernier surtout que Juda parvinta son plus haut degre de prosperite, s'il peut e"tre reellement question de grandeur au milieu de tons les maux inlerieurs et exterieurs qui affligeaient cet etat. Depuis cette epoque le royaume de Judapencha verssaruine; 1'idolatrie, qui n'avait jamais ete enlierement detruifc, se developpa avec toujours plus de force, comme de 1'ivraie dans un champ fertile, et etouffa la bonne semence. Les rois bien disposes qui parurent encore , ne purent pas operer la regeneration du peuple moralement dechu , ils ne firent que retarder sa chute ; leur conduite vertueuse donna aux prophetes et aux gens pieux du pays un appui dont 1'effet fut que la ruine politique , qui etait inevitable , n'entraina pas avec elle dans la tombe la foi et la vie spirituelle , ainsi que cela eut lieu pour le royaume d'Ephraim , qui a si completement disparu de la face de la terre , que c'est en vain que Ton a cherche jusqu'a present , dans toutes les parties du monde, les dix tribus dispersees d'Israel.

Sous Jotham, les prophetes occupent dans Thistoire une place de plus en plus grande, et c'est sous son successeur Achaz que commencent les malheureuses relations d'Israel avec les puissances politiques des rives du Tigre et de 1'Euphratc. Mais avant que de nous occuper et des prophetes et de ces royaumes pa'iens , revenons au royaume d'Ephraim , ou Jehu avait fonde une nouvelle dynastie, et detruit le culte de Bahal.

(*) Ce roi porte les deux noms d'Hosias efc d'ffazan'as, ce qui s'explique encore parce que la signification de ces deux noms a beaucoup de rapport. Hazarias fait allusion au sccours , et Hozias a la puissance du Seigneur.

Le fils de Jehu, JoacTiaz (856-840) , et Joas (840-825) suivirent les memes principes de gouvernement , et eurent a essuyer les memes malheurs politiques que lui. L'inimitie des Syriens centre Ephra'im fut , entre les mains de Dieu , une verge et un moyen de chatiment pour arracher le peuple au culte de Bahal , et pour lui faire sentir que sa force n'etait qu'en son Dieu, et qu'il ne gagnerait rien a partager la foi et a imiter les mceurs des nations voisines. Ge n'est que sous Joas qu'Ephraim commenca a se relever et a se fortifier contre les Syriens , comme le prophete Elisee 1'avait promis , au nom du Seigneur, sur son lit de mort , au roi qui se lamentait (2 Rois xin, 14 et suiv.). Mais 1'idolatrie n'etait point entierement extirpee, elle subsistait en secret, et Jehu et ses successeurs n'avaient aboli que le culte public de Bahal. D'ailleurs, le cutte du vrai Dieu dont on faisait profession , n'etait institue ni d'apres la parole ecrite dans la loi, ni d'apres la parole orale des prophetes. Jehu crut avoir fait assez, en abolissant 1'adoration de Bahal , et en retablissant la confession publique du vrai Dieu ; mais il laissa subsister les veaux d'or a Dan et a Bethel (*) , parce que c'etait une mesure de prudence polilique , de ne pas laisser le peuple se rendre a un sanctuaire national qui etait situe en dehors des frontieres du royaume et au centre d'un pays voisin et rival.

Sous le regne long et heureux du troisieme successeur de Jehu, Jeroboam II (825-784), Ephra'im parvint a un etat de prosperite et de puissance superieur, peut-etre, a celui dont il avail joui jusqu'alors. Ge roi utilisa et poursuivit la victoire que son pere Joas avait remportee sur les Syriens. Mais ces

( d ) Comme ce fut Jeroboam , le fondateur du royaume d'Ephraim , qui introduisit cette adoration de Dieu sous 1'image d'un veau, empruntee vraisemblablement a 1'Egypte , 1'Ecriture designe ordinairement ce culte comme etant le peche de Jeroboam, fils de Nebat, par lequel il a fait pecher Israel.

temps meilleurs ne firent que fournir de 1'aliment a la dissolution et a la corruption des moeurs , et preparer ainsi la ruine du royaume, qui des lors s'avanca a grands pas ( l ). II parait qu'apresla mort de Jeroboam, il s'eleya des troubles interieurs qui ne permirent a son fils Zacharie (772- 771) de s'asseoir sur le trone que onze ans plus tard ( 2 ) , et encore ce ne fut que pour six mois. Les troubles dont il etait devenu maitre ayec peine, eclaterent de nouveau, et lui enleverent le trone et la yie. Avec lui tomba la maison de Jehu , qui , selon la parole du Seigneur (2 Rois x , 50) , avait subsiste jusqu'a la quatrieme generation , et 1'histoire subsequente d'Ephrai'm , pendant les cinquante annees qui s'ecoulerent encore jusqu'a son entiere destruction , presente le triste tableau d'un royaume qui court a sa ruine ; les rois se succedent rapidement, et 1'usurpateur heureux qui s'est fraye une yoie a la royaute par des armes sanglantes , recoit bientOt un salaire tout pareil de la main d'un autre ambitieux. Sallum (771), qui fit tomber Zacharie, succomba Iui-m6me , six mois apres , a une conspiration conduite par Menahem (771-760). Ce dernier se maintint, il est vrai, sur le tr6ne d'Ephrai'm pendant dix ans ; mais sous son regne commencerent les invasions des Assyriens, qui amenerent , bientOt apres, la ruine et la destruction totale de cet ctat.

(*) Les prophetes Amos et Osee, dont nous parlerons plus bas , s'eleverent contre cette ruine qui venait du dedans , ct signalerent les dangers exterieurs.

( 2 ) Les livres sacres ne font pas mention , il est vrai , de cct interregne d'une maniere expresse ; mais le rapprochement des dates qu'ils fournissent, a conduit les chronologistes a placer en tre Jeroboam II, et Zacharie une periode d' anarchic qui cadre fort bien avec 1'etat de dechirement dans lequel etait alors le royaume.

La premiere epoque de la periode prophetique est ecoulee : pendant ces trois premiers siecles et demi, Israel est sur 1'avant-scene , et ii a attire seul notre attention. Mais tout change ayec la seconde epoque : Juda depuis la mort de Jotham, Ephrai'm depuis le regne de Menahem, s'avancent, mais d'un pas inegal , vers une ruine egalement inevitable, et ne se montrent plus a nous qu'en luttes constamment malheureuses avec la puissance assyrienne et la babylo nienne (*).

La premiere de ces puissances qui parait dans I'histoire biblique est Assur ( 2 ) . La capitale de 1'Assyrie , Ninive, etait situee pres du lieu qu'occupe la moderne Mosul, sur la rive orientale du Tigre ; mais on n'en retrouve , pour ainsi dire, pas vestige aujourd'hui. Les frontieres de ce royaume sont difficiles a determiner, et peuvent aussi avoir change a diverses epoques. On peut dire d'une maniere generate , que 1'Assyrie etait bornee, au nord, par les montagnes d'Armenie ; a Test , par les montagnes Mediques ; a Touest , par FEuphrate; et au sud, par les plaines de la Babylonie. Au temps de sa prosperite , Assur etendit sa domination a 1'occident sur toute la Mesopotamie ( 3 ) , jusqu'a la Syrie et la Palestine, et ausud sur Babylone. L'histoire d'Assyrie est environ-

(*) Savoir, depuis le moment de la decadence des royaumcs israelites jusqu'a 1'an 556, ou, apres la destruction de Tempire babylonien, Cyrus retablit Israel : ce qui fait 205 ans depuis la mort de Jotham ou le commencement du regne d'Achaz, et 255 ans depuis le regne de Menahem.

( 2 ) Assur est le nom ancien et original. C'est ainsi que s'appelle (Gen. x, 22) le fils de Sem, qui (Gen. x, 11) sortit de Babel , fonda le royaume d'Assyrie et en eleva la capitale Ninive.

( 3 ) On entend par Mesopotamia, le territoire qui s'etend entre les fleuves du Tigre et de 1'Euphrate. C'est un nom purement geographique , et nullement polilique.

nee d'une profonde obscurite. II est impossible de determiner si Sardanapale, avec lequel est tombe, d'apres les historiens grecs et autres, un royaume d'Assyrie, doit etre place anterieurement a Phul, ensorte que la puissance assyrienne qui a subsiste depuis Phul a Assarhaddon , et qu'a detruit le roi de Babylone Nabopolassar, serait une puissance nouvelle nee des troubles qui finirent avec Sardanapale , ou bien si Sardanapale doit etre place apres Assarhaddon (*) , alternative d'apres laquelle le royaume tombe avec Sardanapale, serait precisement celui que nous connaissons par la Bible ( 2 ) .

Le premier roi d'Assur mentionne dans la Bible (2 Rois xv, 19) est Phul. II attaqua, environ Fan 770, le roi d'Ephrai'm , Menahem , qui ne put acheter de lui son independance qu'au moyen d'une forte somme d'argent. Thiglath Pileser continua les agressions contre le royaume d'Ephra'im. A Menahem avait succede, mais pour deux ans seulement, son fits Pekachja (760-758), qui mourut victime d'une conspiralion militaire, et ceda le trOne a Pekach (758- 758). Ce dernier s'etant lie avecRetsin, roi de Syrie ( 3 ), tons

( d ) Sardanapale serait ainsi peut-etre le Saosduchim , qui est mentionne ailleurs.

( 2 ) On admet le plus communement deux royaumes d'Assyrie : 1'un ancien qui remonte a Assur, Nirms, Semiramis, et qui finit a Sardanapale par la revolte de la Medie et de la Babylonie, et 1'autre moderne qui serait eelui de Phul et d' Assarhaddon, et qui se serait forme des ruines du premier, en meme temps que ceux de Medie et de Babylonie. Telle est aussi I'opinion de M. Preiswerk , comme on le verra bientot. (Trad.)

( 3 ) II est ici question de la partie de la Syrie dont la capitale etait Damas. Le rapprochement entre Retsin et Pekach, ces princes dont les royaumes s'etaient si long-temps fait une guere opiniatre, n'aura rien d'etonnant, si Ton considere que le danger commun dont les menacait la puissance croissante des Assyriens, les poussait bien naturellement a s'unir pour leur commune defense.

deux menacerent le royaume de Juda , dont le tr6n e etai occupe par Achaz , fils de Jotham , age seulement de yingt ans (741-725).

Ce roi idolatre trembla devant 1' alliance d'Ephrai'm avec la Syrie. II chercha a se fortifier en s'associant avec Thi glath Pileser, et a attirer sur Retsin et sur Pekach les nombreuses armees d'Assur. II atteignit pleinement son but. Retsin perdit ses etats et la vie , et le roi d'Ephraim vit emmener en Assyrie les habitans des provinces situees a 1' orient du Jourdain et au pied du Liban, Mais cette alliance d' Achaz , la premiere de ce genre qu'eut contractee la maison de David, etait hautement blamable sous le point de vue religieux, aussi bien que d'apres les principes d'une sage politique; car Tamitie d'une puissance pa'ienne et envahissante comme Assur, pouvait etre aussi dangereuse pour Israel que sa haine. Aussi Esdie s'eleva-til avec energie centre la demarche d' Achaz (Esa'ie vn) ; mais ce fut en vain.

Cependant les prophetes, qui , a cette epoque , sont decidement m^les a tout le cours des evenemens , reclament notre attention.

Les prophetes des temps anterieurs , parmi lesquels Elie et EUsee sont les plus remarquables , n'ont laisse aucun ecrit. Apres eux il n'en fut plus de mme , les prophelies durent etre ecrites , et elles le furent d'une maniere d'au tant plus detaillee que la ruine s'approchait; car il etait necessaire , au milieu des troubles et des revolutions , que la parole sortie de la bouche des homines de Dieu , fut mise par ecrit, et ainsi preservee. Les seize prophetes dont nous possedons des livres plus ou moins considerables , se divisent, quant a 1'epoque de leur apparition, entrois groupes distincts. Esdie peut etre considere comme terminant le premier, sous le pieux roi Ezechias. Le second commence par Sophonie et Jeremie, sous le dernier roi distingue de Juda,

Josias, et renferme, en outre , les prophetes Habacuc, Abdias, Ezechiel et Daniel, qui ont porte le flambeau de la parole prophetique au milieu des tenebres de la ruine nationale. Le troisieme groupe comprend les prophetes qui ont paru apres 1'exil, Aggee, Zacharie et Malachie.

Dans notre tableau chronologique, nous avons place Joel a la tete des prophetes qui ont laisse leurs propheties par ecrit. L'epoque precise ou il a vecu est sans doute inconnue. Quelques-uns le placent plus tard, sous le regne d'Ezechias, mais a tort, comme le prouve F etude attentive de son Uvre. Joel y reunit brievement et clairement les pensees capitates et les enseignemens principaux de la prophetic , comme s'il avait voulu donner le theme que les autres prophetes , plus impliques dans les divers evenemens de leur epoque , ont developpe, plus tard, chacun a sa maniere.

Dans le ni6me temps environ ou nous avons place Joel , vivait aussi Jonas, d'apres le passage 2 Rois xiv, 25, quile place, au plus tard, sous Jeroboam II (825-784). La prophetie mentionnee en cet endroit ne nous a pas etc conservee ; le livre qui porte le nom de Jonas , nous parle de la mission de ce prophete aupres des Ninivites. Nous y trouvons raconte avec une sainte droiture, aussi bien ce qu'il y a eu d'insense dans la conduite du prophete lui-me'me, que ce qu'il y a eu de remarquable dans le jeune repentant des idolatres Assyriens. Si, comme plusieurs historiens 1'admettent , il y a eu un ancien royaume d' Assyrie qui a ete detruit avec son dernier roi Sardanapale par les Babyloniens et les Medes, environ 1'an 800 , la predication de Jonas se rapporterait a cette ruine , qui n'aurait ete que retardee de quelque temps par la repentance temporaire des Ninivites. Le roi qui ecouta Jonas serait alors Sardanapale lui-meme, ou 1'un de ses predecesseurs immediats.

Les deux prophetes qui suivent, Amos et Osee, exercerent specialenient leur ministere dans le royaume d'Ephraim.

Amos , proprietaire de troupeaux au pays de Juda , parut sous le roi Jeroboam II, environ 1'an 800. Le royaume d'Ephraim, victorious: de nouveau des Syriens, avait alteint un haut degre de prosperite; mais les peches ordinaires, la licence, 1'immoralite, la violence, Fidolatrie, s'etaient accrus dans la m&ne proportion. Amos annonca aux Ephraimites les malheurs qui les atteignirent, environ soixante ans plus tard , sous Pekach, par le moyen de Thiglath-Pileser. Comme 1'etat de dissolution d'Ephraim , et la corruption , tant des moeurs que de la reb'gion, allerent toujours en augmentant depuis Jeroboam II , Osee fut suscite comme temoin de Dieu contre tous ces maux , et il annonca le jugement de condamnation qui , bientOt apres , mit un terme a 1'existence du royaume d'Ephraim.

Michee parut aussi pour denoncer les chatimens divins contre les vices dominans. II predit tant a Ephraim qu'a Juda leur mine ; mais il put joindre aux censures les plus energiques contre le temps present, les perspectives les plus sublimes relativement aux temps messianiques.

L'annee de la mort du roi Hozias ( 758 ) , Esaie recut la consecration a la charge prophetique (Es. vi). Sous Jotham (758-742) , il attaqua fortement la corruption des mceurs de cette epoque si heureuse (ch. i-v). Et lorsque Achaz (741 725), jeune et impie, fut monte sur le trOne et eut forme son alliance irreligieuse et impolitique avec Thiglath-Pileser, contre la Syrie et Ephraim , Esa'ie s'eleva en temoignage contre cette alliance (ch. vn et suiv.) *

Thiglath-Pileser avait delruit le royaume de Retsin en Syrie , depeuple celui d'Ephraim. Apres le meurtre de Pekach (758), Osee (729-721) n'obtint pas immediatement la possession paisible de ce tr6ne qu'il avait souille de sang ; mais il y eut, a ce qu'il parait , pendant neuf ans , une periode de troubles anarchiques , a la fin desquels seulement Osee parvint a placer sur sa t6te la couronne chancelante.

sail ne jouit meme de cette domination incertaine que comme tributaire du roi d'Assyrie, Salmanasar (*) ; et , s'etant re- Yolte, il chercha secours et appui aupres de 1'Egypte. Mais il ne fit qu'attirer ainsi sur lui-meme et sur son royaume le dernier coup destructeur de la part d'Assur (721). La plus grande partie des Ephraimites furenl emmenes captifs dans les contrees assyriennes , et jusqu'a ce jour nous n'ayons aucune donnee positive sur leur sort posterieur.

Cependant Ezechias ( 725-696 ) etait monte sur le trOne de ses peres apres la mort d'Achaz. En souverain pieux , il s'efforca , peut-etre avec le concours d'Esai'e , de reparer, autant qu'il fut en lui, le mal que son pere avait fait. Mais le vieux levain de I'lncredulite, de la corruption et de la confiance en la politique etrangere subsista encore, surtout parmi les grands du royaume. Ezechias sut, a la verite , se liberer des rapports de dependance dans lesquels son pere avait engage Juda envers Assur ; mais les nouvelles relations qu'il noua avec 1'Egypte , et centre lesquelles Esa'ie s'eleva avec energie (ch. xxvi et xxx) appelerent devact Jerusalem les armees de 1'Assyrie sous Sancherib ( 2 ) , en Pan 714. Nulle puissance bumaine n'auraitpu conjurer un dan-

(*) D'apres la tradition juive (Seder Olam cap. 22) Salraanasar emmena, lors de celte premiere invasion, le veau d'or de Belhel en Assyrie; celui de Dan avait deja ete emmene auparavant par Thiglath-Pileser.

( 2 ) On ignore si Saneherib a ete le successeur immediat de Salmanasar, ou bien s'il y a eu enlre eux deux un troisieme roi qui n'aura regne que peu de temps. Celte derniere hypothese est le plus probable; car Esai'e xx, I, fait mention d'un roi d'Assyrie nomme Sargon , qui ne pent etre place qu'entre Salmanazar et Sancherib, a moins qu'on ne veuille admeltre que ce n'etait qu'un autre nom donne a 1'un ou a 1'autre de ces rois. Au reste, nous savons si peu de chose de ce Sargon, que nous n'avons pas mis son nom sur notre tableau.

ger aussi grand. Mais le pieux roi Ezechias et son peuplc firent encore une fois, par 1'intermediaire du prophete Esaie, 1' experience que le peuple de Dieu , s'il se confie unique ment en lui, peut habiter en assurance, meme en presence des ennemis les plus redoutables. Une seule nuit, dans laquelle 185,000 cadavres joncherent le camp des Assyriens, fut la cause du depart de Sancherib , et la nouvelle d'un mouyement hostile de la part de Thiracka , roi d'Ethiopie , decida son retour dans son pays.

Des lors Assur, qui etait au faite de sa grandeur, courut rapidement a sa ruine , que prophetisa Nahum : c' etait la seconde fois que Ninive etait 1'objet special de la prophetie (*) . Les premiers symptomes de sa decadence se mani festerent peu de temps apres la destruction de 1'armee de Sancherib. Deja en 715, nous yoyons un ambassadeur adresse a Ezechias par Merodac Baladan , roi de Babylone , pour le feliciter de sa guerison, et vraiseinblabloment aussi pour rechercher son alliance.

Les rois de Babel, ou de la Babylonie, paraissent ici, pour la premiere fois, dans 1'histoire biblique. Jusqu'alors ils avaient etc dependans des Assyriens , et nous ne connaissons que peu de chose de leur histoire anterieure ; nous savons seulement qu'une nouvelle ere a ete fondee en 747, par le Babylonien Nabonassar. Ce n'est que sous Merodac Baladan , que la Babylonie , situee au sud de 1' Assyrie , entre 1'Euphrate et le Tigre, parait avoir acquis une certaine independance , et le pouvoir de cet etat s'accrut des lors en proportion dela decadence d' Assur.

Depuis Sancherib, Israel n'eut plus rien a redouter de 1'Assyrie. Ce monarque tomba sous le glaive parricide de ses fils ; et Assarhaddon, qui lui succeda (2 Bois xix, 57), n'inquieta pas Israel. Au contraire , il envoya dans le pays

(*) Voycz plus haul Jonas.

sole d'Ephraim une population nouvelle, d'ou sortirent les Samaritains , qui y demeurerent meme apres le retour des Israelites dans leur patrie , et qui , comme nous 1'apprenons, entre autres, du Nouveau Testament, furent pour les Juifs 1'objet d'une haine mortelle.

Sous Manasse (696-641), fils etsuccesseur d'Ezechias, qui monta sur le trdne a 1'age de douze ans , le parti anti-theocratique , qui ayait ete si long-temps comprime sous le regne precedent, releva audacieusement la tete, et sut se rendre entierement maitre du monarque jeune et sans experience. Celui-ci se plongea en aveugle dans 1'idolatrie la plus ouv-erte, profana le temple, et remplit Jerusalem du sang d'innocentes victimes qui ne voulaient pas se plier a ses abominations. Selon la tradition juive , Esa'ie doit avoir ete du nombre de ces martyrs de la foi israelite. Les chroniques rapportent (2 Chron. xxxin, 11 et suiv.) que Manasse s'amenda, plus tard , a Babylone , ou le roi d'Assur 1'avait fait emmener lie de chaines, peut-6tre pour qu'il se justifiat lui-meme de sa maniere deraisonnabie de gouverner (') . Apres un regne de cinquante-cinq ans , dont les derniers temps furent paisibles , il fut remplace sur le tr6ne par son fils Amon (641-659). Amon ne regna que deux ans, pendant lesquels il renouvela toutes les impietes de la jeunesse de son pere; puis il succomba a une conspiration. Son fils et successeur, Josias (659-609), apparait, dans ces derniers temps du royaume chancelant de Juda , comme une colonne, comme une lumiere brillante. Par ses mesures energiques de reforme, il contribua a raffermir et a relablir sur des

( 1 ) Le roi qui donna cet ordre doifc avoir ete Assarhaddon, et Ton ne doit pas etre surpris de le voir nomme roi de Babylone ; car Ton sait d'ailleurs que Sancherib avait deja venge la rebellion de Merodac-Baladan sur son successeur, et qu'avant sa fin malheureuse il avait nomme son propre fils Assarhaddon vice-roi de Babylone.

bases nouvelles la foi en la loi de Dieu , et 1'obeissance a cette loi ; et il en etait temps , si la maison d'Israel ne devait pas etre entierement detruite par le torrent devastateur qui approchait menacant. Sous le regne de ce roi pieux , 1'esprit prophetique se manifesta avec une nouvelle energie, et Ton vit paraitre , durant sa vie et pendant la periode malheureuse qui suivit immediatement sa mort, un nombre proporlionnellement grand de prophetes. Nous apprenons , tant par les prophelies de Jeremie que par celles de Sophonie, a quel point la vie spirituelle etait perdue en Israel, nialgre toutes les reformes religieuses exterieures. Sophonie annonca aussi la chute imminente de la puissance assyrienne , chute que Nahum avait deja predite plus de quatrevingts ans auparavant. Sous le rapport politique, le regne de Josias , qui dura plus de trente ans , fut tranquille et heureux, comme 1'avaient ete ceux de son pere et de son aieul. La terreur qu'inspirait la puissance assyrienne avait passe comme un orage. Le pouvoir chancelant de la fiere Ninive penchait rapidement vers sa ruine, et la puissance naissante des Babyloniens n'etait pas encore dangereuse pour les contrees occidentales.

L'histoire d'Assur, dans ses derniers temps, est environnee d'une grande obscurite. Aussi nous avons mieux aime avouer notre ignorance en laissant sur notre tableau un espace vide, que d'y mettre des noms incertains. Dans le fait, il importe peu que le dernier monarque de Ninive se soit appele Sardanapale , ou ait porte quelque autre nom. La ruine d'Assur et la conquete de Ninive furent operees , Fan 625 , par Cyaxare , de Medie , et Nabopolassar, de Babylone , pere de Nebucadnezar. Nabopolassar, qui etait proprement gouverneur assyrien de la Babylonie , se constitua roi independant, et fonda cette dynastic conquerante et dominatrice qui atteignit deja sous Nebucadnezar son plus haut periode, et qui ne fit plus , apres lui , que se precipiter cons-

tamment vers la ruine que les Medes et les Perses reunis lui preparaient.

La puissance croissante de Nabopolassar se heurta centre la nouvelle dynastic que Psammetique avail fondee en Egyple. Le fils de ce dernier, Necho, monarque entreprenant, qui unit la mer Rouge au Nil par un canal , et fit avec ses vaisseaux le tour de 1'Afrique, marcha centre Nabopolassar. Josias s'avanca centre lui, fut defail, et perdit la vie (609) pres de Meguiddo , entre le Thabor et le golfe d' Akko (Acre) . Le peuple eleva sur le tr6ne son fils Jehoachaz (609) ; mais au bout de trois mois 1'Egyptien vainqueur detrdna ce jeune prince pour mettre a sa place son frere Jehojakim (609-599) . Trois ans apres (606), Nebucadnezar, general en chef des armees du roi son pere, repoussa les Egyptiens de 1'Asie occidentale, et Jehojakim dut preter hommage au monarque babylonien, ceder les vases precieuxdu temple, etlivrer les fils des premieres families de son royaume pour le service du roi (2 Rois xxiv, 1 ; Dan. I, 2).

C'etait la premiere fois que Rabylone influait directement sur les destinees des Israelites , et ce premier succes annoncait la longue serie de malheurs qui vinrent de PEuphrate frapper les derniers restes du royaume de Juda. Tandis que 1'impiele des rois de Jerusalem attirait sur ce malheureux pays les jugemens de Dieu , Nebucadnesar ne pouvait laisser subsister sur les bords de la Mediterranee et pres de 1'Egypte , un etat anime de dispositions vacillantes et hostiles.

En vain des prophetes , tels que Jeremie et Habacuc , annoncaient les dangers inevitables qui s'avancaient du c6le de 1' Orient au travers du desert : la confiance charnelle , constant avant-coureur d'une chute imminente , poussait les Israelites aveugles a chercher leur salut dans diverses combinaisons politiques, el surtout dans une alliance avec 1'Egypte. Ceuxd'entre eux qui etaientle plusportes a attendre du Dieu de leurs peres secours et proteclion contre la puis-.

sance babylonienne , ne supposaient pas que cet appui put leur manquer, et ne comprenaient pas qu'ils dussent d'abord se reconcilier avec Dieu par 1'aveu de leurs peches et par une sincere repentance, avant que de pouvoir se confier en sa protection immediate. Us etaient entretenus dans cette fausse et aveugle confiance par une foule d'hommes tout aussi confians et aveugles qui se donnaient a euxm6mes le nom de prophetes de I'Eternel, et contre lesquels Jeremie , le vrai prophete, eut a soutenir une penible lutte.

La puissance ennemie qui s'approchait , et dont les envahissemens inspiraient aux Israelites des inquietudes fondees , etait cet empire des Chaldeens , qui atteignit le fatte de son pouvoir sous Nebucadnezar. Sa grandeur ne datait que de Nabopolassar, et des la mort de Nebucadnezar il se precipita deja a sa ruine. Appele Babylonien, du nom de sa capitale, il portait aussi, d'apres le nom du peuple, celui d' empire des Chaldeens. Selon quelques savans, les Ghal deens sont un peuple distinct des Babyloniens proprement dits ; ils auraient penetre , comme soldats stipendiaires ou comme conquerans, du nord dans les contrees babyloniennes , environ Tan 747, epoque d'ou date la nouvelle ere de Nabonassar ; ces Chaldeens seraient parvenus , avec Nabopolassar (environ 1'an 625), a etablir leur pouvoir en Babylonie , et auraient fonde la dynastie conquerante qui fut , sous Nebucadnezar, la terreur du monde. Mais d'autres savans font des Chaldeens les anciens habitans de la Babylonie , et non des etrangers qui s'y seraient etablis a une epoque posterieure. II n'y aurait ainsi aucune difference entre les Chaldeens, qui serait le nom du peuple, et les Babyloniens, dont le nom se rapporterait a la ville et au pays. Et, en effet , dans la Bible , le peupte qui habitait la Babylonie est toujours appele les Chaldeens, et jamais les Babyloniens.

Nous ne pouvons ici discuter ces deux opinions , dont la difference, au fond, est de peu d'interet.

La nouvelle dynastie de Psammetique s'efforcait de soumettre a 1'Egypte la Syrie qui 1'avoisine , soit par la force des armes , soit par des negotiations'. Necho , fils de Psammetique, vint se heurter contre la jeune puissance des Ghaldeens , qui etait en progres depuis la ruine de Ni nive , et ce n'est qu'a Fillusion , qui fait trouver vraisemblable ce qu'on desire, qu'on doit attribuer 1' alliance des Israelites avec 1'Egypte et les esperances de secours qu'ils mettaient en cette puissance contre les altaques de Nebucadnezar.

Le roi de Juda, JehojaJcim (609-599), qui avait prete hommage a Nebucadnezar, en 606, se revolta contre lui peu d'annees apres (605), et s'allia de nouveau avec la puissance egyptienne qui 1' avait fait monter sur le tr6ne. Occupe alors de guerres dans le fond de 1'Orient, Nebucadnezar ne put pas punir immediatement la defection de Jehojakim ; mais , en 599 , il parut avec une armee devant Jerusalem. L'imprudent monarque etait mort peu de temps auparavant, et depuis trois mois son fils Jehojachin Tavait remplace sur le tr6ne. Apres un siege qui ftit de courte duree, ce dernier dut se rendre a Nebucadnezar, qui remmena a Babylone , ou il vecut , jusqu' apres la mort de son vainqueur, dans une sorte de captivite. Nebucadnezar mit a sa place , sur le trOne de Juda, son oncle ( J ) , Sededas (599-588) , fils de Josias. Et dans cette occasion il pilla le temple et ses tresors , et emmena de Judee a Babylone les personnages les plus considerables, ainsi que les artistes et les ouvriers; ceux

(*) La succession reguliere au trone , du pere au fils , avait ete interrompue , pour la premiere fois , dans la famille de David, apres Josaphat, par 1'usurpation de la reine Athalie (voyez la note de la page 22). Une interruption pareille de la succes-

qu'il laissait dans le pays , agriculteurs pour la plupart , etaient ainsi bien trop affaiblis pour tenter de prendre les armes (*). Au reste, on ne doit pas se representer cette translation comme une captivite proprement dite. Ce fut settlement le transport d'un peuple d'un pays dans un autre, mesure que les divers souyerains de 1'Asie ont employee plus d'une fois pour dompter et mettre hors d'etat de nuire dans une contree eloignee , un peuple inaccessible dans ses montagnes, et difficile a reduire ( 2 ).

Ce fut la la seconde campagne de Nebucadnezar centre Jerusalem , et, de meme que dans la premiere, en 1'an 606, le prophete Daniel avait ete emmene a Babylone , Ezechiel accompagna , en 599 , ceux qui furent transporters dans la Mesopotamie seplentrionale , sur les rives du fleuve Kebar (Ghaboras).

sion reguliere eut lieu a 1'egard des successeurs de Josias. L'expose genealogique suivant la fera comprendre.

i. Josias.

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