CHAPITRE IX. )8l
et cela parce qu'il l'a voulu . paice qu'il est le maître de sa grâce : de même il a choisi quelques juifs qui ont cru , il a rejeté les autres; il a adopté et béni un très-grand nombre de gentils , non pour leurs bonnes volontés ou leurs bonnes œuvres, mais par sa pure miséricorde ; parce qu'il lui a plu que la bénédiction promise à Abraham dépendît de la foi en Jésus-Christ , et non des œuvres de la loi.
Bénissez Dieu de ce que vous êtes du nombre de ceux à qui il a fait miséricorde : ayezen d'autant plus de reconnaissance , que c'est sans aucun mérite de votre part qu'il vous l'a faite; mais en même temps, sachant qu'il est toujours le maître de sa grâce , que rien ne vous est moins dû, tremblez, priez, demandez continuellement et en toute humilité , grâce et miséricorde, le don d'une sainte persévérance.
17. Il n'y a pas aussi cVinjiislice en 17, Dicii e- Dieu , si , tandis qu'il a pitié des gen- 'Zr.oS'^ lils , il laisse les juifs incrédules dans '" l'of^ ipsiim
, 1 • ' 1 ' n excilavi le , ui
leur obslniation , pour lesrejelerenhn , ostendam in te comme autrefois . tandis qu'il leur fai- ll''"\^'^rneam:
• y et ut annnn-
sait miséricorde , il a laissé Pharaon ''«tur nomeu
T T . . . \* n n'eum iii uni-
dans son endurcissement , et la entin versa terra. puni 5 selon que PEcriture le dit de lui : Je vous ai établi , et , quoique rebelle , je vous ai conservé , ajîn que par une infinité de prodiges je fisse paraître ma puissance à cet égard , et que , par tous
l82 KPÎTRE AUX ROMAINS.
ces prodiges , la gloire de mon nom éclatât bien plus clairement par toute la terre , que votre obstination y serait plus comme.
Dieu élevant Pharaon sm- le trône , a en comme deux intentions : la première , qu'il régnât saintement , obéissant à Dieu , gou vernant justement son peuple. La seconde, (supposé qu'il fît le contraire, qu'il fût impie, rebelle à Dieu, cruel à son peuple) Dieu a eu intention de tirer sa gloire de la malice de Pharaon , et d'en prendre occasion de faire éclater sa puissance ; en cela il n*y a pas d'injustice , mais une sagesse infinie.
C'est ainsi que Dieu a comme deux intentions à l'égard des juifs opiniâtres et de tous les pécheurs endurcis : Dieu les conserve et les souffre avec patience, afin qvi'ils se corri-i gent et qu'ils soient sauvés ; mais enfin les ' voyant s'endurcir de plus en plus , il les punit, afin de faire éclater sa puissance, et de donner une crainte salutaire à tous les autres rebelles. Et en cela il n'y a point d'injvistice 5 puisque Dieu ne punit jamais que ceux qui l'ont mérité par leur faute et leur endurcissement.
18. Ergo eu- 18. Il est donc vrai que Dieu est le i"r?'e"quem maître de ses dons , qu^il fait miséri- Tiiit iiidniat. corde à qui il veut , comme il paraît dans Jacob , dans les juifs habitans de FEgypte , et enfin dans les chrétiens ; et il laisse dans rendurcissemenl qui il veut aussi . comme il a paru dans Plia-
CBAPITRE IX. l85
raun eldans les juifs incrédules; et en cela il ne fait tort à personne.
Quand Dieu fait grâce, c'est une pure libéralité; quand Dieu punit et abandonne cpielqu'uu à lui-iuême, il fait justice; ses grâces sortent du fond de sa miséricorde ; les jugemens de sa justice sont attirés par notre ma lice.
Instruits de ces vérités, aimons un Dieu miséricordieux; craignons un Dieu juste, disons à tout moment : Seigneur, ayez pitié de nous selon votre grande 1 1 pure miséricorde.
ig. S'il est ainsi, me direz- vous , ig. Dicisisapourquoi donc Dieu se plaint-il des pé- H"^ '"''"• Q"'^ cheurs ? Il parait qu'us sont tels par sa voUiutati enira volonté'. Or qui résiste à la volonté de ff"* ''"'* '■^"'' Dieu ?
20. 0 hommes pétris de boue , qui 20 oliomo,tu êtes- vous , pour oser parler de la sorte JLea's'^Deo^ à Dieu , et vouloir lui faire rendre rai- Numquid dieii
1 1-1 r • -» o ^ • • •. figmeiituni oi
son de ce qu il tait : ooniirirait-on qu un qui se fmxiv : vivse de terre disputât contre le potier , ^^f '"^ '^^''^ et lui dît : Pourquoi m'avez-vous fait ainsi ? Souvenez-vous donc que vous êtes en la main de Dieu comme Targile entre les mains du potier , et respectez l'auteur de votre être.
Saint Paul pouvait répondre d'abord qn?
Dieu se plaint des pécheurs , parce que c'est par leur propre malice et contre sa volonté
l84 ÉPITRE AUX ROMAINS.
qu'ils s'endurcissent , comme il le dit au verset 22.
11 pouvait nier par conséquent qu'ils fus- S3nt tels, c'est-à-dire, pécheurs endurcis et impénitens par la volonté de Dieu.
Il pouvait ajouter qu'on ne résiste pas à la volonté absolue de Dieu , mais qu'on résiste tous les jours à sa volonté conditionnelle.
Il pouvait donner d'autres réponses, qu'il donnera en effet dans la suite.
Mais il juge à propos, avant toutes choses, de réprimer l'orgueil du blasphémateur par la vue de sa propre bassesse. L'orgueil est la cause de sa témérité ; la vue de son origine le doit guérir. O homo ! â tu qui de htimo ! Vous qui n'êtes que boue, osez-vous contredire Dieu et disputer contre lui ?
11. An non 2 I . Le potier n'a-t-il pas une pleine hai.et potesia- puissance sui' son arerile ? Ne peut-il pas
lem ligiiliis In- r o r I
ti, ex eadem d'unc même masse faire des vases tels
mivsa facere a- ^i-i i • i • i i . • ' ■> i
liuu quidtm cju il lui plaira , les uns destines a des vasiiibonoiem, ^, 530^5 lioniiêtes , d'autres à des usaees
aliuJ vero in o ' O
conliimeliam ? vils et abjectS ?
L'homme comparé à Dieu , est infiniment plus vil et plus dépendant que la terre comparée au potier. Dieu pourrait donc , sans faire tort h personne , comme tout-puissant et souverain Seigneur , faire de la masse du genre humain tout ce quMl voudrait ; mais parce qu'il est infiniment bon , il ne veut faire que ce qui est bon et très-bon. Sachez
CHAI'ITRE IX. l85
donc que Dieu ne fait pas des vases immondes , mais que ce sont les hommes eux-mêmes qui se salissent par leurs
péchés.
Saint Paul réprime ici l'orgueil du blasphémaleur, par la déclaration du souverain domaine de Dieu sur toutes ses créatures ; domaine qu'il pourrait librement exercer, sans qu'aucune eût droit de se plaindre : il novis marque donc par ces paroles ce que Dieu pourrait faire, et il dit, au verset 22 , ce qu'il fait.
Cette comparaison de Dieu avec un potier, et des hommes avec des vases de terre, nous apprend le respect infini que nous devons à Dieu , la soumission aveugle que nous devons à toutes ses volontés : qu'il nous élève , qu'il nous abaisse , qu'il nous conserve , qu'il nous brise ; silence, adoration , obéissance ; jamais de contradiction ni de résistance, non plus que dans l'argile. Cap. 10, v. ig
Le prophète Isaïe est le premier qui se soit et 43 , v. 9. servi de cette comparaison , pour nous ap- P' ' ' **' • prendre cette obéissance aveugle aux ordres de Dieu.
Jérémie s'en est aussi servi pour le même sujet ; et, ce qui est bien à remarquer, c'est qu'au verset 8 , il nous fait voir que la comparaison n'est pas juste en toutes choses , parce que les hommes sont des vases de terre à la vérité, mais que Dieu a faits libres, qui changent de résolution , passent du bien au ^
mal, et du mal au bien ; et que Dieu luimême s'accommodant à leur liberté, change la résolution de les punir ou de ne les pas
j86 épître aux r.oHArNS.
punir, selon que les hommes sont hon» ou
mauvais.
Apprenons donc ici tellement l'obéissancf due à Dieu , que nous soyous persuadés que . comme tout le bien qui est en nous vient d( Dieu, tout le mal qui y est vient de nous pai l'abus que nous faisons de notre liberté ; qu( c'est nous-mêmes qui nous faisons des vases de déshonneur par nos péchés ; et que nou! pouvons avec la grâce de Dieu , laquelle ne nous manque point, nous purifier de no! ordures et nous rendre des vases d'honneur comme saint Paul le dit en la seconde à Timothée , chapitre 2 , versets 20 , 21.