‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 16 sur 18 · III · texte numérisé non relu

III

l^AÔ BXfLICATlOlV

TEglise a frit ^e la prière publique , le lien ex-* térieurqui réunit tous ses enfans dans une même croyance et dans un même cnlte; elle les tn-r vile à venir dans ses temples prendre part aux prières communes , et y apporter le tribut des leurs; en partager le profit en y contribuant. ^ Les lépreux , en invoquant Jésus-Ghrist , lui donnent deux titres : celui de Jésus, c^est à-dire de Sanyeur, et celui de leur Maître. G'estâussi sous cette double qualité que nous devons Timplorer. Sa miséricorde d'une part, de l'autre son autc^ilé nous inspirent la confiance et la soumission. Ces deux sentimens sont ceux qui doivent spécialement animer notre prière; la confiance la rend vive ; la soumission la rend humble; sans soumission elle sVmporte à la présomption; sans confianpe elle dégénère en pusillanimité* Disons doitc comme ces lépreux ; Mon Sauveur et mon Mattre | Disons-le avec le sentiment profond qui les animoit. Si nous é)>rouvons le même désli^ qu'eux d'être guéris de notre infirmité , nous le demanderons avec la même ardeur. Ce qui rend nos prières languissantes , c'est que nos désirs le soi|t. Nous savons combien est hideuse-la lèpre de noire âme; mais en mêi^e tei^ps nous y sommes attachés.

Notre raison fjsiit quelques vœux pcfbr qu*elle soit effacée; mai$ notre cœbr en fait aussi do seprets pour qu'fJle nous restai et»D0us ressentons tout à la fois le d^sir et la crainte de 1^

DES iVANGILES. 4^1

guérîson. Notre volonté flottant entre deu|L.« seotimens contraires » ou ne fait aucune - sollicitation , ou n'en fait que de trop foibles pour obtenir ce qu'elle demande.

Lorsqu'il les eut aperças , il dit r Allez vous montrer aux prêtres ; et en y allant , iU furent guéris. Jésus-Christ n'emploie aucun moyen extérieur pour la guérison de ces lépreux; il ne touche pas leur lèpre , comme II avoit Ëiit dans une occasion semblable; il ûe leur impose pas Les mains comme il faisoit sou. Tent; il ne leur dit pas même qu'il les guérit. II a voulu , et le miracle est opéré. Leur or-, donner d'aller se présenter aux prêtres , étoit déclarer que leur guérison éloit consommée; car dans la loi judaïque c'étoient les prêtres qui étoient chargés de constater la guérison des lépreux; çux seuls avoient le pouvoir de les rendre à la société. Ces ennemis mortels, ces persécuteurs acharnés du divin Sauveur^ alloient être les premiers témoins de cet éclatant miracle; ils alloient en devenir eux- mêmes les certificateurs; et c'étoit de ceux qui haïssoient le' plus violemment Jésus Christ, qu'alloit partir l'attestation solennelle d'un de ses plus brillans prodiges.

En ordonnant à ces lépreux d'aller se présenter devant les prêtres , il avoit encore une autre intention ; c'étoit de nous apprendre par quel moyen on pourroit obtenir dans sa loi, la

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^ guérison de la lèpre spirituelle*. Il a donné h 'ses apôtres y et dans eux aux éyêques, leurs successeurs , et aux prêtres auxquels ils le trans» mettroient , -le pouvoir de remettre les péchés» C'est une condition indispensable pour obtenir cette rémission, d'aller se présenter devant eux^ Nous voyons les lépreux guéris avant d'avoir vu le prêtre; leur foi obtient ce bien&it avant qu'ils soient arrivés; mais ils avoiept commencé h obéir ; ils étoient en chemin quand leur gnéri^^ son fut opérée, Ainsi la vivacité de ia foi» Tar-^ deur de la charité , Texirême douleur de la pé» nitence , peuvent mériter le pardon » avapt que le prêtre ne l'ait prononcé; mais elles ne dis;^ pensent pas de se présenter devant lui , pour qu'il le ratifie. Il n'est pas indispensablemen^ nécessaire de se confesser pour obtenir ia rémission; mais le désir, la résolution «incère de se confesser, sont absolupient nécessaires^ L'absolution de Dieu suit celle de son ministre ^ ou doit en être suivie.

C'est en commençant à exécuter l'ordre du divin Maître, que l'infirmité des lépreux dispa^ rolt. Pour parvenir à la guérison de la nôtre, il ne suflit pas de la demander k Dieu; il faut au moins commencer à nous mettre dans l'état oii il veut que nous soyons ; il faut essayer de inonter les premiers degrés de l'échelle sacrée qui unit la terre ap ciel , pour qu'il nous tende d'en hml la main secourable qui nous fepa at-r

DES ÉVANGILES, é^\Ù

teipdre le faîle; il faut mériter avant d'obtenir. Notre obéissance aux ordres divins , attirera sur nos prières l'efficacité; nos efforts pour rompre nos liens » nous en feront donner la force. Nous avons aussi à considérer la foi des dix lépreux. Ils s'étoient présentés devant Jésus- Christ avec confiance; ils lui obéissent avec doci* lité; ils. ne raisonnent pas sur Tordre qui leur es^ donné 9 ils l'exécutent sans délai : ils n'exa-* minent pas si celui qui a le pouvoir de les guérir miraculeusement » n'a pas droit aussi de les dispenser des formalités; ils n'objectent pas que ce n'est qu'après la guérison , et pour la vérifier , qu'on doit se présenter aux prêtres ; Jésus-Christ leur a ordonné d'y aller, et aussitôt il3 se mettent en marché. Celui d'entre eux, qui étoit Samaritain , alla sans doute comme les autres devant les prêtres de Jérusalem; il comprit que ce n'étoit pas aux prêtres schismatiques de Samarie que Jésus l'envoyoit. Nous devons , dû même qu'eux , soumettre notre conduite entièrement aux règles de l'Eglise , et notre jugement à ses décisions. Nous n'avons pas à raisonner sur ce qu'elle prescrit; nous n'avons qu'à obéir sans résistance , sans réserve , sans objeclioQ, sans murmure, sans retardement. Sa loi nous ordonne de nous présenter pour la rémission de nps péchés , aux prêtres; mais uniquement à ceux qu'die approuve , et à qui elle confie son autorité. Gardons-nous de nous adres-

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ser à ces ministres préyaricateurs , qu*à la honte de notre église', et pour sa destruction, le * schisme a élevé dans des chaires de pestilence* Loin d'obtenir d'eux notre guérison à notre propre lèpre, nous ajouterions celle dont ils sont infectés»

Van d^ entre eux, aussitôt qu'il s'aperçut qu'il était guéri , retourna sur ses pas , glarifiant Dieu à haute voix, et se jetaftt le visage contre terre, il lui rendit grâces. Le texte sacré nous présente ici un modèle de reconnoissance. L'un des lépreux , aussitôt qu^il se sent délivré de sa déplorable maladie , éprouve pour premier sentiment , la gratitude envers son bienfaiteur. II devoit être très empressé de se présenter au prêtre , puisque ce n'étoit que par lui qu'il pouvoit être rendu à la soci^é , et rentrer dans les droits que lui a voit fait perdre son infirmité; mais ce n'est pas là ce qui Toccupe : il ne pense pas à jouir du bienfait , il ne ^onge qu'à remercier celui dont il le tient; le besoin d'épancher son cœur est plus fort que le désir de profiter des avantages qu'il vient de recouvrer ; il n'ira devant le prêtre , que quand il sera revenu de se prosterner aux pieds de Jéstis. Ce n'est pas non plus sans une raison particulière , que l'Evangéliste remarque , qu'en rendant grâces à son Libérateur, le lépreux glorifioit aussi Dieu, reconnoissant par là que c'étoit de lui que venoit sa guérison. C'est un sen-

DBS iVANGiLJBS. 4lS

iiment sans doute bien naturel et bien juste que la reconnoissance envers ceu&dequi^ious recevons quelque bienfait» qui nous assistent dans nos besoins , qui nous soulagent dans nos pel- .nes , qui nous consolent dans nos aiOictioas , ,qui nous conseillent dans nos incertitudes» qui BOUS instruisent dans notre ignorance» qui nous avertissent de nos défauts» qui nous reprennent de nos fiiutes , qui nous ramènent de nos égaremens; mais en témoignant notre sensibilité à ceux dont tkons avons reçu quelque bien , nous devons élever nos vues vers celui de qui il nous vient primitivement et principalementé Tout don excellent» dit Tfisprit saint » tout bien parfait lions vient d*en haut et descend du Père des lumières (i)» Les hommes par lesquels Us nous arrivent» ne sont que les înstrumens de la munificence divine » que les canaux qui font découler jusques à nous ses grâceSé Cet homme dont nous venons de recevoir un bien&it , c'est Dieu qui lui en a inspiré la pensée » qui lui en a donné la volonté» qui lui en a fourni les moyens. Dieu est bien plus que lui notre bien&iteur»

puisqu'il ne l'est que parce que Dieu a finit eu. sorte qu'il le fût. Â chaque bonheur que nous éprouvons, de quelque main qu'il vienne , c^est vers Dieu que doivent s'élever nos premières actions do grâces; c'est par lui que doit com-^

(i) Omne datum optimam, et omnc donum perfectum desursum est» descendens à Pâtre luminum. Jac, i. i7<

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mencer notre gratitade , c'est à lui qu'elle doit te terminer.

Conceyons de \h de quel poids de reconnoissance nous sommes chaînés enrers Dieu. Tout ce que nous avons jamais reçu, c'est de lui que nous le tenons. Notre existence fut le premier de ses dons; et depuis celuî**là , il n'a cessé de nous en combler , soit immédiatement et par lui-même» soit indirectement et par le moyen des hommes. Dans l'ordre de la nature » de la fortune 9 de la grâce , en tout genre: qu'ayonsnous que nous ne tenions de lui (i)? El même ce que notre foiblesse nous fait regarder comme des malheurs » les afflictions» les pertes » les infirmités , les douleurs , la foi noua révèle que ce sont encore des bien&its divins. La vertu propre aux chrétiens , dit saint Jérôme , est de rendre grâces au Créateur » même des adversités qu'ils éprouvent (a). Gomme Job»

ils bénissent' le Seigneur également» et de ce qu'il leur a donné » et de ce qu'il leur a ôté (3). Nous étonnerons*^nou8 après cela , d'entendre saint Paul nous déclarerque la volonté dé Dieu est que nous lui rendions grâces en toutes cbo-

(i) Qaid autem habet, quod non acccpisti. i. Cor» rv.7.

(3) Christianonim propria virtus est , etiam in m quae ad-^ ▼«na paUntar, gratias referre Greatori. S* Hier, commenter^ lib. m. in êpist, qfiEj^iéê. cap. ▼.

(3) Dominas dédit , Dominus abstulit \ aient Domino ylatnit , ^ta factum est : Bit nomcn Domini bcnedictum. Joh .

sér^i) ; que nous le remercions toujours et dé tout (2) ? Puisque tous nos momens sont marqués par des bienfaits du Seigneur, n*est-il pas de justice stricte qu'ils soient consacrés à notre reconnoissance? Ce n'est pas que nous devions être continuellement occupés de ce sentiment; et en avoir l*îdée présente à tous les instans; notre nature dégradée parle péché, est incapable de cette cTontinuité de méditations céleste?. Ce sera k>r$que nous serons reçus dans le sein de Dieu , que noiis pourrons y épancher notre sensibilité ^ans relâche et sans fin. La récompense de la reconnoissance que nous aurons ressentie sur la' terre , sera de l'e^tprîmer éternellement dans le ciel. Mais si l'état de foiblesse où nous nous trouvons dans cette triste vie, ne nous permet pas d'atteindre à cette hauteur de jperfection , efforçons-nous du moins d'en approcher autant que le peut notre nature. Nous ne pouvons pas rendre de perpétuelles actions de grâces ; rendons-en de fréquentes : 3ans 1 impuissance de faire de notre gratitude des actes continuels, faisons en notre état habituel, et pénétrons-nous telléiiH^nt de tout ce que nous detons à Dieu , que nous en soyons reconnoissans lors même que notï^e esprit distrait est occupé k d'autres objets.

(i) In omnibus gratîas agite. Hac est cnim voluntsf IW in Christo Jesu, in omnibus vobis. i. Thessal. ▼. i8. " (a) Gratias agentes sempcr pro omnibus. Ephes. v'. 20-

4lS BXPLIClTIOlf

Si la reoonnoissance envers Dieo est oneoUigalion imposée à tous les gommes , combien n*7 sont pas plus strictement as^rei^ts ceux que» de l'état du péché , la miséricorde divine a Sut passer à Tétat de grâce; qui» d'ennemis de Pieu» ont obtenu de redevenir ses amis» et qui , couverts précédemment d'une lèpre hideuse »

ont eu le bonheur d'en être délivrés ! La renaission d'un seul péché » est une grâce » qu'il est au'^dessus de notre pouvoir de reconnoitre convenablement. Nous jugeons qu'un bienfiiit doit être d'autant plus vivement senti » qu'il a été moins mérité. Quelle estime ne devons-nous pas faire de celui delà réconciliation dont nous nous étions rendus aussi indignes? Nous avions provoqué la colère du Seigneur» et c'est sa clémence qui nous a répondu. Il a opposé à nos outrages le plus grand des bienfaits ; il a été plus miséricordieux encore que nous ingrats.

Quel titre avions-nous à cette immense &veur ? Quel droit à cette préférence ? Pourquoi avonsnous été les heureux objets de la miséricorde» plutôt que tant de malheureux qui sont les victimes ck la justice? En pensant avec ejQfroi à leur déplorable sort » songeons qu'il eût pu être le nôtre. Où serions-nous maintenant» si Dieu eût exeroé ses droits sur nou^, comme sur eux? Combien de misérables déplorent» dans des tourmens éternels » des offenses moins graves que celles dont nous nous étions rendus coupa*

DSS ÊTANGILKS. 4^9

bleft? G*est de cet affreux abtme que la bonté dirine nous a retins. La main qui eût pu s'appesantir sur nouS, nous a soulevés; au lieu de nous précipiter, conimenous l'avions mérité, eHe nous a gui^s dans les sentiers de la péni^ tence; de l'attente effrayante des pHis horribles tourmens , nous sommes passés à l'espoir d'une félicité qui excède toutes nos idées. Voilà ce que, de plus que les autres , nous devont à la Bienfaisance divine. Chacun des péchés doBt elle nous a délivrés, a augmenté notre dette envers elle d'une somme immense. Nous âommes par nous-mêmes incapables d'y sati»jfoire; tout ce que nous avons , tout ce que nous èommes, est insuffisant pour nous acquitter.

Mais telle est encore cette Indulgence infinie « qu'elle daigne se contenter du peu que nous pouvons; elle reçoit en paiement nos efforts, et jusqu'à iios désirs de la payer. Aurions-nous le dBur assez dur pour n'être pas sensibles à des bontés si étendues , si multipliées de la part de Dieu , et sPpeu méritées de la nôtre ?

Nous voyons dans 4e lépreux de cet évangile, le modèle d'une vive et humble reconnoissance. Arrivé devant son Bienfaiteur , il se prosterne à ses pieds, le visage attaché à la terre. Il connoit l'Impuissance d'exprimer ce qu'il sent-, de rendre ce qu'il doit; il n'a encore rien dit, tous les assistans l'ont entendu; il n'a rien dit, mais iapotknpe dit plus que sa bouche ne pourroit

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articuler; son silence parle pour lui. L'admira tion^ le respect» la recpimoissQnce. tiennent long temps sa yoix étoulTée : enfin la parole lui est rendue, et c'est pour faire éclater les traos^ ports de sa gratitude. A ces t^its reconnoiss^ns-nous la nôtre? Ne devrions-nous pas être aaMoesse prosternés aux pieds de Jésus-Christ» nous qu'il a si souvent guéris d'une lèpre plu^ honle«se et plus funeste ? Notre vie ne de?roit-<» elle pas être une continuelle action de grâces ? ..Si n'est-ce pas un grand sujet de confusion -, de voir combien nous seftunes éIo%nés de œ que nous devrions être ?

Or, cet homme étoU um SamarUmn^ Jénts li/U dit : Tous les dix ne sont-ils pas guéris ? qu sfmt donc les neuf autres ? Il ne s'est tt'ouvé q4^ cet étranger qui soit revenu » et qui ait rendu gloire à Dieu. Nous voyons ici l'em^ blême d'une vérité bien déplorable ; c'est que la véritable reconnoissance est extrêmement rare p^rmi les hommes. Dix lépreux isont guéris; un seul vient rendre grâces. Il ne faut p#s^ croire que les neuf autres ^ssent absolument insensibles au bienfait qu'ils venoient de recevoir; pour bs croire entièrement dénués de gratitude, il faudroit leur supposer des cœur^ d'une inconcevable dureté. Mais ce sentiment n'étoit ]^ dans çux, ,ce qu'il devoit être. La joie l'c^por* toit sur la reconnoissance; ils sentoient plus vivement le bonheur q^e le bienfait; ils étoient

Des iTâKGII^BÇ. 4^1

plus enopressés d'aller se raoiHfer mm prêtres» que de venir se jeter aux pieds de Jésus; et d'être rétablis dans leur état de citoyens ; que de remercier celui à qui ils le dévoient. Con^ sidérons ce qui se passe journeHement dans le inonde, et peut-être dans nous-mêmes. Ali moment » où on reçoit un.bienfait, on se s^nt Tame émue ; on se dit pénétré de reconnaissance » on le croit peut-être : mais ce qui montre qn^elle est bien peu profonde, c'est qu'«prè8 un peu plus f un peu mioins de temps , elles'affoiblit graduellement , et finit par se dissiper tout-à-fail. C'est surtout envers Dieu <|d'elle est bien légère. On^voit à l'époque des solennités pascales, à l'occasion d'une mission, d'une retraite , des pécheurs guéris de leurs mortelles infirmités; combien peu Jésus^Cfarist en voit à une fête suivante, revenir au pied derses autels, lui rendre leurs actions de grâces ? Sur dix , à peine en aperçoit -il un seul'; et il pôurroit dire encore : Les neuf autres , ou sont -Us?

Les affaires, les tracas, les dissipations « les plaisirs du monde , leur ont déjà fait oùbKer la grâce qu'ils ont reçue , péat-être la leur ont &it perdre ; non seulement la reconnoissancé est éteinte, noais peut-être déjà l'ingratitude a éelaté. En nous examinant, ne trduverons-nofis pas que c'est là l'histoire de notre cœur ? N'a vons*nous paâ à lui reprocher ies-trlternatlves ooatinuclles. de contritions et de rech&tear, et

4ti nrucàtioff

det pikêag«s firéquens d'une recoimoiéetiice légère à une ingrftiitude formelle ?

Seroik-il donc nécessaire de nous excita à ce sentiment que nous dcTrions trouver tout formé dans nous , auquel tout nous porte , que noua éprouTons naturellement et comme involontairement ? L'Auteur dfi notre nature a placé dans nos cœurs la reconnoissance , pour neas atta^ cber plus fortement à lui ; son intention a été que nous lui fussions unis par le double lien de ses bienfaits et de notre sensibilité : et comme il vouloit être notre plus grand bienfaiteur, il vouloit être l'objet de notre plus abondante gratitude. Mais nous , par une interversion d'i^ dées, aussi inconcevable qu'elle est funeste» trompant les vues de sa sagesse , abusant des dons de sa nûsértcorde, nous nous permettons d*étre ingrats uniquement à son égard. Noua rougirions de l'être envers les homm^; nous flous piquons d'une vive reconnoissance pour ceux dont nous avons reçu quelque bien; ih>us exagérons celle que nous ressentons; nous feignons celle que nous n'éprouvons pas» L'ingratitude est vis*-à-vis des hommes » le vice le plus odieux, le plus méprisé, le plus bas; cesseroit* elle d'être tout cela , quand elle s'adresse à Dieu? Celui de qui pous tenons tout , seroit-il le seul à qui nous ne dussions rien ? Loin de nous des pensées aussi déraisonnables et aussi crinaijieUes. Pour «oiis entretenir dans la prati«-

que de.ce de?oir qui e$t ci important, et qui deyroit nous être clier, rappelons souvent à notre mémoire to|iit ce que» dans le cours de notre yie , tfous avons reçu de Dieu ; rendons* en grâces fréquemment, et dans les termes les plus affectueux que pourra nous fournir notre* sensibilité; animons nous par l'exemple de tant de saints si vivement pénétrés de ce sentiment. Contemplons notre divin modèle lui même»

iaisant précéder presque toutes ses actions de raction de grâces : il n'a voit à remercier 4^ rien» lui qui tenoit tout de lui-même, et qui possédoit tout par la nécessité de sa nature; mais c'étoit pour nous qu'il le faisoit. Il vouloi|t nous instruire » et nous faire sentir l'obligation d'exprimer à Dieu notre, reconnoissance; U voulôit de plus que nos* actions de grâces étant unies aux siennes » en acquissent an prix qu'il n'est pas en notre, pouvoir de leur imprimer : il donnoit à notre reconnoissance tout à la fois la leçon» l'encouragement et le mérite. Ne croyons pas cependant qu'elle doive se borner h de vaines protestations , à de simples effusions de sensil>ilité; c'est surtout par nos actions qu'elle doit se manifester : faisons la volonté de Dieu» ce sera le témoignage de notre gratitude le plus agréableit ses yeux. Considérons que» par noi pécbés » non seulement nous offensons le bien* faiteur le plus tendre» le plus généreux; mais que pour Toffenfer nous noy» serTons de iea

4^4 fiXPUCATION

bienfiiUs; qiie nous tournoDs contre Iui,8es pro^ près dons, et que nous employons k l'outrager^ ce qu'il nous avoît donné pour Thonorer.

Remarquons sur quoi porte le reproche que fiiit le Sauveur aux lépreux : ce n'est pas sur ce *qu^k ont manqué de revenir le remercier, c'est sur ce qu'ils ont omis de rendre gloire à Dieu. Ce qui lui est personnel ne le touche pas; il n'est affecté que de ce qui concerne son Père. Si c'est im devoir dans celui qui reçoit un bienfait d'êtve reconnoissant » c'en est un dans celui qui l'accorde de ne pas étl*e ému par l'espoir d'exciter la reconnoissance. Si vous iaiies du bien, ék le Sauveur , à ceux qui vous en font , quel sera voire mérite , puisque les pécheurs font de mette? Faites du bien n'en espérant rien ( i ). Des motifs d'un ordre supérieur doivent exciter notre* bienfaisance. Dieu qui nous la prescrit, veut en être Tobjet , et daigne en^ être le prix; et comme c'est pour lui que nous devons &îre du bien , ce n'est que de lui que nous devons arHendré le retour : toute autre récompense est an-dessous du chrétien; nous cessons de mériter de lui , dès que nous nous rabaissons à un autre intérêt. Et que peut ajouter la reconnojssance des hommes- à la qualité des œuvres X{ue nous foisons en vue de Dieu? Au lieu de la

(i) Et SI benefeceritis his qui vobis benefaciunt , qux Vobift ^stgiratfaj sîquidera et peccâlores. hoc faciunt ?..... Benefacite. . . . nibil indè spârsntes. Luc. ▼! . 38 ee 35.

désirer 9 il suroît» et plus noble, et plus avântageu;c de souhaiter leur ingratitude.

Mais si l'insensibilité de ceux que nous ayons obligés ne doit pas nous affliger » nous ne devons pas non plus être indifférens à leur ingratitude envers Dieu. Gomme c'est de lui principalement qu'ils reçoivent le bien que nous leur

faisons , nous devons les porter à lui en témoigner leur reconnoissance : nous pouvons même en ce sens nous affliger de leur ingratitude envers nous , non po'ur notre intérêt , mais pour le leur ; non parce qu'ils nous font tort , mais parce qu'ils se nuisent à eux-mêmes; non parce qu'ils nous manquent , mais parce qu'ils désobéissent à Dieu. La pratique à cet égard est extrêmement délicate ; c'est la charité seule qui doit nous animer , et nous devons craindre que l'amour-propre n'emprunte ses principes et son langage. Dans cette circonstance , il faut employer toutes les précautions pour que notre intérêt ne soit ni ne paroisse être notre mobile.

V Le divin Sauveur nou^ fait encore observer que le seul des lépreux gi^éris qui soit venu témoigner sa reconnoissance , est un étranger , un Samaritain. Ainsi , nous voyons souvent pé; cher contre cette belle vertu, ceux qui devroîent en être le plus pénétrés. La multitude des bieqs qu'on a reçus, seroit une forte raison de s'y montrer plus sensible; et c'est au contraire trop souvent cette abondance qui cause l'insen-

4s6 EXPUCATIOK

sibilité. On 86 (ait une habitude dé les recevoir^ à force d*en avoir , on oublie que ce sont des grâces; on se persuade qu'on y a droit; et oa imagine acquérir à titre de justice, ce que Ton obtient par une faTéur singulière. Accoutumés aux bienfaits divins , les Juifs aroient fini par s*iinaginer qu'ils leur ëtoient dus ; nous voyons les lépreux /même de cette nation , regardant leur guérison miraculeuse comme accordée à titre d'enfans d^Abi'aham» négliger de venir en remercier. Mais nous voyons un exemple contraire dans l'étranger : il reconnoit combien •on état de Samarilain devoit l'éloigner des fa-* veufs du Fils de David; le sentiment de son indignité anime celui de la reconnoissance.

Après avoir considéré ces lépreux si diversement aifectés , retournons nos regards sur nousmêmes; examinons dans laquelle de ces deux classes nous nous trouvons. Combien d'entre nous /se familiarisant avec les bienfaits de Dieu , en usent comme de biens qui leur sont propres» jouissent des dons de la grâce comme de ceux de la nature , les regardent comme un ordre de chose ordinaire , réglé et constant» et ne pensent pas plus il en témoigner leur gratitude, qu'à remercier Dieu du retour de ce soleil qui revient chaque jour les éclairer ! Mais que peut-* U y avoir de plus gratuit que la grâce de Dieu? Son nom même l'annonce, comme l'observe le grand Apôtre; si elle étoit due à nous ou à nos

DBS iFANGILpS 4^7

QBUTres» elle cesseroit d*étre la |^rfice (i). Cornprenons» comme le SamariiaiQi combien nous lui sommes étrangers. Quel tiU'e ^vions-nous , par- dessus tant de peuples qui sont restés idola* très» au bienfait du Baptême? Quel éioit notre droit d'être préférés aux nations (^ sont assises .dans les ténèbres de rfaérésie» pour être éclairés des lumières de la vraie foi ? Par où avions-nous mérité ce don précieux de la réconciliation»

que tant d'autres moins coupables que nous n'ont pas obtenu? Ghrétiens-cathQliqiies ajustes ou pénitens » c'est la grâce divine qui nous a faits ce que nous sommes (2), Tout ce que nous avons pu acquérir de -mérites j fait partie des bienfaits divins. Nous en estimer dignes, seroit le moyen d'en tarir la source.

Puis il lui dit ; Levez vous , allez: car votre foi vous a sauvé. Est-ce que les neuf autres lépreux n'avoient pas eu aussi de la foi dans ta puissance de Jésus-Christ ? Est-ce que cette foi n'avoit pas été également la cause d^ leur guérison? Pourquoi donc est-ce uniquement le Sa- . maritain que sa foi a sauvé? Jésus-Christ nous apprend à distinguer deux choses essentiellement différentes» la guérison et le salut : la première foi qui obtient la guérison » et la conti • nuité de la foi qui opère le salut. Les neuf

(i) Si antem gratia, jamnon ex oper^us; alioquin çratia jam non est çratia. JUpin. xi. 6.

(3) Gratiâ autem Dei •um îd ^od sum. i. Cor» xy. 10.

4*i8 EXPLICATION

lépreux aroient été conduits par leur foi ait- -devant de Jésus-CErist^ et ils ayoient mérité par là qu^il les délivrâtde leur infirmité; mais ensuite, ce sentiment de foi auquel ils a voient du leur guérison » s^étoit évaporé : et^ soit retenus par Ja crainte des chefs de la synagogue , soit entraînés par des occupations ou des dissipations étrangères» Ils a voient négligé de venir relîrouverJésus-Chrîat. Par cette ingratitude ils a voient perdu le bienfait du salut qu'il ne tenoit qu*à eux d^acquérir* I^a lèpre de leur corps avoitélé dissipée; mais une lèpre bien autrement itmgereuse s'étoit attachée à leurs âmes. H^bs ! n'en est^tl pas de même partoi nous ? Combien de chrétiens ont été guéris de Jeu r lèpre spîjpî- ^ tuellci et no seront cep^idant pas sauvés ! Un mouvement de foi, ranimé dans leurs cœursi> les a conduits dans les tribunaux de la réconcbliation ; leurs regrets» leurs résolutions leur onl obtenu la rémission : mais à peine ont- ils perd<k ^ de vue le représentant de Jésus Christ, qui les . a voit absous en son nom , presqu'au moment oîi ils ont été délivrés dé leur infirmité^ leurs regrets se sont dissipés» leurs résolutions ont été oubliées. Les uns enchaînés par un vil res-, pect humain, préférant l'amitié des pécheurs, à l'estime des gens de bien , et redoutant plus les propos des^ hommes que les jugemeps de Dieu, ont craint de paroîlre convertis.; el^ofir se soustraire aux railjef ies des compagnons de

leur libertinage» se sont de nouTecu associés à leurs désordres. ï^es autres» séduits par les illusions du monde^ attirés par Tappât des plaisirs» emportés par reffervescei^Ge des passions » sont retournés aux yices qu'ils avoient abjurés. Au lieu de s'attachera Jésus-Christ» et de le suivre constamment comme ils s'y étoient engagés»

ils se sont éloignés de lui plus que jamais; ils n'ont paru qu'un moment dans les sentiers de la justice » aussitôt ils j^ont allés se renfoncer /dans les voies de l'iniquité. Poiuirent-ils raison*^ noblement espérer le salut» ceux qui y ont ainsi volontairement renoncé? Car» quel est celui qui sera sauvée Ce sera» et Jésus-Chrjst le dédare» celaj qui aura persévéré jusqu'à la fin (i ). C'est k l'extrémité de la carrière» que la palme est suspendue; c'est là qu'il faut aller la saisir : et» comme le dit le grand Apôtre» celui qui combat dans l'arène » n'est couronné qujaprès qu^il a I^ilimement copabdttu (2).

(i) Qui autem perseyeraTerit usque in finem, hic salvus erit. J^atth, x. aa.

(3) Qi^ certat in agone, non cpronatur ni|i l^fitimè certa<writ. ?.' Timothf 11. 5.

430 BXPLIClTl6lf

DU QVATOBZlfelIB^PIlf AlfCHX A^iBÈS Li PBKTECÔTE.

Impossibilité de servir deux màttres. Confiance dans la Providence.

Jà9V8 dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres; car ou il haïra Tud , et aimera Tautre; ou il s'attachera à Tun, et il méprisera Tautre. Vous ne pouvez aervir Dieu et la richesse. Cest pourquoi» je vous le dis, ne soyez pas inquiets pour voire vie , de ce que vous man« gérez, ni pour votre corps , de quoi vous le cou^vrirez. La vie n'est-elle pas plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement ? Considérez les oiseaux du ciel , ils ne sèmeart , ni ne moissonnent, ni n'amassent dans des greniers , et votre Père céleste les nourrit. Ne valez^vous pas beaucoup plus qu'eux? ^t qui d'entre vous, avec tous ses soins , peut ajouter à sa taille une seule coudée? Pourquoi aussi vous inquiétezvous de l'habillement? Voyez comment croissent les lis des champs» ils ne travaillent , ni ne filent; et cependant je vous déclare que Salomon» dajis toute sa gloire, n'a jamais été vêtu comme l'un d'eux. Mais si Dieu revêt ainsi

DBS ÉVANGILES. 4^1

une herbe de la campagne qui existe aujourd'hur, et qui demain sera jetée dans le four^ combien plus de soins il aura de vous, hommes de peu de foi ! Ne soyez donc point inquiets , et ne dites pas : Que mangerons-nous, que boirons-nous, de quoi nous vêtirons* nous, comme les païens qui s inquiètent de toutes ces choses ? car votre Père sait que vous en ;^vez besoin. Cherchez donc d*abord le royaume de Dieu et jsa justice, et toutes ces choses vous seront don-^ n^es par surcroît. ( Matth. vi^ 24 — ^^^ )

Jésus dit à ses disciples : Nul ne peut servir deux maîtres; car ou il hoir a l'un, et aimera l* autre; ou il s'attachera à l'un, €t me prisera Cautre, G^te maxime est une de celles qui soulèvent le plus l'esprit d'indépendance. Elle est cependant une Aq% plus importantes de la religion ; et elle devient de plus en plus frap^pnnte, à mesure qu'on Pexamtne avec attention, En la méditapt profondément, on y trouve tout le fond y toute la substance de la morale chrétienne. Dieu veut être servi exclusivement. Ce précepte étonne la raison , révolte la çoncupis- /ccncê. N'est-il donc permis dans notre %elijgion de servir aucun homme? Le service qe Dieu exige-t-il que nous secouions le joug de toute filtre dépendance, et que^ nous isolant abson*

^Jîi BXFLICàTION

lujsent de la société , nous n'ayons flua de commerce qu'avec lui ?

Non , sans doute , ce ne sont pas là les vues "de la Providence sur nous. En nous plaçant dan» le monde , elle a voulu que nous vécussions avec le monde. La sépawtion absolue du monde est une grâce particulière , et non un don général ; une vocation extraordinaire , et non une desUnation commune ; une voie où peu sont conduits , et où il n'est pas accordé à tous d'entrer; une exception , et non pas une loi. L'homme a élé créé pour vivre en société; il le sent au désir même qui l'y porte, au mouvement qui Tentraine vers ses semblables; et la religion, loin de combattre , fortifie encore et consacre ce sentiment de la nature. Elle resserre tous les oœuds qui unissent les homme» entre eu?^, et par le lien extérieur d'un culte comwjyin, et par le lien extérieur d'une charité mutuelle. Dès que l'ordre de la providence e^t qm|KM)US vivions en société, elle nous impose par cela même l'obligation d'en remplir tous les devoirs. La société ne se maintient que par la soumission aux supérieurs légitimes. Cette soumission fait donc essentiellement partie des préceptes divins. Quand nous ne lirions pas dans les saintes Ëcûtures le commandement d'obéir aux autorités de Torèfe temporel, nous devrions encore être -convaincus qu'il émane de Dieu. Mais écoutons celte loi sainte, protectrice de Tordre social.

"BBS iviiNfinriBs. ^5^

190M9 prescrire tpute» l|e« çubordmations (pn le maintiennent : FeixiHies » soyez soumises à v«s maris , comme il convient, dans leSdgneur (i). En&ns, obéissez ^ vos par^ens^n toutes choses; par cela est agréable à Dieu (s), S^epriteurs, obéissez ea tout à vos maitffos «selon U ^^hair, les servant, non parce qu^ib ont F^il sur vous, Xéàffime si vous i^ pensiez qu'à plaire aux hom* mes» mais dans la^simiplicité de votre cœur, et avec la crainte de Dieu (3). Sujets de -toutes les classes » assàjetjtissez-vous aux puissances éle^ irées qui vous régissent; car c'est;-de Dieu quo tiennent toutes celles qui existent. Soyez-leiiF 4o0C nécessairement soumis , jMm. seulement par Qraiiite« ; mais pa^'-qomcienoe (4) • Ainsi le service de vm maiMre^ tem|K^eIs« lo&a de con^ trarier te .se^vioe exclusif que nous devons à Pieu » en e^t june partie esêseatieUe. En faisant 4$ qu'Ms noustCpmmaAdeni, nous n'en&eîgBoas pas » au -contraire , nous accomplWsons sa lou Xe soldat sert son.sojutvQrain-^ en obéissant aux

lu^ ColoM,ii^, 1-8. ' , «

(2) Filfi, obedite {i^rentibiia.pter f jnnia j hoç «nimplaqUais^ ist in lk>]ûam6,Ibid,iio»

' (3) Servi, dbedite per onmla domima camaBbas, non a<l ^ocMlnm «ernenltt , iquasi »hoiam&itt , j^centes, .sed in sunidicitate cordis , tvomites .Deum, Jt^ùi^ ^%,

(4) Omnis anima potestatibus -s^blimiorlbus subdita $it i non est enim potestas nièi à Deo : ({ux antem sunt, à Deo oi^

llmaUe-9ant// Idéô necéé&itflietiibdiâ estdte non soliim

pr«pteriram,8edetiafa|nr«pt9Cpii«ci«ntiaBi. Bom,xiu,AtB

434 mruciTioif

chefii qu*il lui a donnés; et le olirélîen sert son Dieu» quand il se soumet aux maîtres qu'il a placés sur sa tête»

Après avoir exposé en quoi ne consiste pas le prétexte de seryir Dieu seul et exclusivement, examinMs en quoi il consiste. Nous trouvons qu'il nous impose deux obligations principales* La première est » que le service de Dieu soil notr# premier» notre principal objet; que tout autre service lui soit subordonné , et que nous soyons disposés à lui faire toute espèce de sa-^ orifices. La seconde» est que noiis rapportions au service de Dieu tous nos autres services , et que ce soit en vue de Dieu» pour lui obéir et pour lui plaire» que nous les rendions. Dieu est notr^ premier mattre; son service est donc notre premier devoir. Dieu ^t » à proprement parler» notre seul maître s 'tous les autres services doivent donc être des émanaltoBs dq sien » et avoir le sien pour principe et pour but» Développons eesd eux vérités essentielles, . Il ne fiiut pas un §^nd effort de raison pour reconnoltre» en spéculation» que notre plus p^deux Intérêt étant de plaire à Dieu » notre oc-^ cupation principale doit être de lui obéir. Mais il faut .un bien plus grand eflbrt de vertu pour suivre » dans la pratique » toutes les copséquen-^ ces de pe principe, Il n'y a que celui qui a entièrement secoué le joug de 1^ religion » qui ose dÎN : Le Seigneur ne me verra pas , le Dieu do

SES éVANGILBff. 4^5

Jacob ne connoitra pas mes actions (i) Mais une erreur bien plus commune dans le sein de TEglise» et que Ton voit même trop souvent dans les personnes qui se piquent de régularité , qui en ont tout l'extérieur, et dont, parconséquent, l'exemple est plus contagieux , est de préten^ dre allier, et faire marcher de front le service de Dieu et celui du monde. On a la prétention de remplir tous les devoirs que Dieu impose, et en même temps la volonté de jouir de tous les plaisirs que le monde présente. On imagine se pénétrer dans Tintérieur de l'esprit de Dieu, et porter dans les sociétés l'esprit du monde. Alternativement recueilli et dissipé, on passe continuellement du lieu saint au spectacle , de la prédication aux divertissemens. Pieux ou licentieux, selon le lieu où on se trouve, de la même bouche on récite dans régUse des prières» et dans les cercles on tient des propos libres. Charitable ou méchant , selon les personnes ^ on répand d'un côté les aumônes, de l'autre dés médisances. On voudroit se donner devant Dieu le mérite d'une dévotion exacte, et acquérir dans le monde la réputation d'une vertu indulgente. Enfin , on fait strictement ce qu'on croit nécessaire pour ne pas déplaire à Dieu, et. on fiiit entièrement tout ce qu'on juge utile pour

(i) Et dizoriint : Non videbit DominiM, nec intelligct DecM Jacob. P^aUn, xcui. 7.

43& BXPLICATIOir

plaire au moade. ComlHen ne vojons-ndus pai^ autour de nous , de piété de ce genre ! Et, sans porter des regards maliÉs sur ta conduite 4u pro- ^in , combien de reproches semblables n'a* ▼ons- nous pas à nous faire ! Combien de fois ne Ta pas emporté » dans nous, l'attrait du plaisir, Mir l'impulsion de la ^âce; le désir de paroltre aimables dans le monde , sur celui d'être aimés de Dieu ; la crainte des jugemens humains, sqr celle des jugemens célestes !

C'est cette funeste disposition que Jésus- Christ combat : Nul ne peut servir deux maîtres. Et observons la raison qu'il en donne : 6'est qu'il est impossible de les aimer tous les deux. Dieu veut être servi par affection. Notre amour est une partie essentielle, il est même la partie principale de. son culte. Ce n'est pas servir Dieu que de ne pas l'aimer; ce n'est pas l'aimer qoe d'aimer un autre objet en concur^ pence avec luL Disons plus : il est impossible d'aimer un «utre objet également. Il n'est pas dans la nature de notre cdeur, de se tenir entre deux grands attaehemens datis un équilibre par* Ait. Il dc^nne nécessairement une préférence , et , par là même , il a une prédilection pour Fùn «des deux. Cette vérité devient plus frappante encore , si le3 deux objets que l'on prétend aimer au même degré , sont opposés l'un k l'autre. Nous ne pouvons pas chérir paiement deux contraires : nous ne pouvons pas sen«ir

DES iVANGILESk 43 7

àifec la mêùie fidélité , deux maîtres qui uouf imposent des devoirs iocompatibtes. N^ti» il n'y a pas d'illusion plus absurde à la fois, eK plq^^ fatale , que de prétendre se partager entre eè que Dieu commande, et ce qtie le monde exige, et que d'imaginer faire un alliage égal ^ Tabnégation et de ta cupidité , de la mortifica* tion et de la sensualité» de l'humilité et de là Vanité. Nous ne pouvons avoir qu'un Dieu. If., aous faut indispensablement faire um <rf>eix entre le Dieu de l'Evangile et l'idole du monde Celui qui a notre prédilection > c'est là véritablement notre Diètl.

Ne croyons pas cependant que tout attachement terrestre nous soit interdit. L'amour du prochain nous est formellement prescrit; et les^ sentunens du sang et de l'amitié, loiîri de nou»^ être défendus , nous sont positivement recommandés. L'amour de la créature n'est pas coupable par lui-même; il le devient dès qu'il balance l'amour du Créateur. Dieu veut être aimijé par-dessus tout^ et c'est ici où malheureusement il est facile et commun de se faire illusion. Enclins, comme nous le sommes, à juger b^ vorablement de nous-mêmes, nous croyons souvent notre amour pour Dieu fort ardent, quand il est extrêmement tiède» et notre amour potÉr le monde, 1res foible, quand il est fort vif. C& que nous reconnoissons être juste, nous imaginons le sentir. Notre esprit abuse nptr^ cœur,.

tel nous prenods le raisonnement pour du sen* liment; mais nous avons deux moyens de sortir de cette erreur, et de nous assurer quel amour est dans nous le dominant. Le premier est d'en juger par les effets. Lequel de ces amours l'emporte dans le conflit? Quand Fin* térét de plaire à Dieu et l'intérêt de plaire à l'homme sont en opposition , lequel des deux nous détermine ? Sommes-nous attirés par l'un ou entraînés par l'autre ? Hélas l combien d'hommes , à cette épreuve délicate » doivent juger que Dieu n'occupe pas, dans leur cœur, la. place principale ! Le second moyen est de considérer si nous sommes dans la disposition de faire à Dieu , s'il l'exige , le sacrifice de nos plus tendres affections. Ce sacrifice n'est pas toujours nécessaire dans le fait; mais il l'est dans la volonté; et nous sommes tenus de les réaliser» quand les objets de nos attachemens nous détournent du service de Dieu. Arrachez» nous dit>il , votre pied » votre main » votre œil , s'ils vous deviennent des causes de péché (i).

Ces principes» sur le service respectif de Dieu et des hommes , sont , tout à la fois » et le fondement , et la limite de notre soumission aux autorités de la terre. Nous sommes assujettis à leurs ordres » tant que leurs ordres ne sont pas

(i) Si autem manos tua, Tel pes'tnus scandalizat te, abi-

cide eum , et projice abs te et si oculua tuus scandolixaf

te, erue enm , et projice abs te. Matth. xyiii. 8 et 9.

DES iTANenES. 4^9

Contraires à celui de Dieu. Mais dès que leurs lois sont en opposition a?ec la lot divine , aussii&t» ayéc leur pouvoir, expire noire d[>éissance« Toujours également soumis sur tout le reste , nous devons opposer à leurs commandemens irréligieux » nèn l'insurrection ^ mais la résistance passive; non la révolte > mais le martyre. Souverains de ce monde , vous que l'Ecriture appelle les dieux de la terre (i), et dans qui nous révérons les images et les ministres du Dieu du ciel » ne soyez pas jaloux de la préférence que uous donnons, à ce Maître suprême qui est aussi le votre. L'intérêt même» bien entendu de votre autorité , demande que nous la fassions céder à celle de Dieu. Oui , vous avez un intérêt plus grand à maintenir parmi vos peuples la soumission à la loi divine , qu'à vous faire obéir vous-mêmes contre cette loi qui vous protège. Celui qui a le courage de vous désobéir pour conserver sa foi » vous donue^far là une preuve, que , sur tout le reste , il sera votre sujet le plus soumis. Sa résistance vous est un garant de sa fidélité. Que pouvea-vous espérer au contraire de celui à qui vous aurez fait abandonner sa religion ? Qui vous sacrifia son Dieu , est tout prêt à vous abandonner à votre tour. Il ne lui manque qu'un intérêt. Vous l'avez familiarisé à la trahison; une de plus lui coûtera-t-elle

(i) Eco dixi : Dii cstis, et filii exce!si omnes. PsaJm^ MXXI. 6.

4%'a^ cxmcATioN-

beaucoup? Bois, respecte* le foBdemeBt le

plus solifle dh wm trônes ; la eonsctence de ro»

sujets ; et pour qu'il» rmtent fidèles à votre an*

torité , 4é$\nk qu'ilsie soient à cekn dont elle

ésBane.

Non seuiemenl Dieu doitélrerob)6t prind*pal qui domine nos afièctions, nos oMisMmees;: il doit étve le motif qui les a wi me , le bnt a«qaot elles tendent. Non seuleibeni nos autres ser^ ▼ices doivent être sdiiordoBoés au sien» il»

dofvenl encore kii être rapporlés* Ce P0[^M>r^ 4n toules^nos actions à Dieu &t, dans sa loi » non pas un conseil , mm un précepte. Ce n'est pas qu'à duicoDe de nos actions nous soyonsobligés de penser fomellement à Dieu pour lot en ftiire ToiTrande; une attention aus^i continuellement soutenue n'est pas Ans la nature humaine , par conséquent Dten ne Texige pas.

Pious espérons d'en jouir fm jour, de cette con<» templation perpétuelle de notre Dieu. £lle sem la récompense de nos travaux , lorsque réunis» à lui dans le séjour de la gloire , el le considé* mnt &ceà lace, rien ne nous distraira plus du bonheur de le eontenq>ler. Mais dans cette triste vie» notre esprit , chargé du poids oi|éreux d'un corps qui le rabaisse sans cesse vers la terre ,l ne peut pas se soutenir constamment à la hau«< teur des méditations célestes. La grâce l'y élève par intervalles; sa foiblesse l'en fait toujours retomber.. Les moti& religieux l'jr ramènent;.

BBS ÉFAtnsit^s; 44^ '

lés objets mondains l'en détonraent. Dans ces alternatives continuelles que nons ne sommes pas les maîtres d'empécber, parce qu'elles tîen*lient à noire nature actuelle » bous ne pouvons^ pals rapporter à Dieu formellement et en particulier chacune de nos actions; mais nous pou- TOUS les lui rapporter toutes en général. U nous est ÎH^ossible de répéter ài chaque moment W actes de notre offrande; mais nous pouvons les rappeler fréquemment. Ce ne sera jamais un exercice continu et sans cesse renouvelé; mais ce peut et ce doit être un état^idbitueU . une disposition permanente de notre esprit.

Une pratique salutaire à cet égard est d'offrir à Dieu au commencement de la )ouniée , les l^c-r tions^ qui doivent la remplir.

Fûtu ne pouvez pas servir Dieu et la ri^ chesse* Après avoir établi le principe général^ qu'il est impossible d'être en même temps au. service de deux maîtres , Jésus-Cbri&t en fait l'application à un maître particulier, qui est l'ar mour des richesses. Entre les attacheqaens humains , celui des richesses est en lui-ménpie un des plus dangereux; il est même le plus, com-» mun de tous. C'est que la cupidité de l'argent se mêle constamment à toutes les autres pas«sions, par le besoin qu'elles en ont pour se satisfaire. C'est avec l'or que le libertin paie sesplaisirs , que l'ambitieux ourdit ses intrigues , que l'orgueilleux étale son luxe , que l'intempé-

44< BXPLICATIOlf

mot atsouTk sa Voracité. La poursuite ardento des richesses est commune à Tarare et au dissi* pateur : à Tun par passion» à l'autre par besoin. Mais dans tous les deux » elle détourne les biens de la terre , de l'objet pour lequel la Providence les a créés» et dès-lors elle est coupable. Qqe ce soit pour l'amasser , ou pour la prodiguer» que l'on recherche arec avidité la richesse » de» qu'on en fait son objet principal , Dieu a cessé de Fétre. En s'attachant à son service » on quitte le service de Dieu.

Deux considérations puissantes doivent nous détourner de eet attachement si indigne d*un chrétien ; l'inutilité des richesses et leurs dangers.

Si la parole de Jésus Christ est véritable, qu'il n*y a qu'une chose nécessaire (i)» tout 'ce qui n'y conduit point n'est pas digne de nous occuper. Quel est en effet le résultat de tous ces biens après lesquels nous soupirons ? Après en avoir joui pendant un peu de temps » que nous en reste-tnll ? Tout ce que nou3 possédons ici bas, nous abandonnera un jour. La mort nous en dépouillera. Nus nous sortîmes du sein do notre mère » nus nous y retournerons (2).. Les irésors que nous avons amassés , nous ne les emporterons point» ils ne descendront point

^i) Porr6 unum et nccessarium. Luc. x. 42.

(a) Nudus egrestus sum de utero mâtris me», et nudus r«vertarilluc. Joh' i. a|.

DXS éTAKGILB6« 44^

dans noire tombeau ^i ) . Nous les laisserons suspendus au-dessus du gouffre ob nous nous précipiterons; d'autres viendront les y saisir, el s'engloutiront à leur tour. Et qui de nous peut même être assuré que , pour le quitter, sa fortune attendra la mort ? Combien d'accidens divers peuvent à chaquemomentrenpriyer!¥oye;e les richesses , dans une mobilité continuelle » ne faire que passer de maip en main. Cette perpétuelle circulation qui les &it espérer à tout le monde , est précisément ce qui devroit en dé* goûter. Comment peut-on placer son bonheur dans des jouissances aussi incertaines , aussi précaires , où la posse^ion d'uù moment ne peut garantir celle du moment suivant? Les seuls trésors impérissables , ce sont les trésors de vertus. Leur seul dépôt inviolable , c^est dans le ciel qu'il est placé. C'est là , nous dit le Sauveur, qu'il faut amasser. Là, notre trésor ne court le risque j ni d'être rongé par la rouille ^ ni d'être enlevé par les voleurs (2). Là , nous le retrouverons tout entier, quand tous lès autres seront anéantis pour nous.

Et pl&t à Dieu encore que les richesses ne

(1) Quonlam ciim interierit non sumet omnia , neque des» cendet cum eo gloriaejus. Psalm. xltiii. 18.

(3) Nolite tbesaurizare vobis thesauros in terra , ubî sra- ^, et tinea demolitur, et ubi fures eflbdiunty et^irantur. Tbesaurizate autem vobis tbesauros in cœlo , ubi neque xru- |»o, neque tinea demolitur, et ubi fures non efibdiunt, née furantur. Matth, ^i. 19 et ao.

444 nFLIGÂTION

fuMeol qulnutilÀs l Qui de nous igoore le 1er* rible oracle sorti de la bouche du SauFeur» swe IWrèiDe difficïulté du salut des riches (i). Sod inteniioii n*est pas, saas doute, que nous T^teu*dioDsHttéraieiiieDt.Non^le salQt d'un riche n'est pas impossible. Les richesses peuvent même en devenir un mtjem C'est leur usage qui en fait le vice ou le mérite. Ce qui est incompatible avec la profession chrétienne, ce que Jésus - Christ condamne Ibrmellement , c'est la soif de la richesse» c'est l'aUachenient^immod^ré ji bi^ richesse. Ce n'est pas 4a pauvreté qu'il prescrit, c'est rèsprit de pauvn^ Il ne tient qu'aur riche de se sanctifier par le détachement det son cœur^ et le pauvre p«it se perdre par l'immodération de ses désirs. Mais si l'abondance, peut être un moyen de salut, on ne peut se dissimuler qu'elle en est presque toujours un^.^ obstacle. Là , les dbsipations sont, plus multipliées, les occasions plus séduisantes , Jes goûtsplus ardens , les passions plus animées , les tentations plus £[>rtes. A chaque pas on rencontre des attraits qui engagent au péché, descorruj^ teurs qui le préparent, des flatteurs qui le justifient. Effrayés des dangers qui environnent de toutes parts sa splendeur, Salomon , que la richesse n'a pas encore corrompu , demande an jScigneur de le placer dans l'étot heureux oit^^^

(i) Faciliufi estcamehim per foramen acû» taranskre, quàm . dèritem intrare io regi^am cœlonim. Matth. xix. a4*

Ton voit encore aujourd'hui leplcrs de vertus zv dans, cette médiocrké cil Ton ne court ni les* ri9i}tteft de Tc^ulence, ni ceux de la misère; oh l'on n*est exposé ni à la tentation de mécon^ x|0ttre Dieu,. ni à cellea. de murmurer contre^ I^i (i). Riches, ne désespérez pas; et levant les yeux vers lè ciel , contemplez les saints qui. srj sont élevés par Tiisage chrérïei) de leur.for-. ^ tune. Mais pénétrez-vou9- d'une salutaire ter-^ reur, en retournant vos regards vers l'enfer^et en ;Considéraat la multitude hic» Autrement nombreuse de ceux que la richesse y a plon<*r

C'est p(Hir^uoif,je vour te dis, ne soyez pasi mifuleti pour votre vie de ce gue vous mange-, rez, ni pour vo^e corps de qu^i vous le couvrir rez, La vie n'est^elle, pas pins tf^e la nowriture ,^ et le corps plus que le vêtement ? Considérez les oiseauso du ciel : ils ne sèment, ni ne moissonnent, ni n'amassent dam des greniers f e^; votre Père céleste les nourrit Ne valeg^vous pa9\ beau/coup plus qvLeuçç? Et. qui d'entre vous avee^ toujs ses soins peut ajouter à -sa taille une seules coudée?. Pourquoi aussi vous inquiétez^vous dé- C habillement? Voyez comment croissent les lis^ des champs, ils ne travaillent, ni ne filent , et cepemdamit Je vous déclare qm Salomon dans toute

(î) Mendicitatem, et divîtias ne dederîs mihi, tribue tan-* tlwA -^ctui mtù necestaria , nè^fbrtè satiatos illkiar ad negandfitti, et dk»m : Qj^ûs pémin^? aui egestate ooxu^ulsus ùk-^i rer, et perjurem nomen Dei mei. Proverb, xxx. 8 et 9^

446 BXPLICATION

ia gloire via jimais été vêtu comme Fun (feux. Mais si Dieu revêt ainsi une herbe de la campagne, qui existe aujourd'hui, et qui demain sera jetée dans le four, combien plus de soin il aura de vous, hommes de peu de foi ? Ne soyez donc pas inquiets , et ne dites pas : Que mangerons-nous, que boirons-nous, de quoi noue vêtirons-nous , comme les païens qui s'inquiè-^ tent de toutes ces choses; car votre Père sait que vous en avez besoin. Ces paroles du dirin Sauyear , préftentent une prohibition el un commandement. Il proscrit le soin inquiet des be* soins temporels , et ordonne la confiance dans la ProTidence. Il nous importe beaucoup de connoitre la juste étendue de son précepte > et de savoir en quoi consiste précisément ce qu'il défend et ce qu'il ordonne.

Il ne faut pas croire que Jésus-Christ nous interdise tout soin des choses nécessaires à notre vie f toute occupation pour nous les procurer. Il y a entre l'homme que Dieu a créé à son image , qu'il a doué d'un esprit intelligent, d'une volonté libre» et les êtres physiques qui composent la nature , une différence essentielle. Tous ces êtres , dépourvus de raison , reçoivent de Dieu passivement la conservation qu'ils sont incapables de se donner. Il les maintient dans leur état par les lois physiques qu'il leur a imposées , et sans qu'ils y contribuent. Mais il veut que Fhomme coopère à sa conservation. En

DBS ÉVAKGILB&. 4^7

UDissant à son ame un corps matériel , il l'a chargé de pourvoir aux besoins de «son corps» jusqu'au temps où ii jugera dans sa sagesse à propos de l'en délivrer. Ii lui a donné en souveraineté la terre, et tout ce qu'elle contient , pour qu'il en retire, par des soins continuels et laborieux , toutes les nécessités de la vie. Ces soins ne sont donc pas opposés à la loi divine , ils 7 sont conformes; ils entrent dans les vues de la Providence; ils sont le moyen qu'elle emploie pour nous conserver. Nous en abstenir , seroit un mal; les prendre, est un devoir : devoir tout à la fois , et de soumission à la loi qui nous les prescrit , et de résignation à la peine que nous a attirée la faute originelle.

Mais s'il est un soin de notre conservation que la loi divine nous recommande , il y en a un autre qu'elle nous interdit; c'est le soin in^ quiot, l'agitation violente, l'occupation contpnuelle qui remplit tous nos momens , absorbo toutes nos pensées, et nous détourne de I'occut pation essentielle du salut. A ce vice si dangereux , et cependant si commun , Jésus-Christ oppose la coofiance dans la Providence qui veilla à nos besoins; et cette confiance renferme différens devoirs^

Le premier est de reconnoltre que c''est de Dieu seul que viennent tous les biens » les tem^ porels comme les spirituels. C'est lui qui distribue selon les vues de sa sagesse , et la rosée du

44% BXPUCiTIOU

ciel» et la graisse de la terre^ En tout genre» nous ne possédons que ce que nouj avons reçu de lui. La conséquence que tire le grand Apôtre de ce principe , est que nous ne devons nous^ glorifier d'aucun de nos biens , comme si nous ne les avions pas reçus de la munificence divine (i).

Du principe que tous nos biens viennent de Dieu » résuite une seconde obligation : c'est de les employer conformément à sa volonté. JU n'y a aucun de ses dons qui ne puisse devenir utile à l'accroissement de la religion , à l'avantage de l'Eglise , au bien spirituel ou temporel de nos frères. Il n'y en a donc aucun qui ne doive y servir; et nous sommes coupables» soit que nous les rendions inutiles , soit que nous les détournions à des usages étrangers.

Un troisième devoir envers la Providence, qui répartit entre les hojnmes les différons biens de la terre , est de ne pas nous affliger de ceux qui nous manquent » de ne pas soupirer après leur jouissance» de ne pas murmurer de leur privation , de ne pas porter envie à ceux qui les possèdent. Pensons que l'état où nous a placés t'Arbitre suprême des destinées, est celui qu'il a jugé le plus propre à notre sanctification. Un état plus opulent ou plus élevé eût» peut-

(i) Quid aatemhabes quod non accepitli? si autem acce» pi8ti,^d gkuiarit quasi oAn acceperâ? Omath. ir. 7*

DES tXkmiLESi 449

être , été pour nous un prihcîpe de ruine. Notre âme »'jiéroit'péis«u la force de résister à là séAHi&ticm -defii rk^hesses-» k l'ivresse des grah-^ d«urs.vIMeu sftît bien ihieux que nous ce qui eoniâeiit à m>lf^ uMure » à nos inclinations » à nos fiBieulté6./<3ombten de malheureux se sont p«rduA, pour a^ir vouki'imj^nden^nient sortir de l'état pour lei^uel la Frovidiènoe les avoit fait naître 1 - •

Nous devons Mfin à eotte Providenco bitfnfaisante ». dont l'œil safis^e^se ouvert sur nous ' ¥oit dABS l'avenir le plus -éloigné tous nos be^v soins» de ne pas nous inquiéter» nous agiter» n0us tourmenter des mayens de subvenir à no» tre subsistance^, et >c'est ce que le divin Sau- Teur nous recommande spécialement dans cet évangile* Il (rotive tout oiaturei que fes iiîfidèles' séîent dans une inquiétude eontinneUe sur leur ^ nom^riturè » sur leur vêtement. Ces hommes ne ootmoisseifl^ pas l'étendue innnense des bontésde la Providence et de ses ressources. Mais le^ disciple de Jésus^Gbrist sait qu'il adans les èieux un Père tout^puissant qui veille contihtiellement sur lui. H le voit conserver avec un soin universel tous ses autres ouvrages » fournir aux oiseaux Am ciel leur no^ritùre » rei^étir les fleurs des ofaamps de leur éclat. Il ne peut pas douter * quektwnéme» qui est bien plus préciefux aux* yeuxdeDieu»ne soit l'objet d'ime Sollicitude plus tendre enwre» etplus active ; et en trouvant dans '

4i0 <»UCiTtO!f

l*ErangiIe la parole positive , il se jette avec confiance dans les bras de cette Provideace » qui , Ta jaot placé sur la terre , ne Vj abandonnera pas. Il ne s'abstient cependant pas de travailler pour subvenir à ses besoins ; mais il n'attend que de son Dieu le fruit de ses travaux. Ainsi , il concilie la loi qui lui prescrit le travail » et oelie qui lui ordonne l'abandon à la Providence. Cest de Dieu qu'il reçoit ce qui lui est nécessaire; mais ses travaux sont le moyen par lequel Dieu le lui finit parvenir. Il tenteroit Dieu, s'il vouloit recevoir* de lui les biens temporels sans travail; il le méconnoitroit , s'il prétendoit les acquérir par le travail sans son secours.

Le vrai chrétien a donc le soin de sa subsistance; il n'en a pas l'inquiétude. Soumis à la volonté divine » s'il voit ihiclifier son travail , il rend grâces à la main qui. le bénit; s'il le voit rester sans effet» il adore les vues qui l'en priyent. Dieu connolt mieux que lui-même ce qui lur est utile. Ainsi , quand le bien qu'il avoit recherché dans son travail vient à lui manquer, il juge avec raison que c'est un autre bien plus avantageux qui y met obstacle ; et il reçoit encore celui-là avecreconnoissance. Supérieur aux prospérités temporelles , il en jouit sans attachement , et les abandonne sans regret. Gomme il n'étoit pas enflé de leur possession , il n'est pas abattu de leur privation. En les perdant » il n'a rien perdu; il n'a fait que les échanger contre

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d*autres plus précieuses. Chrétiens fidèles , tout pour vous devient un bienfait de la Providence. Ce que le vulgaire ignorant regarde comme ses rigueurs^ est, à vos yeux éclairés par la foi» des faveurs signalées. Quand les biens de la terre vous quittent , ceux du ciel tes remplacent. Ce que vous n'obtenez pas pour votre corps , votre êt^e le regagne avec avantage. En devenant moins grands aux yeux des hommes » vous le devenez bien plus aux yeux de Dieu.

Cherchez donc (f abord le royaume de Dieu et ia justice; et toutes ces choses vous seront données par surcroît. C'est ici la conséquence de tout ce que vient de dire le divin Sauveur. Ce qu'il nous est permis» ce qu'il nous est même ordonné de rechercher avec ardeur, ce qui doit être l'objet de notre sollicitude la plus active, de nos désirs les plus vifs , de nos travaux Ie9 plus empressés , ce §ont les biens célestes. Ce sont ceux-là qui forment notre richesse véritable; tous les autres ne sont que des biens imaginaires : notre richesse assurée; Dieu ne la refuse jamais à l'ardeur de notre poursuite:

notre richesse impérissable; elle ne mourra pas même avec nous ; et quand nous serons dépouillés de tout le reste ^ ce sera alors qu'elle commencera à faire notre bonheur suprême.

Déplorable interversion de morale et d'intérêt I tout de feu pour acquérir les biens de la terre, nous sommes tout de glace pour obtenir ceux

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du ciel. Nous rechercfaoBê avec activité, et dans une agitation continueUa, ce qui doit nous perdre ; et ce qui seul pourroit nous rendre infi* niment et éternellement heureux » loin d'être Tobjet de nos travaux , Test à peine de nos désirs , et l'est rarement de nos pensées^ Sortons de ce funeste égarement. Occupons-nous de ce qui seul est digne de nous occuper, du royaume de Dieu et de sa justice : du royaume de Dieu qui est notre terme : de la justice de Dieu qui en est la route : du royaume oix nous serons couronnés; de la justice par laquelle nous y parvenons. Travaillons maintenante acquérir la justice ,. pour arriver un jour au royaume. Dieu soutiendra nos efforts » et nous accordera , selon sa promesse , la grâce dans ce monde» et la gloire dans l'autre (i).

Quant aux biens frivole de la terre , ne craignons pas d'en manquer. Avons-nous connu quelqu'un que l'aumône ait ruiné ? Regardonsles comme un surcroît que Dieu pourra accorder à nos V(9UX'. Ce qui doit nous être utile , soyons certains qu'il nous l'accordera. Ce qu'il nous refusera » croyons qu'il le juge dangereux. Çans quelque situation que nous nous. trou* vions» adorons sa main toujours bienfaisante» soit qu'elle donne » soit qu'elle retire ; et disons

(i) Gratiam , et gloriam dahit Dominus. Psalm» lxxui. la.

DES .j^VAI^GILES. ^5Z

comme le parfait modèle de patience et de résignation : Dieu m*a donné , Dieu m'a ôté ; ce qui lui a plu a été fait : que son saint nom soit bé* ni (1).

(i),fiommiit dédit, PominiH abstulitj sicntvpommo placuit, ita factom e«t : sit nomen rDomini benedictam. Joii.

FIN VV TOUS TRpIÇlkMI^.

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