‹ Explication des évangiles des dimanches: et de quelques-unes des principalesChapitre 15 sur 18 · BES ÉV ANCHE · texte numérisé non relu

BES ÉV ANCHE

;^<nigir Je«c$ péchés, tl veut lesexpier par sa iBprtidçation. Il frappe avec force '^a poitrine, eomoie poii^ ^ punir liiî-méme de ses offensée. Sa prière e&t aussi humble» que celle du pharisien est arrogante.p Elle renferme, et Taveu modeste dç ser fautes , et la suppUcalion soumise du pardon^ VoiUi le modèle de notre péuiteuce et de nos prières. Qui de n6u$ osera se dire exempt de p^çhé? IJL resseeibleroit k Torgueilieux pfa|irisien. Nous avons tous offensé Dieu , et peut-être beaucoup plus grièvement que le publicain de notre évangile. Nous n'avonS qu'un asile contre la justice suprême qui nous menace; c'est la miséricorde qui daigne encore nous recevoir. Jetons-nous dans ses bras qu'elle nous tend. Jetons -nous-y avec confiance , non avec la confiance présomptueuse du phàitisien , mats avec k( confiance humble et iimide du publieainy fondée uniquement sur eelte bonté indul^ •gonte y qui désire plps que nous-mêmes noire êenverMon^ Portons à ses pieds r comme le piiblicain ,. une confession sincère 9 une douleur vive, une satisfeclion abondante^ et ensuifc attendons tout d'elle , et rien dfe nous*

Je vous déclare ^ue celui-ci s'en retourna Justifié i et non pas l'outre; car (fuiconqAe sé-^ lève sei*a abaissé, et quiconque s'abaisse seî*a élevé. Les setitimens diflerens de ces deux hommes font prononcer sut eut deux arrêts con* Praires. Uê s'en i^etourAent tous deux, l'un déli-

34 s . sxniTATxoA

▼ré du fatdehju dés pééhés » ràùlre'eliairgé ^tfûàk )>éché de pluaf. Teh sont , tt JèhiH GMàiUiM-^ clare/lés élTéti» dppdiés de rh^àfiKté et de f orgueil. Nous sdmoies nés pour la ghtiidètiih; ^hùus te sentons à rélétatiod de notre cœàk*, et la foi nons Fappt^d ; maïs O^est par llHiinÉité q^ie nous devons y parvenir. Jésns-Cbrbt repaie souvent dtfn's ^on évangile , afin de mieux no^ fincutc](uer» dette maxibM fondamental de ste religion : que Fèlét'ation ^coadtitt à l*Akaisse^ ment^etPabaissement à Télévàtldii.lt n'est ptfs en notre pduvorr de &ire révoi|uet^ tette sentence. Nous devons tous éprouver, dans ^6 présent et dans Favehir, une altematiiré d'hniàiliations et de gran^urs. Notre tnnntJité set^ récompensée par la gloire, dti no^^ orteil puni par l'opprobre. C'est à lofods' de choil^ entré la gloire de là vie présente, et ceHe de là vie future; enfl*e une gloire pasiàgèré, et une gloire éternelle; entre la gloire fritole qnë dispensent les bomtnes , et ce poidâ tti^iaiense de gloire dont Dieu couvrira ses élus.

DBS évaNgilbs. 34^

bu ONZiÈMB DIMAN(^HE APRks LA P£NTEÇOT£.

Jésus guérit un sifUrd-muet*

Sàsvs quittant le pays de Tyr, Tint par Stdon vers la mer deijatîléç, en traversant le pays do la Décapole. Alors on lui amena un sourd-muet^ et <>n le supplia de lui imposer les ifaains. Jésus le tirant hors de la foule , mit les doigts dans aes oreilles » et de la salive sur sa langue ; puis levant les^eux au ciel» il jeta un soupir» et lui dît: Bphphetha, c'est-à-dire, ouvrez-vous. Aussitôt Ses oreilles s'oMvrirent, sa langue se délia» et il parldit distinctement. Jé^us leur défendit d'enparlerit'pérstfiitte. Mais plus il l^ le.ur défendoit » plus ils le publioient; et plus, daiis Tadmiratioh où ils étoient » ils disoient ; Il a bien fait toutes choses» il a (ait entendre les lourds » et parler les oquets. {Afarc. vu. 3 1 — 3^. )

Jésus quittant le pays de Tyr, virU par Sidan vers h mer de Gaulée^ en traversant le payé ée ta Décapote, Alors on lui amena un sourd^ inuet, et on le supplia de lui imposer les mains.

344 MJPucknon

Nous voirons asser aouvent les évangélistes , enr rapportant les nrirades du l^uveur , Haarquer les Keux où il les arok epérésr Getle atfonfion de leur pari est un des garans de leur sincérité.. Ces écrivains sacrés » excepté saint Jean , publiofent l'a vie de feur Maître très peu d'années après qu'elle eut ét^ terminée » un grand ùonon bre de témoins oculaires existoient : et la vérification de» faits étoit alors très facile. Au bout de dix ou douze ans^ les habitans de 1»

Décapole pouvoient très bien se ressouvenir^ s'il étoit vrai qa'à cette époque Jésus-Christ eût guéri parmi eux un sourd-muet; ceux des antres pays pouvoient aisément y aller s'en as* surer. En indiquant le lieu du miracle, saint Marc facilitoit les» informations ^ et les provoqueit; it donnoit aux ennen^ts du christlanTsmé* si nombreux et si acharnés » une arme victorieuse», si son récit n'étoit pas trouvé véritabJë^ Lui et ses confrères auroient-ifs osé s'exposer ' à un démenti » dont la preuve eût été si faciTé ^. et les suites si terribles pour eux 2 En les supposant ass^ ii^ensés pour en courir les risques ^ croira-t-on aussi leurs adversaires assez ineptes ^ pour ne pas prêter de leur extravagance^ L'Evangile auroit-il trouvé la moindre créance,, si un seul des faits évangi^iques eût pu être démontré faux,? C'est dans le temps où Jésus* Christ venoit de faire ses miracles dans la çon>* trée où il le^ avoit opérés ,/tpie le cfaristiani^ijDfaa

.a pris DAÎssanoe. Veirtloo <|ue iiss-preraierê chnéliens le soienl devenus au péril de lear ?ie, sans croire les miracles? Veut-on <{u*ib les aient crus sans en ay.oip véMé la réalité.? Veut-on x(u'tl:i n'aieni pas^eu dé moyens 'pour s'en a^ aurei^ ? Ei^tre œs absurdités » nous. laissons te choÎK à Pincrédultt^é.

Dans Les. nùra^s dont il sîaglt ici » les saints. Pères €M f u 0(M»ibe dans beaucoup d'autres^», ^euxobfetsbiea distincts : un biui direct et prin- ^paU ui^ but •négoriqii& et secondaire. Le premier est die prouver par des fiiitséclatans la 4iTi|Ke. mission de Jésus-Cbrîst ; le second» de prunier sous des emblèmes ingénieux ei faciles à pénétrer , les vérités morales. Les Jui6 de ce temps^là nesaisissoient pas ce double sèufs des prodiges cpit firappoieni leurs cegnrds. Maia TécoKOttiede-la rotigio» étant maintenant plei^ aement développée , nous voyons dans les fait« évaBgéliqfie»».touto&qi>'ilia pîttà WProvideme 4Y placer pour notre iort^uclion..

le souidnanuet ^ présenté h Jésus-^Christ pour qu'il le guérisse^ est le symbote des sourds*muels spirituels » qotsottè mal heureusement en grand nombre^ et qni ne peuvent de même être guéris que par 1» bontéei la puissance du divin Rédempteur; De même que tés sourds de Por^ Are physique n'entendent aucufk des sons qui retentissent autour d'eux » dé même l^meflrap^ fée de surdité est deisenue absofaimont insecK

34^ r^KÊnjKkiien

«bk à kml o»4|Ue IKeii lui dft, oa lui fek^'t^e. 'EUe eH comme eet idoles de l»dis ou de métal, iqui ont. des orsilles , ^ 'n'^eoteiideiit pas. C^ést l'état où./ à aon avèDomeiit» . Jésns^Glirtst Is ^troai^ te gem« <homatâ prescpie entier. Iâ toi que Dieu amtipuUiée sur ie mentâmaï^ fisf^m par un seul peuple » étoit ignorée ouiibéconnue ?de tooft'les âufare^. 'Ds coaoe^ des ^ielix qui .célèbrent la gioir» de ieor Gréat^eun li'^oît ^*tendu de natte fftirls i^îIm homoses seidbtoi^ 'S*étre accordés pburlernwrroreille à* cette pro* jdlamattionsoI^aaHe d'an seuttDibu , autour ^ rmaHresonverain de tout ee qin existe. C^tle voix quele Maître fde le natnve a plaeée dans nos ceeiirs, JMMir'y piiUier aoo exigence et ses jprincipauk attributs , nos relations- tve<5 bâti et ^Tec nos sembiabla» » étoit étottfi!&e dans tous; •et personne n^éooutoit plus son cri ettatatre. «Jésus^briA est renu shp ,1a terre giiéiir cette flttffdité intiyerseUe. A sa ^mtttolidlHBte, toutes les oreilles se soot ouvertes, et le monde sIeM «^oniié d'dnteadre enfin ce q^i depuis '>^nl de siècles atoit cessé de le ifrtapperv

Hélas ! «i'ce divin Sàuvenr repàrobsoit daiis4e monde, nY tromneroit^il * pas encore,: comme lau temps de son ;avékiement, iine<mtiititiidè de «otirds spmtueb? Ne -stroit-il pas.ilécessairè «qu'il rev^kif' opérer une nouvelle popve|«i4>tt^tin genre humain ? Mais pourquoi le déiir^r'ï^f^stf^ il pas toujAtti» préseKl aro^ltfeu ideuK^us , par

^ j^ep{>é^ jt ^t «e» iij^truction^ Drplo^éc/i ^ |I^Mçle 90 si^ol^ p^p ufie s}4|[>^^on de pa^i? %9iars 9 n'oiDjt jap^is jç^^s^ de iiésfiiiJQer daos sop l^lisiç. Ce u'ei^ fBp Tei^selgneH^eiU qui joao* . ^fjo^ Q/^ S9pt}^ ajijKlitears. Com^en s'ont rarps §eH3^.fmi ex^end^ejpit véritablepi^ la j^arçle dU f|o0^ l^ 4i«s ^'ea ab^ep^t e^ti^^ine^; 1(^ lifflr^ y T^t, i^ai^ nej'e^adp^^ poU^t U^ ' 91$ i'eol^pdeiUrppii^. Ce n'e^t pa& qu!eUç ^^ (i^I^ leurs oreillea; «i)^is.e(lç oç pé^èuie j^as l^sgu'à^MTS 4o^eis.: Us .^alendefit Ji^^n; jnaût il# ateojtej{i4^>ï^P^ 1^ seiis : <^Ue n'egt pour eux .$i'^a bpjjit,lép^, jEtuquel lU s'endonnen^ l^ /^epcpcbe que le Rigueur fiûsoft jaux J(uife pA^ )e prop|iè(e Zacharie» jl l'adçesse enCore aujp i^l^ré^i^os de ce^ièç^le. Ijls n'piitpps voulu foirç ^tejoJJQQ , et iU ôqit tourné l'^pM^^ ,M se soof 4^Iréd , jet Us wt t^puché lei,urs oreîUes pour n^ f^ écouter. Ils oj^ eaduccl leu^rs cçBurs cpmmp Jte diamfint , ppur ue pas,^DteAdreJa joi-et le« jparpjes qpe Pi^u daos son ]S$prijt leur a envoyée^ f^ se^ loiaistres (1).

, - Ce n'est pas seul^Di^e^t à ja prédicatiop de >

(a) Nolaerant attendere , et aTertcrnnt^seapulam recedentem, et aures 8uas aggravayenint, ne audirent. Ei^cor suum p— uemnt.nt adaTiMntffBn , ne audkfittt iegem jet ;«erba qaae ' mitit Dominos exercituum in Spiritii suo per manum prophetamm prioTum. Jjochar. th. ii et la.

SAS ixM.icATioir

rSVâDgtk» qae le» «ourtïi spîrftticfii fermenl To^ reilib de lédrs' coeurs; de quettfue n^aniëre qoer Dîeu leur parte» ifs refusent deTécouter. Les^ hispirations qultlbdr su^dre , ils les rejettent r .tes remords qu*îl' leur inspire , 9s les* étouffenir les exemples de rertu qulF leur présente, il» les railtent»*^ l'es spectacles ée cbâtnnens qu'il leur montre» ili les è6diftignentr les maladiea dont il tes aflfige , its en murmurent; teradVer* sites dont il' tes frappe r ils s*en oftnsent. th^ ferment toutes^ tes entrées dls-lèùrs cœurs, potir que la voix de Dieu n*)r pénètre pas. ilâf Teintent mal entendre , dtt le prophète , parce q^u'tis^ reulent mal ftîre (i). Le sourd de l^rdre phjrsiquè connott du moins son infirmité, en est pehd, désire d%n être guéri, en recherche te' remède; mais te sourd spirituel ne sent pas lé mal diont il est afl^té : loin dé gémir de son* état, il sY cdmplatt; loin dfe souhaiter sa gué^ rison,, il la redoute; teib de chercher lès re^ mèdes ,. il les ftiit. 6'ëst un malade , à qui Pexcès de sa maladte en dte te sentiment; qui. prend' ses convulsions pour de la force , sa I$thargîe pour du. sommeil, son afibiblissemenipour du cahne; etqui n%st désabusé de sa dé-: plorabte erreur, que* par tes. angoisses du dernier moment.*

Si nous recherehons^ les causes de la siïrdiié^

(f ) Nolnit intdligerc ot bepè ageret. Psalm.xxxyi 4r

apiriluelfe » neus'^a trouiHîrMrS' àemx print^ipshlës.'Eo' peomîer Ken ^bos oreiUes sent fermées & ta Toik de Dieu » parc6 quTelUs^ sdBt ou^^esles à des Totx étrangères. Il est impossible d'écou*^ ter avec alteoltoD^ en mêaie temps ^.deuxvdisrèeurs difléreasr de- donner la même complai'-.. iance à deux ià^;ages op^osés^ d'entendre k.

la lim les exiloptations die Dieu, et les instigalions du- monde*. Dieu nous défend d'écouU^.

te menée et ses séductions; le monde* nous tnggère de ne point écouter Dieu et ses pcéeeptesr-et pour notre mal&eur» e'esl lui doiH h Toix pré^aul.^ Eflbvain Dieu nous commande fabnégation r tandis qife* le monde nous prêche l*àmour dea rtf^iesses;. en vain il nous ordonne kl mortification*», tandis «pie le monde noua; jtMrke aux ¥oi«^fds>; en^ ^n. il. nous enjoint lliumilité » tandis que le monde nous- inspii^ ta* vanité; en vain il nous prescrit l'amour des ennemis , tandis que le monde nous excite i ta vengeavce.. Non» préférons lé langage agréable >. au langagentiler les erreurs fia lieuses^ , 21 la vérité sévère*; le plaisir momentané ». «(lais présent ^ au bonheur étemel » mais lutur*. Mous disons & notre eonseience» ee que dî*setoat les Juifs à leurs prophètes r Ne nous parlez pas de ce qni est dnoit et jqste ; ne nous^ ditjes qjue ce^qui nous plait (i).

(i.) Qui dîcimt Tidentibns : NoUte videre ; et aspicientibut : 5oiile aspiccre nobit ca , tpx reotat sunt. toquintîni nobici l^lac^tia,, Tidetfi. nobinerrores» /m. xix. io..

5S« . W9j^AVW

£a secMd Um^, mm^ «nire cwim. plii$,% w§te enoore, el qui wt. k 4uiU 4«^ la pr^cér dente» c^eiiqM Dieu, «npumii^a dec# qnp nous avons ftùmé àb re^t^djie, €Q69I) à t^ «oar de te finre enleodre è nQ4i»« Vom Hf^ &rr •mé tM oreiUei à.b toU divine; pe q«i ji ^ votre crime, en teraJe fureiwire pçûne; fdies f Tostefenl fennéet h \$ivm$. i^ vpua ai pa.rlé> iKHis dit le Seigneor.» el-vous ne mWx jMis écouté; )e vous aijqppelà»» einom wm'^y^ ytis répondis Je ronsrejeUerai.de 4ev#ot m^ fiice (i). SoUiciftatioBaetircqMroclied » prfWQM^ ^t menaces» inspirations lalKtftiifi» et oc^mioiii fevorables » grteaa inlériewcea .^t exlérieme^:» vous avec tout négKgé».ftQut refeté^loiit méprisé; tout cela vous sera eqhivé; et Bio» punira Votre persévéniiM obsliMlion , e» wm» y ubandonnant»

N<His lisons dans cet évangile , ({pe ie MomA présenté à JésusrClirist » étott en mâme temps itiuet. C'est reffet naturel et ^wdkiawe d)B la surdité primitive et de nmaande « d0 priver 4e l'usage de ki pnroSe^; c'est aussi Keffet constaat • de h surdité spiritueUa , de rendre muet ^iritoelleinent celui qui en est affectée Be «néme que la voix de Dieii est nulle peur lui » de même les paroles qoe sa boucke prononce» ne sont

(t) Locutus fum ad vos manè consnrgens , et loqaensl, et *nmi ou^ftis ; et ^ocaTÎ vos, et nonretpoBcbflM^. Frojîdam T0< k f«cie raeâ. Je/vm» ^li. i3 cttS.

fée^BH^ Ofeu qii^Sui yéin êon qui se 4is»pe éàt^ Vmvt Wi ianf^m eU liée^fk>t]r le bte&y ciMin^e ses oreilfesy^éàt ImnééSw II y,' a pluè : ses oreUtes reçoivent àvee filaUit* ba' iis^ressieiite iâoTiee/cequiràl^fie k charité» ce^lolE»B«è 4apaâei«r, ce qui -attaqué la religion», ce ^qùi ^flatté les pmsstQBS ;. pareiliemenl sa là^giie le rnipète àvéc satisfacUon ; et il se rend caupabJjb |làr les orgaûes mêmes qqi lui a^t^ul été 4»Ut Jiés iM)tv*{>t^duire dos iectes de vertu. ' i.

; Jhds ùr tirant bùrs de la fotUe^ mit U$ doijg^i dans ses çt^illesp ^ 4^ la satmsur sa tangue ; -/mis {semnt lesyeuf au eietsU je(a4ék soupirj e^h^ldit: 4p4ihphetà , c'^est à dire^ Di^vrez-vous* Aussitôt ses iOreUles /ùutxrire»(, saAanguese délia, ^ U partait iikrément. II était sf^ns doute ^akoie^^ ^acil^ ^ la Toute-Puissauce de guérir ce &our4^muei, :d'utt luoi» «41 Kiêuie d'ua seul aete de voliuité» iou d'employer à saguérisoi)' des iop^eus pai!« ticoUers. Si- elle a ,yOuki accompagner cette :guérison de circonstances extérieures » ce u'n ^s ,été saus uQcraisoQ profonde. Son intentiojn & été de Qous faire cônnoitre par reml)lème de ison action., la manière de procéder à la guérison de Ja s^urdité spirituelle.

ï JLa première cbos^e que fait JésiiSr Christ pour eÛectuer la guérison de cet homme, est de le jetir^'r de la foide. Il nous apprend parla que le premier remède àja surdité spirituelle, est de

359 BxvtHîvrtoif

f*éioigQer du moadie. Ler Cmimlte du monde, en tt0U9 étourdwsan^». nous empêche d^'enlêndre U ifeix de Dieu; ses pfaisips, en nous distrayani, nous empêchent derécouter. Tant quele monifo MUS entitakie dans son tourbillon, les sens sent trop émus, l'imagination trop agitée, pour que BOUS* puissions distinguer la voix divine parmi^ les diverses voix qur se font entendre en même temps» Au dehors tes voix séductrices des insinuations» des conseils, des railleries, des exempibsr au dedans les voix plus dangereuses encore des préjugés , des passions , d» respeet humain , crient toutes à la fois ,. et étouffent la ▼oix de Dieu. Toute forte^ tetlle puissante qu'est eetté voix célesDe , elle est douce et souvent peu sensible. Pour produire de grands effets ^ eiie n*a pas besoin de faire un grand bruit^; c'est un souiBe léger du Seigneur , qui brise tes c^res du Liban. Pour être entendu, il ▼eut être écouté avec une singulière attentîôm CVst dans la solitude, nous dit-il , que je cott«duis Pime avec qui je veux m'entrcténir ; c'est Ri que je parlerai à son coeur (i). Là ne pénètrent pas les bruyans éclats de la joie mon* daine ; là tout est calme et paisible ; là un sv* tenee profond favorise les méditations, invite à h réflexion» provoque Tattention. Pécheur, qut, languissant dans llniniitié de Dieu, reconnois*

(r) Ducam eam ro solitudinem^ et lo^ar ad cor ejuaL

DES ÉVAlfGlLSS. 353

sexte besoin de la faire eessev^ mais en éprouvez en m^me tempa FimpxiissaDC'e; qui voudriez aller à lui, mais qui vous sentez retenu ; que to's ¥œux poussent , mais que vos habitudes arrê-^ teût; qui gémissez do la stérilité de vos diésirs,. de la foiblesse de vos efforts; séparez- voué de ces objets dangereux» dont la présence alimente et ranime sans cesse vos coupables affectionsr Pour sortir de votre fimeste état ». commencez par rompre les liens qui vous y retiennent enchaînés; enfoncez vous pour quefque temps dans la retraite; alTez y écouter ^ comnïe te Prophète», ce que &ieu daignera dire au dedanfs de vous ^i). Quand vousTaurezélorgnéWebrtacles qui empêchent sa parole de parvenir jtfs» qu'^à vous», vous l'entendrez sans difficulté», vous fc. recevrez , %y.eç joie. Guéri de votre surdité spirituelle» vous le, serez bientôt de tous vos au- IreS' maux qu'elle entretenoit , et qu'elle pcr-^ pétuoilL.

Après avofr lait sortfr die la foule fe sourd-muef». Jésus-Ghrist met les doigts dans ses oreilles, l^r eetteaction» il nous m^ntreque pour lever Tobslapl& qui empêche h voix divine de se fiiîre entendre», il Taut le doigt de Dieu. Le doigt dé pteu est iciyr diseient les magiciens de Pharaon» émerveillés des pro diges qia'bpéroit Moïse »et conr

(i) AacUam qnid loquattir in me Dominu» Ûeiit. i'jo/Âl.

354 EXFtWàTIOÏl

fondus de leur impuissance à les imiter ( i ) . Noas^ devons dire de même, quand nous Toyons de»

pécheurs obstinés revenir de teurs égaremeoft. Les miracles de la grâce n*exîgent pas moîm la toute-puissance, que ceux de la nature. Pasteurs évangéliqueS, dont le Maître que vous ser^ vez daigne faire jes ministres de sa miséricojrdey et à qui il confie ^importante fonction de foire entendre sa parole aux cœurs qui y sont fermés^ pénétrez-vous de cette essentielle vérité , que vous n*étes que les instrumens dont sa main se sert. Tous vos travaux resteront stériles, si «a grBce ne les fécdkide pas. Rien ne serdi plus propre à empêcher leur effet , que d*y placer . votre confiance. Implorez donc de, tous vo^ vœux cette vertu céleste qui pôurroit tout sana vous, sans laquelle vous ne pouvez rien» .Veot. ferez plus de conversîôhs par vos prières, qw par vos exhortations. Et , s'il vous arrive enfin ^*avoir le bonheur de fiiire goûter la parole, divine à des cœurs qui avoient reftisé^dë i'eoten^ dre , gardez-vous d'attribuer- ce «ueoès k voi soins à vos lalens, à vôtre éloque&oé, à vo^ tre zèle. R^ndèz-en hommage à celui k qttî'â appartient véritablement; rendez-lui grâces 4^ ce qu'il a bien voulu se servir de vousp^ufe opérer ses merveilles ; et reconnoissez avec ie grand Apôtre, qui avôit fait recevoir la parole

(i) Dixcrunt malefici ad Pharaoncm : Bi^tus t>ei est Me. JSxod* Tiii. tQ.

tus» Ê¥A19dlL€S $5$

sainte 3i tstnt drames h f{m dlier étoit iocoonue;, <{o'en yalix tous eiisâca pla&lé» en vâint vom eussiez arrosé, s'il ti*eAt pas plu à Dieu (de dootifôr Paccroissetneiït (])•

'^ Nous étions nés affligés^ la doù&te iiriir«iké de^ sbj^rd-muet de cet érangile* Le péché de lïotre origine, en fermant no^tnreiltes et notke tronche au:t refîtes saintes , nom avoit rendm incapaUes de les receteir^ et de hs profissser. &e milKiére ^oe nous ifoons hU a été opért éêm fions , e^ è9 la même 'manière , à notre karpté* ite ;■ lé âiini^tre ël^ J^iis-Cfarisl a -jait en sen liôm sur nous, tes m^otea dkoses qu'aroit fan lés Jésus-Christ r il a paffeillement touché et idînt de' sa^ sàlrve nos or^ësf et il a emptoiyé le même terme isyriàqoe,d«flè W Sauvent s^^ ^t servi. Héks ï comment s'est dia«fi4e bgrfice jpt*édèuse que nous a^bns reçae 9 i^onrqiiéi , a^ant en le bonfaenr^d^êti^ déiivrét ê» t p e a «rt plorables înfinaaités , nous y sommOs-nous Inii* <és retomber î *

^ PrM à eonsoèMM^'ciBl'^lataiat tetradb^ ifésus^hriat lève hé yeux aîi ciel, et poaéae iiin sonpir. €e n*eét pas que ces infii^ités sofmil Hkis incurables pourlui , que tant d'autre^ qtl'il a fait éesser ; tout est également aisé à la Toute- ^itissance; mais e*èst pour nons , pour notre

(i) EgoplantaTJ, Ap^^llo rîg^yit | sed Deus i^ementofn dédit. Itaque lieque qui plantât est aliquid, lieque qui rigatj sed, qui incremeûdùn' àki^ Den$. x. Cot^ m. étt 7,

in«ii^<Sltidn » qu'il s'i^recle aHisivÎTemcûl. H gé- Éoik sur le 8ourd*niuek ; ii lè?e lé) yeux au dei» eooraie pour y demander uiir reaforl«*a(in de nous moulrer eooibieta esl difficile à guérir celle double mala^ r iï mous inslrrliil à gémir sur Ceu?L qaè néfîs en veyoni attaqués^ à déploref l^r tvisle sort, à implorer leilr giiéirison,è y contrtbaer a\i inoia*) de nos vœux , si nous ne le pourons pas par nos iràTaux. Maia en l^laighani fes auires ,> c^esk surtout sur nouSdséaes que ùoé» devons^ s^cmpivep.* Gommen* çons par^connokre' nôtre mal> exaibûiens îu^qu'à quef point tous en sommes aHaq^tés;- car k swdilé spi'riCuéUe'. a' seh degrés, e\ il est exirémement facile de s'y faire Ulusionv Sou-^ ▼enl nouAS' Étoir# pefstiadona <{iie »(Hia' eniendc^fs^ disltnclemeni ta t^xékfWtet^ie^ ndos ne Vem* temhnMi' qyie finblem^nt, comme un so^ qai vient de' loin' » <romme une voix éteinte dent le bruit arriver h peiue^ jusquli noUis ,■ saûs qne' nous putssiem distinguer ee qti'elfo' articule. lie priBcipe- der teiier demi-'ayrdilé , est notre* peu» 4'atkenfion^Lerenèdeest d'abord de noits fecueiUi^ davaniagey ensuite de^ deii>ander k Dieu hrgrâclo é'étre |>lus éttenttfa 3 sa roix , fim sensibles ^.aes iasipressienaw Jésus-Gbrisl Devant les ye«x au det, et géaiissanl pogr guérir h sourd -muet, nous montre ee que' nous ifevons^ (aire pour obtenir d'entendre sa parole aus»i pài:&itemenl que nous le devon^^

Aussitôt ses oreilles s'ouvrirent , sa iangue se délia s et il par loti distinctem^ent* {^ langiige du sourd- muet fut le sy^mpt^e de sa guérr rison. Laihultitude qui Pavi)ît vu daOïS rimpoST sibilité.d*en tendre et de parler , recoiu^iit que tous ;Ses «maux étoient dissipés , parce qu'elle le v^ revenir parlaot distinctement. Quf*H eu soit ainsi de nous. Que notre nouveau langagt apprenne au monde que nous sommes enfin guéris. Trop long-temps nous le rendîmes té»

moiti de nos scandales ; qi:^'il le soit de JM>tre édification. Mais si Fon nous voit revenir du sacré tribunal» d^une prédication^ d'une rer traite, d'une mission» sans qu'il y ait éiiciiu* C^ia^gement dans nos discours, si notre laor

Î;age est toujours celui de l'irréligion , ou de la icence, ou de la frivolité, ou de la médisance, ou^e la duplicité; s^il n'est jamais celui de ia piété et de l'édification , n^en çonclura-t-on pas av«c raison ^ue noUs ne sommes nuUement guéris , que nous sommes aussi sourds , aussi inueU que nous Tay^ns janïais été? Et l'ineCïicacité des remèdes qui auroîenl dû qousrétul)lir, ne donaerf^rt-elle pas 4ieu de craindre que iios maux ne soient Jamais dissipés?

Jésus leur défendit d^en parler a persotmf.

Mais plue a le leur défendoit , plus Us le puilioienL Jésus -Christ défend aux assistans de J^arler de son mira^cle^ quoiqu'il sache .posîtt- Çement qu'il ne sera pas obéi, quoiqu'il sente

. 358 BjpiMêLtiojn

mèsmque TobéUvuicQ awml ('inconvémeot de féver $eé prodige^ d'une publicité jnéc^aire k 4evr eflM. M#is c^est pour ^otre iostruction qu'il donnç cet ordre : il yeui bous apprendre h ne pai.&ire le l>ie]i pour la gloire cjui'cn réiulte* et à rendre nos bonnes œuvres plus méritoires ai|K yeux de Dieu , en les cachant à mavt des hommes. Entre toutes les vertus , la Boodesiie a cela de particulier » qu*elle #).oute à toutes les autres un nouveau prix ; elle répand sur elbs son lustre» leur prête ses. charmes, et au respect qu'elles se concilient , joint sa propre amabilité. Xe voile dont elle les couvre, • en tempérant leur éclat , les embellit encore. La vanité qui &it parade de s^s avantages , çn même temps qu'elle est un vice « est presque toujours un feupt calcuL En croyapt $e.doaaer duf^lief, on se ravale; on imagt^^e s'attirer des ^ards , on ne fait qu'éveiller la coptrpdi^tion» Tout est refusé au superbp » io^i ^sjt déféré sans peine au modeste. Aussi l'^mp.ur-propre habile à saisir toutes les fomiieâ » pre^d quel- -quafois jusqu'^ colle de la modestie. Il^t une ^■u>destie fausse et insidieuse quiç^pt^^^qt souvent surprend les bomm^g^^ dns ^^a v^rjtal^|e; /q«i paroit. craindre ca qia'elle dqsire, fujr ce qu'elle recherche; et qui a l'air de ne rien demander, aiin d'obtenir plus aiiremejpt et phis abondamment. On se rendmodeste par orgueil.

Mmfi quel fruit. rçtjrç-t-on de cette afiectalicn

meAsongère ? On ne irompe jamak Dieu , et U est race^'on en impose long tempe aux hommes.

Le sentiment de yanité gui produit It^ modeslie hypocrite» perce presque toujours à travers le voite doat on le recouvre. La modestie du chrétien »^ bien différente de celle-là» est sîiii> ^e comme ses autres vertus ; elle ne se produit dans le» oMmières^, que parce qu'elle est dans le co&nr ; ne trempant point , elle ne se dément jamais ; n'iaspirant qu'à plaire à Dieu , elle ne vecherche point les éloges des hommes; et elle les obtient précisément» parce qu'elle ne les ambitionne pas. C'-est à cette modestie que Texemple de Jésus-Chmt nous invite. Dans loat ht i:euf s d*uBe vie aussi admirable que la sienne, on ne découvre pas la plus légère trace d'ostentation. Obligé souvent par la rage de ses ^nemis de:se justifier» il &!( alors son apologie» mais jamais son éloge; il se défend, et ne se vante pas ; il repeusse le blâme » et n'attire pas b lonanj^; il dit ce qui est nécessaire pour confondre la calomnie , et là il s'arrête » et il tait ce qu^il pourroit djre si justement pour s'exalter. Combien nous somjaaes différons de Ml adoiirable .Modèle? Nous ne nous occupons pour rordînaire que'de plaire aux hommes; BOUS rampons en esclaves devant leur opinion ; C*est presqfié toujiourspottr obtenir leur appro^ bation » que nous faisons le biais : quelquefois ffiéwe po(^r éviter )e«|r pritjque^ nous faisons le

téo W^PtlCikTI^ff

mal : nous faisons comme les bons pour ^3s ùous louent , et comme les méchâns |>4(>ur .qu'ils De nous railleiYt pas. Le désirées éloges nous rend liypocrites^ et la crainte des censures « vicieux. Il /le faut pas cependant tomber dans J^xcës de mépriser l'opinion publique. Le scia de sa réputation est un doToir (ji)^ et l'insensi- |)ilité à i'est|me pro^nt i>rdinairemei^wde l'in* différence pour les vertus ^gi 4à procuveai. Le juste respecte Topinion , mais n'en &it pas so|i idole ; il ne la heurte , ni ne l'encense : il la ménage sans s'y asservir ; il n'agit » m contre elle ^ ni en vue d'eHe; H ftit le bien .devant les hommes* nçn pour son avantage , ^aaais pour le leur; non pour leur éloge, inals pourieur édificaUon ; noxï pour leur être agi^able, mais pour les porter à la piété par son exemple. Et c'est la différence entre la vraie vertu , ^ l'hypocrisie , son simul^^re ; l'une ne veut qm mériter l'esMme, faulre que Foblenir; l'une' ne désire que d'être vue de Dîeu , l'autre ne cherche qu'*à s'attirer les regards des hommes.

Les peuples témoins des miracles du iSau>veur, au lieu d'observer 4e prêche qiT'il leur donnoif de tsfire ses merveilles, fi'en devcm^nt que plus ard^nsà les publier;' et nous ne voyons pas que cetle désobéissance leur soit reprodiée. .C'est qu en effet eHe n'étok nulleipen^ répré* Jieasibïe. Il n'en est pas des injonctions de 1a

(i) GuTimi liabe de ^no i^^ndne. EccL xu. i5. '

DES ÊViNGILBô. ^61

modestie CdHime des comniandemens de Tautorîté; elles n'imposent pas de môme Tobliga^- #toa d'obéir. Loiii que ce soit une .faute de \e^ enfreindre , ce seroit un tort d'y obtempérer. Plus le mérite se dérobe aux éloges , plus il tô "en est dû; plus la lumière propre à éclaii||^ se retire sous le boisseau , plus il faut l'élever sur le chandelier, La justice fe prescrit, l'intérêt public l'exige* C'est un devoir pour celui qui connoit un talent eo^foui , de le déterrer pour le bien général, et^ tirer le mérite de l'obscurité où il s'enfonco, pour te remettre à sa place. Si l'humble opinion que la vraie verta a toujours d'elle-même, l' exclut des distinctions, elles seront nécessairement le partage sdu vice, qui se croit capable de tout. Et que Reviendra la société , quand ses honneurs décoreront non celui qui en est digne , mais celui qui y aspire; quand ses dignités et ses emplois -seront, non le prix du mérite, mois la proie -de la présomption ? Ne nous^rrive-l-il pas souventde croire trop légèrement sur leur parole, et les bons, et les mauvais; de les juger, non d'après ce qu'ils ^ont, mais d'après ce qu'ils croient être; départager l'opinion médiocre que les uns ont d'eux-mêmes , et d'ajouter une foi aveugle aux éloges que les autres se donnent? ^ous possédons des trésors, dont nous ignorons le prix ; nous avons autour de nous des saints gue nous méconnoissons ; et nous .prodiguons III, 16

56g ,BXPLICàTI05

pos égards à des hommes qui ^e tout point cp sont indignes. Si FEglise dans son bel âge» eût partagé le mépris que |es hommes vertueux on| d'eux-mêmes» si elle eût déféré, comme nous le faisons trop souvent , è leur humilité ^ elle ne compteroit pas parn^i ses pontifes , les Am- })rois0» les Augustin , les Grégoire , les Chrysostôme » les A^hanase » et tant d'autres d'immortelle mémoire, qui firent l'ornement de leurs siècles» et qui seront la gloii^e et la lumière de tous les siècles chrétiens; qvii ayoient de leur indignité un sentiment aussi peu fondé» que tant d'autres l'pnt de leur capacité; qui mettoient à fuir lon emplois élevés» autant d'ardeur qu'on en met à les poursuivre; et qu'il falloir pontrilindr^ à )es recevoir , tandis qu'actuellement oq emploieroit volontîer3 jpsqu'à la çon-r train^!^ pour les acquérir.

Dan^ l'admiration où, iU étoient » ils dir soient : Il a bien fait tçutes choses ; il a fait entenfire les sourds ^ çt pçirler les piu^ls. Les Juifs ne poudroient » ni révoquer en dpute les • merveilles qp} frappoient Jeûrs yeux » ni méçonnoilre la puissance surnaturelle, çl^nt elle^ émânoieut. I^e texte sacré nous montre , dans beaucoup d'occasions » la multitude epiprcssce sur les pas (iu Sauveur» luj p^odiguai^t ses acclamations » et bénissant à haute voix celui qui veaoit au nom du Seigneur. Dans cçtfe çircoiistapce , elle semble |4us spécialement e^corç

que dans les autres , reconnoitre en lui le MeSf sie , objet de ses désirs. La guérison des muets eJ; des sour4s étoit^un des caractères, qui, selon les prophètes , dévoient signaler TEnvoyé céleste. En relevant cctprojdtg^e , le peuple paroissoit faire allusion aux oracles qui l'a voient annoncé , et faire Tapplication de ces prophéties à celui qui leç réalisoit. Nous connoissons aussibien que les Juifs qui les voyoient , les miracles de potre divin Ittaitre; nous ne pouvons pas plus qu'eux, douter, et de leur réalité, çt du pouvoir suprême qui les opéroit. Mais ce que nous pensons , le- sentonS'»nous comme nous le devrions? Entre reconnoitre une vérité; et en être vivement pénétré , il y a une grande distance : une croyance stérile n'est pas la foi. Nous convenons que les miracles prouvent la vérité de la religion; nous ne nions pas l'obligation qui en résulte , de conformer notre conduite aux préceptes de l'Ëvangile; et tout ce que nous reconnoissons dans la spéculation, nous le dénventop3 dans la pratique. Entre nous et la multitude qui suivoit Jésus-Christ, jl y a une déplorable conformité. Nous voyons ce peuple , h la vue des miracles qu'opéroit le divin Sauveur, s'extasier d'admiration, célébrer le Fi|s do David , l'Envoyé de Dieu , le prophète donné à Israël; et peu après, oubliant ce qu'il a voit \u^ ce qu'il a voit pensé, ce qu'il avoît dit , le charger d'outrages , le poursuivre .

^4 BXPLICiTIOlf '

de ses calomnies , demander à grands cris sa mort ignominieuse. Et nous aussi , quand nous bonsidéro2i8 les merveilles dont JésuS-Cbrist a rempli sa carrière , nous ne|KHivons nous empé^ cher de reoonnolire ^ d'adorer en loi le Fils de Dieu; et aussitôt, par une légèreté et une contradiction inconcevables, nous courons, selon l'expression de saint Paul , le crucifier de nouveau au dedans de nous par nos péchés (i).

L'incrédulité ardente à profiter de tout ce dont elle espère tirer le plus léger avanlage , a imaginé de présenter cette inconséquence des Jni&, comme une preuve ^que les miracles de Jésus-Christ y rapportés par les évangélistes , n'ont pas été véritables. Seroit -impossible , dîteUe, que des miracles aussi nombreux, aussi éelatans, eussent fait si peu d'imjprressioîi , s'ils 'eussent été réels? Quelle sensation n'exciteroit pas parmi nous , l'annonce publique de la rérsurrection d'un mort? Combien de personnes voudrotent s'en assurer! Combien peu, après en avoir reconnd la vérité , resteroient dans • l'incrédulité ! A plus forte raison , quel eflfet ne clevoit pas produire une suite de prodiges aussi longue, aussi continue, que celle qu^on attribue à Jésus^Christ ? Au contraire , nous voyons le grand nombre des Juifs, ruoiversalitë delà nation , an moment où on nous dît que ces mer-

(i) Ruifiiun crucifigentes sibi&étipsis F^Uum Dei. Hehr- Ti. Cf.

veilles s'bpéfoi^t soas sesyeux, lelrBÎter d'imposteur , cl le panir comme lel da dernier sap- {ilice. S'il avoit péellement opéré ces miracle»» .\eè Juifs les auroient vus ; s'ils les avoient ras ,■ vils y auroient cruj »*ils y avoient cru, ils â|i»^ i^oient reconnu en lui leur Messie. Mais on farsoit si peu de cas de ces prétendus prodiges^,' que dans le temps où ^il étoit si facile -de les vérifier» on n'a pas même daigné faire , ni cfiez fes Juifs, ni cher les païens , aucune informia>^ ÛQù. Ainsi , djune part, leur réalité n'est fû^ prouvée comme elte-devroit Tétre; et de l'autre , leur fausseté eet démontrée par l'inerédu* Itté des contemporains*

Un seul fait bien- constant > et complètement démontré, renverse toute cettediffîculté. Ceux* mêmes qui , du^emtpsdeJésus-^brist, outrefiisé de croire en lui , sont cependant convenusde la réalité de ses miraele».Biiius voyons dans le texte sacré , ses ennemis tantôt délibérer sur €» qu'ils feronV; parce qu 11 opère une n^uiti-' tude de prodige» (i) ; tantôt dire que c'est au nom de Béélzébuthqu'ilchasse le» démons (s).

lL'ina*édule révoquera-t-il en doute ces aveux formels , sur fe fondement que ce sont les apô-

(i) CoUegermit erg6 pontiGces' et pJbiaTitxi coneilium, et dicebant : Quid £aciiixus , quia hic homo mnlta aigoa facit ? ' Joan» XI. 47*

(2) Quidam autem ex eis dixerant^: In BedMbut pjincipe ' daemoniofùni ejicitdaeincmiQ.^ .Cif¥*'Xi.-r5^

566 BXPLICATIOlf

très de Jésus- Christ qui les rapportent? Lès apôtres auroient-ils osé prêter faussement des discours ridicules et iniques aux chefs de la synagogue» alors vivans » revêtus de la puissance» animés contre eux de la haine la plus violente, et ne cherchant que des prétextes pour les perdre ? S'ils ayoient eu cette audace insensée , n'auroit-elle pas été aussitôt confondue » réprimée , punie par ceux qui réunissoient Tintérét et le pouvoir ? D'ailleurs ce ne sont pas là les seuls ennemis de Jésus-ChriM qui aient rendu hommage à la vérité de ses miracles. Celse prétendoit qu'ils étoient produits par de secrètes opérations que Jésus avoit apprises en Egypte; Porphyre » et après lui Julien ^ renouveloient l'absurde imputation de magies; Hiéroclès opposoit aux prodiges de Jésus-Christ ceux d'Apollonius; les talmudistes les attribuoient au mot Jehova, prononcé d'une certaine manièrOrTous ces hommes » que les incrédules ne soupçonneront pas de collusion avec les chrétiens , qui avoient étudié la religion pour la combattre , examiné ses miracles pour tes décrier, reconnoissent évidemment la réalité de ceux de Jésus-Christ. S'ils eussent pu la contester, croiton qu'ils eussent eu la complaisance de l'avouer? Ils n'ont pas nié que Jésus-Christ eût fait des ' miracles; donc ils l'ont cru. On ne dispute pas sur la cause d'un fait que l'on croit faux. L'incrédulité nous dit que les mii*ïicles de Jésus

Ghrist n'ànt pas élé crus dans leur tempd*.

Qu'elle nous cite donc un seul homme qur, dans les premiers siècles , ût nié quelqu'un des faits miraculeux rapportés oans leâ évangiles , excepté la résurrection , qui ayant été moins publique , est restée un objet de controverse; Dans tes temps voisins de ces prodiges , leur notoriété étoit si publique, leur certitude si démontrée , que personne ne s'avisoit de les révoquer en doute. Les Juifs et les païens • tous en convenoient sans difficulté. La questioù entre les apologistes du christianisme et leurs adversaires , étoit de savoir, non si Jésus-Christ avoit I^ des miracles , mais par quelle vertu il les àvoit faits; non si les prodiges étoient prouvés « mais ce qu'ils prouvoient. On ne contestôit pas le fait, on en nioit les conséquences ; on prétendoit que de faux prophètes pouvant faire des miracles, ceux de Jésus-Christ ne démontroient pas qu'il en fût un véritable.

Dès qu'il est aussi certain , aussi dénidntré que les miracles de Jésus-Christ ont été crus univék*8ellement du siècle où ils ont été opérés , que devient la difficulté élevée par les incrédules sur leur réalité ? Il étoit donc possible de croire les prodiges du Sauveur , et de lie pas croire sa mission. L'incrédulité où est restée la nation juive sur l'une, ne pi'ouve nullement son incrédulité sur les autres; et les miracles

368 IXPtîCATMMf

ne sont pas inotns^ constans » parce qulls n'ônf pas converti leurs contemporains.

L'obstination des Juifs , qui , en reconnoissant la vérité des miraeles d& Jésus-Christ , eefosoient de le reconnoitre pour le Messie » est étonnante» sans douté; mais en y réfléchissant » on en découvre plusieurs causes trèspuissantes.

En premier lieu» leuro^préjugés.^ Ils attendoient un Messie qui confirmeroit toute la loi de Moïse « et Jésus-Christ en aholissoit la partie cérémonieUe; qui parottroit dans la splendeur » et Jésus-Christ se présentoit dans la coDidition la plus basse; qui fonderoit sur la terre un royaume étendu , et Jésus-Christ préchoit le détachement de toutes lesgrandeurs; qui les. délivreroit du joug romain , et Jé$us-Christ enseignoit à se soumettre »^et V payer le tribut à César.

En second lieu » ràulorité à laquelle ils défiiroient. Ils avc^nt une estime proCcHEide pour fours pharisiens » une confiance entière dans^ leurs docteurs » une pleine soumission à*leurs. prêtres. Tous ce» hommes» ennemis déclarés de Jésus- Christ» qui démasquoit leur hypocrisie » abaissoit leur orgueil » détruisoit leur puissance » le poursuivoient sans relâche de leurss intrigues et de leurs calomnies.

En troisième lieu , leur frayeur. Nous voyons^ dès le temps de Jésus-Christ un graad nombre*

de personnes^ même des {Afes corilîdérables , croire en lui danâ le fondée leur «cœur^-ef n'oser le manifester , dans Ja cfàinte d'être chassées de la synagogue par les pharisiens (i). Bbi terreur dut être bien plus vive , quand la rage qui a voit ci»ucîfié1e'MWtre , se tdirna avec la ihéme violence contre les disciples.

En quatrième lieu, leut^ passions. Et cette dernière cause ajontéit encore aux autres une grande forcé. On sait combien les passions soot ingénieuses à se forger des prétextes, quels poids elles donnent aux moti& les plus misérables.

Embrasser le chrlstianisme^étoit leur renoncer entièrement, se détacher de toutes ses inclinations, rompre toutes ses liaisons , réformer tontes ses faabhudes , et 'remplâoer toutes les douceurs auxquelles on s'étoit aceèotuùié , ptfr ^s^ vertus austères et des devoirs pénibles.

Mais, malgé tous ces obstacles, il ne faut l^as croire que les miracles de Jésus-Christ im lui aient pas attiré beaucoup de disciples. Après sa résnrséctîon;11 apparolt à plus de cinq cents ' d*entre eux réunis, et de ce nombre n*étoit pas là multitndequela crainte du sanhédrin empê-' choit dé se déclarer tels. C'est enannonçant les miracles de son Maître , en invoquant sur leur réalité le témoignage des Juifs eux*mémes , en'

(i) Ex prhicipi||u« muiti crediderunt în eum ; scd propter pharisa^s non cdnfitebaiitiir , ut ^ synagog^ non ejicefcnttir. Joan, xn. 4^. ' ~

370 BIMJCATIOR

leur mppelaiit ce qu'ils avoient vu tout récemment, que saint Pierre» dans ses deux premières prédications » en converlit huit mille. C'est la persuasion des miracles qui a répandu en si peu d'années la foi de l'Ëvangile, d'abord dans la Judée» ensuite dans tout le monde; c'est la conviction des mii^cles , qui a fini par rendre l'Univers chrétien. Supposons pour un moment » contre l'évidesce » que tous ceux qui ont refusé de croire à la loi de Jésus Christ, ne croyoient pas à ses miracles; comparons ceux qui n'ont pas voulu croire, à ceux qui ont cru; jugeons de quel côté est la. plus grande autorité. Quand on considère les terribles suites qu'enirainoit la profession du christianisme, les sacrifices de tout genre qu'elle exigeoit, les périls nombreux auxquels elle cxposoit , les maux affreux auxquels elle livroit, on sent qu'il falloit» pour s'7 dévouer, une persuasion intime, qui ne pouvoit être q]i0 Je résultat d'un examen bien approfondi. Des miracles pour lesquels il £iut mourir, ne sont pas crus sans les plus puissans motifs ; mais pour rester dans sa vieille * crojrance , il n'étoit pas b^oin de si profondes réflexions. La légèreté des uns, l'insouciance des autres; dans ceux-ci l'apathie, dans ceuxlà l'habitude; dans tous l'ai^tachement aux anciennes idées , l'amour de l'aisance , la crainte de la persécution, l'exemple .Mpm un, étoient des causes sullisantes pour demeurer dans sa

DES ÉVANGILES. 07 l

religion , et pour rejeter sans examen tout ce qui pouvoit eo retirer. On ne change point d'état , de situation » sans de fortes raisons : pour rester comine on est, il suffit de se trouver bien. Pour déposer la religion dans laquelle on est né, et à laquelle on est attaché par une multitude de liens, il faut des moti& bien autrement convaincans que pour y persévérer. Combien d'hommes forment leurs opinions sur leurs dé- ' sirs ! et combien de raisons faisoient désirer de • u*être pas obligé à devenir chrétien I }}n seul Juif, un seul païen converti; dpnnent plus de poids àja foi des miracles, que la résistance d^un grand nombre ne la décrédite. Quelle conviction ne doit donc pas opérer la multitude de conversions faites dès /le temps oU les miracles encore récèns pouvoient aisément être vé* rifiés?

Ainsi , 1* il est de .fait que beaucoup d^ personnes ont cru les miiiacles de Jésus-Christ, sans croire la divinité de sa- mission. 2** Beaucoup de considérations mal fondées, il est vrai, mais puissantes sur des hommes préoccupés , passionnés, et timides, pouvoieot détour^per les Juife de s'attacher à Jésus-Christ malgré ses miracles. 3"* Il n'est pas vrai que le nombre des Juifs convertis par les miracles du Sauveur, fût aussi petit qu'on le prétend. 4"^ Ceux qui ont cru d'apr||«l^ miracles, ont bien plus d'autorité pour nous persuader , que ceux qui ont

37»' ECTircATioir

refusé de croire. Que peut-on» après cek, con-^ ckire de ce qu'un grande nombre de Juifs ne se sont pas conyerlis à la vue des miracles ?

Il faut que l'incrédulité sente ell^mêmje la foiblesse de sa cause , pour recourir à la pi« toyable el ridiciile délaite d'exiger , pour (»*oire aux prodiges de Jésus- Christ , dés tnforma-' .fions juridiques. Etoit-il d*usage cbez les JMIs, ^ comme il l'est parmi nous, de constater les faits* extraordinaires par des procès-verbaux? En orv donfi^t^on sur les faits publies passés sous le» yeux méoMs des juges ? En fait-on ^ quand on. est persuadé , ou quand on affile de Télre , que le fait est sans conséquence et ne décide pas la questioù? Et comment , en feisant cette demande déraisonnable , l'incrédule ne sentil pas qu'il se trahit lui même ?* A qui appartenoit-il de faire lés informations qu'il demande ? Qui étoît rcTêtu de la puissance^ pour l'ordon ner? £toient-ce les chefs des Juife ? Etbient-ce lès apôtres? Les apôtres ont provoqué cette infermatton autant qu'ils le pouVoieni, en pu- Miant à haute voix les miracles de leur Maître > et an accusant solennellement le sanhédrin de déicide. Si le sanhédrin eôt pensé qu'âne information pût lui réussir, ne se seroit^i pas empressé de la feire? Il le pouvôit , l*àutorîté étoît\ entre ses mains; il le devoit , son honneur étoît attaqué , sa réputation comproàiise. QueHe rai-son a donc pu l'en empêcher? Que l'on cherr

che où l*on voudra, que l'on se retourne de tous côtés, on n'en pourra jamais trouver qu'une.

II ne l'a pas faite^ parce qu'il n'a pas osé Jià foire. Il a senti que cen^abre immense de té* moins qui venoient de voir récemment les miracles de Jésus - Christ , et dont les apôlref mvoq^oient hardiment le suffrage, le conron-^ drment par leurs dépositmis. Ce sont les enner mis de Jésu^ Christ qui se sont refusés à constater ses miracles par desîitfbrmatioB&; de quel ' front prétendent-ils aujourd'hui nous «pposer le défaut dinformation? Tel est le sort ordi^ naii^ de l'erreur; presque toujours elle se perte de ses propres armes ; et pour la réfuter, il suffit de retourner contre elle ses raisonnemens.

ÉYANGILE

nu DOUZlkMB DIMANCHE APBkS LA PENTECOTE.

^ Parabole du prêtre, du Lévite, et du Samaritain,

J Ês«s s'adressant à ses discq^les, leur dit : Heijireux wttt les yeux qui votent ce que vous voyez; car je^ vous dèdare qu'un grand nombre de prophètes et de rois ont souhfûté de voir ee que vous voyez , et ne l'ont ^pïis vu ; d'entendre ce

^74 EXPI.ICATI01f

qae Faus enlendei^, et oe Toiil pas entenda.

Et Toilà qu'un docteur de la loi se le^a , et lui dit pour le tenter : Maître» que iois-je fiiire pour posséder la vie éternelle ? Jésus lui r^>OEidit : Qu'est-il écrit dans la loi ? c<»nment tise^vous. H repartit : Vous aimerez le Seigneur , votre Dieu , de tout votre cœur, de toute voire âne , de toutes vos fcHrces» de tout votre esprit » et votre prochain comme vous-même. Jésus lui dit : Vous avez bien répondu; observez cela»

et vous vivrez. Mais Tautre voulant montrer qu'il étoit juste» dit à Jésus : Et qui est toon prochain ? Jésus prenant la parole , dit : Un homme qui descendoit de Jérusalem à Jéricho»

tomba entre les main$ des voleurs » qui le dépouillèrent et le couvrirent de plaies » et s'en allèrent» le laissant à demi-inort. Il arriva qu'un prêtre descendoit par le même chemin : il vit cet homme » et passa outre. Un lévite » qui- alloit le long du chemin , l'ayant aperçu » pas*^ de même. Maïs un Samaritain » qui voyageoit » vint à passer ai^)rès de loi ; et le voyant fut ému de compassion. S'étant approché» il verse de l'huile et du vin dans ses pluies» et les ban* da ; et l'ayant mis sur son cheval , il le conduisit à une hôtellerie » et prit soin de lui. Le lendemain il tira deox deniers qu'il donna à l'hôte en lui disant : Ayez soin de cet homme ; ' et tout ce que vous dépensek*ez de plus pour lui» 'je vous le rendrai à mon retour. Lequel de ces

BE8 ÉVANGILES. SjS

trois hoînmes tous semble avoir été le prochain de eeltu qui éloît tombé entre les mains des' voleurs? C'est répondit le docteur , celui qui a ^exercé envers lui sa misérie^rde. Jésus lui dit: Allez, et faites de même. {Luc. x, 23 etZy).

Jésus s* adressant à ses disciples, leur dit: Heureux ceux qui voient ce que vous voyez ; car Je vous déclare qu'un grand nombre dei prophètes et de rois ont souhaité de voir ce que tous voyez, et ne Cont pas vu; d'entendre ce que vous entendez, et ne Cont pas entendu, G'étoit certainement un grand bonheur pour les disciples^ d'avoir été réservés au temps de Jésus-Christ; de le voir continuellement; d'entendre ses instructions; d'être témoins de ses miracles. Ce qui avoitété l'cj^jet des vœux des patriarches, des prophètes, de tous les jattes de l'ancienne loi, ils en jouissoient. Ce qu'a voient désiré tous les siècles a intérieurs, ils le possédoient. Leurs pères éclairés desfoibles lumières de la loi, n'a voient connu les vérités saintes qu'imparfaitement ; ils ne ^es a voient aperçues que confusément, et comme à travers un nuage qui leur en ^éroboit une partie , et qui obscurcissoit encore ce qu'il leur en laissoit découvrir. Mais alors la vérité elle-même descendue sur la terre, se montre tout entière à ses fidèles disciples ; elle lès investit , elle les ,

S^a fiXMJCATlON

pénètre de $od éclat. La loi judaïque u'a?^ été que le crépuscule du grand jour que Jésu^- Christ donne -enCa au monde. Ce Soleil, qui jusqi|e-là n'a voit jeté que quelque» rayons foiblés et incertains» maintenant élevé dans la carrière, et brillant de toute sa splendeur, verge sur la terre les iorrens de sa vhre et pure lumière* Ptrkm» salM %ure : Jèsus-ÇlMrist».

Dieu et homme tout à la fois , découvre clairement aux hommes toutes les vérités jusque Ui ou confusément connues, ou constamoteent ignorées. Tout ce qu'il e^r utile de savoir, il le révèle. Il apporte dés dogmes nouveaux , qui appirennent tout ce qiio nous avons besoin de connoitre sur la nature de Dieu elsur la notre. Il épure la morale , et l'agrandit de préiceples inconnus jusqu'à lui. Il prescrit un cutte égale*

- ment éloigné^e la superstition et^de l'excessive simplicité; digne deBieuparsapêreté, et convenable à l'homme j>ar sa majesté. Heureux^ disonsHdous quelquefois d'après lui*même, ceux^ qui naquirent dans ces beaux jours, qui habitèrent lés lieux honorés de sa présence , qui furent admid à la faveur insigne de le voir et de l'entendre, qu'il daigna recevoir au nombre à0^' ses disciples! Pourquoi avons-nous éié rejetés à des temps si éloignés ? Pourquoi cette f race ne nous a-t^elle pas été feîte comme à eux ?

Mois qu^avoBS-néus done à leur envier ? qu'a

. fait^pour-eux le divin Sauveur, qu'il ne Éassev

imS ÉVANGILES. ' " ^77

avec autant 4'abondance pour nous? Ne possédons-nous pas de même ses sublimes instruc* ttons? ne jouissons-nous pas également de se» grâces? leur vocation n'est-elle pas la nôtre? Si nous nous plaignons de ne pas voir Jésus-^ Christ comme îis le voyoiènt , prenons-nous-en « à notre peu de foi. N*est-H pas contimiellemeni au milieu de nous , dans le sacrement où son amour multiplie sa présence? de n*est pas la destinée de ceuic qui vécurent avec lui^ sur la terre , que nous devons envier ; c'est leur fidé*lité à remplir leur destinée , qui doit nous pénétrer d'une sainte émulation. Pour juger de notre bonEeur , comparons notre sort , non pa» à celui des conteiùporains et dés compatriotes de Jésus-Chcist; mais au sort de cette multitude innombrable d'hommes qui l'ont précédé , et . qui ont passé leur vie , on dans les profondes^ ténèbres de la gentilité , ou tout au plus dansiâfoible lumière du^judaîsmCi. Comparons-nous à tant de malheureHX qui naissent et qui meurent dans les régions où l'Evangile est ignoré; èi tant ^d'autres qui passent leurs jours dans les pays qu'infecte l'hérésie, et où l'Eglise catholique n'est connue que par les calomnies dont la ehai^ gent ses ennemis : et reconnoissans d'un si grand blen&it , rendons-nous-en dignes par notre fidé- Hté à y- répondre.

Et voilà qu*un dùcteur de ladoi se lève s et Iw. dit fXMn te tenter : Maître, que- dois je

SjS ' BXPLICATIOlf

faire pour posséder la vie éiernelU? Dans tout Ici cours de sa carrière^ Jésus-Christ fut en butte à la haine des principaux personnages de sa nation. Et cette haine -prenoât, pour^ lui nuire , toutes sortes de formes; Tanlôt elle se montroit violente et emportée, et éclatoit en injures et en persécutions^ tantôt elle se répan-^ doit en calomnies semées avec art,; et entretenues avec soin; d'autres fois elle étoit insidieuse , et sous une apparence d*estime et de •onfianc^, elle le oonsultoit , pour trouver dans ses réponses des prétextes à Tinculper. Le docleur de la loi lait une question , à laquelle il ne paroit pas ûieile de donner une réponse entière à la fois f et précise. Il espéroit qu'en développant longuenïent ic^ui ce qui est nécessaire au salut» le Sauveur laisseroit échapper quelque parole que l^on pOuifroit dans la sdite tourne# contre lui.

Au reste ^ l^interrogalion de ce docteur » n'é-^ toit répréhensible que dans son motif. Bien loin que ce soit un mal ^ il est au contraire utile , ^elquefois tnéme nécessaire de dire comme lui i mais aveci des vues plus pures > et avec une intention ferme d'exécuter : Que dois-je faire? et dans les circonstances délicates , où le devoir lie paroit pas clairement marqué , oii l'on se trouve placé entre des obligations qui semblent contraires , il faut demander h Dieu , et à ceux qui sont éclairés de son Esprit : Que dois-je

DES £VA.N0IJLB<« ^ 3 79

faire? et dans les occasions beaucoup plus fré-^ quentes > où assaillis de tentations vives, no^a sentons nos résolutions s^ébranler, et nous nous croyons prêts à succombery disons-nous à nousmêmes avec force : Qmc dois-je faire? Que cette' idée da devoir nous suive partout; qu'elle soit la règle de toutes nos démarches , le préservatif de toutes les fautes , Tencouragement à toutes les bonnes actions é

Jésus lui répondit : QuesUiL écrit dans la loi? comment lisez-t^ous? Admirons la manière dont Jésus-Chrifit., environné d'ennemis , marche au milieu d'eux» sans jamais se ralentj^ dans l'exécution de son grand dessein : tantôt réprimant leurs violences par la fermeté de son . courage; tantôt déconcertant leurs enbibucbes par son imperturbable prudence. Ici il retourne contre l'adversaire qui avoit cherché.4 l'embar-' passer, le piège qu'il lui avoït tendu; et renvoyant à la loi , le doeieur de la loi , il Toblige , pi^r l'interrogation qu^il lui fait à son tour , d^e répondre lui-même à son insidieuse question^

Tous les discours de Jésus-Christ ont Un sens profond , et beaucoup plus étendu qu'il ne le semble au premier aspect. Ep paroissant dirigée vers les hommes, de son temps, sa paroje éternelle s'adresse à toutes les générations. Ce qu il dit ici ffu docteur qui vient le tenter < il je dit en même temps aux hommes de tous le»

siècle^. Examinez la loi qui vous a été donnée;

iSo BXmCATIOîf

sachez ce qui est écrit. L'étude de la loi e«t las première, la prrDcipaie occupation de tout cbré-' tien. La maiii diyme qui l'a écrite, y a-tracé tout ce qui est nécessaire pour le diriger et le soutenir dans sa carrière. Aux préceptes les plus sablimes, la loi chrétienne joint les motifs les^ plus efficaces. Elle frappe l'esprit et touche le cœur, et nous conduit à la kls parla raison et par le sentiment.. Dictée par runtversalité des hommes , elle s'adapte aux besoins particuliers de chacun d'eux. L'ignorance y trouve des leçons qui l'instruisent; la foiblesse, des appuis .qui la soutiennent; la lâcheté, des encouragemens qui l'excitent; là pusillanimité, des exemples qui la raniment; la timidité, des espérances qui l'élèvent; la présomption, des craintes qui la rabattent. L'esprii Humain ne peut rien imaginer, que la loi divine n'ait pré- T«; rien désirer, qu'elle n'ait réglé. Qu'étoi» cette loi de Moïse , si profondément respectée » si persévérammeni étudiée, auprès de celle que Jésus-Christ nous a apportée? Et cependant combien de chrétiens qui ignorent cette loi si parfaite, et* qui négligent de s'en instruire! Conckbien qui refusent de la connottre , pour se fiiire de leur ignorance un prétexte i> l'inobservation ! Combien qui ayant eu le bonheur jj'en être instruits dans leurs premières années ,* en, bissent effacer la trace par une déplorable insouciance ! Combien même dans ces malheur

•UES ÉVANGILES. 38l

reux temps» cpî, non contensde la transgresser, la blasphèment, et qui imaginent autoriser leurs désordres ,en calomniant la loi qui les réprime ! Examiilons-nous nous-mêmes, et voyons que de reproches nous avons à nous faire à cet égard. Méditons-la désormais, cette loi si sainte et si utile; méditons-la constamment; méditonsla profondément. Plus nous l'étudierons , plus nous -y découvrirons de beautés , plus nous en retirerons d'avantages. Elle éclaircîra tous nos "doutes, dissipera toutes nos difficultés, aplanira tons nos obstacles , nous consolera dans toutes nos peines, nous rassurera contre toutea. nos craintes, nous fortifiera contre tous nos ennemis; eHe nous délivrera de tous nos maux , -et nous apportera tous les genres de bien.

Il répandit : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votpe cœur, de toute votre âme , de toutes vos forces , de tout votre esprit; et votre prochuin comme vous-même, Jésus lui dit : Fous avez bien répondu ; observez cela , €t vous vivrez» Les hommes les plus corrompus conservent souvent , dans leur dépravation, des lumières naturelles. ZiO cœur abandonne les principes long-temps avant que l'esprit les mé^connoisse;, et on sent encore la justice de la loi , lors même qu'on la transgresse avec le plus d^audace. Cette connoissance des devoirs, qui ^resteà ceux qui les violent, est un trait de la i>onté dîviiie^ qui leur laisse une ressource poiçr

38s EXPLICATION

les ramener k elle. Au loilieu de sa corruptioa* cet homme insidieux qui étoit venu tenter Jésus-Christ , répodd à TipterrogatLon sur la loi d'une manière exacte» et qui ipérite Téloge du divin Sauveur. L'amour de Dieu et du prochain, Toilà Tabrégé et ta substance de toute la loi, Jësus-Ghrist lui-même l'a déclaré : dans l'amour de Dieu et du prochain consistent toute la loi *" et les prophètes (i) ; et il nous fait répéter par son grand Apôtre , que l'amoup est la plénitude de la loi ('i). Ce n'est pas que dans toute la religion il n'y ait aucud autre précepte que ccr lut de la charité. Ce seroit upe erreur dangereuse, formellement contraire h l'enseignement de l'Esprit saint et aux décisions de l'Eglise» de croire que la charité est la seule vertu. Elle est la première des vertus » mai» elle n'est pas l'unique. Elle suppose toutes les autres» mais elle ne les remplace pas. Elle fait remplir tous le$ devoirs, mais elle n'en dispense pas, Et voilà dans quel sens toute ki loi çst comprit- dans la charité : c'est que l'e^et de cette vertu est de faire accomplir la totalité de la loi, Le ca? raclère auc^u^l on reçoonoit la .charité^ est l'ok*

(i) Ait ilU Jésus : Diliges Domlnum Deum ttmm ex toto corde U\o , et in totà anima tuâ , et in totà mente tu&. Hoc ett maximum , et primnm mandatum, .^ecuçdum autem simile est huic; diligef prpximum tuum, sicut teipsum. In duQbus manda tis tmiyejrsa lex pende t , et prophetae. Matth. 3^X11. 67 et^o.

(a) PlcnitiuJb eiç^lcçis cstdilcctio. Rom^ xui. 10.

servation de tous les commandemens. Celui qui connoit mes préceptes , et qui les observe , dit encore le Sauveur, c'est celui-là qui m'aime ( i ). I^a charité, de Pieu , dit l'apôtre qui la cou- . noissoit si parfaitement , est que nous gardions ses commandetoens (â). Il est impossible d'aimer Dieu , jet de vouloir lui désobéir. Il est égalemjBut impossible de remplir avec fidélité tous. se« préceptes , sans l'aimer. Arrêtons-nous , pour faire quelques réflexions sur cette yeptu si sid)lime et si importante^

C'est du ciel que nous vient la charité. C'est dans le sein de pieu qu'en est le principe et le foyer. Dieu est charité, nous jdit S. Jean (3). Vu amour éternel unit les trois personnes divir nés. La même charité qu'il reçoit de son Père , Jjésus-(Jlhrist nous la i^apporte, Il nous aime, et c'est lui qui nous le déclare , comme son Père l'a aimé (4). L'amour qu'il exige de nous , est aussi ^e même^ Père juslp, dit-il^ je leur ^i fait , je leur ferai connpHre vptre npm , afin que l'amour dont vous m'avez chéri soit dans eux (5).

(j) Qui habct mandata mca, et servat ea, ille est, qui diligit i jiic. ^oan, XIV. ai.

(a)Haec est enim caritas, ut mandata ejus custodiamus I , Joan» y. 3.

(3) Dcu» caritaç est. Ibid. iv. 8. -

' (4)Sicut dilexit me Pater, et cfjo dilexj vos. Joan. xt. 9.

(5) Puter juste notum'leci eis oomcn tiium, et notum

{uçïiïin, ut dile€ti<9; quà dilcxisttme, iuipsis cit. Joan» xvii. ^5 çt aC.

*584 «XWCiCàTlON

MoïKpréeaple , avoii-il dit aoparaTant à ses disciples , est qm vous vous ebértssiez entre vous de ia même manière dont je vous ai chéris (i)>

^Telle est donc cette admirable vertu. 'L'amour que le Père a piour son Fils, celui que le Ftl^ perle aux hommes» celui que les hommes doivent ressentir, et pour Dieu /et entre eux , ne foraient qu'un seul et unique amour. Il n'y a pas de différence dans le principe entre la cha-

, rite de Dieu et c^lle de l'homme , puisque c'est de Dieu qu'émanent l'une et l'autre. Jl n'y en a pas non plus dans4eur objet.

Dieu se chérit lui-même, et il nous aime.

Ainsi, nou9 devons aimer Dieu et les hommes.

Ce sont deux préceptes , mais ce n'est qu'une seule vertu appliquée à deux objets différons : elle aime Dieu pour'lui-même, et le prochain pour Dieu. L'amour du prochain a le même motif, le même but que l'amour de Dieu. II est , si on peut s'exprimer ainsi , une surabondance de l'amour de Dieu , qui se répand sur l'humanité entière. Nous ne pourrions pas aimer, pour eux-mêmes, tous les hommes connus ou inconnus, amis ou ennemis; mais c'est Dieu

-que nous aimons en eux. C'est la ressemblance de Dieu , c'est l'adoption de Dieu que nous aî-

4nons en les aimant. Nous chérissons, dans eux, les enfans de Dieu , nos frères en Jésus-Christ.

(i) HocestpraBCçptum meuanxit di]igati$ invicem, «ic^t«&- Jcxi vo$. /AiW. xt. la.

bjss évangiles. « 58S

Ainsi devient universel dans nous; comiïie it Test dans Dieu , Taiiiour de charilé. Nous ai> mons le genre humain entier, comme il i'a aî^ mé. Nous pouvons aimer jusqu'à ceux qui nous haïssent, puisque c'est pour lui que nous les aimons.

La charité de l'homme est aussi la même que celle de Dieu , dans sa nature. Elle n'est pas dans Dieu une effervescence , une chaleur de sentiment. Impassible dans son amour comme dans toutes ses afTecljons, il n'en est point agité. Il aime , parce qu'il veut aimer. De même , la charité qui nous est prescrite , n'est pas cet amour sensible que nous éprouvons pour ceux à qui nous unk le sang ou l'amitié. Elles ne sont pas défendues , sans doute , ces effusions de cœur que nous ressentons pour les objets particuliers de notre tendresse; elles nous sont même recommandées; mais elles ne sont pas la charilé. Nous devons la charité à tous nos frères; nous ne pouvons pas leur devoir à tous des mouvement affectueux. La charité réside » non dans la sensibilité, mais dans la volonté. Elle n'est pas un mouvement de tendresse, elle est un sentiment de bienveillance. Elle ne s'épanche pas en effusions de cœur, mais elle $e répand en désirs .sinc^s , et elle produit, non de simples tendresses de cœur, mais de solides effets.

Et c'est là encore un traiit de conformité da m. 1 7

386 BXPUCATIOK

la charité humaine ayec la eharité divine^ Voyez tout ce qu*a opéré celle de Jésus Christ. Çest elle qui, après l'ayoir revêtu d'un corps mortel, le lui a fait immoler pour nous; et c'eçt , dit l'apôtre de la charité » à ce caractère que nous la reconnoissons : d'où il conclut que nous de- Tons aussi consumer notre vie pour le bien de nos frères (i). Tout ce qui peut être jatile aij prochain , est du ressort de 1^ charité. Elle n'imagine aucun bien, qu'elle ne travaille à lui pro-. curer; aucun setrice, qu'elle ne s'efforce de lui rendre. Quand elle ne peut plus lui faire de bien par elle-même» elle ne «'arrête paj$ encore. Dan^ l'impossibilité de le servir par ses actions , elle contiaue de le servir par ses prières; et invoT quant» pour les objets de son amour, la puissance infinie, elle attire sur eux, par ses vœux^ les bienfaits célestes.

Enfin la charité humaine est égale à la char rite divine , dans sa durée. Cette sublime verta descendit pour nous du ciel; elle nous y reconduira , et après avoir fait , dans le temps , notre mérite, elle sera, pendant toute Téterqité, notre récompense. Les autres vertus passeront avec cette vie, pour laquelle elle nous ont été données. La foi n'aura plus lieu, quand nous verr ronsfaceàface; l'espérance aura disparu quand

(i) In hoc cogQOvimus caritatem Dei , qiioaiam iilc anlmam suam pro nobis posuit ^ et nos debcipus pro fratribus {animas ponere. i. Joan. m. 26.

nous jouirons; mais la charité, triomphatrice du temps 9 s'élèvera sur les ruines du monde; et le coup qui écrasera Tunivers, ne fera qu'aug* mentér sa pureté et son éclat.

C'est donc par la charité que nous nous rap* prêchons de Dieu , que nous devenons véritablement ses images. Nous étonnerons -nous après cela des magnifiques éloges que lui donne saint Paul; de Ta nécessité dont il dit qu'elle est; des glorieuses prérogatives dont il la dé- •core; des effets merveilleux qu'il en fait découler (i) ? La charité est le faite de l'édifice de la morale, elle le couronne et le protège. Au dedans elle tient toutes ses parties fortement réunies; au dehors elle le garantit des influences dangereuses.

Jésus-Christ ne se contente pas d'approuver la réponse du docteur; il lui ordonne d'y conformer sa conduite. La charité n'est pas une simple spéculation. .11 ne suffit pas de la connoltre, il faut la pratiquer. Ce n'est pas assez qu'elle soit l'objet de nos discours , de nos raisonnemens, il est nécessaire qu'elle soit le principe de nos actions , la règle de notre vie. Ils sont malheureusement bien communs, ces vains docteurs dont parle TApôtre, qui enseignent les autres , et qui ne savent pas s'instruire euxoiêmes^ qui s'enorgueillissent de connoltre à

(t) Yoyei la première c^tre aux Gormthieiu , cfaap. xm.

S88 * BXPUÇABIOIf

fond la loi^ cl q"i» par leurs prévarications, la déshonorent (i). De quoi leur servent ces beaux discours, sans cesse en opposition avec leur conduite? Leurs actions démentent leurs paroles, et lears paroles condamnent leurs ac* tions. Faites ce que vous enseignez , leur dit à tous Jésus-Christ , et vous vivrez. Mais enseigner le bien , en faisant le mal , c*est s'avouer coupable; c*est prononcer contre soi-même son arrêt.

Mais l'autre voiUant montrer qu'il était juste, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Rien de plus commun que ces hommes qui reconnois-^ »ent les maximes de l'Évangile dans leur généralité, et qui en méconnoissent Tapplicalioni qui , dans la spéculation , leur rendent hommage , et qui , dans la pratique , multiplient les prétextes pour les éluder, lie précepte de i'ar mour du prochain en particulier, est universellement avoué, et communément enfreint, Qui ne sait que la loi d'aimer son prochain, est une loi principale et fondamentale du christiar jiisme?On n'oseroijt combattre une vérité aussi évidente , on rougiroit de la contredire; mais quand on vient à Texécution , c'est alors que Tamour-propre se retourne et s*épuise en subtilité. En admettant le précepte , il veut en res-

(i) Qoî ecç6 atinm docct , teipsam bob doce8....<ini îb lege gloriaris , per pnerar^c^tionein legi^ Dcuin ishpnpras. Rom*

I|. 2lr- a3r

DES ÉVANGILB$. 689

serrer Fétendue. Nous apprenons de Jésus* Christ qu'une tradition ancienne parmi les Juifs» en recommandant l'amour du plus prochain , permettoit la haine des ennemis (i). Et c^étoit probablement sur celte opinion, qu'éloit fondée la demande du docteur de la loi. 11 semble que de la synagogue , cette funeste maxime ait passé dans l'Eglise. Malgré la condamnation formelle qu'en a faite Jésus-Christ » elle paroit être devenue l'Evangile d'un grand nombre de chrétiens. On se soumet au précepte de l'amour du prochain» mais, en se réservant le droit d'y mettre des exceptions ; et on prétend aimer son pVochain , parce qu'on ne reconnoît pour soa prochain , que ceux qu'on aime. Mais Jésus^ Christ confond toutes ces définitions « toutes ces limitations , toutes ces exceptions. Il va nous développer l'étendue entière de son commandement, et relativement aux personnes qu'il comprend, et relativement aux devoirs qu'il impose.

Jésus prenant la parole, dit: Un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho, tomba entre tes mains des voleurs qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies, et s* en allèrent le laissant à demi mort. Il arriva qu'un prêtre descendait par le même chemin; il vit cet homme, et passa outre* Un lévite, qui allait le long du ahemin, l'ayant

(i) Audistm quia dictum est : Diligcs proximmn tuum, et odio babebis inimicuni tuum. Matth, y. 43*

SgO FXFLICATION

aperça, passa de même. Ayant de donner le me dèle de la oharité fraternelle , Jésus-Christ présente l'exemple contraire; et, pour relever le mérite de la blen&isance, il commence par montrer le vice de llnsensibilité. A&a de le faire mieux sentir, il tire son exemple de la classe d'hommes dans laquelle rii^umanité est, et frfus criminelle et plus odieuse. C'est un prêtre^ c'est uniévite, deux ministre» de charité^ obligés par état de la prêcher dans leurs discours, de l'inculquer par leurs actions, qui se montrent insensibles à l'état déplorable de l'homme étendu sur le grand chemin. Et cependant c'est leur frère , descendu comme eux d'Abraham , de la même religion , de la même nation ; peut-être de la même tribu. Que de lien» Tunissent à euxl que de motifs doivent exciter leur commisération I Et rien ne peut les émouvoir ^ et ils passent rapidement, laissant ce malheureux. en proie à ses souffrances et h la mort qui va le saisir.

Cette cruauté dans des hommes faits pour donner l'exemple de l'humanité, nous indigne. Mais retournons nos pensées sur nous-mêmes.^ N'avons-nous pas eu souvent à nous reprocher * une pareille insensibilité? Et ce sont même , il fautje dire, des hommes placés dans les classes les plus élevées , à qui la Providence , en accordant plus de moyens,, a imposé de plus fortes obligations de soulager la misère , qui s'y montrent les plus insensibles» Parce qu'ils ne Té-

DE5 ÉVANGILES. Sgi

prourent pas» ils paroissent né pas la conûoitre. C'est dans les classes pauvres que se trouve le plus de charité. Ceux qui ont senti le malheur , en sont bidn plus vivement touchés. Quels sont donc les principes de cette indifférence de tant de riches pour les maux de leurs frères ? Examinons-les , pour nous en préserver»

En premier lieu , c'est l'orgueil. Ce prêtre , ce lévite » qui sont d'une tribu honorée , d'un état distingué dans leur nation i qui jouissent de la considération, voient un homme du commun, inconnu^ sans qualité; ils trouvent au-dessous de leur rang , de s'arrêter h lui rendre des services : et sans autre réflexion , ils poursuivent leur chemin. Ainsi trop souvent , le dédain ferme l'oeil aux maux du pauvre; et du haut de son élévation , on ne daigne pas descendre pour lui aux soins de la charité. Qu'un homme considérable ait besoin d'assistance, on se fait honneur de le secourir, et on se glorifie encore de sa charité, quand on a satisfait sa vanité. Des hommes qui se disent chrétiens , dédaignent un état dans lequel Jésus-Christ a voulu naître, vivre, et mourir; un état qu'il a constamment honoré der ses préférenceSé

En second lieu , c'est l'intérêt qui produit la dureté. Le malheureux étendu dans le chemin, avoit été dépouillé de tout. Il falloit , pour le soulager, Repenser quelque argent; et celte pensée éloigne le prêtre et le lévite. On ne regrette

Sg^ BXPLICATION

pas TaVgent que Ton dissipe en superfluités^ en plaisirs» peut-être en crimes; on plaint celui qu'il faudrait employer en œuvres de mbéricorde. Combien d'hommes obligeans ^ serviablés y seulement jusqu'au moment où la bîenCeûsance exige des dépenses 1 Combien d'autres se montrent libéraux envers ceux de qui ils espèrent du retour, de qui ils attendent des services I On affecte la générosité» et on est guidé par l'intérêt. La charité n'attend que de Dieu le prix de ses bienfaits. En donnant gratuitement à l'homme ;f elle prête à Dieu, sûre de recevoir de lui » avec une usure abandante , tout ce qu'elle a déposé dans le sein du pauvre (i).

En troisième lieu , ce qui émousse souvent notre sensibilité, est ce qui devroit au contraire la ranimer. L'état affreux où le prêtre et le lévite voient l'homme étendu, sa nudité, les plaies dont il est couvert , le sang dont il est inondé, au lieu d'exciter leur commisération, ne font naître que le dégoût. Il est pour eux un objet , non de pitié , mais d'horreur, et ik détournent avec précipiation leurs yeux d'un spectacle qui répugne à leur fausse délicatesse. A combien de riches ce reproche ne peut-il pas être appliqué! Combien do personnes, même du sexe dans lequel Dieu a placé une sensibilité plus vive, sont plus repoussées par

(i) Fœneratar Domino qui miseretur pauperis : et vicissi^ tadinemtuam reddetei. Prower^. XIX. 17.

Il£8 àTAKGÎLËS* 5g3

la misère du pauvre, qii'eites n^en sont touchées I Les vils haillons ^ui couvrent h peine sa nudité» la saleté répandue sur toqte sa per* sonne » les plaies hideuses et infectes qui le dé^ figurent , ofien«ent des regards accoutumés à «e porter sur des objets agréables. Cette vue failo pour attendrira cœur» le soulève; et une malheureuse répugnance , que le plus léger effort auroit vaincue, étouffe la charité. Et ce ne sont pas seulement les infirmités corporelles , qui re* poussent la bienfaissance ; on se fait des défauts du pau?re , un motif pour ne pas l'assister. Disons tout : quelquefois on lui cherche des vices pour se donner des prétextes , et on s'applaudit de lui en avoir trouvé. Ce pauvre a des vices, dites-vous; je le veux croire : mais vous dispensent-ils du devoir de la charité ? Il a des vices I et n'avez-vous donc pas les vôtres? lia des vices 1 peut-être ne sont-ils que l'effet de la misère, et n'attendent-ils pour être corrigés, que vos bienfaits. Si l'opulence a des défauts qui lui sont propres , et qu'entretiennent ses jouissances continuelles , pourquoi l'indigence n'auroit-elle pas les siens fomentés par ses privations ? Riches qui vous autorisez des dé&uts^ des vices du pauvre pour lui refuser vos secours , supposez pour un moment que la Providence vous faisant nailre h sa place , vous n'eussiez eu ni éducation, ni usage du monde; vous auriez peul-êti'C plus que lui , tout ce que

S94 BXPUCATI09

voui lui reprochez : des manières plus grossières, des mœurs plus dures , une humeur plus sombre , des inclinations plus basses. Vous croyez qu'il sera ingrat; mais craignez-vous aussi que Dieu ne le soit ? et n'est-ce pas Dieu qui doit être le principe, le motif, l'objet de Totre charité ?

Mais un SamoÊ'Uain qui voyageait, vint à passer auprès de Ud, et le voyant, il fat ému de compassion. S' étant 4ipproché , il versa de l'Auile et du vin dans ses plaies , et les banda ; et l'ayant mis sur son cheval, il le conduisit fi. une hôtellerie, et prit soin de lui. Le lendemain il tira deux deniers qu'il donna à l*hôte, en lui disant : Ayez soin de cet homme, et toiU ce que vous dépenserez de plus pour lui , je vwis le rendrai à mon retour. A l'exemple d'inhumanité des hommes, que leur état astreignoit spécialement aux offices de charité, Jésus-Christ oppose un exemple contraire,* et il va chercher son modèle de bienfaisance dans un homme dont il sembloit qu'on d&t moins l'attendre. Recueillons les divers traits que le Sauveur parolt avoir pris plaisir à ramasser , et cherchons-y les Caractères que doit avoir notre charité.

Le blessé étoit Juif; son bienfaiteur. Samaritain. On sait quelle étoit la haine réciproque de ces deux peuples. A leur antipathie nationale , se joignoient leurs querelles religieuses.

DES ÉVANGILES. SgS^.

L'exemple du Samaritain, qui, passant pardessus tous les préjugés, oubliant toutes les inimitiés, ne voit dans le Juif qu'un homme qui a besoin de son secours , nous montre que la charité embrasse dans son étendue jusqu'à ceux que des divisions, soit politiques, soit religieuses, mettent en opposition avec nous. Guerriers , à qui la patrie a confié sa défense , que le sentiment de la charité soit toujours dans vous , à côté de celui du devoir. Vous n'avez d'ennemis que dans les combats; hors de là, vous ne devez voir que des frères. La main qui les frappa, doit ensuite s'étendre vers eux pour les soulager* Là commisération sied surtout à la force; et la valeur que l'humanité accompagne, en devient plus glorieuse. Et vous , ô nos frères égarés, apprenez à connoltre les sentimens dont nous sommes pénétrés pour vous. Les maîtres de votre erreur , pour entretenir votre éloignement de l'Eglise catholique, ue cessent de la calomnier auprès de vous; ils vous la représentent animée d'un esprit de persécution , excitant contre vous les puissances de la terre , et s'efibrçant d'attirer les peines sur vos têtes. Non , ce ne sont là ni les règles, ni l'esprit de l'Eglise. Elle condamne ceux de ses ministres que l'ignorance ou un zèle aveugle auroit pu emporter à ce»

excès. Elle célèbre la charité du grand saint Martin, qui refusoit de communiquer avec eux. Si , pour conserver parmi ses enfans fidèles , l'u*-

nité de la foi , elle fut forcée de vous exclure de tes assemblées , elle n^en a pas moins conservé pour TOUS les seniimcos d'une tendre mère.

Vous êtes des enfans que leur révolte a banni» de la maison paternelle , mais vous êtes tou- 'jours ses enfans^ Vous l'avez obligée de vous punir 9 vous ne pouvez Tempécher de vous ai mer. Vous n'êtes plus dans son sein , mais elle n'a pas cçssé de vous porter dans son cœur. En vous éloignant par ses censures » elle vous rappelle continuellement par ses vœux. Vous vou^ êtes privés de ses biens spirituels , mais elle nous recommande , elle nous ordonne de verser sur vous tous les biens de l'ordre temporel. Ah I que ne peuvent nos services les plus abondans^ vous désabuser de vos fatales préventions » et vous prouver tout l'amour que l'Eglise nous inspire pour vous I

Le spectacle du Juif blessé et abandonné sur te chemin » excite dans le vertueux Samaritain une tendre commisération. L'humanité suffit pour nous inspirer ce sentiment ; la charité y ajoute un nouveau degré d'activité* Ce n'est plus seulement un homme comme moi que je vois dans la peine; c'est un homme comme Jésus-Christ, devenu plus parfaitement l'image de ce divin bienfaiteur Ses souffrances , en me rappelant celles que mon Dieu a endurées pour moi , me montrent dans ce malheureux , un frère adopté comme moi sur la croix; appelé

à la même foî» invité aux mêmes sacrement , uni à moi sur la terre par tous les liens intérieurs et extérieurs de la religion » et destiné à y être réuni éternellement dans l'héritage céleste*

Cette commisération du Samaritain n'est pas un sentiment stérile. U ne se borne pas à une Taine pitié, à des souhaits inutiles. Quelque pressé qu'il puisse être de terminer son voyage, il fait céder toute autre affaire au devoir de soulager le misérable vers lequel la Providence l'a envoyé. Il descend de son cheval , et surmon tant la répugnance qu'excitent en lui les plaies hideuses dont cet homme est couvert, jl les lave, les panse, et étanche le sang qui en dé^ coule. O mes chers enfans , nous dit à tous le tendre apôtre de la charité , n'aimons pas seulement de paroles et par de vains discours, ai^ mohs-nous dans la vérité et par nos actions (i).

Le Samaritain s'étoit pourvu sans doute, pour son usage, d'huile et de vin. Mais aiiAitôt qu'il voit l'extrême besoin de son frère , il oublie celui qu'il pourrolt avoir; et il ne connoit plus d'autre usage de ce qu'il possède, que celui qui lui est inspiré par la charité. Et nous , combien nous avons de peine à prendre sur notre superflu de quoi soulager la misère de nos frères ! Combien nous nous créons de besoins

(i) FiiioH mei, non diligamns vcrbo, ncque linguâ, sed o p«re et vcritate. i. Joan> m. 18.

Sg* BXPLICATIOH

factices qui nous dispensent à nos yeux du pré-* cepte de Paumône I La charité trouve des ressources partout où la cupidité ne voit que des difficultés. Elle s'enrichit de ses sacrifices , s'accroît de ce qu'elle se retranche» et place ses plus chëres jouissances dans ses privations*

Non content de s'épuiser pour l'objet de sa pitié , le Samaritain se gêne encore et se fatigue pour lui. II le place sur son propre cheval , le suit à pied jusqu'à ce qu'il ait rencontré une hôtellerie » et là il continue de lui rendre des soins. Ne nous figurons pas que nous ayons acquitté la dette de la charité par quelques légers bienfaitSé La mesure de nos obligations envers nos frères » est le besoin qu'ils ont de nous. Nous leur devons non seulement des secours , mais encore des services. Nous les leur devons , lors même que nous pourrions en être contrariés , dérangés , incommodés. Sont-elles bien méritoires , les œuvres de miséricorde qui ne coûtent absolument rien, qui ne troublent pas l'indolence » qui n'allèrent pas la sensualité? La vraie charité ne craint ni les fatigues , ni les gênes. Elle se plaît à s'incommoder elle-même, pour épargner des maux au prochain, et elle se fait des plaisirs de toutes les peines que lui attire sa bienfaisance.

Il sembleroit qu'après avoir traité son malade, et l'avoir déposé dans un lieu sûr où il trouvera tous les remèdes que demande sa situation , le

DES ÉVAHGILB»» 5gg

Samaritain a épuisé toute sa charité mais l'homme qu'anime cette vertu , ne se borne pus au ' bien qu'il fait , il songe à celui qu'il peut faire. En pourvoyant au présent , il prévoit l'avenir ; et en même temps qu'il soulage les besoins actuels , il prépare des secours aux besoins fu-turs. Celui-ci^ obligé de quitter l'hôtellerie, commence par fournir aux premières dépenses > et promet de subvenir aux suivantes. Il quitte le blessé mais sa charité ne le quitte pas; et tout éloigné qu'il va être de lui , il continuera de l'assister encore de ses bienfaits.

Lequel de ces trois hommes vous paroît avoir été le prochain de celui qui étoit tombé entre les mains des voleurs? C'est, répondit le docteur , celui qui a exercé envers lui la miséricorde. Jésus lui dit- : Allez » et faites de même, Ge que dit le . Sauveur au docteur de la loi» il nous le dit à tous : Allez , et faites de même. Que votre charité soit universelle comme celle du Samaritain, sans distinction de pays ou de culte. Il suffit d'être homme , pour avoir droit à votre assistance. Allez, et faites de même. Que votre charité soit compatissante comme celle du Samaritain. Songez que les maux qui affligent vof frères , vous pourriez les éprouver. Ayez pour eux la commisération que vous désireriez. Allez, et faites de même. Que votre charité soit gêné-* reuse , comme celle du Samaritain. Vous n'avez reçu les biens de la terre que pour cet

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usage. Ko tous les donnant , la Providence vous a établi son ministre et le dispensateur " de ses dons. Allez, et faites de même. Que votre charité soit active comme celle du Samaritoin. Il est une infinité de malheurs que de simples dons ne peuvent soulager. Rendez à vo» frères des services aussi multipliés que leurs besoins ,

liussi variés que leurs maux. Allez, et faites de même. Que votre charité soit laborieuse comme celle du Samaritain* Au mérite de la bienfai-

'sance , joignez celui des sacrifices. Retranchez* vous d'autres satisfactions pour vous -procurer celle d*obliger. Vos bienfaits auront un bien plus grand prix » quand ils seront le fruit de vos privations. Allez, et faites de même» Que votn» charité soit prévoyante comme celle du Sama^

• ritain. Ne pensez pas seulement aux maux qu^i votre prochain, occupez -vous de ceux qu'il aura. Ne vous bornez pas à les soulager^ songez à les prévenir et à les détourner. C'esl alors y c'est quand votre charité réunira ces précieux caractères , qu'elle sera agréable à Dieu , avantageuse à vous , et qu'après avoir fait sur la terre votre mérite , elle fera dans le ciel «otre bonheur. > ^

DES ÉVANGIL]^. 40<

9ir TtttelZlkMB DIMANCHE APRJiS LA PENTECOTE.

Jésus- Christ guérit dix lépreux,

Jisvs allani à Jérusalem, paçsoit à travers la Samarie et la Galilée. Et comme il éloit à l'en^ trée d'un village , dix lépreux se présenlèreni à lui y se tenant éloignés; et élevant la voix, ils dirent : Jésus, notre maître, ayez pitié de nous. Lorsqu'il les eut aperçus , il dit : Allez vous montrer aux prêtres. Et en y allant , ils furent guéris. L'un d'entre eux, aussitôt qu'il s'aperçut qu'il étoil guéri , retourna sur ses pas , glori* fiant Dieu à haute voix; et se jetant aux pied» de Jésus , le visage contre terre , il lui rendit grâces. Or cet homme étoit Samaritain. Jésus dit-: Tous les dix ne sont-ils pas guéris ? oiisont donc les neuf autres ? Il ne s'est trouvé que cet franger qu» soit revenu, et qui ait rendu gloire à Di#u. Puipl lui dit ^ Levez- vous, allez; car votr^ foi vous a sauvé. {Luc. xvu. it— 19.)

Jésus allant à Jérusalem , passoit à irçvers la Samarh et la Galilée. Et comme il étoit à l'entrée (fun village, dix lépreux se présen-.

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tèrent à lui , se tenant éloignés, et élevant la voix , . ils dirent : Jésus , notre Maître , nyez pitié de nous. Il peut paroilre surprenant de voir un aussi grand nombre de lépreux réunis dans un petit lieu; mais quand on pense aux lois sévères qui leur étoient imposées dans la nation juive, l'étonnement disparoît. Pour empêcher la communication de leur maladie contagieuse» Moïse les a voit assujettis à des précautions trèsrigoureuses. Toute société avec leurs fHres leur étoit interdite; tout séjour dans les villes et dans les bourgades, défendu : ils campoient au dehors; et pour que les hommes sains évitassent leur approche, ils étoient obligés d'avoir la tête découverte et leurs habits déchirés , et de crier de loin aux passans qu'ils étoient impurs. Nous les voyons dans cet évangile se présenter au divin Sauveur, non dans le village , où il ne leur étoit pas permis de pénétrer , mais avant qu'il y entrât ; et au lieu de s'approcher de lui , comme les autres malades qu'attiroit sa bonté, se tenir éloignés , et implorer de loin sa bienfaisance. Ces malheureux, bannis du commerce des hommes, ne pouvpiefnt en avoh* qu'entre eux; un malheur conlmun, un besoin réciproque les rassembloient : ils adoucissoient mutuellement leur affliction , et ils se consoloient entre eux , autant qu'ils le pouvoient , du mépris que leur témoignoit le reste des hommes. Outre celle nécessité de faire société entre eux ,

DES ÉYANGILBS. 4^3

résultante de rimpossibîlilé d'en avoîr d'autre, les lépreux étoient encore réunis par le sentiment naturel qui attache les infortunés les uns aux autres. C'est une vérité démontrée par l'expérience, que la misère est entre les hommes un des liens les plus forts. Il est étonnant , et cependant bien véritable, que la richesse donnée par la Providence à quelques individus , pour le soulagement des misérables , endurcit le cœur, et le rend insensible aux maux qu'elle devroit adoucir. Beaucoup trop de riches ressemblent à celui dont Jésus-Christ a fait une de ses paraboles; n'éprouvant pas la misère, ils semblent n'en avoir pas d'idée : ils voient uniquement l'intervalle que la fortune met entre eux et le pauvre; ils ne considèrent pas les liens par lesquels la nature et la religion les en rapprochent. On se montre d'autant plus insensible au malheur , qu'on a , et plus de moyens , et plus d'obligations d'y remédier. Au contraire , l'indigence rapprochant les hommes de la nature , ranime dans leurs cœurs les sentimens qu'elle inspire; en les rendant plus égaux, elle leur fait mieux connoitre ce qu'ils se doivent mutuellement. Les maux que l'on éprouve, rendent sensible à ceux des autres ; le cœur ouvert à la peine , est plus accessible à la pitié ; le besoin qu'on a de secours , fait sentir plus vivement le devoir de secourir les autres. Vous verrez plus de traits d'humanité, plus d'actes

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de bleDfaisance » plus d*œuvres de charité dans la classe qui semble n'avoir qu'à les solliciter , que dans celle que toutes sortes de titres obligent à les multiplier.

Celte association des lépreux donne encore lieu à une autre réflexion. La lèpre corporelle 'étoit, comme nous Tavons expliqué ailleurs»

Temblème de la lèpre spirituelle , c'est-à-dire , du péché (i). Ainsi , l'union des lépreux entre eux représente celle que nous voyons entre les pécheurs. Un proverbe trivial , fondé sur la na* ture, justifié par une expérience constante , et consacré par l'Esprit saint , enseigne que l'on ressemble à ceux à qui on s'unit (2). La conformité des goftts, des inclinations , des principes t est la cause la plus générale des liaisons. Les justes recherchent la société des justes ; ils vont prendre auprès d'eux l'instruction de leurs discours , l'appui de leurs exhortations , l'encouragement de leurs exemples; et, parce qu'ils sont saints, ils cherchent des motifs et des moyens de le devenir encore davantage. Les pécheurs de leur côté, courent avec ardeur après le commerce des pécheurs : ce n'est pas qu'il n'y ait entre eux de grands sujets de contestation; mais les mêmes causes qui les divi-

(i) Voyci Texplication de rt'vangilc du troisième dimanche aprèft rEpiphànie, tonte premier , page 870.

(a) Qui cum sapientibus graditur, supicits eritj anacus «tultorum «tmilis cfficielur. Prot^erb, un. ao.

DES ivANGILES. 4o5

sent, les réunissent aussi fréquemment. Leurs intérêts , leurs prétentions , leurs passions , tan* tôt les éloignent , tantôt les rapprochent ; leur société est une alternative de querelles et de raccommodemens» d^amitiés et de hatno^; il semble qu'ils ne puissent; ni se souffrir mutuelle* ment» ni se passer les uns des autres; .ils se recherchent sans se désirer» se fréquentenl^ sans s'aimer , se complimentent sans s'estimer; ils se réunissent entre eux pour se dédommager , Gn raillant la vertu , de la honte qu'elle leur inspire ; pour se livrerions rougir k leurs dissolutions; pour s'y autoriser par leur approbation réciproque; pour se fortifier mutuellement contre le remords par leurs exemples*

Si la corruption du cœur est le principe ordinaire de lo liaison avec les méchans» elle en est aussi constamment reflet. C'est dans ces so* eiétés funestes que l'innocence se perd , et que la dépravation se conS:Omme : celui qui y entre juste, y devient bientôt pécheur; celui qui y arrive pécheur, ne tarde pas à devenir endure*» Si le juste lui-même a tant de peine à persévérer; si, comme le dit l'Apôtre^ celui qui se sent debout, doit apporter une attention continuelle pour éviter de tomber (i); s'il a sans cesse besoin d'être soutenu par les prières, par les discours, par l'édification des autres justes; combien n'aura-t-il pas à redouter la chute,

(t) ^ui se exislimat st&re, yidco^ ne çadi^t. h Cor. x. la.

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quand , à sa propre foiblesse se joindra rimpuK sion de ces sociétés? II éprouve déj^ une si grande difficulté à se défendre contre lui-même ! résistera4-il «ncore à tant d'ennemis qui l'attaqueront en même temps ? ^i plaise à Dieu que vous n'en soyez pas vous-même un déplorable exemple! Mais parmi les personnes que vous,connoissez , combien a'en voyez^-vous pas qui ont dû leur ruine aux compagnies auxquelles elles ont eu le malheur de se livrer? Combien d'hommes, nés avec an caractère heureux , doués d'inclinations vertueuses » ornés de qualités précieases, munis de principes religieux, sont allés tout perdre, tout dépraver, tou.t corrompre par les sociétés criminelles où ils se sont enfoncés? Interrogez les misérables, parvenus par degrés au faite de la scélératesse, que la justice humaine poursuit de sa vengeance , et va livrer au supplice : presque tous vous répondront que la première cause de leurs désordres, qui a successivement amené leurs crimes, fut leur liai- ' son avec des hommes pervertis.

Il étoit bien plus facile de se préserver de la lèpre corpcreHe , qu'il ne Test de se garantir de f infection de la lèpre spirituelle. En premier lieu , on diseemoit sans peine les lépreux; il suffisoit de jeter les yeux sur eux , pour connottre leur état : mais la lèpre de l'âme a cela de plus dangereux , qu'elle sait se cacher. On s'«a approcha sans la çonnotHre; on en est in-

DES ÉVANGILES. t^O'J

fecté sans s^en apercevoir* Beaucoup de pécheurs oui l'art de dissimuler leurs excès. L'ange des ténèbres sait qu'en se montrant sous sa vraie forme, il inspirera plus d'horreur que de désirs. Une de ses ruses les plus communes » est de se transformer en ange de lumière (i); pour détruire plus sûrement la vertu, il en emprunte Tapparence. En paroissant ;se soumettre aux dogmes sacrés , on sème adroitement des doutes; avec l'air de pratiquer les devoirs religieux, on les altère par de fausses maximes artîficieusèment débitées ; on détourne de l'observation exacte des saintes règles , eu les traitant de rigorisme; on éteint la piété, en présentant ses pratiques les plus autorisées ^ comme des minuties; on étouffe le zèle, en faisant semblant de réprimer le fanatisme; on appelle les désordres les plus honteux^ des foiblesses; la tolérance des vices, dou^ur et indulgence; le sir lence et le sourire d'approbation à la vue des 3candales , sagesse et modération : ainsi , op éloigne du bien en paroissant le désirer, et on pousse au mal en semblant le détester.

En second lieu ^ il n'est pas possible de faire pour la lèpre spirituelle , comme il y en avoit pour la lèpre corporelle , des règlemens qui retranchent du commerce des hommes ceux qui e^ sont attaqués :* outre l'impossibilité d^ le^

(i) Ipse enim Satanaft trai^figurat se în angelum luci^. a. Cor. XI. li.

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discerner tous, ils sont trop nombreux pour qu*on puisse ainsi les exclure. Pour n'avoir arec eux aii^un commerce» il faudroit, dit saint Paul , sortir de ce monde (i). Les bannir de la société « seroit la détruire; interdire la communication avec eux , seroit briser toutes les relations entre les hommes. Los temps sont revenus, que déploroit si énergiquement un prophète : Il n'y a plus dans le monde » ni vérité , ni miséricorde , ni connoissance de Dieu. Tous les vices débordés à la fois » et ayant brisé leurs digues, inondent la ^aco de la terre (2). Dans ce déluge universel de crimes , grand Dieu ! où est Tar- ^he qui pourroit servir d'asile à la race sainte? Dans l'impuissance de trouver une retraite où n'aient pas pénétré l'irréligion et le libertinage, forcément environné de leur contagion, le juste doit prendre d'efficaces précautions pour s'en préserver; il doit,puisqu'il y estobligé, voir les pécheurs, mais sans fréquentation; leur parler,mais sans familiarité; vivre ave#eux, mais sans liaison, il doit d'abord prendre garde à ne recevoir de

(i) Sciipsi yoVis in cpistolâ : Ne commitceamini fornicarii«. Non utique fomicariis hnjus mundi , aul aram, aut rapacilMit, aut idoJit servicntibuf^ alioquin, debueratis de hoc mundo cxiicse» u Cor. y. 9 et 10.

(pi) Non est enim veritat, et non est niisericordia , et non est scientiii^ci in terrA. Malédiction, et mendaciiim, et homicidinni, et fuilum, et adultcrîum mnndavcrunt. Osée, it. tet7.

I)£3 éTANQII.B8. 4<'9

leur conyersation aucun dommage , ensuite tra- Tailler h leur rendre la sienne profitable. .

Ces dix lépreux , qui tous ensçmbky^lj^vent leur voix pour obtenir ài^ divin Sauveur la délivrance de leur infirmité , offrent l'image de la prière commune qu'il nous recomœaad&expressément» et doi^t il nous déclare les avantages. Si deux d'entre vous, disoit41 à ses disciples » s'accèdent sur la terre pour former une^demande, tout ce qu'ils auront sollicité» mon Père l'accordera; car où se trouvent deux ou trois personnes rassemblées en «ion nom , je suis au milieu d'elles (i). Ce concert de vœux qui s'élèvent d'une assemblée pieuse , est agréai bleà Dieu; c'est une réunion de fprces, pour faire au royaume des cieus; Ija sainte violence qui le conquiert (2). La piété ardente des uns » réchauffe la tiédeur des autres ; on s'anime , et on s'enlre-aide mutuellenynt ; on y reçoit et on y donne l'édification; la Bonté divinçMaigne même recevoir , comiae un supplément de ce qui manque aux prièires les moins ferventes , ce que les autres ont de plus vif et de plus animé. ^ Entrant dans les vues de son divin Fondateur ,

(i) Si duo ex voVis consenserint «uptt'terram, àe omni re çoamciiiiu|iie |>etiennt , fiet illis à pq^e meo , qui in cœlis est. Ubi enim sunt duo , ^1 très congr^atl in aomîne meo ^ ibi &am in medio eonim. ^atth- xtiii. 19 et ao.

"(ï) Regnuqi cœlonim ▼im patitur, et violenti rapiunt illud IbieL XI. 13, ^

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